‹ Un éclair avant la foudre ou Le communisme et ses causesChapitre 157 sur 162 · HOMMES LIBRES CHOISIS TARMI LES LIBRES PROPRIETAIRES DE · texte numérisé non relu

HOMMES LIBRES CHOISIS TARMI LES LIBRES PROPRIETAIRES DE

« leur district. (Ludov. I. Capituhiria : Responsa misio cuidam data. c. 2. Tertz. tom. tu. p. 2:1;.)

a parle roi, et où se trouvait toujours un certain « nombre de leudes et de prélats des différents « royaumes. Ces lois étaient préparées d'avance « dans des assemblées particulières, réunies en au- « tomne , où le roi n'admettait que les grands et les « évêques investis de sa confiance. Le Champ de « mai avait le droit de les rejeter ou de les adopter; « une fois acceptées par la nation et sanctionnées a par le roi, elles étaient rendues publiques par la « voie des assemblées provinciales , que présidaient « les missi dominici, et prenaient ordinairement le « nom de capitulaires. »

« Pour assurer à ses peuples les bienfaits d'une « administration équitable et d'une justice prompte « et égale, Charlemagne donna plus d'extension à « la magistrature des lieutenants impériaux {legati), « instituée par les derniers empereurs romains g (et chrétiens), conservée par quelques rois méro- « vingiens, et qui fut alors substituée à la dignité « ducale. Ces commissaires royaux, ou missi domi- « nici , pris dans Tordre civil et dans le clergé, « étaient particulièrement chargés de protéger « LA LIBERTÉ ET LES PROPRIÉTÉS DES CI- « TOYENS. Ils parcouraient leurs légations quatre « fois par an, recevaient les plaintes des sujets, et « tenaient des plaids, où la haute justice était ren- « due , et les décisions administratives, souvent ré- «formées. Les agents de l'autorité, soumis à la sur- « veillance des commissaires royaux , étaient les « comtes ou grafen (espèce de préfets civils et mili-

« taires), les vicomtes ou viguiers (espèce de sou?- « préfets), et les centeniers (chefs de districts ou « de cantons, et juges de paix.) »

« Le service militaire, d'abord imposé à tous les « hommes libres, fut restreint aux possesseurs de « trois manses (métairies) et douze serfs (ou colons, « fermiers). Celui qui, ne possédant qu'un manse, « ne pouvait suffire à son équipement et à sa nour- « riture, contribuait pour un tiers à l'entretien d'un « soldat. Une amende de 60 sous d'or, environ 800 « francs d'aujourd'hui, ou un esclavage temporaire, « était la peine de l'homme libre qui n'obéissait pas « à l'hériban, ou convocation de l'armée. » (Précis delliist. du moyen âge,pag. 108 et suiv.) (1)

«Les capitulaires,» dit le professeur d'histoire de Louvain, Moeller, « sont la meilleure preuve des « talents administratifs de Charlemagne , ainsi que « du soin extrême avec lequel il s'occupait du bien- « être moral , intellectuel et matériel de toutes « les classes d'habitants de son vaste empire.... « Deux commissaires, choisis annuellement par le

(1) Le droit de porter les armes,distinguait l'homme libre du serf; mais ce droit devint bientôt une obligation onéreuse;, et les petits propriétaires , obligés souvent d'abandonner leurs champs . et d'aller à la guerre, qu'ils devaient faire à leurs frais , furent peu à peu ruinés. Plusieurs d'entre eux cherchèrent alors à devenir les vassaux des seigneurs ecclésiastiques et laïques , et achetèrent nu prix de leur indépendance l'exemption du service militaire. De là ce capitulaire de Charlemagne pour maintenir et segmenter le nombre des hommes libres. Ils ne servaient, du reste, que dans des guerres peu éloignées et pour défendre leurs frontières pectives. Capitularc Aquense. a. 809. (Moeller. pag. 427 et 28.)

