‹ Un divorceChapitre 21 sur 25 · UNE PAGE D'HISTOIRE · texte numérisé non relu

UNE PAGE D'HISTOIRE

Eh! que pouvions-nous faire?

Exposer, sans secours , à la clarté des cieux , A vingt mille ennemis acharnés, furieux. Et notie désespoir , et notre petit nombre.

G. Ozanni:aux.

C'en est fait : le 10 mars 1814 le divorce a été prononcé. Il n'y a plus même de recours en appel j la loi a permis, l'officier civil a interprété la loi. Tous les liens que la société a formés sont rompus entre Adeline et Félix j la loi mèraC;, qui a hérité de l'église le pouvoir de lier et de délier, s'est déclarée impuissante à renouer la chaîne conjugale : le divorce est au complet. Adeline a vingt fois senti faillir son courage j vingt fois elle fut sur le

point de renier son consentement^ de défendre ses droits et ceux de son fils ; vingt fois elle s'est repentie de sa faiblesse condescendante : mais lorsqu'elle a songé au repos , au bonheur de son mari qu'il s'agit d'assurer par une séparation nécessaire ^ elle ne balancé plus; elle s'est immolée, sans se plaindre à d'autres qu'à Dieu. — Ah ! monsieur, un instant, une minute encore! a-t-elle dit seulement au maire qui commençait la formule du divorce; puis elle a rassemblé ses forces d'amie et d'épouse pour n'expirer pas à ce coup suspendu depuis une année. Elle a écouté dans un morne accablement la sentence inévitable; elle a dissimulé ses larmes qui retombaient en dedans plus amères. On vient de lui ravir le nom de Revel qu'elle était fière de porter , on vient de la condamner à un veuvage éternel. Elle se contraint encore. Mais sa douleur, une fois renfermée dans l'enceinte de l'Abbaye-aux-Bois, est terrible, implacable, prodigue en sanglots et en lamentations. Elle accuse le ciel et la terre; elle se maudit tout haut; elle veut faire pénitence de ses fautes : elle se juge si coupable! — Mes sœurs, une robe noire, un voile blanc, un rosaire! faites-moi religieuse! J'ai bien pu prononcer moi-même mon divorce, je pourrai prononcer mes vœux! On lui promit, sans la consoler, de l'admettre dans l'ordre après un bref noviciat. C'étaient quatre mille livres de rente via gère qu'on daignait acquérir à la communauté avec sœur Adeline.

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