‹ Un divorceChapitre 20 sur 25 · iO UN wn^on · texte numérisé non relu

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ces bourreaux de vertu, à retarder au moins sa défaite; il se cramponne aux meubles, à la cliair , aux vètemens ; il mord, il égraligne ; puis il éclate en rires frénétiques; il répond aux gaillardises, il se soumet, il approche de sa destination. Une femme sans chaussure ni corset, lui apparaît dans l'ombre de l'alcôve, le visage tourné vers la muraille, les cheveux dénoués , les seins battans, la posture inspiratrice Aussitôt les lumières s'éloignent , et la porte se ferme derrière lui.

— Eh bien! trouvez- vous là dedans un sujet de vaudeville ou d'opéra comique? dit M. Bourbier ramassant l'or à deux mains : c'est la Servante maîtresse j avec des variantes. La coquine a prouvé le proverbe : Ce que femme veut , Dieu le veut, La revanche, messieurs.

— Admirable! la fin de l'aventure est digne du commencement! continuèrent les auditeurs de M. Bourbier, moins intrigués du jeu que des résultats du tête-à-tête. Quoi ! la Lionne fait divorcer les époux! Comment! Félix est prude à ce point-là ? Le beau Narcisse , cette fois , ne causera pas la mort d'Echo. Un pari à tenir : le maître reprendra-t-il la fille à son service particulier? — Non. Si. — Félix a la manie d'épouser : s'il allait nous enlever notre modèle? David lui intenterait un procès, Girodet le provoquerait en duel. J'entends la Lionne rugir. Pueri, spargiie nuces. Bien, Lionne! On devrait promulguer une loi qui dé-

fendît aux peintres de se marier : le mariag-e tue le génie. Le Bourbier est un gouffre : on gagnerait ]jlulùt le diable! Je gage avaler un bowl de jninch avec le bowl de porcelaine! Palmier, où se couehe-t-on chez toi? Depuis une heure et demie que la reconnaissance dure, nous perdons notre temps et notre argent. A nous maintenant^ mes petites chattes.

Un bruit confus et croissant tire Félix de sa léthargie extatique; un remords, un saisissement déboute l'arrache aux bras parfumés qui l'enlacent ; il s'élance à bas du lit. La porte s'ouvre avec fracas aux rires indiscrets de cette jeunesse éleetrisée, au cliquetis de fines ironies. Une rangée de tètes ferme l'entrée de la chambre en amphithéâtre; les yeux et les flambeaux brillent dans la direction de la couche foulée, où se dresse en bondissant une fille presque nue qui écarte ses tresses noires et montre sa figure enluminée. Félix , assis dans un fauteuil , tient son front dans ses mains.

— Dis-nous , la Lionne , demande M. Bourbier qui s'avance en vainqueur prêt à monter au Capitoîe, es-tu contente de moi? es-tu contente de lui? Tu ne l'as donc pas dévoré? Un lion à la Lionne!

— Messieurs, permettez-moi de me retirer : c'est mal à vous d'avoir forcé la consigne : ce n'est pas ga/iant, au moins. Laisse-moi!

A cette voix claire et accentuée , M. Revel trcm-

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Lia de tout son corps, écarta ses mains, et fixa un regard effaré sur cette dévergondée qui luttait en jupon court avec plusieurs assaillans et s'abandonnait en éclats spasmodiques. Félix fut à l'instant désenivré : il vit, il pensa; il se frappait le crâne en gémissant. Il se leva lentement, s'avança d'un pas ferme au milieu des quolibets et du jargon de mauvais lieux :

— Mariette , dit-il , avec une indignation calme , qu'avons-nous fait? je suis devenu votre complice. Adieu, messieurs. Je ne vous adresse pas de reproche : cette malheureuse a toujours conspiré contre mon bonheur. Mais je ne veux pas rester son débiteur.

Ces derniers mots furent prononcés avec le mépris sur les lèvres , dans la voix et dans le regard, un mépris profondément senti; puis il sortit en lui jetant une pièce de cinq francs.

Mariette pleura.

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