LE COMMUNISME ÉTAIT PARTOUT
Et la logique, levant au ciel des yeux baignés de larmes, disait aux politiques et aux hommes d'état de la bourgeoisie voltairienne :
D'APRÈS VOS LEÇONS ET VOS EXEMPLES, IL A RAISON
resume et conclusion de tout l'ouvrage.
Quœrite ergo primum regnum Dei et justitiam ejus, et hœcomnia adjicientur vobis.
Cherchez donc d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste \ous sera donné par surcroît. (Evang. S.
ilatth. Chap. 6, v. 33.)
DIEU, par une création ex nihilo (de rien), et par une conservation permanente équivalant à cette création , SEUL AUTEUR de l'homme , de la famille , de la société, du monde et de tout ce qui l'habite ;
DIEU, par conséquent, SEUL SOUVERAIN absolu , éternel , nécessaire ;
DIEU, SEUL MAITRE, SEUL PROPRIÉTAIRE vrai et universel de tout ce qui est et qui n'est que par lui :
Tel est, pour qui veut se rendre compte et agir en homme , le seul principe suprême des droits et des devoirs, la base unique de l'autorité et de la liberté, de l'ordre et de la propriété, la raison dernière et souveraine du monde social , comme du
3o4 LE COMMUNISME ET SES CAUSES.
monde politique, du monde intellectuel et moral, comme du monde physique et matériel.
Une religion révélée de Dieu, expression de su souveraineté dans l'ordre intellectuel et moral, expliquant et garantissant tous les droits, enseignant tous les devoirs et donnant force pour les accomplir, manifestant à tous les êtres libres, avec l'autorité et l'infaillibilité deDieu même, les lois morales qui les régissent, et sanctionnant ces lois par les peines et les récompenses d'une autre vie :
Tel est le lien seul capable d'unir et de relier ensemble les intelligences et les volontés, les hommes, les familles, les sociétés, et le ciel avec la terre ; tel est le ciment seul indissoluble , parce qu'il est divin, que montrent de toutes parts et avec une incontestable évidence, à l'observateur attentif, les fondements sociaux mis à nu par trois siècles de doute , d'examen , de secousses et de révolutions.
Cette religion, révélée dès le commencement du monde, attestée par les traditions de tous les temps et de tous les peuples, complétée par la venue en la chair de Jésus-Christ, Fils de Dieu, démontrée divine et vraie à tout homme de bonne foi, par sa nécessité, par son unité, par sa perpétuité, par son universalité, par d'autres faits sans nombre au-dessus de toutes les forces de l'homme, sidentifiant enfin avec l'Eglise catholique, apostolique et romaine, fondée par Jésus-Christ, revêtue de son infaillibilité , chargée par lui d'enseigner toutes les
nations avec la promesse d'être avec elle jusqu'à la consommation des siècles :
Telle est à son tour l'expression extérieure , visible, inimitable, de cette religion unique ; telle est l'immense et universelle société des âmes , dans laquelle toutes les autres doivent entrer pour y raffermir leurs bases , y puiser, au point de vue de l'intelligence et des cœurs, leur raison d'être, pour vivre et se perpétuer.
Or, la reconnaissance intellectuelle et pratique de la souveraineté de Dieu ainsi manifestée sur l'homme, sur la famille, sur la société, sur le monde et tout ce qu'il renferme , C'EST LE RÈGNE DE DIEU , C'EST LA JUSTICE.
C'est le règne de Dieu dans les intelligences par la foi ou par l'acquiescement, sans crainte d'errer , aux vérités qu'il a révélées.
C'est le règne de Dieu dans les cœurs par la vertu ou le respect de tous les droits et l'accomplissement de tous les devoirs.
C'est le règne de Dieu dans les corps par leur soumission au culte extérieur qu'il agrée , et le maintien de leur dépendance des âmes, selon l'ordre qu'il a établi.
C'est le règne de Dieu dans la famille , par l'union des membres qui la forment et leur concours commun à observer les lois que sa souveraineté impose aux époux, comme époux, aux pères et mères, comme pères et mères, aux enfants, aux frères et aux sœurs, comme sœurs, frères et enfants.
