livre; plus on y lit et plus on y veut lire, et plus on y apprend
Mardi, 5. — Au même.
C'est aujourd'hui le jour de Noël suivant le style russe, jour où l'on se fait un complinrient ici, comme ailleurs au premier de l'an. J'ai été à la Cour, et le comte Kaunitz m'a souhaité une honne fête: je lui ai répondu : « Mon cher comte, vous me faites trop d'honneur, vous me prenez pour un prince russe, et je ne vous fais pas un pareil compliment. » Quelques nationaux m'auront entendu : c'étoit mon intention. On n'aime ici que les g-ens qui ont l'air de ne se soucier de personne; on vous estime infiniment quand on vous craint.
J'ai été dîner chez Suart, résident de Hollande, dont la politique est de la nature du génie de M. Cronz. C'est un g-rand nouvelliste, un peu partial, un peu loup-garou, un peu borné, un peu grossier, un peu honnête, mais qui, à la faveur de tous ces un peu et d'une grande routine, n'est pas un homme indifférent. Il a d'ailleurs un grain d'originalité qui me plaît assez^ et de très bon vin que j'aime beaucoup. Je vais chez lui comme au café, et cela est commode.
Je ne mets pas dans la même catégorie un secrétaire qu'il a, homme d'esprit qui a des connoissances et le désir d'en acquérir davantage. Son âge est de trente ans, sa figure assez bien ; il est capitaine au service de Hollande. A toutes ces qualités, il y joint le défaut que les étrangers ont pris de nous : c'est cette philosophie de femme qui se fait une loi de nier ce qu'on ignore. Ce fâcheux abus du pyrrhonisme, dont l'excès devient si ridicule et si contraire à la véritable philosophie, c'est, en