‹ Un éclair avant la foudre ou Le communisme et ses causesChapitre 139 sur 162 · QUATRIEME FAIT , OU QUATRIEME EXEMPLE DE COMMUNISME · texte numérisé non relu

QUATRIEME FAIT , OU QUATRIEME EXEMPLE DE COMMUNISME

L'état, par le monopole de tout V enseignement littéraire et scientifique , a mis le comble au communisme des intelligences.

Dcus mundum tradidit disputalioni

eorum.

Dans tout ce qui est étranger à la révélation, Dieu a livré le monde à la liberté des opinions. (Ecclcs. , cli. 3. o. 11.)

Il estévident, pour touthomme de bonne foi qui veut réfléchir, que les langues et leurs littératures , les sciences et leurs découvertes , l'histoire , ses faits et leurs causes, appartiennent à la liberté; et qu'à l'exception de la religion révélée , dont nous avons prouvé que l'Église catholique avait reçu de Dieu lui-même le dépôt sacré, pour le transmettre librement par un enseignement infaillible à qui librement veut la connaître et la croire , tout le reste constitue le libre domaine des intelligences , la propriété naturelle et inaliénable de l'esprit humain, le champ sans limites livré par la Providence elle-même aux opinions individuelles et aux labeurs libres de l'humanité.

Il est plus évident encore que si l'état a le droit de défendre la société par des lois pénales, contre l'abus qui pourait être fait de ces biens, par qui les tournerait contre Tordre ou la liberté des autres, il n'a aucun droit de propriété ni de haut domaine sur eux, et qu'il ne peut, sans un despotisme inouï, sans proclamer le communisme le plus sauvage, s'en emparer comme de sa chose, les réglementer, les asservir, en disposer au gré de ses caprices, de ses passions ou des intérêts privés de ceux qui le composent.

Et de qui l'état pourrait-il tenir un droit si étrange, une semblable autorité?

— De Dieu? où sont les preuves? Les révélations admises par l'immense majorité du monde civilisé proclament au contraire que Dieu a livré toutes ces choses à la liberté des opinions humaines : mundum tradidit disputationi eorum....

— Delà nature? Tous ces biens, par leur nature, sont indépendants des états, antérieurs aux gouvernements; les gouvernements et les états n'ont sur eux, ni de près ni de loin, aucun droit d'auteur, et par conséquent, aucune autorité. Dons de Dieu, œuvre du temps, fruits de l'expérience îles âges, héritage des siècles , des peuples et des générations qui ne sont plus, ils sont la propriété de chacun et de tous , l'apanage inaliénable de l'humanité tout entière. Est-ce que le pâtre qui fouille en sifflant les ruines de Ninive ou de Babylone, ou qui trouve une idée en contemplant, dans une mysfé-

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rieuse extase, les beautés du firmament ou les merveilles de la nature, est redevable de ses découvertes à M. Cousin, ou à M. Thénard, ou à un état quelconque ?

Est-ce que le poëte qui sent son oreille et sa voix enfanter d'imitatives cadences et des flots d'harmonie, ou son âme s'élever au plus haut des cieux sur les ailes du génie, est redevable à l'état ou à M. Villemain de son génie et de sa voix ?

Est-ce que le généreux adolescent qui suit Tacite dans les forêts de la Germanie, en sentant battre son cœur au récit des mâles vertus de Germanicus, est redevable à l'état ou à M. St-Marc des hauts faits du héros romain, ou des sombres et pittoresques tableaux de l'auteur des Annales ?

Est-ce que l'enfant qui essaie d'épeler sur les genoux de sa mère les mots de la langue par laquelle elle lui apprend à bénir Dieu et à aimer son père, est redevable à l'état ou à M. Rendu, et de l'alphabet, et des mots de la langue française ?

Les états n'ont donc rien à revendiquer dans toutes ces choses, rien à y prétendre. Les récompenses, ce sont l'or et les faveurs de nos budgets qui en sont et le fond et la source ; et la gloire, la renommée , ce noble salaire des âmes généreuses, est l'œuvre encore de l'humanité tout entière.

— Serait-ce de l'institution et de la responsabilité même des états et des gouvernements que leur viendrait ce droit ? Mais en quoi consistent-elles? Quel est le but de tout état ou de tout gouverne-

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ment? d'assurer à tous et à chacun l'exercice de leurs droits naturels et imprescriptibles, la libre possession et la jouissance même de tous ces biens. Or, un simple droit de police et de tradition des coupables devant les tribunaux , s'il y a crime ou délit , c'est-à-dire , lésion des droits des autres et empêchement de la jouissance par eux des mêmes biens , suffit aux états ou aux gouvernements pour atteindre leur fin en ces matières. Aller au delà , c'est transformer le moyen en but ; c'est proclamer que les peuples, leurs droits, leurs libertés, leurs âmes même , sont faits pour les états et les gouvernements, et non les gouvernements et les états pour les peuples et la conservation de leurs droits, de leurs libertés, et des plus saintes propriétés de leurs âmes; c'est renverser de fond en comble toutes les notions données sur les états et les gouvernements par la foi, par le bon sens, par le témoignage et la raison de tous les pays et de tous les siècles.

Ces prétendus droits de l'état sur l'enseignement viendraient-ils donc enfin d'une convention , d'un pacte social ? Quelle convention ? quel pacte social ? où est-il? par qui a-t-il été formulé? quelles en sont les stipulations et les clauses , les signataires et les témoins ? Mais qui donc aurait pu y consentir pour lui-même et aliéner ainsi, non plus la liberté de son corps et de ses actions , mais sa dignité naturelle, sa liberté morale, son esprit, sa conscience, son âme, tous les droits que la nature,

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la raison et la foi ont déclarés à l'envi inaliénables à jamais, à jamais imprescriptibles? La seule hypothèse d'un pareil contrat ne serait-elle pas le comble de l'absurdité ? Et où donc , en quel pays, en quel siècle trouver un peuple descendu assez bas dans l'échelle de la liberté , de la dignité et de l'honneur, pour livrer ainsi en propriété à un état ou à un gouvernement , fût-il de son choix , sa langue, sa poésie , son art oratoire, les sciences, son histoire, sa civilisation, la liberté, la vie de son intelligence , l'âme et la conscience de chacun des citoyens qui la composent? Où trouver un peuple assez abâtardi, assez dégradé, assez infirme intellectuellement, pour s'interdire ainsi lui-même, et se mettre en tutelle permanente sous un conseil de famille qu'on nommerait état ou gouvernement? Et c'est la France, le peuple de France, que des sophistes à la solde du plus hideux communisme , prétendraient s'être ainsi mis lui-même au ban de l'humanité , ainsi attaché de ses propres mains au pilori de l'infamie ! O Providence !

Non, il n'en est point ainsi; et la voix elle-même de ses révolutions donne un démenti solennel à l'imposture , à la calomnie.

« Si chacun a le droit de recevoir le bienfait de « l'instruction, » a proclamé la Constituante , par le rapporteur de son comité d'instruction publique, a chacun a réciproquement le droit de concourir a « la répandre. Car c'est du concours et de la riva- « lité des efforts individuels que naîtra toujours le

h plus grand bien. La. confiance doit seule déter- « miner le choix pour les fonctions instructiv « Tous les talents sont appelés de droit à disputer « le prix de l'estime publique. Tout privilège « t « par sa nature odieux ; un privilège en matière « d'instruction serait plus odieux et plus absuree « encore. » [Rapport de Talleyrand.)

a L'indépendance de l'enseignement, dans tout a ce qui s'élève au-dessus de l'instruction élèmen- « taire, «disait la Législative par un organe semblable, « fait en quelque sorte partie des droits de « l'esprit humain. » [Rapport de Condorcet.)

« La loi, «disait la Convention dans son projet de loi sur l'enseignement , avant la dictature de Robespierre , « la loi ne peut porter atteinte ad droit « qu'ont les citoyens d'ouvrir des cours et des èco- « les particulières et libres sur toutes les parties de a l'instruction , et de les diriger comme bon leur « semble. » (Art. 40

Et après Robespierre, dans une loi dont Daunou rendait ainsi compte : « Nous n'avons laissé que « Robespierre qui vous a aussi entretenus d'édu- « cation, et qui, jusque dans ce travail, a trouvé « le secret d'imprimer le sceau de sa tyrannie « stupide par la disposition barbare qui arrachait « l'enfant des bras de son père, et qui faisait une « dure servitude du bienfait de l'éducation.... Pour « nous , nous nous sommes dit : Liberté de l'cdu- « cation domestique ; lirerté des établissements « particuliers d'éducation ; nous avons ajoute « Liberté des méthodes instructives. »

SECONDE PARTIE. jftj

Et clans l'article 3oo de la constitution de l'an III : « Les particuliers ont le droit défaire des êtablis- « sements particuliers d'éducation et d'instruction;» et dans l'art. 355 : « Il n'y a ni privilège , ni ju- « rande, ni maîtrise, ni limitation à l'exercice de « l'industrie et des arts de toute espèce. »

<c 11 est libre, » disait Chaptal , sous le consulat , dans un projet de loi voté par tout le corps législatif, et dont il exposait ainsi la base , « il est libre à a tous les citoyens de former des établissements « d'instruction publique ; tout privilège est odieux « de sa nature ; il serait absurde en matière d'ins- « traction. »

« La loi , » disaient en 1802, au nom du gouvernement et des chambres, Fourcroy et Siméon , « la « loi, prenant ce qu'il y a de plus sage dans ïopi- « nion des meilleurs publicistes , savoir, qu'en ma- « tière d' instruction, il faut beaucoup laisser faire « aux particuliers... , favorise beaucoup plus qu'elle « n'établit, et déclare que les écoles ouvertes avec « succès par des particuliers , sont UNE PRO- « PRIÉTÉ fondée par leurs talents et consacrée « par la confiance publique , que la loi respecte. »

Enfin, aux premiers jours libres de 181 4> le gouvernement provisoire décrétait que rien n'était plus attentatoire aux droits de la puissance paternelle que les entreprises de l'état sur l'enseignement, que la prolongation d'un pareil désordre serait une véritable contradiction avec les principes d'un gouvernement libre ; qu'en conséquence, les

1 48 LE COMMUffISME ET SES CAUSES.

formes et la direction de V éducation des enfants étaient rendues à l'autorité des pères et mères ; et la charte de i83o posait pour condition du pouvoir , sinon , non , la promesse avec serment de pourvoir, par une loi, dans le plus bref délai possible, à l'instruction publique et a la liberté de l'enseignement.

