‹ Un éclair avant la foudre ou Le communisme et ses causesChapitre 127 sur 162 · TION DU GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

TION DU GOUVERNEMENT

Donc, l'état est le maître suprême de tous les rapports de l'Église avec son chef, des évêques avec le Pape, des fidèles avec le pasteur souverain que leur a donné Jésus-Christ même ; donc, il est le maître suprême de la juridiction spirituelle, de la mission , de l'enseignement , de la communion et de l'unité de l'Église , et en décide avec une souveraine AUTORITÉ.

« Aucun individu se disant nonce , légat , vi- « caire ou commissaire apostolique , ou se prête valant de toute autre dénomination , ne pourra, « sans la même autorisation, exercer, sur le sol fran- « çaîs ni ailleurs, aucune fonction relative aux af- « faires de l'Église Gallicane.» Donc encore, aucune juridiction, aucun apostolat, aucune mission spirituelle que sous le bon plaisir de l'état. Saint Pierre »t saint Paul avaient besoin de l'autorisation de Néron pour venir à Rome, et de celle des proconsuls des Gaules et de l'Espagne pour envoyer des évêques et des missionnaires à ces pays.

« Les Décrets des synodes étrangers , dit l'ar- « licle 3 , même ceux des conciles généraux , ne

« POURRONT ÊTRE PURLIÉS EN FRANCE AVANT QUE LE «GOUVERNEMENT EN AIT EXAMI-NÉLA FORME, LEUR

G CONFORMITÉ AVEC LES LOIS , DROITS ET FRANCHISES « DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE, ET TOUT CE QUI, DANS « LEUR PUBLICATION, PEUT ALTÉRER OU INTÉRESSER LA « TRANQUILLITÉ PUBLIQUE. »

«Aucun concile national, dit l'article 4 > ou « métropolitain, aucun synode diocésain , aucune « assemblée délibérante, n'aura lieu sans la permission expresse du gouvernement. »

Donc encore , l'état est le maître absolu de l Eglise , de sa constitution divine, de sa discipline, de son dogme et de sa morale ; le juge souverain et

ABSOLU DES CONCILES OECUMÉNIQUES EUX-MEMES. Donc,

il est l'unique et souverain propriétaire des consciences et des âmes.

Que dire, après cela, de l'article 6, qui attribue à des commissions laïques et gouvernementales, à des tribunaux exceptionnels, les appels comme d'abus concernant les mandements des évêques , les prédications de leurs prêtres, les refus de sépulture ou de sacrements? etc.

De l'article 20, qui assigne aux évêques, comme aux forçats libérés, leurs diocèses pour lieux de résidence, et leur défend d'en sortir sans la permission du premier consul ?

Des articles 22 et a3 , qui vont jusqu'à interdire à toute une classe de prêtres toute fonction spirituelle , et qui exigent que les règlements des séminaires soient approuvés par le premier consul?

De l'article 20, qui enjoint aux évêques de n'ordonner que le nombre de prêtres agréés par legou-

vernement et aux conditions qu'il fixe , ce qui est attaquer l'enseignement dans son moyen essentiel, puisque l institution du sacerdoce, chez les chrétiens, na pour objet que V enseignement et le culte , dit M. Portai is lui-même dans son exposé des motifs en faveur de cette loi?

De l'article 36, qui fait pourvoir au gouvernement des sièges vacants par le métropolitain ou par le plus ancien des évèques suffragants, et donne juridiction aux vicaires généraux, après la mort de leur évêque titulaire, jusqu'à remplacement, ce qui est contraire à toutes les lois canoniques ?

De l'article 38, qui soumet à l'autorisation du gouvernement, et l'établissement des chapitres, et le nombre , et le choix des ecclésiastiques destinés à les former, contre l'article 1 1 du Concordat, qui ne demande pas une telle autorisation ?

De l'article 3o,, qui ordonne qu'il n'y ait qu'une liturgie et un catéchisme pour toutes les Eglises de France? (i)

Des articles 12 et 49, prescrivant les costumes ecclésiastiques et les dénominations à donner aux évêques?

De l'article 45 , qui défend la publicité du culte catholique hors de ses temples, dans les villes ou il y a des temples destinés à d'autres cultes ?

(1) Nous voyons, par les Discours, Rapports et travaux inédits de J. C. M. Portalis, publiés par son pelit-lils, que le citoyen ministre faisait travailler dans ses bureaux à eetle liturgie, comme il avait fait travailler au catéchisme.

De l'article 52, qui défend les attaques contre les autres cultes, et par conséquent, à la vérité de se défendre, d'attaquer l'erreur et d'instruire les fidèles?

De l'article 54, qui défend de célébrer le mariage religieux avant le mariage civil, et qui force souvent des Français catholiques à aller, sous peine de salut, se marier religieusement en pays étranger ?

