PREMIERE PARTIE
J'ai dit aussi, dans la première partie du même discours, que la communauté des femmes, dans la vie des bois, serait incomparablement plus morale que ce qui se passe dans les sociétés que nous appelons civilisées ! Et je ne vois pas vraiment ce que vous avez pu trouver de contradictoire et d'opposé dans la profession de foi de mon Vicaire savoyard. On me reproche bien assez de contradictions réelles, sans que vous veniez encore me prêter celle-là.
l'autre.
La profession de foi de votre Vicaire est le meilleur de vos ouvrages, (i) Vous y combattez l'athéisme ; vous y reconnaissez Dieu ?
l'un.
Oui , mais le Dieu de la nature , un Dieu d'où l'on retranche tout ce qu'on ne comprend pas, comme l'éternité, l'infini; un Dieu qui ne combat pas nos penchants , que lui-même nous a donnés et qui s'allient parfaitement, dans la conscience des hommes comme moi , avec la communauté des biens et avec celle des femmes, comme le prouve assez
(1) Qu'on juge des autres; et pourtant les professeurs de l'état les recommandent à l'envi , l'Emile et l'Héloïse même , où il embrasse avec chaleur , dit le Manuel de philosophie approuvé pour tous les collèges, la cause du spiritualisme. « Ce qui inspire leur « pensée et leurs livres, » dit en parlant de Rousseau et des autres écrivains de la même époque le grand inspecteur Matter], « c'est le « sentiment des injustices qu'a subies l'humanité; c'est la conscience ■ des prérogatives qu'elle a perdues et que redemande la raison. »
la conduite que j'ai tenue et que j'ai supposée à mon Vicaire savoyard, pour plus de ressemblance. Il s'en explique lui-même, on ne peut plus clairement (page i3): «On nous dit que la conscience est « l'ouvrage des préjugés ; cependant, je sais par mon « expérience qu'elle s'obstine à suivre l'ordre de la « nature contre toutes les lois des hommes. On a beau « nous défendre ceci ou cela , le remords nous re- « proche toujours faiblement ce que nous permet la « nature bien ordonnée, à plus forte raison ce qu'elle « nous prescrit. O bon jeune homme ! elle n'a rien « dit encore à vos sens (et je lui avais déjà compté, et par le menu, toutes mes fredaines en ce genre, sans qu'il les désapprouvât, parce qu'elles étaient aussi les siennes); «souvenez-vous qu'on l'offense « encore plus quand on la prévient que quand on « la combat. »
l'autre.
Je sais bien que votre Dieu est comme le nôtre, Dieu , nature , humanité , et que nos professeurs en tirent, avec précaution pourtant, les mêmes conséquences ; mais pour le peuple, qui vit de fictions , le nom est tout, et peu importe la chose. Vous admettez aussi la spiritualité de l'âme.
l'un.
Il est vrai , je parle là-dessus comme sur beaucoup d'autres choses , mais je dis en termes exprès quey'e sais que l'âme est , sans savoir son essence , et