C'est le règne de Dieu dans la société civile par le concours de tous les citoyens, de ceux qui commandent, comme de ceux qui obéissent, à connaître et à faire connaître, à observer et à faire observer toutes les lois divines qui constituent et d'où découlent tous les droits et tous les devoirs naturels et civils.
Plus le règne de Dieu est parfait dans l'homme, dans la famille, dans la société, plus l'homme, la famille, la société sont parfaits, libres et heureux; plus profondément et plus universellement ils expérimentent la vérité de la promesse divine : Cherchez d'abord le règne de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroit : Quœrile primum regnum Dei et justitiarn ejus , et omnia adjicientur vobis.
Qu'on interroge les nations et les siècles ; qu'on fouille leurs monuments et leurs annales, et qu'on trouve, si on le peut, dans ces faits innombrables, un démenti à cette grande loi, à cette loi suprême de toute véritable économie sociale et politique. Dans l'ancien monde, partout où le culte du vrai Dieu s'est conservé, le culte marche de pair avec l'ordre et les libertés sociales, la dignité et lerespect de l'homme ; et les sociétés patriarcales, quoique traversées par de grandes passions individuelles , nous apparaissent encore à travers les siècles, comme l'oasis au milieu des déserts, comme l'étoile au milieu des ténèbres d'une nuit profonde. La femme y est honorée comme l'égal de l'homme, l'enfant, respecté comme uu
présent de Dieu ; le commandement y est paternel, l'obéissance, filiale; ce sont de grandes familles. Mais à peine l'idolâtrie , ou la souveraineté de l'homme sur l'homme, le despotisme des passions, s'est-elle étendue sur le monde , que partout marchent à sa suite la force brutale, une hideuse immoralité, l'esclavage, la confusion et la négation de tous les droits et de tous les devoirs, d'indicibles misères.
La femme descend aux derniers bas-fonds de la dégradation et de la servitude; l'enfant est exposé , vendu ou mis à mort par ses parents ; la liberté, la propriété, la vie même de l'homme, sont livrées en proie à toutes les saturnales d'une indicible tyrannie , et une espèce de communisme hideux , sauvage , courbe tous* les fronts vers la terre et dans la boue. Toutes ces lâchetés , toutes ces infamies s'appellent le droit commun, et Rome et la Grèce marchent à la tète de cette barbarie. [Lois des douze taules. Platon, dristote, Plutarque , etc.)
Le peuple juif, presque seul, conserve, avec la religion vraie , la dignité de la femme, le respect de l'enfance, la liberté , l'égalité, l'exemption de tout impôt direct, l'inviolabilité de la propriété.
Partout, dans le monde moderne, les mêmes faits viennent avec une irréfragable constance, attester la même loi. A peine le christianisme apparaît-il aux confins de ce vieux monde qui croule, que, résumant en lui toutes les traditions, toutes les vérités dogmatiques et morales que le genre humain
rappelait encore, comme un profond et lointain souveiir,il se prend corps à corps avec les hideufes et dégradantes doctrines du paganisme , les confond par l'élévation de ses dogmes , les ruine par l'ascendant de sa morale , les force à se cacher dans les profondeurs de la nuit par l'éclat, le courage et la persévérance de ses vertus. Rien ne résiste au zèle de sa foi, au dévouement de sa charité, et avec le règne de Dieu, se réveillent partout la notion des devoirs et le respect des droits. De toutes parts se lèvent des sociétés nouvelles, un monde nouveau, et les nations, renaissant de leurs cendres, entrent dans les voies de la plus splendide civilisation, y avancent ou y reculent , s'affaissent ou se relèvent, selon que, fidèles ou infidèles à la religion vraie, elles se courbent ou non devant les hérésies qui viennent plus ou moins ouvertement, plus ou moins universellement, substituer le despotisme de l'homme à la souveraineté de Dieu.