« roi parmi les prélats et les principaux seigneurs « laïques (missi ma/ores), et accompagnés de plu- « sieurs fonctionnaires inférieurs (missi minores), « étaient chargés de l'inspection de chaque province. « Ils la visitaient dans toutes ses parties , s'infor- « maient de la conduite des magistrats , prési- « daient les assemblées (placita), composées de tous « les évêques , 'comtes , vassaux , magistrats et « hommes libres, et recueillaient toutes les plaintes « qui leur étaient portées. Ils s'occupaient en géné- « rai de toutes les affaires religieuses, civiles et mi- « litaires de la province, veillaient sur l'entretien « des ponts et des routes, et réglaient la valeur des « monnaies. Ils surveillaient en outre l'administrait tion des domaines royaux, et examinaient l'état « des biens donnés à titre de fiefs aux vassaux de « la couronne. Après leur voyage d'inspection, ils « étaient tenus de présenter un rapport fidèle de « l'état de la province aux assemblées générales. tt Ce fut ainsi que Charlemagne s'efforçait de prête venir tous les abus. »

« Charlemagne, tout en laissant l'exercice de la « justice aux différents tribunaux qui existaient « avant lui, établit néanmoins une différence de ju- « ridiction entre le tribunal du comte et celui ducen- « tenier, en accordant aux citoyens le droit d'appeler « au premier des décisions du second. Il autorisa « encore l'appel des jugements des comtes aux a missi , lesquels prononçaient en outre, dans les « plaids provinciaux , sur toutes les causes qui n'a-

« vaient pas été décidées par les comtes ou les cents teniers. La composition , ainsi que la procédure « et le système pénal , ne subirent que de légers «changements, lesquels furent faits surtout afin « d'assurer le prompt exercice de la justice, et d'em- « pêcher toute espèce de corruption ou de partia-

« li té Les charges de comte n'étaient pas hérédi-

« taires; elles n'étaient pas même toujours confé- « rées à vie (et les missi étaient renouvelés chaque « année). »

« Charlemagne n'imposa aucune contribution « directe a ses sujets; il n'y eut d'autre taxeperson- « nelle que le service militaire et les prestations « locales, destinées à défrayer les missi avec leur « suite et les ambassades étrangères. Parmi les taxes « indirectes, nous citerons les péages sur les ponts « et les routes. Les principaux revenus du souverain « provenaient des domaines royaux (villœ regicc . « cultivés par les colons, qui recevaient en échange « de leurs travaux la libre jouissance de quelques « manses de terre. Un maire [major) était à la tête «. de l'administration de chaque domaine (villa.) » ( Manuel d'hist. du moyen âge , pag. Zj^5 et suii'.

Bien plus, nous lisons dans la théorie des lois politiques de la monarchie française publiée sous les auspices de MM. les ministres des affaires étrangères et de l'instruction publique, par M. de Lezardière, tom. 3. pag. 35, 36 et 07: « Les lois «fondamentales de la monarchie n'établirent

« AUCUN IMPÔT REEL NI PERSONNE! Le flSC n'eut

SLCOADE PARTIE. 887

« jamais le droit de lever de tribut sur les ter-

c res des églises et des particuliers L'exemp-

« tion de tout cens et tribut fut envisagée, dans « l'empire franc , comme l'apanage de la liberté « civile. Les tentatives de quelques princes de la « première race , pour établir des tributs sur les « terres et sur les personnes libres d'origine, toua jours arrêtées dans leur naissance , soit par le< « résistances des peuples , soit par les remords des « monarques, n'établirent, pas plus par le fait que « par le droit, l'usage des impôts royaux dans la « monarchie. Au contraire, l'inutilité de ces tenta- « tives, envisagées par le peuple et par les princes c même comme le plus grand attentat qu'un roi « pût se permettre envers son peuple , devient la « preuve la plus expresse de l'existence des lois « fondamentales qui avaient soustrait les habitants « de la monarchie au joug des tributs. »

« Ces lois fondamentales étaient d'ailleurs une « conséquence si nécessaire de tout le plan de la t législation franque , qu'il faudrait les supposer, t quand l'histoire n'en parlerait pas. »

Ainsi, franchises communales, enseignement gratuit , maisons de secours et de travail , hospices richement dotés pour les pauvres, justice prompte, impartiale, jurys, impôt indirect seulement, service militaire fourni par les seuls propriétaires de terres, assemblées provinciales, assemblées nationales, vote ou approbation des lois par toute la nation, telles étaient, au moyen âge, même avant

Cliarlemagne, et bien plus réelles qu'aujourd'hui, ces libertés fameuses que nous prétendons avoir inventées et que nous datons de 89.