La France n'a donc jamais ni cédé ni reconnu à l'état ou au gouvernement un droit quelconque de direction, de propriété , de souveraineté ou de monopole sur l'enseignement. La tyrannie seule, sous les traits de Robespierre, de Danton et de Napoléon , ou sous le couvert de deux ordonnances signées Feutrier et Portalis, s'en est emparée, donnant au communisme les bases les plus colossales, et foulant aux pieds tous les droits de l'homme et du citoyen , tout ce qu'on a jamais nommé liberté dans le monde ; la tyrannie seule , une tyrannie inouïe! Et c'est elle encore qui, s'appuyant sur ces précédents, mettant bas tous les masques, et changeant son vieux nom en celui de communisme, se cramponne à cette odieuse usurpation, pour préparer, étendre et justifier toutes les autres. Ne nous lassons pas de contempler cette œuvre immense du despotisme; et puisqu'elle est là, devant nous , menaçant et défiant encore toutes nos libertés , ne craignons pas de l'analyser, de l'approfondir, de montrer au grand jour comment, se mêlant à tout, elle sape par la racine tous les droits ; et faisons, s'il est possible, reculer de honte à cette

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vue, et les auteurs, et les dupes de cette grande cause , la plus rapidement féconde , de tous les communismes.

Créée par Robespierre , organisée par l'empire , en violation de toutes les constitutions et de toutes les lois , l'œuvre communiste par excellence est une immense maîtrise ou jurande , une vaste corporation (i) , renouvelant sous mille formes et sous mille noms tous les abus qui avaient fait inscrire dans nos constitutions : « Il n'y a plus, « pour aucune partie de la nation ni pour aucun « individu, aucun privilège ni exception au droit « commun de tous les Français. »

« Il n'y a plus ni jurandes , ni corporations de « professions, arts et métiers. »

« La loi ne reconnaît plus ni vœux religieux, ni « aucun autre engagement qui serait contraire aux « droits naturels ou à la constitution. »

Cette corporation a eu ou a pour noms : université impériale , université royale, université de France. Elle est chargée exclusivement de l'enseignement et de l'éducation publics dans tout l'empire. (Décret déformation.)

(1) Les qualifications de corps , de corps enseignant, de corporation, de corporation enseignante , sont données partout, dans tous les décrets, rapports, actes officiels, à l'université, depuis le premier rapport de Fourcroy , en 1S0G, jusqu'à ceux de MM. Broglie, Thierset Salvandy. «L'université, » disait M. deBroglie dans son rapport à la Chambre des pairs, « est une vaste corporation, « dont la hiérarchie s'étend à toutes les parties du territoire, et « dont les membres tiennent entre eux par les liens d'une étroite « solidarité. »

l5o LE COMMUNISME ET SES CAUSES.

Un grand-maître , nommé et révocable selon le bon plaisir de l'empereur, ou du roi , ou du président de la république , surveille et dirige toute la corporation, et en nomme, institue, punit ou récompense tous les membres. {Décret a" organisât, passim.)

Il fait serment d'obéissance aveugle au chef de l'état. {Décret du 17 septembre 1808.)

Chacun des membres de la corporation promet à son tour au grand-maître , obéissance sans aucune réserve, et par conséquent, aveugle aussi (1), dans tout ce qu'il peut lui commander pour le service du chef de l'état et pour le bien de renseignement , dont il est seul juge. {Décret d 'organisation art. l\\.)

Ils contractent, en outre, par serment, les obligations civiles, spéciales et temporaires (10 ans), qui doivent les lier au corps enseignant (art. 39.), et s'engagent à Vexacte observation des statuts et règlements de l'université, (art. 4o.) Un de ces statuts est ainsi conçu : « Art. 101. A l'avenir, et après « l'organisation complète de l'université , les pro- « viseurs et censeurs des lycées, les principaux et « régents descolléges, ainsi que les maîtres d'étude « de ces écoles, seront astreints au célibat et à la « vie commune. »

(1) Cette obéissance est plus aveugle que celle des corps religion et des Jésuites même , puisque , dans le vœu qu'ils en faisaient , il y avait toujours la réserve expresse : Pourvu que le commandement ne soit pas contraire à la loi de Dieu, et n'implique aucun péché, mime véniel.

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Ainsi , promesse d'obéissance à un chef unique, serment de stabilité , promesse de célibat, engagements abolis , prohibés en tant que reconnus par l'état , tels sont les liens de la corporation chargée de mettre en communisme, entre les mains de l'état, l'enseignement et les intelligences.

Elle a du reste une juridiction propre, privilégiée et exceptionnelle; un code pénal à part; des tribunaux jugeant à huis clos , sans débats contradictoires , sur de simples soupçons ou sur des dénonciations clandestines, et infligeant les arrêts, les réprimandes, les censures, les mutations pour des emplois inférieurs , la suspension des fonctions , la privation de traitements totale ou partielle, la radiation, l'incapacité à tout emploi public, la détention même d'un an. (Décret de i 8 1 1. art. 69. et Décret d'organisation, art. /J7-)

Le tout, sans lois , contre toutes les lois et contre toutes les constitutions.

Elle possède de plus en main morte une masse de biens fonds , dépouilles des anciennes corporations enseignantes, ou fruit de nouvelles dotations, sans compter les charges qu'elle fait peser, et sur les budgets, et sur les communes, et sur les familles ; car si ses membres font, non à Dieu, mais à un homme, vœu d'obéissance aveugle, vœu de célibat , vœu de stabilité, vœu d'obligations civiles et spéciales , ils ne font pas vœu de pauvreté.

Enfin, elle est constituée monopole, et monopole de l'enseignement; et son privilège le plus exor-

ît>2 LE COMMUNISME ET SES CAUSES.

bitant, \e plus odieux, le plus absurde, selon l'expression de toutes nos assemblées nationales, c'est de vendre y et de vendre, seule, tout l'enseignement, depuis l'alphabet jusqu'à Tacite, depuis le catéchisme jusqu'à la théologie, jusqu'aux grades de bachelier et de docteur dans cette science toute spirituelle , toute sacerdotale. « L'enseignement « public , dans tout l'empire , est confié exclusive- « ment à l'université, dit l'art. ierdu décret d'or- « ganisation. Aucune école , aucun établissement « quelconque d'instruction , ajoutent les art. i et 3, « ne peut être formé hors de l'université impériale « et sans l'autorisation de son chef. Nul ne peut « ouvrir d'école ni enseigner publiquement, sans « être membre de l'université et gradué par l'une « de ses facultés. »

D'où il suit que, prétendre séparer la corporation universitaire telle qu'elle est constituée, de l'idée de monopole , c'est en ignorer même les premiers éléments. Le monopole , c'est l'essence , l'âme de l'université actuelle, ou de l'état enseignant; c'est le monstrueux privilège, source de tous les autres, avec lequel elle est posée au milieu de la France, comme un bélier battant et renversant par leur base toutes les libertés publiques, tous les droits de l'homme et du citoyen, et constituant, sur la plus vaste échelle, la plus ignoble, la plus absurde des servitudes : celle de la pensée et de tout ce qui, par elle, tient à la conscience; réalisant en un mot, sur les propriétés intellectuelles, ce que le communis-

me , à son exemple, voudrait réaliser sur les propriétés matérielles.

En effet, devant cette corporation-monopole de l'enseignement, plus encore que devant le monopole des propriétés rêvé par le communisme, disparaissent, tronqués, anéantis , légalité devant la loi, la proportion dans les impôts selon la fortune de chacun, l'égale admissibilité de tous aux emplois publics, la liberté des cultes et de la conscience, la liberté des opinions les plus légitimes, la liberté de la presse , la liberté de l'industrie , tous les droits de l'homme et du citoyen.

i° L'égalité devant la loi.

Sa destruction par l'état enseignant ou l'université, est de la dernière évidence. L'université est d'abord une corporation, et une corporation privilégiée; et tout ce qui la constitue comme telle aux yeux de l'état étant une violation palpable de toutes les lois qui obligent et les autres citoyens et les autres associations, est par là-même le renversement de l'égalité. Qui dit monopole dit privilège, exclusion de tous au profit de quelques-uns , et par conséquent, destruction de l'égalité de tous devant la loi.

20 Parmi les privilèges interdits aux autres citoyens, et dont jouissent les membres de l'université , est le monopole , le droit de vendre seuls tout ce qui fait l'objet de l'enseignement: les langues , les

lettres , l'histoire , les sciences, la morale et la religion, toutes choses qui appartiennent à tous les hommes aussi rigoureusement que le droit de vivre en société, que le droit de chercher la vérité , de la faire connaître aux autres et de vivre par elle.