Ici c'est l'arianisme, là le mahométisme, qui en est la conséquence; plus loin, le manichéisme et le gnoslicisme, les albigeois et les mille sectes du protestantisme, depuis le socianisme jusqu'au jansénisme et au gallicanisme parlementaire, souillant les voies sociales d'une longue traînée de sang et de boue, et livrant au sabre des états, à la force matérielle, toutes les vérités et tous les droits. Et cependant, quels que soient les efforts et l'aelion d 'ces dissolvantes sectes pendant dix-huit cents ans, et surtout pendant les trois derniers siècles, pour
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faire rétrograder l'Europe jusqu'au paganisme, il y a entre elle et la partie de l'Asie qui y est presque retournée, une incommensurable distance qu'un savant observateur, le docteur Lallernand, a ainsi caractérisée :
« D'un côté , polygamie , harems et sérails , d'où a excès vénériens , mutilation barbare , sodomie « révoltante (les pauvres manquant de femmes), « population rare, inactive indolence, vouée, par « conséquent, à la misère, à tous les despotismes. »
« De l'autre côté, monogamie, austérité chré- « tienne , répartition plus égale du bonheur do- « mestique, augmentation croissante des lumières, « de la liberté , de l'égalité , du bien-être ; multipli- « cation rapide, population serrée, active, labo- « rieuse, entreprenante, audacieuse. » (i)
(1) « C'est ce qui explique , ajoute-t-il , la conquête de l'Inde « par les Anglais; 4,000 européens et 20,000 nationaux soumis « à leur discipline , sufflsent à la compagnie pour maintenir « dans l'obéissance la plus absolue quatre-vingt millions d'In- « dous. » Et pourtant, Burke s'écriait, en parlant de ces établissements anglais : « Quoi ! nous nous disons conquérants, et au lieu « de civiliser par la conquête , nous nous contentons de détruire. « Cet orgueil d'usurpateurs, qui nous a entraînés dans des régions « si lointaines, a-t-il pensé à réparer ses propres fléaux , à* ériger « du moins des monuments splendides sur le sol que nous avons « dévasté ? Où sont nos écoles , nos églises , nos palais , nos bôpi- « taux ? L'Angleterre, maîtresse de l'Inde, n'a point creusé de ca- « naux , bâti de ponts , tracé de grandes routes. Nous avons passé « sur l'Inde, non comme un fleuve civilisateur, mais comme le « tigre ou l'éléphant sauvage, pour tout renverser sur notre route. < Qu'un soulèvement des indigènes , qu'une invasion de barbares « "nous arrache nos possessions, il ne restera, pour indiquer notre
iG*"
C'est qu'en effet, par ce règne de Dieu et par lui seul, tous les hommes sont égaux; tous les droits imposent des devoirs , et tous les devoirs donnent ou supposent des droits. Il n'y a vraiment qu'un seul Seigneur, qu'un seul maître souverain, Dieu, que tous, maîtres et serviteurs, pères et enfants, magistrats et simples citoyens, servent également, quel que soit leur rang. Et le servir, c'est régner, maître de soi, dans une égalité parfaite de droits et de devoirs , et devant lui , et devant les hommes, et devant les lois , qui ne sont et ne doivent être qu'un écoulement et une image de sa justice , un moyen de se rapprocher de lui.
Par le règne de Dieu et par lui seul , tous les hommes sont frères , divinement frères. La fraternité est le droit et le devoir de chacun et de tous, et en s'aimant, se secourant, se servant les uns et les autres, c'est Dieu encore, Dieu seul, Dieu toujours qu'ils servent et qu'ils aiment.
De là, la dignité la plus haute, la nohlessela moins sujette à dérogation, la liberté la plus vaste, la plus sincère , la plus douce , la mieux ordonnée qui ait
« présence et l'époque de notre pouvoir, rien que nos ravages. » Il n'en a point été ainsi des conquêtes espagnoles dans l'Amérique méridionale , ni des nôtres en Algérie. La raison, c'est que les Anglais sont protestants, et les Espagnols et nous, catholiques, et par conséquent, plus près du règne de Dieu. Nous avons donc ici quatre degrés différents de civilisation en raison du plus ou moins d'éloigneraent du règne de Dieu : idolâtrie, mahométisme, protcstantitvn . catholicisme. Et ces différences de civilisation , on les retrouvera eu tout.
jamais été conçue. Tous les droits sont des devoirs pour tous, et les uns et les autres sont les droits incontestables de Dieu. Dieu en est le principe , Dieu en est le terme, Dieu en est l'immuable, l'imprescriptible garantie, l'éternel, l'inflexible vengeur; et l'homme, quelle que soit sa condition, roi ou citoyen, capitaliste ou simple ouvrier, a un maître et n'en- a qu'un, qui est le maître de tous.
