COMMUNISME EST CONSÉQUENT ET A PLEINEMENT RAI- SON
Et pour que tout le monde puisse bien saisir la force de notre argumentation, et se convaincre profondément de l'inanité de tout système qui ne part pas du Dieu créateur et maître souverain, ou de l'incapacité radicale du rationalisme à défendre la propriété et l'ordre social, par conséquent, toute sa fausseté et tous les maux enfantés par lui, appliquons notre inextricable dilemme aux principaux chapitres du livre de M. Thiers, à ceux qui renferment l'application de son principe à la propriété, et d'où découlent tous les autres chapitres, toutes les conséquences du livre.
« La propriété , dit le titre du chapitre suivant, « ou troisième, est un fait constant, universel, dans « tous les temps et dans tous les pays. »
« L'homme, dit en conséquence le chapitre V du « second livre , l'homme , tel que la nature l'a « fait, et non tel que le veulent faire les sophistes, « A BESOIN D'AVOIR SON CHAMP, DANS SON
33o T-F COMMUNISME ET SES CAUSES.
« CHAMP SA DEMEURE , DANS SA DEMEURE « SA FAMILLE. » (pag. 1 80.)
Appliquons notre dilemme :
Ou le puissant écrivain démontre cette proposition, ou il ne la démontre pas.
Dans le premier cas : donc, constamment, universellement, dans tous les temps et dans tous les pays, chaque homme a possédé en propriété son champ, dans son champ sa demeure, dans sa demeure sa famille, comme le demande son droit, ou le vrai besoin de sa nature.
Donc, l'état actuel des sociétés modernes, où des millions d'hommes ne possèdent pas , chacun son champ, et dans son champ sa demeure, et dans sa demeure sa famille, est un état contre nature, un état violent , tyrannique.
Donc, le communisme, en demandant que les gouvernements nous ramènent par des lois agraires, ou l'impôt progressif, ou tout autre efficace moyen, à l'état universel, constant, de tous les pays, de tous les temps , où chaque homme a son champ, dans son champ sa demeure, et dans sa demeure sa famille , selon le vrai besoin de sa nature et le Jroit inaliénable de son être , a complètement et absolument raison, et jamais aucun écrivain communiste ne l'a démontré aussi puissamment, aussi éloquemment que M. Thiers.
Dans le second cas : donc, le livre de M. Thiei s prouve jusqu'à la démonstration l'impossibilité où est le rationalisme d'établir le droit de propriété, et
par conséquent, négativement, au moins la vérité du communisme.
Le chapitre IV porte en titre : L'homme a, dans ses facultés personnelles , une première propriété
INCONTESTABLE , ORIGINE DE TOUTES LES AUTRES; et
dans le cours du chapitre on lit : La première de mes propriétés , c'est moi, moi-même. Mes pieds,
MES MAINS-, MES BRAS, MON CORPS, MON ESPRIT, SONT A MOI, INCONTESTABLEMENT A MOI. (pag. 32.)
Appliquons encore notre dilemme.
Ou cette proposition est démontrée par le livre de M. Thiers , ou elle ne Test pas.
Dans le premier cas : donc, tous les hommes en particulier ont la propriété incontestable, souveveraine de leurs corps et de leurs membres , de leur esprit et de leurs facultés ; donc, ils ont le droit d'en disposer comme de leur incontestable propriété, et on ne peut en disposer malgré eux sans violence et sans injustice.
Donc, l'esclavage volontaire est un droit, un acte de propriété; et la conscription, ou le travail forcé, est une injustice, un acte de communisme. Donc, le suicide , la prostitution, la polygamie, la polyandrie même, comme dit M. Laroque dans son cours de philosophie à l'usage de la jeunesse , les contrats de mariage avec qui bon semble , et aux conditions de révocabilité et de divorce qu'il plaira à chacun d'y apposer, sont un droit naturel, incontestable, et que personne , gouvernement ou état, ne peut limiter ou détruire sans tyrannie, et sans violer notre
premier,notreplus incontestable droit de propriété.
Donc, le communisme, en demandant l'abolition du mariage, la libre communauté des femmes, est dans la vérité de la nature et du droit.
