‹ Un éclair avant la foudre ou Le communisme et ses causesChapitre 106 sur 162 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

entre nous soit dit , nous exploitons tout cela comme notre chose.

l'un.

C'est un mystère qui passe ma raison ;il faut que ce peuple soit prodigieusement abêti depuis que vous l'avez fait Dieu.

l'autre.

Profond penseur, vous savez bien, et quelle démonstration magnifique n'en avez vous pas donnée ! que l'homme-bête est beaucoup plus près de la nature que l'homme civilisé. Aussi le progrès en ce sens du peuple français est-il si rapide, que le chef de l'état vient de nous prier de le tempérer un peu ; et voilà pourquoi , après nous être consultés, nous venons de lui administrer la profession de foi de votre Vicaire savoyard , comme une potion calmante.

l'un.

Comment donc ? une potion calmante î prenezvous donc mes œuvres pour une boutique d'apothicaire?

l'autre.

Non pas certes , mais pour la vraie pharmacopée des âmes et des peuples , selon le langage antique: il y a tant de douceur et de vertu dans vos doctes médicaments !

2 10 le communisme et ses causes.

l'un.

Mais de quelle maladie s'agit-il donc ?

l'autre.

Je vous l'ai dit : d'un progrès si accéléré qu'il ressemble beaucoup à la fièvre chaude et qu'il menace de tout emporter. On appelle ce mal Communisme. C'est une suite de doctrines mal digérées, une impétuosité d'humeurs qui veut abolir la propriété et proclamer la communauté des biens et des femmes.

l'un.

Mais si ma science des âmes est tout ce que vous dites, il m'est avis , et je l'ai montré dans mes plus éloquents et mes plus doctes écrits, que cette maladie ressemble beaucoup à la santé. C'est l'homme dans l'état de nature, l'homme normal , et moimême j'ai écrit ces lignes profondément humanitaires, en tète de la seconde partie de mon discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes :

« Le premier qui , ayant enclos un terrain, s'a- « visa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens « assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur « de la société civile. Que de crimes , de guerres, « de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût « point épargnés au genre humain celui qui, arra- « chant les pieux ou comblant le fossé , eut crié à ses « semblables : Gardez-vous d'écouter cet imposteur' « Fous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont « à tous et que la terre n'est à personne. »

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