De là, l'ordre le plus universel; de là, l'unité la plus parfaite; de là, un progrès et une civilisation qui n'ont et ne peuvent avoir que Dieu même pour limite et pour fin.
L'autorité, quel que soit son nom , vient de Dieu, seul et universel auteur, dès qu'elle est conforme à la loi fondamentale du pays, qui n'a et ne peut avoir pour objet essentiel que le bien et l'utilité de tous ; et sans secousse, sans violence, cette autorité se transforme avec la loi , selon que le demandent et les nécessités et les besoins des temps. Le bien du peuple est sa raison d'être ; le règne de Dieu et sa justice, sa règle souveraine, et le dévoûment, l'esprit de sacrifice et d'immolation , son suprême caractère. Son but est de maintenir l'égalité, la fraternité, la liberté, dans l'ordre et dans l'unité, et de garantir à tous les hommes les moyens de s'avancer, par tous les genres de perfectionnement, vers leurs éternelles destinées.
Tel est le règne de dieu et sa justice; telle est l'économie sociale et politique de la religion et de CÉglise catholique , apostolique et romaine. Nous
Z-J1 LE COMmiJHSME ET SES causes.
défions de le contester. Nous défions, non-seulement d'en tirer une conséquence rigoureuse, nécessaire en faveur du communisme et de la tyrannie, comme celles que nous avons déduites, dans tout notre ouvrage,des principes rationalistes, déistes, panthéistes et athées, fruits des enseignements et des exemples d'état, mais encore d'en tirer une, une seule, qui ne soit un principe et tout à la fois une garantie de liberté, d'égalité, de fraternité, d'ordre, de justice et de charité ; une seule qui ne concoure à résoudre efficacement les grands problèmes sociaux qui agitent et ébranlent le monde , et qui n'ont et ne peuvent avoir d'autres causes que l'affaiblissement ou la disparition du règne de Dieu et de sa justice, dans les doctrines et les mœurs des sociétés telles que le protestantisme et le philosophisme les ont faites.
Sous le sceptre, en effet, de l'ordre social, expression du règne de Dieu, sous sa main de justice, symbole de la bonté et de la justice de Dieu , point de loi qui n'ait pour objet le bien public ou l'une des grandes fins de l'humanité; point d'impôts qui ne soient exigés comme nécessaires pour y arriver, et toujours, tant qu'ils peuvent suffire , impôts indirects, frappant également tout le monde , n'épargnant , à cause des prolétaires et des pauvres, que les objets de première nécessité. S'il y a une exception, un privilège , il n'existe, il n'a sa raison d'être, tant que dure le règne de Dieu, que dans le bien commun, l'utilité de tous.
Si les nobles , si les prêtres, si les moines et les religieuses, sont exempts de quelque charge commune, de l'impôt direct, quand on est obligé d'eu frapper, ce qui ne doit être que pour un temps et une nécessité pressante , c'est que cette charge esi incompatible avec les services publics qui leur sont imposés ; c'est que cet impôt est levé pour subvenir aux frais d'une guerre demandée par la justice où par l'honneur du pays, et que les nobles sont obligés de tout quitter au premier signal , et leurs pères, et. leurs mères , et leurs femmes, et leurs enfants , pour payer de leur personne et de leur sang.
C'est que le prêtre n'est plus à lui ; que la nuit et le jour, il est consacré aux services spirituels de la commune ou de la cjté ; c'est que lui-même est au fort de la mêlée pour panser les blessés et absoudre les mourants; c'est que son bénéfice est le bien des nécessiteux et des infirmes, de l'orphelin et de la veuve, le fonds qui sert à entretenir le culte et la maison vraiment commune qui est i'église; et que le frapper, par conséquent, dans sa personne ou dans son bénéfice, c'est frapper tout le inonde, sans aucun profit pour personne.
