‹ Un diplomate français à la cour de Catherine 2, 1775-1780. Journal intime du chevalier de Corberon, chargé d'affaires de France en Russie, publié d'après le manuscript original, avec une introduction et des notesChapitre 25 sur 57 · ANNÉE 1779. — LUNDI, 10 MAI · texte numérisé non relu

ANNÉE 1779. — LUNDI, 10 MAI

vienne lui parler, je me suis décidé à rester à Tsarskoïe- Sielo.

Je me suis donc couché sur un canapé à l'auberge, où je n'ai pas fermé l'œil, ayant pour voisins des joueurs de billard qui n'ont pas cessé de s'exercer depuis neuf heures du soir jusqu'à dix heures du matin.

Lundi, 10. — Au même.

A onze heures du matin, j'étois chez le prince Potemkin, qui m'a reçu seul en me demandant s'il y avoit quelque chose pour mon service. Je lui ai répondu que je venois lui faire mon compliment sur la naissance du g-rand-duc Constantin ; ensuite je l'ai remercié de la manière obligeante dont il avoit parlé au chevalier f 1) sur mon compte. Il m'a répondu tout de suite : « L'Impératrice ne demande pas mieux; mais il y a un inconvénient, c'est qu'on dit que M. d'Entraigues est nommé ici. » Je lui ai dit que je ne le croyois pas, que d'ailleurs, si l'Impératrice vouloit, tout s'arrangeroit. « Elle le veut », m'a-t-il dit encore une fois, et il s'est arrêté. « Je voudrois, a-t-il repris, que vous en disiez un mot au comte Panin, et qu'il m'en parlât. — Voulez-vous, mon prince, que je lui dise de votre part? — Non, dit-il, cela ne vaudroit rien; mais parlez au comte Panin et ne perdez pas de temps. »

Je suis sorti pour aller chez le comte Panin; je l'ai trouvé et me suis assis près de lui. Après lui avoir fait mon compliment sur l'accouchement, je lui ai dit : « Monsieur le comte, vous m'avez témoigné des bontés, et je dois m'ouvrir avec confiance vis-à-vis de vous. Le travail que j'ai été dans le cas d'avoir fait depuis quelque temps

(1) De la Teissonnière.

m'a mis à même de connoitre l'avantage qu'il y a de traiter avec Son Excellence. Je dois naturellement désirer de le continuer. S'il est vrai que vous ayez reçu des nouvelles du parti que prend M. de Juigné de rester en France, je puis sans crainte articuler le désir que j'aurois de le remplacer. Je n'ai pu jusqu'à présent avouer le désir, par délicatesse pour lui, ignorant ses desseins, mais maintenant qu'ils sont connus, si l'Impératrice agréoit... » Il m'a interrompu, en me disant qu'il paroissoit constant que M. de Juigné ne revenoit pas : « Sa santé, ajouta-t-il, ne le lui permet^pas, et d'ailleurs il est vieux, M. de Juigné? — Il a cinquante-trois ans, lui ai-je répondu. — Il en a bien soixante (en souriant). — Je ne puis le croire, monsieur le comte, il en avoit quarante-neuf en 1775 et. . . — Il en a soixante , croyez-moi ; je sais qu'il n'aimoit pas qu'on parlât sur ce chapitre^ mais le comte de Lascy me l'a dit(l). Je serois charmé, a-t-il ajouté, que cet arrangement se fît. J'en parlerai à l'Impératrice, qui vous estime. D'ailleurs, monsieur le chevalier, vous vous êtes conduit dans toutes les affaires d'une manière qui vous fait honneur, et Sa Majesté est dans l'intention de vous prouver particulièrement sa satisfaction. » Je lui ai dit que l'avantage d'avoir été employé dans des circonstances aussi heureuses étoit tout pour moi. « Mais, ai-je ajouté, il y a un bruit, monsieur le comte, qui m'inquiète : on dit que M. d'Entraigues est désigné pour venir ici. — Ce n'est qu'un propos, m'a-t-il répondu, cela ne dit rien du tout. Sovez sûr que je désire en mon particulier que ceci vous regarde ; nous sommes faits à votre travail, nous vous connoissons et vous garderons avec plaisir. » Je l'ai quitté en remettant mes intérêts entre ses

(1) Le comte Panine n'était pas exactement renseigné; le marquis de Juigné, né le 14 mai 1727, n'avait encore que cinquanle-tleux ans.

