FAIRLES ÉTAIT UNE DES PRÉOCCUPATIONS LES PLUS CHÈRES AU
« législateur chrétien. H recommande la probité aux mesu- « reurs ; il défend au tavernier de jamais hausser le prix du gros « vin , commune boisson du menu peuple ; il veut que les denrées « se montrent en plein marché, qu'elles soient bonnes et loyales; « et afin que le pauvre puisse avoir sa part, au meilleur prix, les « marchands n'auront , qu'après tous les autres habitants de la cité, « la permission d'acheter des vivres. »
« Ainsi, l'esprit de charité avait pénétré au fond de cette société « naïve , qui voyait saint Louis venir s'asseoir à côté d'Etienne Boi- « leau, quand le prévôt des marchands rendait la justice. Sans doute, « on ne connaissait point alors cette fébrile ardeur du gain qui en- « fante quelquefois des prodiges, et l'industrie n'avait point cet éclat, « cette puissance, qui aujourd'hui éblouissent, mais du moins, la « vie du travailleur n'était pas troublée par d'amères jalousies, par « le besoin de haïr son semblable , par l'impitoyable désir de le rui- « ner en le dépassant. Quelle union touchante , au contraire , entre « les artisans d'une même industrie ! Loin de se fuir, ils se rappro- « cbaient l'un de l'autre , pour se donner des encouragements ré-
«> ciproques et se rendre de mutuels services Grâce au principe
• d'association, le voisinage éveillait une rivalité sans haine. L'exem-
régnent partout, sons la garantie, la reconnaissance universelle, l'adoration et l'amour de la seule et toute-puissante souveraineté de Dieu.
Mais pour subsister et faire subsister les pauvres, pour servir tant de besoins; pour défricher, conserver et reproduire ces manuscrits, ces chroniques, tous ces monuments littéraires et historiques; pour entretenir ces collèges gratuits , ces hospices où tous les soins étaient prodigués par une tendresse plus que maternelle; pour constituer et entretenir l'unité et l'esprit de fraternité dans ces corporalions ; pour pouvoir se livrer constamment à tant d'absorbants labeurs , il fallait au clergé et à toutes ces familles religieuses d'auxiliaires, il fallait des dotations, des propriétés matérielles et communes, inaliénables et dignes du vaste et noble but que devaient atteindre leurs communs efforts. Ces propriétés, les unes étaient le fruit des travaux mêmes du clergé et des religieux qui les avaient conquises sur les eaux stagnantes, sur les torrents et les rivières sans digues et sans rivages , sur les rochers abruptes, sur les routes et les bois, repaires d'animaux sauvages. Quoi de plus légitime qu'un pareil titre!
« pie des ouvriers diligents et habiles engendrait le stimulant du « point d'honneur. Les artisans se faisaient en quelque sorte l'un « à l'autre une fraternelle concurrence. Ajoutez à cela que l'intérêt « public n'avait pas été perdu de vue, car c'était pour porter les « ouvrages d'art et d'industrie à leur plus haut degré de perfee- « lion, qu'on avait confie aux ouvriers anciens et expérimentés la * direction des novices. »
Les autres, fruit d'honorables et utiles travaux, ou héritage des ancêtres, avaient été données ou léguées, selon toutes les lois, en dotation ou en apanage,aux églises ou aux associations religieuses, soit par les fondateurs eux-mêmes , soit par leurs successeurs ou par leurs disciples, soit pas des hommes puissants qui les possédaient aux mêmes titres, et qui, sans enfants , ou leur en laissant de beaucoup plus considérables, faisaient ainsi, par amour de la justice et de la charité , ou en reconnaissance de la bonté et de la souveraineté de Dieu , la part à son Église et à leurs frères souffrants ou délaisses. Quoi de plus légitime encore , et aux yeux de la nature, et aux yeux de la raison, et aux yeux des lois et de la civilisation elle-même , que de telles propriétés? Où en existe-ifqui soient possédées à d'autres titres ou à des titres plus légitimes ? (i)
Et cette possession elle-même , possession paisible , appuyée sur toutes les lois et sur tous les intérêts des peuples, possession de plusieurs siècles , n'ajoute-t-ellepas à tous ces titres un titre nouveau , le titre le plus naturel, le plus incontestable, un
(1) M. Thiers, dans son récent ouvrage De la propriété, reconnaît le travail , et les donations et testaments , comme les titres les plus naturels et les plus incontestables de la propriété. (Liv. 1 , ch. v. vu. vin.) Le protestant Hurter , dans son Tableau des institutions du moyen âge , a tout un chapitre intitulé Les couvents , où il montre, par des monuments sans nombre, ces différents titres de propriété, aussi bien que les services rendus par ces institutions à l'agriculture, à l'industrie, à l'éducation , aux lettres, à tous les arts et à toutes les misères de l'humanité. (Tom. 2 , ch. 7.)