C'est que le moine et la religieuse sont chargés de payer, et de nuit et de jour, au nom de la société tout entière, un tribut de prières à la souveraineté du maître de tous , et d'implorer d'elle les secours et la miséricorde dont tous ont besoin. C'est qu'ils sont chargés d'instruire gratuitement la jeunesse, de conserver les lettres et les annales pu-
bliques,de défricher les forêts et les landes arides, d'apprendre et de perfectionner l'agriculture , de percer des routes, d'entretenir les ponts et les chemins, de donner l'hospitalité et des guides aux voyageurs, de chercher et de secourir, de nuit et de jour, sur des montagnes escarpées, couvertes de neige et entrecoupées de précipices , ceux qui se sont égarés, et qui seraient dévoués, sans ce secours, à une mort certaine. C'est que, de nuit et de jour, ils sont retenus au chevet des malades et des agonisants, ou appliqués à la surveillance et aux soins maternels des infortunés privés de raison. C'est que leurs terres et leurs forêts sont le domaine de tous, leurs couvents, l'hôtel gratuit des voyageurs et des pauvres passants, et que de nombreuses familles d'indigents et d'infirmes agglomérées à l'entour, n'ont d'autres moyens d'existence que le travail et les secours sans nombre qu'ils leur prodiguent, économes et gardiens fidèles des propriétés de Dieu, (i) Partout, en effet, dans chaque ville, dans chaque
(1) Voyez le Tableau des institutions et des mœurs du moyen âge, du ministre protestant Hurter , tom. 2. eh. 7. Les Lettres sur la réforme, du protestant Cobbett. lettr. 2 , 4 , 5 et passim. Le protestant Mallet : Histoire delà Suisse, tom. 1. Drake : Heures littéraires, tom. 2. Génie du Christianisme tout entier, etc. Rubichon , de l'Angleterre , et action du Clergé dans les sociétés modernes. Passim. Hurter fait remarquer que les superbes vignobles du Rhin sont dus à des moines; Cobbett, que c'est à dater de leur suppression qu'il n'y a plus de vignes en Angleterre, et que les couvents se sont changes presque partout en dépôts de mendicité , en casernes ou en prisons. Rubichon fait la même observation.
commune, dans chaque monastère, au foyer dechaque presbytère, s'ouvrent des écoles gratuites, où les langues anciennes, les sciences, et souvent tous les arts, sont enseignés, et où les enfants de toutes les conditions viennent se mêler et se confondre, sous des règlements communs et pour les mêmes études , comme leurs parents et euxmêmes encore dans les mêmes églises en face des mêmes autels, des mêmes sacrements, des mêmes doctrines dogmatiques et morales , des mêmes cérémonies, des mêmes chefs-d'œuvre de peinture, de sculpture, d'architecture, de chants et d'harmonie de tout genre. Dans les uns et les autres, pères et enfants, riches et pauvres , la religion et ses ministres ne voient que des âmes également créées à l'image de Dieu, également appelées à de célestes et immortelles destinées, et les y conduire par l'instruction chrétienne , par les traditions et les institutions divines , par les sciences et les arts , par la pratique de la justice, de la charité, de toutes les vertus, est pour elle et pour eux le premier des droits, le plus doux et le plus sacré des devoirs. S'il y a quelque distinction, quelque récompense ou encouragement particulier, ils sont pour le talent , pour l'orphelin et pour le pauvre, (i)
(1) « Dès le temps de Charlemagne , dit M. Michelet, Théodulfe , « évêque d'Orléans, fonda dans son seul diocèse quatre écoles su- « périeures, et distribua dans les campagnes des écoles élémen- • taires gratuites. C'est à lui que l'abbaye de Fleury-sur-Loire « fut redevable de sa célébrité littéraire. D'autres monastères ,
S'jS LE COMMUNISME ET SES CAUSES.