3° Cet objet nécessaire appartenant à tous , nonseulement l'université le vend et le vend seule, mais elle le vend, ou plutôt le communique, comme sa propriété, au prix qu'elle veut et au gré de ses caprices. Les citoyens ne peuvent le recevoir que d'elle, n'en jouir que par elle, ne le communiquer aux autres, quoique déjà mille fois payé , qu'à de nouvelles conditions pécuniaires et autres qu'elle impose, et qu'elle impose arbitrairement, sans lois et contre toutes les lois, (i)

(1) Nous avons énuméré ces conditions à l'égard des chefs de pensions et d'institutions, dans la Charte-vérité , ou le Monopote devant les Chambres (pag. 40 et 41.); les voici: 1° faire payer à la raison commerciale mère (l'université) , par tous ceux que vous voulez rendre participants de votre science , ce que vous lui avez payé vous-mêmes pour l'acquérir. (Décr. du 17 septembre 1S0S. art. 25.) 2° Faire approuver par le chef suprême de toute l'exploitation tous vos règlements de discipline. (17 mars 1S0S. art. 410 3e Faire porter à tous ceux à qui vous communiquerez l'instruction achetée par vous à si haut prix, la livrée de la maison principale, en signe de votre vasselage. (15 novembre 1S11. art. 21.) 4° Ado ses livres et ses programmes, conformer vos leçons et vos cours aux siens, ou lui conduire vos propres élèves (lbid. art. lô. et 17 et mars 1S08. art. 104.) 5° Recevoir ses inspecteurs aussi souvent qu'elle le trouvera bon. (lbid. art. 21.) G° Leur communiquu registres et les noms de tous vos commettants, tous les secrets de votre comptabilité et de votre industrie particulière, comme disait .M. de St-Marc Girardin et AI. le grand-maiire Villemain.

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4° La plupart de ces conditions , elle les impose aux autres et ne les subit pas : ce sont des certificats de moralité, des diplômes de grades (r) , des

{Mémoire des maîtres de pension, et commission du budget de 1839. Règlement du 15 novembre 1811. art. 118 et suiv.) 7° Subir l'interrogatoire de ses agents et le contrôle de vos propres élèves ; laisser ces agents fouiller dans vos classes, fouiller dans vos dortoirs, comme ceux du fisc cbez les marchands de vin et les cabaretiers. (Ibid.) S° Lui envoyer tous vos élèves, pour qu'ils s'approvisionnent chez elle de rhétorique et de philosophie , si vous n'êtes pas de plein exercice, faveur fort rare, sous peine pour eux de se voir fermer toutes les carrières libérales, celle même de l'enseignement. (Arrêté du Conseil impérial, royal, national. 17 juillet 1S3S). 9° Les lui envoyer tous de nouveau , de quelque nature que soit votre licence , pour que l'instruction que vous leur aurez donnée soit examinée, tarifée, pesée à ses poids, approuvée ou rejetée selon le bon plaisir de ses commissions, sous peine encore, à défaut de l'estampille privilégiée, de leur voir fermer, comme plus haut, l'entrée de la plupart des emplois et de toutes les professions libérales. (Décr. 1 7 mars 1S08. art. 2G, 27, 31.) 10° Fermer votre maison et mettre b clef sous la porte au premier ordre que vous en recevrez du chef de la raison commerciale ou de son conseil. (Ibid. art. 105.) 11° Leur payer, tous les dix ans, des droits de licence ou d'association , qui sont à Paris de 300 fr. pour les maîtres de pension, et de 600 fr. pour les chefs d'institution; dans les provinces, de 200 et de 400 fr. (Décr. 17 septembre 1808. art. 27.) Ces droits mêmes ont été , ce nous semble , augmentés depuis.

Si ce n'est pas là du monopole, et du monopole de la plus tyrannique et de la plus dégradante espèce, il faut déchirer tous les dictionnaires, renoncer à la valeur des mots et à toute idée d'indépendance humaine.

(1) Pour être de plein exercice , un établissement privé doit avoir pour chef un licencié es lettres , ou un bachelier es lettres et es sciences, un professeur de philosophie et un professeur de rhétorique également licenciés , sans compter les bacheliers ; or , M. le grand-maître Villemain , dans son rapport de 1843, avoue que, sur les cent quarante-huit collèges de premier ordre , ou de plein exer-

id6 le communisme et ses causes.

brevets spéciaux de capacité, des déclarations de ce qui se passe ou s'est passé au plus intime de la conscience entre Dieu et l'homme. Elle inspecte , surveille , dénonce , poursuit et juge les autres , et elle n'est inspectée, surveillée , jugée que par ellemême. Elle impose aux autres, à toute la jeunesse, à tous les collèges, à toutes les communes, à toutes les familles , ses maîtres, ses règlements , son costume , ses diplômes , ses méthodes , ses examens , ses plans d'études , ses livres, ses manuels , ses doctrines, et n'en reçoit elle-même de personne. Le prix de toutes ces choses , elle l'élève ou l'abaisse à son gré ; son privilège' est souverain et n'a de règles que son bon plaisir. Des calculs bien audessous de la réalité font monter ces espèces de droits féodaux de l'université, en y joignant ceux qu'elle perçoit dans ses propres collèges, par ellemême ou par ses membres, à trente ou à quarante millions, dont l'abolition de l'enseignement d'état dégrèverait les familles, (i)

cice, on ne compte que trente principaux et vingt-sept professeurs de philosophie licenciés; que plusieurs ne sont pas même bacheliers ; et il ne compte pas un seul professeur de rhétorique qui soit licencié. Comme c'est d'ailleurs l'université qui donne les grades à ses propres membres ou à ceux qui veulent le devenir, rien ne lui est plus facile que d'en pourvoir les maîtres dont elle a besoin, et de les refuser à ceux des maisons qui lui font concurrence, si l'on peut appeler de ce nom renseignement d'institutions condamnées à de telles servitudes , à un si absolu vasselage.

(1) La rétribution universitaire, confondue maintenant avec la rétribution scolaire ou frais d'études portés à près du double, montent à près de trois millions. Les examens et répétitions , à plus de six

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Et cependant, des sommes énormes sont fournies encore par les budgets de l'état et des communes, et levées en partie sur les octrois et les sueurs des pauvres , pour entretenir de somptueux états-majors , et faire des traitements fixes, qui ne sont pas au-dessous de i,5oo francs pour les maîtres, et de 800 francs pour les surveillants, sans compter le logement et la table.

L'enseignement de l'état, YuniveTsitê-monopole , et quand bien même elle ne le serait pas, étant nécessairement privilégiée de mille manières et salariée par l'impôt (1), brise donc l'égalité sous des

millions, sans compter les énormes indemnités de tournées, allouées aux inspecteurs et aux recteurs. Plus de six millions encore pour le monopole des livres. Droits de diplômes, de brevets, de licence pour enseigner, droits de grades et de visa, plusieurs millions encore. Les seuls droits pour le doctorat en médecine montent à onze cents francs par individu. Bénéfices sur les frais d'entretien et de pensionnat, plusieurs millions encore. Joignez à tout cela des traitements énormes , les revenus des jardins et des maisons de campagne, l'achat des mobiliers par les communes et leur entretien, ainsi que celui des bâtiments; les frais d'un état-major qui cumule et les traitements de hauts fonctionnaires, et ceux de professeurs, une bureaucratie à quatre divisions, les nouveaux traitements des maîtres^d'école, les quatre cent mille livres de rente, donnés par décret impérial en apanage à l'université , etc. , etc. , et vous aurez une faible idée des sommes énormes dépensées pour un enseignement que le régime de la liberté et l'intervention de l'Église donnaient presque gratuitement partout et sans rien demander aux budgets de l'état, et par conséquent, à l'impôt.

(1) Quand bien même l'université ou l'enseignement d'état, renoncerait au monopole absolu , dès lors qu'elle ne pourrait exister que par les subventions immenses des budgets généraux et des budgets des communes, elle serait par là même impossible, comme

milliers de rapports. Elle la brise entre les citoyens des mêmes lieux, des mêmes départements, du même pays de France , entre les riches et les pauvres, entre l'homme opulent, à qui elle laisse encore le droit d'avoir chez lui des professeurs de son choix , et les autres moins fortunés , qui ne peuvent, malgré les droits de l'homme et du citoyen, malgré leur conscience , s'associer et se cotiser ensemble pour jouir du même avantage. Elle la brise entre le père de famille , qui , en soumettant son fils à l'enseignement d'état , ne paye que sa part relative et selon sa fortune à cet enseignement, et le père de famille, qui, en en donnant un autre au sien, paye également cette part, aussi bien que le pauvre, le célibataire, qui n'en peuvent profiter, et de plus et tout entier l'enseignement particulier qu'il a choisi. Elle la brise entre les communes elles-mêmes et leurs habitants , leur vendant arbitrairement et inégalement, selon son bon plaisir, ses faveurs et ses privilèges. Les unes n'ont, quoiqu'à leur charge et quels que soient leurs sacrifices, que des collèges tronqués , impuissants, incapables de conduire à aucun grade ni à aucune carrière libérale, véritables avortons, et des maîtres au rabais pour les grades, pour la science, pour la moralité elle-même (i); tandis que les autres ,

reconstituant un monopole moral , et arrachant par le fondement l'égalité de tous devant la loi et devant l'impôt.

(1) Parmi les peines infligées pour la violation des devoirs et des obligations universitaires par l'art- 47 du décret organisateur.