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mains, et il m'a fait les promesses les plus gracieuses (1). Il a fallu aller retrouver le prince. J'étois chez lui à l'attendre lorsqu'on a dit (ju'il vouloit diner seul, et je m'en allois, lorsqu'il est entré, et aussitôt il m'a fait appeller. « Eh bien! m'a-t-il dit, avez-vous vu le comte Panin? — Oui, mon prince; il m'a fait l'accueil le plus honnête et m'a promis d'en parler à l'Impératrice. — En ce cas, c'est une chose faite, pourvu que le comte Panin écrive, car vous savez qu'il est lent. — Si vous le désirez, mon prince, lui ai-jc dit, et que l'Impératrice lui donne ses ordres... — Quant à cela, l'Impératrice ne demande pas mieux. C'est une chose faite, a-t-il repris encore; j'ai voulu en faire honneur au comte Panin, mais soyez tranquille. » Je lui ai fait mes remercîmens, ensuite nous avons parlé gravure et dessin, et je lui ai proposé mon secret, qu'il a accepté avec plaisir (2).

(1) Que sa nonchalance l'a empêché de tenir. 11 ne fit pas savoir à Versailles le désir de l'Impératrice de voir M. do Corberon rester à Pélcrsbourg en qualité de ministre, et M. de Vérac fut envoyé. (Voir, dans l'introduction au tome I" de cet ouvrage, la dépêche adressée par M. de Corberon à M. de Vergennes le 4 juin 1779 et la réponse du comte de Vergennes, du 3 juillet 1779.)

(2) Le chevalier de Corberon a continué son Journal iusq\i'a.u 15 mai 1779. On n'a pas cru devoir reproduire les dernières pages, dans lesquelles sont traitées des matières de trop peu d'intérêt pour le public. Après cela vient une nouvelle lacune dans la rédaction, qui ne recommence qu'avec les premiers jours de juillet 1780.

Saint-Pétersbourg, mardi, 4 juillet. — A mon frère.

Je recommence à l'époque de l'arrivée du marquis de Vérac (1), mon bon ami, un journal interrompu depuis si longtemps par la difficulté et Timpossibilité même de faire autre chose que de la politique. Je ne sais si j'aurai maintenant plus de loisirs, ou si je pourrai jouir de l'espèce de liberté que je me promets, pour travailler selon mon goût; mais du moins je n'aurai pas ces maudits jours de poste forcés.

J'étois rentré chez moi, mon ami, après avoir dîné chez le ministre de Vienne (2) et fait une visite chez le vicechancelier, lorsqu'on m'avertit qu'un courrier du marquis de Vérac venoit d'arriver, le précédant tout au plus d'une

(1) Le 23 mai 1779, le chevalier de Corberon écrivait au comte de Vergcnnes pour lui demander la place de Pétersbourg; mais la dépêche du 3 juillet suivant lui avait appris que le choix du Roi pour son représentant à la cour do Catherine II était déjà fait et avait porté sur le marquis de Vérac. (Sur ce personnage, voir plus haut, t. I*', p. 5, note 1.)

(2) Le comte de Kaunitz avait été récemment remplacé à ce poste par le comte Louis de Cobenzl (17o3-1808). Cobenzl avait été précédemment ministre à Copenhague (1774) et à Berlin (1777); il resta à Pétersbourg de 1780 à 1797 (il fut présenté à la Cour le 6 février 1780 : voir la dépêche de M. de Corberon du 12 du même mois) et réussit à s'insinuer dans les bonnes grâces de l'Impératrice, pour laquelle il alla jusqu'à composer des pièces de théâtre. C'est lui qui, en septembre 1795. conclut une alliance entre l'Autriche, la Russie et l'Angleterre contre la France, et signa plus tard les traités de Campo-Formio et de Lunévillc. Il fut ensuite chancelier d'État et ministre des affaires étrangères en 1802.