Partout aussi, dans chaque ville, dans chaque centre de quelque étendue, des hospices s'élèvent pour
« Corbie, Fontenelle , Saint-Riequier , Aniane , Richenau , « Utrecht , Osnabruck , etc. etc. rivalisèrent de savoir et nY « piété. Cliarlemagne appela l'attention des cénobites sur l'ortho- « graphe et la calligraphie, et fit substituer les caractères romains « à l'alphabet teutonique-mérovingien qui avait prévalu. Comme <• la théologie était de toutes les sciences d'alors la plus impor- «•■ tante et la plus profitable, l'élude approfondie du latin et * mémecelle du grec devenaient indispensables à ceux qui vou- « laient parvenir aux hautes dignités de l'Église. » {Précis du moyen âge. pag. 112. Voyez , dans la Ve partie, d'autres témoignages pag. 226.) M. Michelet énumère encore près de 40 universités érigées dans les seuls XIIIe et XIVe siècles, (ibid. page. 349.) « Ce « n'était donc pas, dit Rubichon, une poignée choisie d'hommes « qui , à de courts intervalles de temps et sur des points presque « imperceptibles du globe, comme Athènes, semblaient n'avoir « paru que pour montrer où pouvait aspirer l'homme libre : ce < fut cent millions d'hommes qui, de front et d'un pas égal, mar- ••< chèrent à la liberté et au bonheur, et cette croix qui n'avait été prêehée que comme un instrument de pénitence, se trouva être un sublime trophée de gloire. »
« On faisait, dit le protestant Tanner , enregistrer dans les abbayes les constitutions du clergé , décrétées par les synodes nationaux et provinciaux ; et après la conquête, les actes mêmes du parlement, ce qui me conduit ù rappeler l'utilité et les avantages des maisons religieuses ; car on y conservait les annales et les documents les plus précieux du royaume. On envoya dans une abbaye de chaque comté une copie de la charte des libertés accordées par Henri 1er. {magna charta) Souvent on envoyait dans ces maisons les titres et l'argent des familles pour y être mis en sûreté. A la mort des nobles , on y déposait leurs sceaux, et la cassette même du Roi fut plus d'une fois confiée à leurs soins. Il y avait en outre chez eux des écoles d'enseignement et d'éducation, et chaque couvent avait une ou plusieurs personnes désignées pour cet objet. Tous les habitants des alentours qui le désiraient pouvaient y envoyer leurs enfants pour appren-
tous les genres de maladies, des maisons de secours sont fondées pour toutes les espèces de besoins, et la foi et la charité, retrouvant encore Dieu d'une manière plus particulière sous les haillons du pauvre, sous les ulcères du lépreux , sous la poussière des voyageurs, comme sous un voile mystérieux, transforment l'aumône en sacrement, les hospices en temples et hôtels-Dieu, les malades, les voyageurs et les pauvres, en membres souffrants de Jésus-Christ; et vierges, veuves, cénobites et religieux hospitaliers , quittant les délices et la liberté du monde, viennent à l'envi se consacrer par vœux à les soigner et à les servir, et acheter même par des dots et des pensions souvent considérables, l'insigne honneur de leur laves les pieds, de les servir à table, de panser leurs plaies, et de veiller et le jour et la nuit au chevet de leurs douleurs ou de leur agonie, (i)
« dre la grammaire , le calcul et le plain-chant , sans la moindre « rétribution. Dans les couvents des religieuses, les jeunes per- « sonnes apprenaient à travailler à l'aiguille , à lire l'anglais , et « quelquefois le latin , etc. De telle sorte que , non-seulement les « filles de la basse classe , dont les parents étaient trop pauvres « pour fournir aux frais de leur éducation , mais même celles des « nobles et des gentilshommes, étaient élevées dans ces maisons- »
(t) «Tous les monastères, dit encore Tanner,étaient, à proprement « parler, de grands hospices, dont la plupart étaient obligés d'en- « tretenir, tous les jours, un certain nombre de pauvres. Il y « avait également des maisons qui donnaient l'hospitalité à près- « que tous les voyageurs.... » «Leur hospitalité était telle que, « dans le prieuré de rsorwïch, on consommait, tous les ans, pour
satisfaire à ce devoir , plus de quinze cents quartes (quarters)
En même temps, en Italie, en France, en Espagne, en Angleterre, en Allemagne, partout, par le soin des évêques, se forment les communes, puissantes individualités composées d'une multitude de bourgeois, d'hommes de lois, de marchands , d'artisans , s'administrant elles-mêmes , réglant entre leurs membres la répartition des charges communes, en nommant les collecteurs, défendant les immunités, les franchises, toutes les libertés communes.