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quoique beaucoup plus riches , sont favorisées d'établissements complets, royaux, de plein exercice, menant à tous les grades et à toutes les carrières, de maîtres choisis et grassement payés sur le budget de l'état et aux frais mêmes de ceux qui n'en peuvent profiter, sans quitter leurs familles et quadrupler leurs dépenses.

Aussi M. le grand-maître Villemain et ses successeurs ont-ils proclamé à l'envi que le but de l'université ou de l'état enseignant (et c'était là ce qui importait surtout), était de maintenir et d'accroître une LABORIEUSE ARISTOCRATIE DES INTELLIGENCES , ou des capacités, comme dans le communisme fouriériste et saint-simonien; que les collèges (de plein exercice) et les facultés sont institués pour former une jeunesse d'élite... , destinée à relever successivement tous les premiers postes par le légitime ascendant de l'esprit et du caractère, en un mot, la véritable aristocratie du dix-neuvième siècle. [Discours à la distribution des prix de concours. Alman. Univers. 1840. pag. 243, et 1841. pag. 242.) Les parchemins de cette nouvelle noblesse sont , par conséquent , les diplômes ou grades délivrés aux enfants riches par l'université , selon son bon plaisir, et auxquels les trois quarts et demi de la jeunesse française , tous les pauvres en

On trouve la mutation du coupable pour un emploi ou une chaire inférieure, pour le traitement surtout. Les collèges inférieurs deviennent dès lors comme les galères des mauvais professeurs.

l6û LE COMMUNISME ET SES CAUSES.

particulier , sont dans l'impossibilité matérielle d'atteindre, (i)

i° La proportion dans les impôts selon la fortune de chacun.

L'université, ou l'état enseignant, ne tient aucun compte de la fortune de ceux qui sont soumis à ses enseignements; outre la large part qu'elle prend aux budgets généraux de l'état et de la commune , auxquels concourent , selon leur fortune , ceux mêmes qui n'ont aucune part aux faveurs de son enseignement, elle frappe encore les pauvres, aussi bien que les riches , tous ceux à qui elle les distribue, des mêmes impôts ou des mêmes droits, sans aucune distinction : droits de monopole sur les livres et autres fournitures , droits d'examen , droits de répétition, droits d'inscriptions, droits de diplômes et devisa, sommes énormes qui s'émargent par millions et par millions. Elle fait même payer aux élèves externes, généralement moins fortunés et dont les familles ont déjà à supporter, comme habitants de la commune , toutes les dépenses matérielles des collèges , des droits exorbitants, nommés/rais d'études, dont elle exempte les pensionnaires, ordinairement plus riches , et souci) Toutes les campagnes manquent d'établissements propres à former au baccalauréat, condition apposée comme essentielle à l'admissibilité à la plupart des emplois. Sur 312 collèges, 164 , sur 102 institutions, 79, et sur 914 pensions, 914, ou toutes, sont inhabiles, à former à ce même baccalauréat.

SECONDE PARTIE. l6l

vent étrangers à la commune. Dans les dernières années de Louis-Philippe, elle venait encore, pour se compenser de la rétribution universitaire sup-> primée, d'élever partout ces droits de soixante francs à cent francs par tête, sur une simple réquisition du conseil , sans existence légale , de l'instruction publique.

3° L'égale admissibilité de tous les Français aux emplois, sans autre distinction que leurs talents et leurs vertus.

Ce droit, une des plus importantes conquêtes des temps modernes , devient impossible avec l'université, ou le gouvernement enseignant. Nous venons de le voir : son but , ses moyens , sa hiérarchie, ses serments , ses appétits financiers , tout tend en elle à former une aristocratie intellectuelle et riche, asservie, esprit et conscience, aux volontés d'un maître, chef de l'état. Seule et sans intervention d'aucun pouvoir législatif, elle crée des incapacités; seule, elle impose et rend obligatoires, pour entrer dans les carrières libérales et les emplois qui en dépendent, des conditions de lieu , de savoir, de gracies, d'examen , d'argent et de fortune , qui sont impossibles au plus grand nombre, des citoyens ; seule elle en dispose et en demeure juge en dernier ressort et sans appel, et fait ainsi un jeu et une dérision, et des droits de l'homme et du citoyen, et des constitutions qui les garantissent.

lG2 LE COMMUNISME ET SES CAUSES.

Demandez-lui , par exemple , de vous montrer quelle est la loi ou l'ordonnance même qui exige tant de maîtres bacheliers ou licenciés dans un établissement privé, pour qu'il devienne de plein exercice. Quelle est la loi même qui a institué ce plein exercice? Quelle est la loi qui l'a autorisée à exiger tel grade pour entrer dans les carrières libérales , tels autres pour entrer dans l'enseignement et professer telle ou telle classe ? Quelle est la loi , quelle est l'ordonnance qui lui a défendu d'admettre aux examens pour le baccalauréat quiconque n'avait pas fait une année de rhétorique et une année de philosophie dans un collège royal ou un établissement de plein exercice? (1) Quelle est la loi ou

(1) Voici l'incroyable arrêté qui a suffi pour suspendre les lois, et les droits de l'homme et du citoyen à l'égard de toute la jeunesse française et de toutes les familles, tel qu'il a été promulgué dans le grimoire universitaire (Jim. de 1836 , pag. 165.) : La légalité , dans cette pièce curieuse, le dispute à la correction. « Du 17 juillet « 1835. Le conseil , vu Y Ordonnance royale du 17 octobre 1821 ; « considérant que l'art. 1er de ladite ordonnance, en exigeant, « pour l'admission à l'examen du baccalauréat es lettres , d'avoir « /ait un cours de philosophie dans un des collèges, institutions ou « écoles régulièrement établis , où cet enseignement aura été auto- « risé, présuppose nécessairement que ce cours aura été, selon « les règlements, précédé d'un cours de rhétorique (et pourquoi « pas aussi d'un cours d'humanités , de 3° ? etc.) ; »

« Arrête ce qui suit : »

« Art. Tr. Le double certificat de rhétorique et de philosophie « sera exiaé des élèves des collèges ou institutions susnommés , « pour qu'ils soient admissibles à l'examen du baccalauréat «.s « lettres. »

« Art. 2. Le présent arrêté sera notifié à tous les recteurs.

« — (DÉLIBÉBATION DU COMSEIL APPIIOUVEE PAU LE Ml.NIS-

l'ordonnance qui a réglé les matières, l'ordre et la forme de ces examens, d'où dépend l'admissibilité aux emplois , et déterminé le tribunal auquel les citoyens pourraient recourir contre un si inconcevable arbitraire? Quelle est la loi qui a institué l'université elle-même, et suspendu, anéanti les droits les plus sacrés garantis par toutes les constitutions? Les chefs d'état, les rois ne peuvent eux-mêmes, sans se briser, suspendre les lois ou dispenser de leur exécution ; et un ministre grand-maître, un conseil sans titre légal , une corporation anti-constitutionnelle, anti-légale, suspendent à volonté les chartes et les constitutions elles-mêmes, et privent impunément , selon leur bon plaisir, des citoyens français, l'immense majorité des citoyens français, du bénéfice des lois et des droits les plus imprescriptibles , les plus inaliénables du citoyen et de l'homme !

Et ces incapacités inouïes , ces mises hors de tous les droits communs , vraiment incompréhensibles , l'université , la corporation enseignante au nom de l'état , non-seulement les décrète , comme pouvoir législatif, mais elle les applique encore, comme pouvoir judiciaire ; elle les inflige comme pouvoir exécutif ou exécutant! On trouve même, dans son code pénal , ce monstrueux article que personne, je crois, n'a encore relevé :

« tee. ») Parlez donc, après cela, de liberté, de dignité, d'égalité DEVANT LA LOI , DE LANGUE FRANÇAISE ET D'HONNEUR NATIONAL !

lG4 LE COM3IUNISME ET SES CAUSES.

« Les élèves des lycées et des collèges, au-dessous « de 16 ans, seront punis selon la gravité des cas, « d'une détention de trois jours a trois mois dans « l'intérieur du lycée ou du collège, dans un local « destiné à cet effet. »

« Si les père et mère ou tuteur , s'opposaient à « V exécution de ces mesures , l'élève leur sera re- « mis, et ne pourra, plus être reçu dans aucun al- « tre lycée ou collège de l'université. » Il sera, par conséquent, mis hors des droits de l'homme et du citoyen, déclaré incapable de se présenter aux examens, même du baccalauréat nécessaire à l'admissibilité aux charges publiques, exclu de toutes les carrières libérales. {Décret de 1 81 1 , art. 'j'j et 7b.)

4° La liberté des cultes.

L'enseignement d'état, ou l'université, attaque et sape également par la base la liberté des cultes : i° en ce qu'elle empêche les ministres de chaque culte d'instruire librement quiconque le désire, et spécialement les jeunes gens que les parents voudraient leur confier, et leur interdit l'enseignement des langues , des sciences, de l'histoire, sans lequel , il est impossible de connaître et d'apprécier la religion, ses traditions, ses monuments et ses preuves, de la défendre , et souvent même de la croire.

i° En ce qu'elle méconnaît, comme nous l'avons montré plus haut , et annule le droit qu'ont les ministres de chaque culte, ceux de la religion

SECONDE PARTIE. l65

catholique surtout , de surveiller et de juger les doctrines qui sont enseignées aux membres du troupeau qui leur a été confié , et par conséquent , d'examiner les livres qui contiennent ces doctrines , pour attribuer ce droit à des inspecteurs et à une commission d'état dont aucun culte ne reconnaît et ne peut reconnaître la compétence en semblable matière.