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heure. Je monte aussitôt dans une voiture et vais audevant de lui. Je le trouvai en effet à quatre verstes de la ville; on arrête, on crie, on se reconnoît, on s'embrasse, et jeng-age le marquis à descendre de sa voiture, où il étoit avec Gaillard (1), son fils (2), son gendre (3), pour monter dans la mienne. Quelque serré que fût mon cœur à cette arrivée subite, quoique prévue, je sentis du plaisir à revoir un ami, [(4) et je me livrai à la douce illusion qu'il l'étoit encore. Puissé-je ne pas me tromper, cher frère, et Dieu veuille que mon cœur ne soit pas dupe de sa facilité et de sa franchise !]

Je ne te rendrai pas compte de notre conversation, ou plutôt d'une multitude de paroles sans ordre ni suite, telles que peuvent être les premières qui échappent en foule après une absence de près de six ans. Une demiheure après, Gaillard, son fils, le comte de Vérac et le marquis de la Goste arrivèrent; nous fîmes connoissance, et je retrouvai dans Gaillard le même homme dont j'avois eu jadis tant de raisons de me défier. La circonstance actuelle où je me trouve est cent fois plus délicate qu'elle ne l'a été, et d'après cela ma conduite plus difficile à tenir.

Une heure après que nous fûmes arrivés, le comte de Gobenzl se présenta, et comme par mille raisons c'est un homme dangereux (5), par le personnel faux que je lui con-

(1) Secrétaire du marquis de Vérac. (Voir plus haut, t. I, p. 6, note 4.) ('2} Anne-Louis-Joseph-César-Olivier de Saint-Georges, comte de Vérac,

né le 22 juillet 1763. 11 avait un frère, né en 1768, qui fut plus tard le

marquis de Vérac.

(3) Benjamin-Eléonor-Louis Frotier, marquis de la Costo-Messelière (1700-1SÛ6), capitaine de dragons au régiment de la Rochefoucauld, plus tard mestre de camp de cavalerie et ministre plénipotentiaire près du duc des Deux-Ponts (il succéda en cette Cour au chevalier de Corberon). Il avait épousé, le 27 avril 1779, Anne-Justine-Élisabeth-Joséphine de Saint- Georges de Vérac, alors âgée de douze ans.

(4) Tout ce qui est ainsi entre crochets a été bilIé dans l'original. L'éditeur de ce Journal a rétabli ce qu'il a pu lire sous les ratures.

(5) Il délestait cordialement la France et ne manquait aucune occasion

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nois etramitié qui règne entre le inanjuis et lui depuis leur connoissance de Copenhague (l), je prévins Gaillard, (jui parut être de mon avis. La soirée se passa ainsi, et j'allai nie coucher, faisant la réflexion que le marquis est j)lus que jamais superficiel, léger et peu propre à la carrière politique, et Gaillard aussi ardent, aussi dominant (pie je l'ai connu; que ces deux personnages joueront ici le même rôle que je leur ai vu jouer à Gassel, et que les affaires livrées à deux hommes, dont l'un ne s'en mêle pas assez et l'autre trop, suivront difficilement la marche unie et insensible qu'on doit leur faire prendre ici, avec une activité soutenue, mais peu apparente.

Mercredi, 5. — Au même.