« Tous les offices mécaniques,» dit de la commune de Barcelonne le célèbre espagnol Capmany , « sans distinction ni exclusion odieuse, méritaient « d'être déclarés habiles à composer le conseil con-
« de drècbe , plus de huit cents quarts de blé , et le reste dans la « même proportion. Au moyen des bourses , les nobles et les « bourgeois trouvaient un asile dans ces maisons , non-seulement « pour leurs vieux serviteurs, mais même pour leurs jeunes en- « fants, ou pour des amis tombés dans l'indigence.... Ces mai- « sons étaient d'un grand avantage pour les villes et les villa- « ges, dans le voisinage desquels elles étaient situées, 1° parce « qu'elles y attiraient beaucoup de monde, et parce qu'elles leur « accordaient le privilège de tenir des foires et des marchés ; 2° « en les affranchissant des lois forestières ; 3° en affermant leurs « terres à bas prix. Enfin , elles étaient autant d'ornements pour « ie pays, car la majeure partie étaient des édifices magnifiques... « plusieurs Églises des abbayes étaient égales, pour ne pas dire « supérieures, à nos cathédrales actuelles.... {Cité par Cobbett. lettre IV. page 86. et suiv. }
L'archiconfrérie des voyageurs et des convalescents, fondée à Rome en 1G48, par saint Philippe de Néry, reçut au jubilé de 175i>. 134, 603 pèlerins; en 1775, 9'J , 423; en 1S25 , 94, 157. Chaque pèlerin était entretenu et défrayé de tout pendant plusieurs jours aux dépens de la confrérie.
SECONDE PARTIE. 3jg
h sistorial des magistrats : tous eurent voix et vote « parmi les pères conscrits qui représentaient cette « ville , une des plus renommées par ses lois , son « pouvoir et son opulence , une des plus respectées « qui existât au moyen âge parmi les différentes « républiques et monarchies de l'Europe, de l'Asie « et de l'Afrique. »
« Ce système politique et cette forme municipale « de gouvernement étaient semblables à ce qui régis- « sait au moyen âge les principales villes d'Italie, « d'où la Catalogne emprunta plusieurs usages et « coutumes. Gènes, Pise, Milan , Pavie, Florence, « Sienne et d'autres villes, avaient un gouvernement « munieipal composé des chefs du commerce et des « arts, sous le nom de consuls, conseillers, éche- « vins , etc. Priores artium , tel fut le nom d'une « forme populaire de gouvernement électif, distri- « bué dans les différentes classes de citoyens, sans « en exclure les artisans, qui, au treizième et au qua- « torzième siècle, se trouvaient dans l'état le plus « florissant, formant la partie la plus considérable « de la population, et par conséquent, la plus riche, « la plus puissante, la plus indépendante. Cette lift berté démocratique , outre qu'elle fixa l'industrie « dans les villes d'Italie, communiqua un singulier « honneur aux professions mécaniques. Le grand « conseil de ces villes était convoqué à son de clo- « che , et le peuple artisan se divisait sous les banniè- « res ou les gonfalons de ses métiers respectifs. » (i)
(1) Mémoires historiques sur la marine , le commerce et les
33o I.E COMMUNISME ET SES CAUSES.
Ainsi en était-il en France (voyez plus haut pag. 222.), à Paris, à Lyon, à Rouen, à Bordeaux, à Marseille, à Avignon, etc. et toutes les chartes de ces associations, toutes ces constitutions municipales , renfermaient plus de libertés réelles que tout le libéralisme moderne en a seulement rêvé en théorie.
Déjà partout les jurys étaient institués pour rendre la justice, en Italie, en France, en Espagne, en Angleterre, en Allemagne, dans tous les pays du Nord. « Les comtes, dit M. Michelet, dès l'époque de Charce lemagne, rendaient la justice dans des assises tri- « mestrielles, assistés par un certain nombre de sca- « bins ou jurés. On ne pouvait appeler de leurs sen- « tences à l'assemblée nationale ou provinciale, que « pour déni de justice ou violation manifeste de la « loi. Comme sous les premiers rois, chacun était « juré suivant la loi de sa famille ou de son choix. » [Précis de Vhist. du moyen âge, pag. 109.) (1)
arts de P antique cité de Barcelonne: De l'institution des corps et métiers. — Du Cange énumère aussi fort longuement les privilèges des communes.