3° En ce que l'université , avons-nous dit ailleurs, usurpe schismatiquement, par les facultés de théologie, le droit qu'ont reçu de Dieu les seuls évêques, et qu'ils ne peuvent aliéner , d'instituer, pour le culte catholique , des professeurs de théologie et d'Écriture sainte, et des catéchistes même; en ce qu'elle enlève ces professeurs à la juridiction épiscopale, par la promesse qu'elle leur impose d'obéir, en tout ce qui regarde cet enseignement essentiellement religieux, à un chef laïque , et qui peut être protestant, juif ou impie , ce qui est pis encore ; en ce qu'elle s'établit, par ses recteurs et ses doyens, seule juge des doctrines théologiques , soit dans les thèses publiques , soit dans les traités à enseigner dans les cours , soit dans les programmes et examens; en ce qu'elle crée enfin, au nom de l'autorité civile, des licenciés et docteurs en théologie qu'une ordonnance rend seuls aptes aux fonctions les plus importantes dans l'Église, ce qui est une entrave manifeste à la foi catholique et déjà condamnée dans les collèges de Joseph II et de Guillaume en Belgique.

l66 LE COMMDITISME ET SES CAUSES.

4° En ce que l'université, telle qu'elle est, corporation de l'état , avec ou sans monopole, est en contradiction manifeste avec toutes les constitutions modernes qui rejettent toute religion d'état et proclament la liberté des cultes, soit qu'elle enseigne un culte de préférence aux autres, soit qu'elle n'en enseigne aucun , soit qu'elle les enseigne ou les attaque tous également, comme il arrive, (i) Dans la première hypothèse : parce que l'université n'a aucune mission de ce culte de l'enseigner; parce qu'en forçant les enfants des autres cultes de recevoir cet enseignement, elle porte à leur droit la plus grande atteinte. Dans la seconde hypothèse , parce que tous les cultes font aux élèves un devoir de l'instruction religieuse, et qu'elle ne peut être donnée d'une manière utile qu'autant qu'elle se relie avec toutes les autres branches d'instruction; parce qu'enfin il est impossible de donner à la jeunesse l'enseignement classique , sans rencontrer à chaque pas la question religieuse et morale et être obligé de la traiter. Dans la troisième et quatrième hypothèse: parce qu'agir ainsi, c'est donner pour base pratique à l'enseignement la contradiction , l'hypocrisie et l'immoralité, l'impiété et l'apostasie.

(1) Charte-vérité, ou le Monopole devant les Chambres , pag. 118, HUetsuiv.

5° La liberté de conscience.

La liberté de conscience est incompatible , de quelque côté qu'on l'envisage, avec l'enseignement d'état, ou l'université. Pour les parents, d'abord: l'université , en leur ôtant la liberté de choisir les maîtres de leurs enfants, et leur imposant les siens, catholiques, protestants , juifs, déistes, sceptiques, panthéistes , ennemis de toute révélation , hommes, en religion, de très-mauvais exemple , les empêche par là même de remplir un des plus graves et des plus impérieux devoirs de la conscience: celui qui les oblige, sous peine de salut, non-seulement à ne pas exposer leurs enfants au danger de perdre leur foi et leurs mœurs (i), mais encore à leur enseigner, par eux-mêmes ou par d'autres, la foi la vertu, et les pratiques essentielles de la religion

La liberté de conscience est , en second lieu, in compatible avec l'université, ou l'enseignement de tat, a l'égard des maîtres. i° L'université les force à l'école normale, contre les prescriptions de leur conscience, de suivre les cours du Collège de France et des facultés (a), dont la plupart sont hostiles à

(1) Ce danger est manifeste, puisque, d'après des statistiques publiées, sur cent chances de perdition dans les premiers collèges universitaires , à peine en trouve-t-on deux de salut. « Passé la troi- « sième, a dit M. Villemain, les élèves, dans nos collèges, n'ont « plus le sens moral. » (Voyez : lre partie , pag. 173 , et les Enseignements universitaires , depuis la page 83 jusqu'à la page 187.)

(2) Décret du 17 mars 1808. art. 113. Alman. univers. — École normale.

l68 LE COMMUNISME ET SES CAUSES.

tous les cultes, attaquent et tendent à renverser toute révélation divine, toute religion positive, et par le rationalisme, le panthéisme et le fatalisme sapent par la base toute morale et l'ordre social tout entier, (i)

20 Elle leur donne , à l'école normale encore , pour directeurs et pour maîtres de conférences, les professeurs des mêmes cours, ou leurs premiers disciples, et les force ainsi à entendre de nouveau et plusieurs fois par jour les mêmes leçons, les mêmes blasphèmes et les mêmes impiétés , avec le danger imminent de perdre toute espèce de loi et de tomber dans l'athéisme le plus horrible , à l'exemple de Jouffroy lui-même. (2)

3° Elle leur prescrit, comme livres classiques et comme livres-modèles, et les oblige d'étudier et d'enseigner aux autres des livres attaquant tous les cultes, comme le Siècle de Louis XIV et Y Histoire de Charles XII, par Voltaire ; Les provinciales, la première idylle de Théocrite , etc. , etc. , livres aussi contraires aux dogmes et à la morale catholiques, qu'aux dogmes et à la morale des protestants et des juifs ; des livres professant même ouvertement l'impiété, le panthéisme et l'athéisme, comme les œuvres de Lucrèce, de Spinosa , de Voltaire, de J. J. Rousseau , etc. et de MM. Cousin , Aillemain , Jouffroy , Matter , Michelet, Damiron , Mal- Ci) Voyez, 1" partie, pag. 179, et Monopole, etc. pag. 503, 54S, et Dialogues, 5*.

(2) Voyez plus haut sa projession, pac. 17S.

SECONDE PARTIE. l6t)

let , Géruzez , Laroque , Bouchitté , Burette , etc. etc.

En troisième lieu, a l'égard des élèves, l'université, ou l'enseignement d'état, détruit également et plus odieusement encore la liberté de conscience: i° en les forçant, dans toute la France , sous peine d'ilotisme et d'exclusion de toutes les carrières libérales , d'étudier aussi et de suivre les livres et les cours que nous venons de signaler.

3° En autorisant , adoptant , prescrivant , pour tous les collèges, et même pour les écoles primaires, pour leurs bibliothèques et leurs distributions de prix , un grand nombre d'autres livres également hostiles ou plus opposés encore à tous les cultes et à toute religion : cours et livres de philosophie, cours et livres d'histoire, cours et livres de littérature et de sciences , livres de religion et de morale , manuels de toute espèce, que chaque collège ou chaque professeur a ensuite le droit d'imposer, de distribuer, l'ordre souvent de recommander, et qu'en effet ils imposent, ils distribuent, ils recommandent aux élèves, (t)

3° En leur donnant pour professeurs, dans tous les collèges, des élèves de l'école normale , les disciples

(1) Voyez plus haut, pag. 126 et 128, et dans les Almanachs , les Catalogues de livres approuvés, et chaque année, dans les journaux officiels de l'université, le Catalogue des livres à donner en prix. Le n° du 15 juin 1845, de la Revue de l'instruction publique, qui nous tombe sous la main , recommande les OEuvres de philosophie de M. Cousin , quoique condamnées par l'Église; celles de MM. Jouffroy , Damiron, Lerminier, Frank, le juif panthéiste, etc., etc.

1^0 LE COMMUNISME ET SLS CAISFS.

de MM. Cousin, Jouffroy , Damiron , Michelet, Saisset, Mallet , Libri , etc., imbus de leurs doctrines sceptiques, rationalistes, panthéistes, et d'autres professeurs , souvent aussi sans foi , sans mœurs, et enseignant ouvertement, et dans leurs leçons orales, et dans leurs leçons imprimées, depuis la sixième jusqu'aux cours les plus élevés, des doctrines hostiles à tous les cultes , souvent même les plus monstrueuses impiétés , des principes féconds en toute sorte de communismes. Ne s'en trouvât-il même qu'un seul par collège , sa présence suffit pour violer la liberté de conscience et faire perdre à jamais la foi aux élèves.

4° En les forçant de fréquenter ou d'habiter des collèges devenus, d'après les rapports authentiques et publics des médecins, des aumôniers, et le témoignage de presque tous ceux qui ont eu le malheur de les connaître, un foyer d'immoralité, une sentine de corruption et de vices, qui laissent à peine à leur foi et à leurs mœurs deux chances de salut sur cent de perdition.

6° La liberté de la presse et des opinions.

Que devient , avons-nous dit encore dans la Charte-vérité , que devient, avec un enseignement d'état, cette liberté tant vantée? Quepeut-elle devenir dans la société, dans les familles, dans les individus , lorsque, dès l'enfance et pendant dix ou douze années consécutives, à l'âge où les opinions

SECONDE PARTIE. I - i

commencent à poindre et à se former, l'état, ou, sous son nom, des sophistes sans convictions et sans principes interviennent avec une autorité souveraine , pour imposer à toutes les générations qui prennent rang dans la vie et le monde , leurs propres opinions ?

Que devient cette liberté , lorsqu'une commission de censure , choisie à travers les mêmes hommes, et arbitrairement , vient, malgré les constitutions et les lois déclarant que la censure ne pourra jamais être rétablie, proscrire, en ne les approuvant pas, de toutes les maisons d'éducation , interdire même quelquefois, par un seul mot des inspecteurs, les livres qui lui déplaisent, ceux qui sont le plus conformes à la religion , à la conscience , aux opinions des élèves et de leurs familles , et leur imposer, en les approuvant, et souvent en les adoptant et les prescrivant, la lecture et l'étude de ceux que, selon son bon plaisir et peut-être pour de l'argent , elle aura jugé à propos d'autoriser et de prescrire, quoiqu'ils blessent et outragent, par la calomnie et par les mensonges de toute espèce , toutes les affections des élèves , tous leurs principe-s religieux, historiques, philosophiques, politiques et littéraires?