Donc , chacun ayant la pleine , l'incontestable propriété de son esprit, de sa mémoire, de sa volonté, de toutes ses facultés en un mot, a le droit de les employer à enseigner ce hideux communisme, par la parole et par la presse , à nier Dieu , à attaquer son culte, à arracher des cœurs , sous le nom de superstition , toute croyance et toute morale ; et le premier des droits, c'est l'athéisme, c'est le droit de nier tous les droits.
Donc encore , selon les principes du livre de M. Thiers , triomphe plein et entier du communisme.
Dans le second cas : donc, M. Thiers, n'ayant pu, malgré l'admirable talent et le vaste savoir que loue en lui le Constitutionnel, démontrer le droit de propriété de l'homme, même sur son corps, a démontré par là même l'impossibilité du rationalisme à établir un droit quelconque de propriété, et dans ce système, toute la force logique et toute la puissance rationnelle du communisme.
Le chapitre V a pour titre : De T exercice des facultés de V homme , il nuit une seconde propriété , qui a le travail pour origine, et que la société consacre dans V intérêt universel.
Ici , M. Thiers semble abandonner son premier principe pour lui eu substituer un autre, savoir : la
consécration, par la société, du droit de propriété de chacun sur les produits de son travail , produits, comme il ajoute dans le chapitre suivant , nécessairement inégaux de facultés naturellement inégales . et cependant, transmissibles, comme il prétend encore, par donation, succession, héritage, aux enfants ou à des étrangers, selon la volonté du propriétaire ; or, par ces nouvelles énonciations, il est réduit , ou à se répéter en d'autres termes, ou à détruire tout ce qu'il a avancé, et donne une prise nouvelle et définitive au communisme et à toutes ses conséquences.
Recourons encore à notre dilemme.
Ou M. Thiers démontre en effet et seulement que cette consécration, par la société, du droit de propriété sur les produits du travail , n'est autre chose que la consécration du vrai besoin , du droit naturel et indispensable à l'existence, du droit d'avoir chacun un champ, et dans ce champ une demeure, et dans cette demeure sa famille monogamique ou polygamique, et dans ce cas, la question ne fait pas un pas, et le livre de M. Thiers demeure sous l'étreinte de tous les dilemmes précédents.
Ou M. Thiers démontre , selon son but, que la société ( c'est-à-dire , les états ou les gouvernements ), étend ce droit de propriété de chacun sur tous les produits du travail, quels qu'ils soient, en sorte qu'un certain nombre de citoyens puissent absorber dans leur propriété la part que le besoin de la nature et le droit primitif, indispensable à
l'existence, assignent à chaque homme, c'est-à-dire, son champ, dans ce champ sa demeure, dans cette demeure sa famille , comme la chose se pratique à peu près partout en France, en Angleterre et ailleurs, où le grand nombre est, non-seulement dépouillé de ce droit, mais dans l'impossibilité de le recouvrer.
Dans ce cas, l'inflexible logique demande , i° ce que devient le vrai besoin de la nature, le droit indispensable à l'existence, le droit inaliénable, imprescriptible, et tout ce que M. Thiers a voulu prouver jusqu'ici; i° pourquoi la société, les états, ou les gouvernements actuels, ne pourraient pas défaire, limiter ou abolir , comme le veulent les socialistes, ce droit de la plus grande force physique ou intellectuelle, que d'autres états, avant eux, ont cru pouvoir faire, établir et étendre sans limites; 3° de quel droit les états , les gouvernements ou les majorités, peuvent réduire ou confisquer au profit de quelques-uns les droits de tous , droits, selon M. Thiers, naturels, inaliénables, indispensables à l'existence, et antérieurs à tout état et à tout gouvernement. La force physique ou intellectuelle serait-elle donc par elle-même un droit, et quel droit? le droit de dépouiller ceux qui en sont dépourvus ou qui ne la possèdent pas au même degré, du droit naturel et indispensable à l'existence que leur assure le vrai besoin de la nature ou la loi souveraine de leur être? La force physique ou intellectuelle scraitelle donc la raison suprême des sociétés, le droit
de vie et de mort? De tels principes diffèrent-ils beaucoup , diffèrent-ils autrement que par le mode d'application , de ceux des escrocs et des détrousseurs de grands chemins ? Ne sont-ils pas la justification pleine et entière du communisme et des fameuses maximes de Proudhon : La propriété est