ANNÉE 1780. — VENDREDI, 13 OCTOBRE
occupations de ma place, la discrétion et le silence sur des aflairos qui me sont personnelles. Le comte m'a répondu en minterrompant sur ma confidence dont il se doutoit, qu'il y voyoit avec plaisir une nouvelle preuve de mon honnêteté et (ju'il éloit sensible à ma confiance. Il a même été au-devant de mes désirs, en me proposant ses services, relativement à ce que je lui confiois, en écrivant à M. de Vergennes (1). « Je ne vous aurois pas laissé partir, a-t-il ajouté, sans vous remettre une lettre pour le comte de Vergennes, dans laquelle je vous rendrai le témoignage qui vous est dû; mais, si vous le désirez, je lui parlerai de votre affaire et je dirai ce que je pense sur la famille de ces dames, à laquelle je suis attaché, et dont je connoissois et estiniois particulièrement le père. » Je l'ai accepté, et le comte Panin a continué de ni'entretenir avec intérêt sur mes arrangemens. Je lui ai recommandé les affaires de ces dames ; il m'a promis de s'y intéresser. J'ai ajouté que lorsque j'aurois le consentement de mes parens, je l'enverrois ici à ces dames, et que je le priois de le recevoir sous son couvert : ce qu'il a accepté de la meilleure grâce possible (2). Il m'a donné rendez-vous chez
(1) Pour obtenir l'agrément du Roi et le consentement des parents du chevalier à ce mariage.
(2) Voici la lettre que Panine écrivit au chevalier de Gorbcron, le H mai (v. st.) 1781 : « C'est avec un plaisir infini, Monsieur, que j'ai appris le succès de vos démarclics auprès de vos parens pour les faire consentir à votre union avec Mllo de Behraer. Si l'objet de votre choix leur étoit aussi parfaitement connu qu'ill'est ici, je suis sûr que vousn'auriés {sic) eu aucunes difficultés à combattre à cet égard. Je vous félicite de les avoir enfin aplanies, et je me tlattc que cela servira autant à la satisfaction de votre famille qu'à la vôtre même. J'ai fait du consentement, signé par vos parens, l'usage que vous m'en avés indiqué, en le faisant remettre à Mines de Behmer. S'il tenoit à moi de liàter l'instant de votre réunion, l'intérêt que vous me connoissez pour vous, aussi bien que pour cette famille, vous répond que j'en aurois fait l'objet de tous mes soins; mais des raisons de santé m'obligent d'aller passer la belle saison sur mes terres, qui sont, comme vous le savez, très éloignées de Pétersbourg; je suis à la veille de mon départ et je ne puis contribuer que de mes vœux à la cessation des embarras qui retiendront Mme de Behmer encore quelque tems ici. Je ne
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lui mardi prochain, et comme je lui ai dit, que je comptois partir lundi, il m'a répondu que cela étoit impossible. Alopéus m'a appris que c'étoit mon présent qui retardoit mon départ.
J'oubliois de te dire que le prince Kourakin me dit chez le comte Panin : « Monsieur le chevalier, je crois que Leurs Altesses Impériales vous ont témoigné verbalement le regret qu'elles ont de vous perdre, et elles en ont encore parlé en arrière de vous. » Je lui ai répondu que j'étois on ne peut pas plus sensible à leurs bontés. J'en ai parlé au comte Panin, qui m'a répété qu'il connoissoit la façon de penser de Leurs Altesses sur mon compte, et que d'après cela il étoit persuadé que dans tous les temps jeteur serois attaché et fidèle. Cette dernière expression m'a surpris, puisque l'on n'est fidèle qu'à son souverain ou sa maîtresse.
J'ai été de là chez le comte Ostermann, qui a reçu ma confidence avec le même intérêt, et lorsque je Fai prié de n'en point parler à M. de Vérac, en lui disant que je ne comptois pas le faire, il m'a répondu : « Pourquoi lui en parleriez-vous? Il n'est ni votre père, ni votre mère, et vous ne lui devez rien. » La même réponse m'a été faite par le comte Panin, et les deux ministres m'ont promis de ne lui en pas parler. [Cela prouve, mon ami, le peu de cas et d'estime qu'ils ont pour le pauvre marquis. Sa liaison extrême avec les Cobenzl, qui l'ont engagé à recevoir les Harris chez lui, le conduit avec ses enfans chez le ministre d'Angleterre. Les François en sont indignés,
puis finir sans exprimer tout le gré que je sçais à M. le comte de Vergennes de la part qu'il avoit prise à cette allaire. .le vous prie de l'assurer que ce procédé met le comble à l'estime infinie que je lui porte, et d'être bien persuadé vous-même que je ne cesserai jamais de m'intéresser très vivement à tout ce qui pourra vous arriver d'iieureux, et que je saisirai avec empressement toutes les occasions do vous prouver les sentimens d'estime et de considération avec lesquels je suis. Monsieur, votre, etc. »