Que devient la liberté des opinions et leurs progrès, lorsqu'un ministre responsable , ou son inconstitutionnel et irresponsable conseil , et leurs commissions arbitraires, viennent à toute heure imposer, par séduction ou par violence, leurs opinions

et leurs méthodes , souvent des opinions et des méthodes tristement stationnaires, arriérées, routinières , contradictoires; les opinions, les essais, les utopies de conseillers, d'inspecteurs ou de professeurs qui en trafiquent et en font métier et industrie , à l'ombre du monopole et du privilège, comme d'une marchandise, qu'ils forcent d'acheter, sous peine d'exclusion des grades et des droits civils qu'on en a fait dépendre?

Aussi le célèbre député du Mans, membre non moins célèbre du gouvernement provisoire, M. Ledru-Rollin ne put-il, sous Louis-Philippe, s'empêcher de reconnaître et de signaler, dans l'enseignement d'état, la ruine de tous les droits et de toutes les libertés. « Voyez cependant, disait-il, à quelle x contradiction mène un faux système. Les mêmes * hommes, qui veulent que l'état s'empare exclu-

< sivement de l'enseignement, demandent en même

< temps la liberté de la presse. Il est manifeste pour-

< tant que si l'état a le droit de se réserver Venseia. gnement de la jeunesse , il a aussi le droit de con- « fisquer l'enseignement de l'âge mur. On répond « à cela que l'état a sur les enfants des droits qu'il « ne peut avoir sur les hommes ; mais qu'est-ce donc « que l'enfant dans l'état? Est-ce un individu social3 « Non , sans doute, car il n'est rien par lui-même ; % il n'est quelque chose que par son père; il vit « par lui , pense par lui, aime avec lui. En oppri- « mant le fils, c'est dôhç le père que vous oppfucmez; en soumettant le fils à la dictature, vous

« tyrannisez le père, car c'est le père seul qui souf- « fre , qui souffre dans ce qu'il a de plus intime, a dans ses plus tendres affections , dans ses plus n chères espérances. Quoi ! vous reconnaissez que « vous n'avez pas le droit de torturer le corps de « l'individu , et vous invoquez le droit de tor- « turer son âme ! Vous n'osez enchaîner sa main, « et vous enchaînez sa volonté, ses sentiments, ses « désirs les plus saints ! Dérision! Quant à l'enfant, « vous le réclamez comme votre esclave jusqu'à « vingt et un ans, et du jour au lendemain, vous le « rendez à la liberté. Vous avez façonné son âme « sous le niveau de l'état, et vous lui dites de se « développer selon sa vocation ; vous l'avez étouffé « dans l'atmosphère de la servitude, et vous lui « dites de grandir à l'air libre. Mais ne voyez-vous « pas qu'il n'a plus une pensée à lui , qu'il faudra « qu'il pense par vous , homme fait comme enfant, « et que, dès lors, la liberté de la presse est une « anomalie et un mensonge? Il n'y a pas un argu- « ment en faveur du premier monopole, qui ne « puisse être invoqué en faveur de l'autre; et par « contre , il n'y a pas un témoignage en faveur de « la liberté de la presse, qui ne puisse être cité en « faveur de la liberté de l'enseignement ; car toutes « les libertés se servent de garantie l'une à l'au- « tre, parce qu'elles reposent toutes sur les mêmes « principes, les droits de l'individu, les droits de « la minorité. Si vous respectez une des libertés, « vous devez les respecter toutes , car elles ont tou-

« tes la même origine. Si vous en enlevez une, vous a devez les enlever toutes , car l'une n'a pas plus « de sanction que l'autre. Décrétez renseignement « exclusif de fêtât , il vous faudra décréter une « presse exclusive de ïétat , une religion exclusive « de Fétat : alors vous aurez décrété l'immobilité, « la tyrannie, les persécutions; et comme ilfau- « dra bien, après tout , que la minorité se manifeste a de quelque façon , ne pouvant plus écrire, elle « conspirera , et le progrès ne pouvant plus s'ac- « complir par l'enseignement , s'accomplira par « les révolutions. »

70 La liberté de l'industrie et la propriété.

La constitution de l'an III, voulant, ainsi que celles qui l'avaient précédée, donner un libre essora l'industrie et à la propriété , déclara comme elles • « Art.355. Il n'y a niprivilége, ni jurande, ni maîtrise, « ni limitation à l exercice de l'industrie et des arts « de toute espèce.» Elle avait déjà dit plus haut, article 3oo : « Les particuliers ont le droit de faire des « établissements particuliers d'éducation et din- « struction; » et 299 : a Les divers établissements d'in- « struction publique nont entre eux aucun rapport « de subordination ni de correspondance adminis- « trative.»

L'article 4 19 du code pénal décrète, dans le même esprit, des peines très-fortes contre tous ceux qui, par réunion ou coalition entre les principaux dé-

tenteurs d'une même marchandise , auront opéré la hausse ou la baisse du prix au-dessus ou au~ dessous des prix qu'aurait déterminés la concurrence naturelle et libre...

Or , quoi de plus évidemment contraire à toutes ces lois, qui n'ont jamais été légalement abrogées, que l'enseignement d'état et tous ses monopoles : logement, alimentation , vêtements; imprimerie et vente des livres classiques , leur censure ou leur approbation; fourniture des mobiliers de collèges (i); enseignement des langues et de leurs litté-

(1) Voici quelques détails ou preuves de ces divers monopoles, tirés de la Charte-vérité, ou le Monopole universitaire devant les Chambres. Les premiers, donnés par un élève, sont imprimés dans les Mémoires pour servir à l'histoire de Vinstruction publique en France, pag. 120 et suiv.

« Je fus, dit-il , envoyé, à l'âge de quinze ans, après mes premières « études, dans une pension de Paris, au lycée de *** , pour y suivre « un cours de mathématiques. En voyant le prospectus de la mai- « son et le prix de la pension, qui était de 800 fr. , je m'imaginai « que j'allais trouver une nourriture saine et abondante et de « grands moyens d'instruction ; j'apportais un trousseau de 500 « fr. ; il y avait de quoi être vêtu tant en été qu'en hiver; je m'i- « raaginai que cet habillement serait entretenu d'une manière con- « venable. »

« Je fus présenté au proviseur qui , après plusieurs questions « légèrement faites sur ma moralité et mes connaissances, s'informa « très-soigneusement si j'avais satisfait aux conditions pécuniai- « res. Rassuré à cet égard, il me dit que j'étais admis , et sans au- « tre cérémonie , je devins membre de la maison. »

« J'arrivai au moment du déjeûner, et je remarquai avec éton- « nement que la part d'un élève se montait à un quart et demi de « pain , qui n'était pas de la première qualité. Le dîner consistait « dans une fort mauvaise soupe, un plat de viande et un plat de

l'jG LE COMMUNISME ET SES CAUSES.

ratures, de l'histoire et de ses monuments, de la philosophie et de ses systèmes; grades, diplômes,

« légumes, l'un et l'autre composés d'aliments fort grossiers et « souvent gâtés. Le goûter offrait la moitié de la portion nécessaire « à chaque élève. Le souper ne différait du dîner que par la sup- « pression de la soupe- Après six mois de ce régime , je tombai ma- « lade. Je sortis du lycée , et je vins passer une quinzaine de jours « chez mes parents , où ma santé se rétablit. Je rapportai quelque « argent, avec lequel je soutins mon état de santé. J'aurais été fort « malheureux , si ma bourse , de temps en temps renouvelée, ne « m'eût mis à même de suppléer à la mauvaise nourriture et de « prévenir une rechute. Je ne tardai pas à m'apercevoir que si je « ne voulais pas mourir de faim , il fallait acheter des vivres. »

« Passons à l'habillement. »

« En vertu du règlement , je devais recevoir tous les ans un « habillement complet , savoir, un frac , une veste et une culotte. « Tout cela était fourni en drap bleu et extrêmement grossier. Les « trois articles étaient également étroits et composés de pièces et «■ de morceaux. Il y avait cependant un moyen d'être équipé avec « un peu moins d'économie : c'était de glisser une pièce de six à « neuf francs dans les mains du tailleur. Il était impossible de res- « ter toute l'année avec un seul pantalon bleu ; en été, il fallait un « habillement moins chaud ; la maison n'en fournissait point : « les parents étaient obligés de l'acheter. »

« Ce que j'ai dit du tailleur est applicable au cordonnier et au •< chapelier. »

« La maison devait fournir des plumes et du papier ; mais cette « fourniture se faisait de manière qu'il devenait indispensable d'en « acheter. »

« Indépendamment de ces différentes occasions d'employer l'ar- « gent pour se procurer les divers objets nécessaires, il y en avait « une foule d'autres , où , sans rien acheter , il fallait cependant <• donner de l'argent. »

« Tous les mois, par exemple, le jour de la sortie, les élèves « étaient imposés à une somme répartie sur chaque quartier, ou • salle d'étude , et l'on ne sortait point que l'impôt nVùt été perçu « en entier. Tous les trois mois, on payait le quartier de la pen-

brevets, etc. ? N'y a-t-il pas réunion et coalition, monopole même, pour opérer la hausse sur tous ces

« sion, plus un supplément d'une trentaine de francs, auxquels « étaient évalués des dégâts qu'on n'avait point commis. »

« Logement. Les salles d'étude étaient grandes , fort malpro- « près , et surtout très-froides. Le poêle était enlevé durant les « trois quarts de l'année, et fort mal chauffé le reste du temps. «