(1) M. Coppey, membre de la société académique de Cherbourg et juge au tribunal civil de cette ville, vient de prouver, clans une dissertation savante sous le titre: Du jury en Normandie dan* h moyen àye , que le jury était généralement en USAGE au XlT et XIIIe siècle en Normandie, non-seulement pour les crin; délits, mais pour des points de faits importants dans les procès civils, ce qui suppose, comme il le prouve d'ailleurs, qu'il existait une classe moyenne ou roturière, libre , nombreuse et éclair
« Primitivement, » dit Moeller, professeur d'histoire à l'université catholique de Louvuin, « tous les tribunaux avaient la même
SECONDE PARTIE. ZS l
Déjà partout aussi les peuples avaient leurs états généraux, leurs assemblées nationales, leurs fueros, où s'agitaient en communies grandes questions d'utilité nationale, où les lois étaient arrêtées, et les impôts et charges publiques consenties.
«L'héritage des Mérovingiens , » dit encore M. Michelet, «agrandi par les victoires de Pépin et de Chai - « lemagne, formait un état aussi vaste que l'ancien « empire d'Occident. Il avait pour limites: au midi , « FAufide, le Vulturne, la mer et l'Èbre ; à l'ouest, «l'Océan Atlantique; l'Eyder, la mer Baltique et « l'Oder, au nord; la Theiss , la Save et le golfe « Adriatique, à l'orient. »
« La division politique et cadastrale de l'empire « en légations, comtés, vigueries, cantons et man- « ses , facilitait l'administration, et permettait au « souverain de connaître l'étendue et le détail de ses « ressources.»
« Quoique l'autorité royale parût absolue entre
compétence, et jusqu'au temps de Charlemagne , ils ne diffèrent que par l'étendue de leur juridiction. Tous les hommes libres avaient d'abord conservé leur ancien droit de siège?- comme juges dans les cours de justice. Mais ce droit étant devenu une. obligation onéreuse à laquelle la plupart d'entre eux cherchaient à se soustraire , on rendit des lois par lesquelles un certain nombre d'hommes libres d'un district , d'une centurie ou d'une marca, furent obligés de se réunir pour juger. On leur donnait le nom de scabini (échevins. ) Ils étaient ordinairement au nombre de douze , et jamais moins de sept. Comme les autres hommes libres conservaient leur ancien droit de siéger dans les tribunaux, ils se mêlaient quelquefois aux scabini et votaient avec eux. » ( Manuel d'histoire du moyen âge. page. 226. )
« les mains de Charlemagne , elle était cependant « assujettie à des limites et à des règles. Depuis que « Pépin le Bref avait remis en usage les Champs k de mars ou de mai , le pouvoir de faire les lois « appartenait à ces diètes, qui partageaient V initiant tive avec le souverain. Sous Pépin, on n'y voyait « que les grands et les prélats. Charlemagne voulut « les rapprocher de leur institution primitive , en « y rappelant les représentants des hommes libres « (Hérimans.) Ces députés n'étaient pas élus par des « assemblées électorales , mais choisis par chaque « comte, au nombre de sept ou de douze, dans la « classe des notables appelés rachimbourgs ou scaa bins. (i) On ne peut supposer que les nombreux « parlements tenus par Charlemagne aient été conv '-<■ posés des députés de toutes les provinces. L'ab- « sence si fréquente des évèques et des comtes au- « raitfait naitre mille désordres dans l'état et dans :<■ l'Église. Chacun des royaumes francs avait son :<. Champ de mai particulier; mais les lois générales ;< émanaient seulement des assemblées présidées
(1) M. Michelet commet là une grave erreur. « Tout homme li-, « bre et propriétaire d'un franc-alleu avait le droit de siéger dans « ces assemblées. Mais à mesure que l'empire s'étendit par les « conquêtes, il devint difficile (très-coûteux), et souvent impossible « aux hommes libres, de se rendre aux assemblées. Et ce fut Louis « le Débonnaire, et non Cliarlemagne, qui , voyant les assemblées « générales si peu fréquentées, fut obligé d'ordonner aux comtes '<■ de district d'y venir, et d'amener chacun douze échevins ou