Et comme les contradictions et l'absurde sont inséparables de l'arbitraire , de la tyrannie et de toute espèce de communisme, que dire de l'article 24 > qui oblige les évêques et les professeurs de leurs séminaires à souscrire et à enseigner la déclaration de 1682? La déclaration de 1682! mais elle enseigne en termes exprès et comme son premier principe, qu'au bienheureux Pierre, et à ses successeurs les vicaires de Jésus-Christ, et à V Eglise elle-même , a été confié par le Seigneur le pouvoir des choses spirituelles et appartenant au salut (art. Ier); mais elle enseigne qu'au siège apostolique et aux successeurs de Pierre, vicaire de Jésus-Christ , appartient le pouvoir pleo et entier des choses spirituelles (2e art.); de telle sorte, néanmoins, que force et stabilité demeurent en même temps aux décrets sur F autorité des conciles généraux portés par le saint et œcuménique concile de Constance. Or, ces décrets sont ainsi conçus: « Quiconque , de « quelque condition, état et dignité qu'il soit ,Jût-il « pape (et à plus forte raison fùt-il roi, consul, « procureur général, ministre, gouvernement), dé- « daigne avec opiniâtreté d'obéir aux ordres et

« aux décrets sur la foi ou sur les mœurs de ce sj- « node, et de quelque autre concile œcuménique « que ce soit, légitimement rassemblé, qu'il soit « soumis, s'il ne vient à résipiscence, à une pénitence « proportionnée, et qu'il soit puni comme il le mi - « rite, (i) » Mais elle enseigne enfin (art. 3 et 4-) que tout dans l'Eglise doit se régler d'après les canons des conciles, et que, dans les questions de foi,

C'EST AU PAPE PRINCIPALEMENT Qu'lL APPARTIENT DE

juger; QUE SES DÉCRETS sont obligatoires pour

TOUTES LES ÉGLISES ET POUR CHAQUE ÉGLISE EN PAR- TICULIER; QUE SON JUGEMENT MÊME DEVIENT IRREFOR-

mable (ou de foi), lorsque le consentement de l'Église s'y est joint ; de sorte que cet article i!\ des Organiques est évidemment la contradictoire et la réfutation parfaite de tous les autres.

Il y a plus: la déclaration de 1682 tient à la doctrine; ses quatre articles sont même de foi, selon le Manuel de M. Dupin, et pourtant elle a été cassée, annulée, condamnée solennellement par plusieurs décrets des souverains pontifes, qui ont,

(1) Si ce sont là autant de lois de l'état, comme le veulent MJF. Portalis, Dupin, et comme le proclamait en son temps feu M. Martin du Nord , comme la loi est égale pour tous , nous voilà donc tous obligés à être catholiques, à nous soumettre au pape, aux évèques et aux conciles, sous peine d'être punis comme nous le méritons, au jugement sans doute de l'Église. Que devient alors la liberté des cultes? Et c'est à ces contradictions palpables que, pendant près de 50 ans, on nous a fait prêter serment, et qu'on nous a forcés de soumettre nos intelligences ! 0 justice de Dieu ! Parlons maintenant de libre examen, de contrôle . d'indépendance ?

d'après elle, la principale autorité dans l'Église, et à qui toutes les églises, en général, et chacune en particulier , sont tenues d'obéir. A ce jugement s'est joint le consentement de toutes les églises du monde, de Bossuet même et des évéques de France, qui ont déploré, dans une lettre écrite au pape, la part qu'ils y avaient prise, ce qui rend ce jugement irréformable. Cette déclaration de 1682 est donc, selon elle-même, nulle, cassée, condamnée , abrogée ; on ne peut plus même l'admettre sans être obligé de la rejeter, l'approuver sans être forcé de la réprouver, en adopter les principes sans être obligé de la condamner, ainsi que tous les autres articles organiques, puisqu'ils organisent, comme le marque leur nom , ce qu'aucun état temporel, aucun gouvernement civil , aucun pouvoir royal, impérial ou républicain, ne peut entreprendre d'organiser , sans fouler aux pieds les droits les plus divins, les plus imprescriptibles de l'homme et du citoyen , sans poser la base du plus absurde et du plus sacrilège communisme.

Mais écoutons comment s'explique, sur ces envahissements et cette tyrannie , le savant avocat général que nous avons déjà cité :

« A l'époque de la loi du 18 germinal an X (Art. « organ.), l'on proclamait, dit-il, le droit, comme « aujourd'hui, avec l'intention avouée de le contre- « dire ; on reconnaissait le principe de la liberté « religieuse, et on faisait de la religion un rouage « de la machine politique, un instrument de servi-

58 LE COMMUNISME ET ses causes.

« tude. Pour connaître la pensée du maître, il suffi- « rait , sî les actes ne la publiaient assez, de lire le « célèbre discours de Portalis sur l'organisation des « cultes. Le despotisme s'y montre a décolvert,

Page 1