Je ne me suis pas trompé, [le marquis est le même homme qu'il étoit il y a six ans : c'est un grand seigneur aimable, qui à mille lieues delà ne cherche que l'occasion de comparer tout à la Cour de France, et ne voit dans sa place que la figure qu'il y doit faire, comme dans sa mission l'objet d'y obtenir le cordon bleu. A peine sorti de sa voiture, il m'a parlé d'un congé qu'il demandera dans deux ans (2). Je n'ai pu l'instruire sur les affaires, et il

de la desservir. Dans l'instruction remise à M. de .Ségur, le 16 droembre 1784, on marquait en effet : « Le comte de Cobenzl croit effacer par quelques propos et par quelques politesses son antipatliie pour la France, qui perce de tous les côtés. » (A. Rambavo, ouvrage cité, t. II, p. 394.) Le chevalier de Corberon avait bien compris son caractère, et cela dès le premier jour (voir sa dépêche au comte de Vergennes du 12 février 1780, aux archives du ministre des affaires étrangères, A. E., Bussie, vol. 104, fol. 97); aussi Cobenzl et lui ne pouvaient-ils se souffrir : « Pour le Cobenzl, écrivait-il le 24 mai 1781, il peut écrire, jurer, libeller contre moi; le coup de pied de l'une est plus méprisable que dangereux. » (Bibliothèque d'Avignon, ms. 3059, p. 472.)

(1) On a pu voir, par le rapprochement des notes qui précèdent, que le marquis de Vérac et le comte Cobenzl s'étaient trouvés ensemble à Copenhague en qualité de ministres.

(2) Le 8 juillet 1781, le chevalier de Corberon aura un entretien avec le

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m'a interrompu par mille choses, par le détail de ses liabits et de sa magnificence, le désir de réussir auprès de l'Impératrice et la crainte de se] ruiner. Il semble qu'il soit venu faire une visite à Pétersbourg-, [pour y donner des fêtes, des soupers, et puis repartir, après avoir fait le plus de faste possible, sans déranger cependant sa fortune]. Sa facilité prodigieuse [est ce qui me fait le plus craindre pour lui et pour les affaires, car enfin], quoique je les quitte, j'y suis attaché, et leur succès m'intéresse quoiqu'il ne me regarde plus.

Le comte de Cobenzl l'avoit invité hier à venir dîner aujourd'hui chez lui, [et il s'en étoit défendu foiblement sur la fatigue qu'il ressentoit encore. En le quittant, je lui conseillai de n'en rien faire, puisqu'il n'avoit pas fait encore de visites aux premiers ministres. Je suis sorti ce matin pour aller à la Cour et prévenir le comte Panin de son arrivée; en rentrant, on me dit qu'il dînoit chez Cobenzl]. J'y allai et je le trouvai à table avec le ministre d'Angleterre (i), sa femme (2), le ministre de Prusse (3), etc. Mme de Cobenzl me reçut froidement, parce que je ne l'avois pas prévenue de l'arrivée du marquis, et son mari, (jui étoit avec l'Empereur (le comte de Falkenstein) (4),

comte de Vergennes, après lequel il écrira au sujet de M. de Vérac : « Il paroit qu'on ne le juge pas travailleur ni adroit et qu'on connoît son goût pour occuper les places importantes, pourvu qu'il ait des congés. » (Ms. 3059 de la Bibliothèque d'Avignon, p. loi.)

(1) Harris.

(2) Henriette-Marie Amyand, que Harris avait épousée le 28 juillet 1777.

(3) Le comte .Jean-Eustache de Goertz (1737-1821), successeur du comte de Solms à la cour de Catlierine II. Il avait été employé auparavant par Frédéric II dans les négociations qui avaient amené la paix do Teschen. C'est quand il vit que la Russie s'était détucliée de l'alliance prussienne pour se rapprocher de l'Autriche, qu'il demanda et obtint son rappel. Il fut alors envoyé à la Haye (1785). Le clievalier de Corberon, M. de Ségur et Gaillard, qui eurent affaire avec lui, le tinrent en grande estime et louèrent ses qualités.

(4) Joseph 11, qui était venu en Russie pn'parer les voies à un traité d'alliance contre la Turquie, qui fut conclu en 1781. On sait qu il voyageait incogiiilo, sous le nom de comte de Falkenstein.