« Pendant les récréations , les élèves , au nombre de cinq cents, « étaient répartis dans deux cours, dont la plus grande ne l'eût < pas été trop pour contenir aisément soixante élèves. »

« Les dortoirs étaient des salles renfermant chacune de soixante « à quatre-vingts lits, et dans lesquels l'air n'était plus respirable « au bout de deux heures. Cependant, j'ai vu l'un de ces dortoirs « coupé , pour agrandir le vaste appartement du proviseur , à qui « il manquait une salle de billard. »

« Il y avait dans la maison un très-grand nombre de domesti- « ques ; mais ils étaient affectés autant au service particulier du « proviseur et du censeur qu'à celui des élèves. »

« En réfléchissant sur la manière dont nous étions nourris , ha- « billes, instruits , sur le prix de tout cela , sur les sommes qu'il « fallait sans cesse y ajouter , sur les économies que la maison « faisait pendant les vacances ," où les deux tiers des élèves étaient « absents et où le prix de la pension courait toujours; sur les pro- « fits , les jours de sortie , où le nombre des portions se trouvait « réduit de moitié , je m'imaginai pendant quelque temps que le « gouvernement devait retirer des sommes immenses de cet éta- « blissement ; mais je n'avais pas fait attention que le proviseur « entretenait , aux dépens de la maison , une table très-délicate- « ment servie , entourée tous les jours de nombreux convives « étrangers, indépendamment de sa famille , et qu'il donnait , une « fois par semaine au moins, de brillants dîners de trente person- « nés, dont la bruyante joie formait un contraste frappant avec « le régime frugal des élèves. »

« C'est alors que la salle de billard , contiguë au dortoir qui « l'avait fournie, se remplissait de la brillante compagnie, qui,

objets, et une hausse sans point de comparaison avec le prix que leur donnerait une concurrence

« déjà régalée avec le déDcit du dîner des élèves , allait se divertir « aux dépens de leur sommeil. »

« C'est ainsi qu'une terrasse plantée d'arbres superbes , qui eût « été absolument nécessaire aux élèves, était réservée à la com- « pagnie qui se réunissait'chez M. le proviseur. »

« L'économe avait une maison montée sur le même pied que « celle du proviseur. »

<> Celle du censeur était effacée par les deux premières- »

« Indépendamment de ces trois bons ménages , il y avait une « quatrième table , moins splendide , mais encore assez délicate- « ment servie, pour l'aumônier, le sous-directeur et quelques pro- « fesseurs non mariés. »

« Les maîtres d'étude mangeaient à la même table que les élè- « ves , sauf la quantité. »

Les secondes preuves m'cnt été remises dans un volumineux manuscrit, par un professeur de l'état qui avait passé 20 ans dans l'université et y était encore. Voici un des extraits que nous en avons donné dans le même ouvrage : « Il n'est pas de point de vue « sous lequel l'université soit plus entacbée de monopole que " sous celui des intérêts matériels. Cette proposition neuve peut « paraître un paradoxe à qui ne connaît pas l'intérieur de l'insti- « tution ; mais elle est une vérité pour qui a vécu quelque temps « dans son sein, et nous sommes beureusement en état de traiter « cette matière. Au reste , ce sujet touche de près à la liberté du « commerce, en ce que les mesures universitaires repoussent la « libre concurrence , et lèsent ainsi des intérêts industriels très- « respectables , au profit de quelques privilégiés dont elle édifie « la fortune. En effet, comment et par qui s'effectuent les fourni- « tures des livres classiques , des bibliothèques des collèges , de « l'habillement des élèves, des mobiliers de dortoirs, des fourneau» « dits économiques, etc., etc.. ? Comment? le voici. Il est tels « inspecteurs qui se chargent bénévolement, nous voulons le « croire, de recommander, voire de prescrire aux chefs des col- « léges, tel livre ou telle édition, à l'exclusion de tout autre sur la « même matière , ce livre , cette édition , fussent-ils , ce qui ar-

SECONDE PARTIE. irQ

naturelle et libre? Tous les établissements d'instruction publique tenus par l'état, ou l'université, n'ont-

« rive souvent , inférieurs à d'autres , ou même dangereux ; et « les proviseurs , les censeurs , les principaux et les professeurs, « sont trop intéressés à se montrer dociles , pour ne pas déférer « à l'avis de leurs chefs , et pour ne pas imposer aux maisons et « aux familles les ouvrages protégés par les arbitres de leurs desti- « nées. Il résulte de là que les collèges réforment et laissent jusqu'à « nouvel ordre dormir dans la poussière des bibliothèques les ou- « vrages détrônés , qui presque toujours valent mieux que leurs « successeurs intrus, car il' suffit que les usurpateurs, pour leur « être préférés, soient édités avec quelques notes entachées de voltai- « rianisme , d'indifférentisme religieux , ou de téméraires doctri- « nés. S'ils ont reçu le baptême d'adoption , d'approbation , d'au- « torisation ou de recommandation du conseil royal , ils sont or- « thodoxes , et toute autre composition est réputée hérétique et « anathématisée ipso facto. Que si l'on faisait le calcul des sur- <t croîts de dépenses qu'occasionnent aux familles ces caprices in- « téressés du conseil et des missi du ministre , on trouverait un « impôt forcé énorme dont les chambres sont loin de se douter. »

« En effet , en adoptant p&ur base de la dépense annuelle des « livres classiques 50 fr. par élève (c'est le chiffre universitaire) , « livres qu'avec la libre concurrence on réduirait à 25 fr. , et en « supposant 100,000 élèves dans les collèges et les écoles , chiffre « bien au-dessous de la réalité , nous trouvons un fardeau de « 5,000,000 defr. , au lieu de 2,500,000, qui pèse sur cent millfe « familles. A qui profitent ces deux millions et demi d'augmenta- « tion de dépenses ? Nous laissons à nos lecteurs le soin de le de- « viner. »

Les troisièmes preuves sont une confirmation officielle de toutes les autres, par un arrêté du conseil royal de l'instruction publique signé par MM. Rendu , exerçant les fonctions de chancelier , Saint- Marc Girardin , exerçant les fonctions de secrétaire , et approuvé par le ministre de l'instruction publique, grand-maître de r université, Villemain.

Il a pour titre : Arrêté relatif au mobilier des nouveaux collèges royaux , 30 mai 1843 , et il a été publié le 28 décembre seulement

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ils pas établi entre eux et à cet effet , des rapports de subordination et de correspondance administra-

par la Gazette spéciale de C instruction publique. Les doctes personnages, pour montrer que rien ne leur est étranger dans le monopole qu'ils dirigent, entrent dans les moindres détails déménage, et taxent le prix de chaque pièce de mobilier : 200 vases de nuit, par exemple, requis, pour les doi'toirs et chaynbres de maitbes d'étude, par l'inquiète sollicitude de ces grands officiers, s'y montent à 200 fr., un franc pièce , sans compter 200 tables de nuit (idem), formant siège , à 1 1 fr. pièce , qui font 2,200 fr. ; 30 bains de pieds , à 20 fr., sont estimés 660 fr. ; 1 robinet pour vider les bains de pieds, 12 fr. ; une soupape pour les remplir , 6 fr. 1 banc en chêne ciré, avec dossier à jour pour les bains de pieds, 250 fr. ; remballage, le transport et voyage de V ouvrier, 350 fr.; mobilier pour la salle de réception, pour les appartements des proviseur, censeur, aumônier, économe, ot pour les lingères et gardemalades , 9,000 fr. ; 20 couverts d'argent , à 40 fr. , et cuillère à potage, pour la table commune et pour les maîtres, 860 fr. ; 80 paires de draps, à 30 fr. pour l'infirmerie et pour les maîtres, et pour les domestiques, 2,400 fr. ; oreilliers, taies d'oreilliers, robes de chambre, bassinoires, bassins, rideaux, poêles, fourneaux, fauteuils de malade et ustensiles pour l'infirmerie , 10,000 fr. ; banquettes , chaises, rideaux et poêle pour le parloir, 500 fr. ; tables, chaises et poêles pour le logement des portiers, 200 fr. ; tables et chaises pour les élèves et pour le surveillant dans les cellules pour les arrêts, 100 fr. ; l'ameublement du bureau de l'économe et de son commis , 400 fr. ; 150 lits en fer pour les élèves, à 50 fr. , 7,500 fr. ; 50 lits en fer pour les maîtres , les domestiques et pour l'infirmerie, 2,000 fr. ; une marmite, deux bassines, bouilloire et réservoir en cuivre , 9S2 fr. 50 c. ; fourneau économique , 1,580 ; gradins , tables , chaises et poêles pour les classes , à 750 fr., pour 11 classes 8,260 fr.; une horloge, l,S00 f. ; cartes murales dans les classes, et tableaux chronologiques , 2,200 fr. ; appareils divers de gymnastique, sable, etc. (sic), 43,910 fr. (11 faut avouer que voila du sable un peu cher ; peut-être vient-il de Taris, et dans Vête, comprend-on les frais d'emballage. O génie du monopole ! ) bibliothèques, 8,000 fr. ; armoires pour renfermer 1'argeaterie,

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tive ? N'ont-ils pas confisqué à leur profit tous les droits naturels et reconnus par les lois et les constitutions, qu'ont tous les citoyens de faire des établissements particuliers d'éducation et d'instruction? Ces établissements, déclarés par les constitutions (plus haut,pag. 147-) de véritables propriétés, des propriétés j ondées par les talents des maîtres, consacrées par la confiance publique , et respectées par les lois, comme inviolables, au même titre que les autres, n'ont-ils pas été envahis, confisqués par l'enseignement de l'état, ou l'université ? Les établissements du même genre, fondés par l'Église et la piété des familles chrétiennes , achetés de leurs deniers, sous le nom de petits séminaires, n'ontils pas, par le décret universitaire de 181 1, subi le

rayons pour le service des réfectoires , 150 fr. ; fourneau , cuves, chevalets pour la buanderie* 3,000 fr. ; casseroles, tamis, couteaux , tables , couperets , fontaines , mannes et autres ustensiles , 8,000 fr. , etc., etc. , etc. , le tout montant à la petite bagatelle de 120,000 francs.

