ACTE DEUXIÈME
CERIZET.
Je ne ris jamais quand j'exerce. Et ici, j'exerce ; vous refusez ?
JEANROD.
Je refuse... vous cacher c'est trop dangereux... Si l'on apprenait, songez donc...
CERIZET.
Cependant...
JEANROD.
Non, monsieur, pas cela; trouvons autre chose... je pourrai, par exemple, vous raconter ce que j'aurai vu et entendu...
CERIZET.
C'est une idée.
JEANROD.
Et si monsieur veut revenir demain...
CERIZET.
Demain, ce serait trop tard. II faut que mon article paraisse demain matin.
JEANROD.
Alors, à l'issue de la réunion, vers minuit.
CERIZET.
A minuit, soit!... (a port.) Comme ça, j'arriverai bon premier. Mon nouveau patron jubilera; ça donnera des regrets à l'ancien qui m'a balancé.
JEANROD.
Mais, monsieur s'engage à ne pas me trahir?
CERIZET.
Pour qui me prenez-vous ? (Regardant autour de lui.) Très beau, ici... C'est dans ce hall que le comte de Véran a été assassiné ?
JEÂNROD.
Oui! monsieur, à la suite d'un souper donné en l'honneur de mademoiselle Rose Morgan et pour fêter l'anniversaire de leur première rencontre.
CERIZET, écrivant.
Vu le hall et la table du souper, (parié.) Dites donc... un gaillard sans préjugés, votre maître... j'aime ça, moi ! Un souper pareil au domicile conjugal!... et sa femme tolérait?...
JEANROD.
Elle ignorait... Madame la comtesse habitait le plus souvent son château des Closeries, près de Rambouillet, avec son fils [et ne venait que rarement à Paris. Et puis, son appartement est dans l'hôtel, tandis que nous sommes ici dans une dépendance que M. le comte, condamné par de fréquentes attaques de goutte à rester chez lui, avait fait décorer à son usage.
CERIZET.
Une vraie tour de Nesleî... Et vous n'avez aucune idée des circonstances dans lesquelles s'est produit cet affreux événement?
JEANROD.
Aucune. J'ai servi à minuit. A trois heures, tout le monde s'est retiré sauf mademoiselle Rose Morgan qui n'est partie qu'une heure plus tard.
CERIZET
Une heure plus tard!... Mais alors, c'est elle qu'on aurait dû arrêter.