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n'y étoil pas alors (juc le luanjuls arriva. Nous sommes revenus ensemble, le marquis et moi, [et je lui témoignai ma surprise de ce dîner. Il me dit qu'il avoit reçu le matin un billet si pressant de la comtesse qu'il n'avoit pas pu s'en dispenser, d'autant qu'elle lui avoit mandé qu'il la trouveroit absolument seule, et lors([u"il vint, clic lui lit tout bas] des excuses de ce qu'elle le uiettoit avec l'Ang-leterre, mais (ju'elle n'avoit pu refuser Mme Harris, qui lui avoit écrit le matin. [C'est une mauvaise raison, que] le marquis ne trouva pas meilleure que moi. Je n'ai pas été fâché de cette petite aventure, parce qu'elle a mis promptenient au fait le nouvel arrivé [de la tournure de ses prétendus ami et amie]. Cela a fourni beaucoup à la conversation entre nous deux, et j'ai remarqué que Caillard a donné dans le même sens, mais je ne me fie pas trop à sa finesse. Au surplus, pendant ce dîner, Harris, qui étoit à côté de M. de Vérac, lui a fait beaucoup d'honnêtetés [et des complimens qui pourroient être dangereux pour le marquis, dont le défaut est d'être facile et confiant.]

Le reste de l'après-dîner, nous avons causé ensemble, et je lui ai montré quelques dépêches de moi, où il a vu avec plaisir, à ce qu'il m'a semblé, le portrait de Cobenzl. Il m'a dit qu'il étoit frappant; mais Gaillard n'a pas soufflé mot. Les dépêches de M. de Vergennes lui ont ensuite fait voir que je devois le prévenir sur les propos de l'Autrichien, et j'ai glissé sur cette matière délicate, en ne disant que ce que je ne pouvois lui cacher. [Je l'ai chiffonné; j aurai besoin de calmer, sur le compte de Cobenzl, cet homme qu'il aimoit beaucoup il y a vingt-quatre heures, ce qui me prouve la foiblesse du marquis]. Elle est au moins la même depuis que je l'ai quitté en France, [et son usage des hommes en politique n'a fait, ce me semble.

aucun progrès.] C'est un éloge pour son cœur, [cela ne fait pas celui de ses talens] ; mais je ne l'en aime que davantage, car il vaut mieux être selon la nature, et notre métier, je m'en aperçois, nous en éloigne et nous prive de mille jouissances et d'une douce illusion relativement à la nature humaine. Il est fâcheux d'être habitué à juger les hommes, lorsqu'on vit avec eux; cela conduit à la misanthropie.

Nous avons été le soir à un feu d'artifice tiré pour le comte de Falkenstein, que nous avons vu incognito pour notre argent.

Toi aussi, cher frère, tu es bon, honnête et peu politique. Comment as-tu imaginé que la place de Cassel, que je devois occuper il y a six ans (1), pouvoit être à ma convenance? Je consentirois, je solliciterois plutôt cette mutation avec celle de Deux-Ponts (2), pour qu'on crût me faire une grande grâce. Il est vrai qu'on me désire à Cassel, qu'on m'en a écrit il y a deux ans, et ce que le marquis m'a dit de la landgrave (3) m'a singulièrement flatté. Mais je lui ai répondu que je ne pouvois y songer et que M. de Vergennes m'off'ênseroit, s'il m'en faisoit la proposition. Tu connois mon système à cet égard : je veux être libre ou brillamment enchaîné ; de l'ambition ou un chou

(1) Comme successeur du marquis de Vérac, auprès duquel, on s'en souvient, le clievalier de Corberon avait passé deux ans en qualité de conseiller do légation.

(2) On a vu dans l'introduction au tome \" que le chevalier de Corberon avait été avisé, le 26 août 1779, de sa nomination comme ministre plénipotentiaire du Roi auprès du duc des Deux-Ponts; il touchait les appointements de cette place depuis le 1" octobre de la même année.

(3) Philippine-Auguste-Amélie de Brandebourg-Schwedt. née le 10 octobre 1745, mariée depuis le 10 janvier 1773 à Frédéric II, landgrave de Hesse-Cassel.

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