L'arrêté se termine par ces mots : « Tous les objets ci-dessus, dont on indique , comme renseignement, les prix approximatifs, et dont l'acquisition sera faite \/<iv la ville , devront être en bonne et due qualité , et ne seront définitivement acceptés qu'après un procès-verbal dressé contradictoirement par un délégué de l'autorité locale et un délégué de V université. IN'est-il pas à craindre, comme disait plus baut M. le professeur , que beaucoup de gens ne voient dans les dernières lignes l'intention d'obliger l'autorité locale ou ses agents , à se remettre du soin de ces achats divers sur le délégué de l'université , inspecteur, proviseur ou autre , soit pour en éviter l'embarras , soit pour ne pas s'exposer à voir refuser les objets qui auraient été choisis par eux avec une grande différence en moins des prix indiqués ?

même sort , ainsi que leurs bibliothèques et leurs mobiliers? Ces décrets et statuts ne subsistent-ils pas toujours, en dépit des lois, des constitutions et des chartes ? Les ordonnances de 1828 ne les renouvellent-ils pas dans tout ce qu'ils ont de plus spoliateur et de plus communiste ? Tous les droits de propriété ne sont-ils pas atteints plus profondément encore par cette nuée de prétentions fiscales , d'exactions de tout genre, de frais d'étude divers levés de toutes mains par l'université et ses agents, dans tous ces prix de ventes et de surventes forcées et arbitraires, imposées par elle, et cette multitude d'impôts auxquels l'état n'a aucun droit , et dont la liberté pleine et entière affranchirait les familles , comme l'Eglise autrefois les en avait affranchies? Donc, ici encore, apparaît clairement à quiconque veut voir, que l'enseignement d'état, ou l'université, avec ou sans monopole, gratuit ou non, et indépendamment de la nature de ses doctrines rationalistes, n'est pas seulement, comme les ateliers nationaux organisés par le Luxembourg , un grand pas, mais une étape immense dans les voies du communisme. Ou l'état en effet donnerait gratuitement et partout, dans les petites villes et les gros bourgs, aussi bien que dans les opulentes cités , l'enseignement tout entier, depuis l'alphabet jusqu'à la philosophie, comme autrefois l'Église; ou, perpétuant les projets aristocratiques de l'état Louis-Philippe-Villemain, il ne changerait rien à ce qui se fait depuis vingt ans, si ce n'est, dans l'un et l'autre cas, le

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monopole, qui cesserait d'être légalement constitué. Dans la première hypothèse, avec quoi seront fondés et entretenus ces établissements sans nombre? Avec quoi seront payés cette armée centuplée de professeurs , leurs riches états-majors et toutes les sinécures sans nom qui y pullulent ? Les corps religieux, calomniés, dissous, brisés, décimés par les échafauds, proscrits par la Terreur, n'existent plus que comme une ombre , comme un souvenir qui s'enfuit ; leurs fondations jonchent la terre , comme de grandes ruines amoncelées par la bourgeoisie et à son profit ; et qui donc voudrait les refaire au bénéfice d'un état enseignant ? Restent donc les seuls budgets, l'impôt; et quelles propriétés pourraient suffire à de si incommensurables charges! Car nous l'avons dit et prouvé: les enseignements d'état n'ont pas fait vœu de pauvreté , et la mortification des sens leur est en horreur, comme une négation du panthéisme.

Dans la seconde hypothèse, tous nos arguments subsistent ; toutes les libertés sont écrasées, confisquées au profit de l'état enseignant et de sa corporation laïque , et la spoliation des petits et des grands propriétaires, des petits et des grands industriels, sans être aussi subite, aussi absolue, n'en est pas moins la conséquence réelle, quoique successive et plus lente.

Dans l'un et l'autre cas, c'est toujours le monopole, et à la place du monopole légalement constitué, un monopole plus perfide, sous le nom de

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liberté. Et qui donc, à l'exception des religieux dont on ne veut pas, et qui n'existent plus en nombre suffisant, pourrait entreprendre une concurrence quelconque contre un enseignement gratuit, et qui serait partout; ou contre un enseignement d'état dont tous les maîtres seraientpayés forcément parlesbudgets de l'état ou par ceux de la commune, privilégiés de l'état, pensionnés par l'état, et dont tous les établissements, bibliothèques, cabinets de physique, mobilier de tout genre , maisons de campagne , etc. seraient fournis et entretenus par l'état? La concurrence, dans de telles conditions, ne serait qu'une folie ; elle ne durerait pas dix ans, et ne se soutiendrait même, pendant ce court espace de temps, qu'à grand renfort de pensions énormes, et pour les seules familles chrétiennes avant tout, et extrêmement riches. Toute la masse des prolétaires et des bourgeois s'en éloignerait indignée, et l'Église , si cette concurrence était entreprise par elle, en deviendrait, et justement, plus odieuse encore , comme ne travaillant qu'en faveur de l'aristocratie. Le mal irait toujours croissant ; un despotisme sans frein, impie, inouï, pèserait plus lourdement sur la France , foulant, dévorant, écrasant tout de sa puissance de fer ; et l'unité et l'égalité qui marcheraient à sa suite ne seraient que l'unit»et l'égalité des tombeaux, la mort des intelligences dans le scepticisme et le doute , la mort des consciences dans l'absence de toute règle de moralité, la mort de tout le reste dans l'égoïsme , la miseie,

l'oisiveté, tous les vices, toutes les dégradations en un mot, dans le communisme.

Et qu'on ne s'y trompe pas , c'est le but , le but unique de tout enseignement d'état; ce n'est pas la raison seule et l'expérience qui le proclament: un de ses plus ardents défenseurs l'a confessé , et lui en a fait gloire, dans un de ses épanchements de verve qui sont rarement sans vérité : « Avec la liberté d'enseignement , » a dit M. Thiers au sein du bureau qui le nomma , en conséquence, membre de la commission chargée d'examiner le dernier projet de loi-Villemain contre la liberté d'enseignement , « avec la liberté d'ensei- « gnement, il faudra donc nécessairement un ens seignement pour chaque religion. Il y aura un a enseignement protestant , un enseignement juif ; h vous me rendrez donc la société d'avant 89, où, a au lieu de Français , il y avait des Bourguignons, :< des Provençaux , des Bretons , des nobles , des « bourgeois, des Juifs, des protestants, des catholi- « ques.LA RÉVOLUTION EST VENUE POUR BRIce SER CETTE DIFFÉRENCE.... SON CHEF-D'OEUu VRE , C'EST L'UNITÉ EN TOUTES CHOSES.... « L'université , savez vous ce que c'est en réalité ? « C'est l'unité en fait d'éduca.tion... ;»et pour déduire des prémisses établies par l'orateur toutes leurs conséquences , c'est l'unité en fait de communes et de provinces , en fait de religion et de culte ; c'est l'unité en fait de titres et de fortunes; c est

LA DESTRUCTION DE TOUTES LES DIFFÉRENCES entre

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les citoyens; ou en d'autres termes, l'université, l'enseignement d'état , c'est la réalisation des cris du communisme : « A bas les catholiques ! A bas les « juifs ! A bas les protestants ! plus de religion ! A a bas les Bretons ! A bas les Bourguignons! A bas « les Provençaux ! Plus de libertés provinciales et « communales ! A bas les nobles ! A bas les bour- « geois! Plus de titres , plus de propriétés !»

Depuis la république , M. Thiers attaque avec beaucoup de verve et une grande faconde le communisme et ses prétentions. Ressemblerait-il donc au fameux homme d'état , à ce prince de Bénévent , qu'il a pris, dit-on , pour modèle, et dont on disait qu'il nous avait cassé les bras et les jambes pour avoir le plaisir de nous les raccommoder ?

Quoi qu'il en soit, il n'est pas un communiste qui ne soit le champion de l'enseignement d'état, tant ils aiment la liberté ! Et quoique les pauvres n'y aient gagné que d'être plus pauvres, plus ignorants et plus vicieux , il n'est pas de socialiste , tant ils aiment l'égalité et la fraternité, qui ne répète avec M. Louis Blanc:

« L'éducation ne saurait être nationale qu'à la « condition d'être une dette de la. part de l'état , « un devoirdelapart du citoyen. Il faut donc qu'elle •ï soit tout à la fois gratuite et obligatoire. Obli- .< gatoire : on ne peut la rendre telle en France k sans toucher à l'organisation du travail , parce « que, sous l'influence d'un régime aussi insensé * que barbare (la non-organisation du travail), le tra-

« vailleur pauvre en est réduit presque partout à con- « sidérer ses enfants comme un supplément de sa- « laire, et a trop besoin de leurs services pour avoir « souci de leur instruction. Forcer le père à mourir « de faim pour instruire le fils , n'est qu'une déri- « sion cruelle. Mais cela même devrait faire sentir « combien toute réforme partielle est absurde, et « qu'il n'y a d'amélioration véritable que celle qui « se lie à un ensemble de réformes constituant une

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