« Le roi d'Angleterre, » écrivait, d'un autre côté, au XVe siècle, le chancelier Fortescuë, de laudibus legum Angliœ, livre qui jouit encore maintenant de la plus grande autorité au delà du détroit, « le « roi d'Angleterre ne peut changer les lois ni en éta- « blir de nouvelles, sans le consentement de tous « ses sujets, représentés par le parlement. Tout cice toven anglais est libre d'user et de jouir du pro- « duit de ses propriétés, des fruits de sa terre, « de l'accroissement de son troupeau, etc. Toutes « les améliorations qu'il peut faire à sa fortune, à soit par son propre travail, soit par celui des gens « qu'il entretient à son service, lui appartiennent en « toute propriété , sans qu'il ait à redouter aucun « obstacle, empêchement ou refus de la part de qui « que ce soit. S'il est molesté ou opprimé d'une ma- « nière quelconque , il est toujours assuré d'obte- « nir satisfaction de celui qui l'a offensé. Aussi les « habitants d'Angleterre sont-ils riches en or et en «argent, et possèdent-ils toutes les nécessités et « tous les agréments de la vie. Ils ne boivent pas « d'eau, si ce n'est à certaines époques de l'année, << mais seulement par motifs religieux et pour faire « pénitence. Ils se nourrissent abondamment de « viandes, de poissons et de légumes de toute es- « pèce. Ils portent de bons vêtements de laine; « leurs lits, leurs couvertures et autres objets, sont

«également en laine, et ils en sont amplement « pourvus. Ils possèdent aussi tout ce qui est né- « cessaire dans un ménage ; enfin, chacun a, selon « son rang, tout ce qui peut contribuer à rendre « la vie heureuse et agréable. »

« Chacun parle , dit à son tour Cobbett, des li- « bertès de V Angleterre ; mais en quoi consistent- « elles, ces libertés? Ce sont les lois qui règlent et « assurent les titres et la possession des biens, qui « prohibent toute arrestation arbitraire et faite sans « les formes et hors des cas déterminés , qui prohi- « bent toute condamnation qui n'est pas précédée « d'une instruction devant un tribunal composé « de juges et de magistrats délégués ad hoc par la « loi ; ce sont les lois qui nous garantissent le juge- « ment par jury, la publicité et l'impartialité des « débats judiciaires.... Mais d'où nous est venue la « liberté civile ? d'où nous sont venues les lois ad- « mirables qui constituent le droit de tout Anglais, « et au bénéfice duquel il est appelé dès sa naissan- « ce? (Par la grande charte.) Est-ce le protestantisme « qui nous les a données? Est-ce le protestantisme « qui a introduit dans l'administration de la justice « cette admirable économie à laquelle l'Angleterre « est redevable d'une partie de sa gloire et de sa « puissance ? Oh! non, toutes ces institutions re- « montent à l'époque ténébreuse où la suprématie « du Pape était le plus en vigueur. Elles ne furent a un don, ni des banquiers écossais ou hollandais , « ni des grenadiers du Landgrave de ïïesse, ni des

3f)0 LE COMMUNISME ET SES CAUSES.

« luthériens, ni des calvinistes; elles nous ont été « léguées par nos ancêtres catholiques, qui, malgré « leur ignorance et leur superstition, s'entendaient « fort bien en législation.»

« Quant à nos libertés publiques, quel autre « avantage la réforme nous a-t-elle procuré que la « liberté d'avoir quarante croyances au lieu d'une « seule ? La liberté n'est pas un vain mot ni une « idée abstraite, chacun la comprend. C'est la, jouis- « sance entière et paisible de la propriété, et rien « de plus. Que si vous n'avez pas cette jouissance « entière et paisible , vous pouvez vous donner le « nom qui vous plaira; mais vous ne serez jamais « qu'un esclave. Or, c'était vers ce point si impor- « tant que se dirigeait toute l'attention de nos ance cêtres catholiques. Ils ne permettaient ni aux rois « ni aux parlements de toucher a leurs proprié- « tés, si ceux-ci ne leur en avaient préalablement « démontré la nécessité. Ils ne lisaient pas de gazet- « tes, ils ne s'occupaient pas des débats des deux « chambres...; mais ils regardaient la faim et la soif « comme de grands maux, et n'auraient jamais souf- « fert qu'on les réduisît à une aussi terrible extré- « mité. Enfin, à leurs yeux , la maigreur et les hail- « Ions étaient les signes caractéristiques de Tescla- « vage. Répétez le mot de liberté tant qu'il vous « plaira; s'il ne vous procure pas la paisible jouis- « sance de votre propriété , ce n'est qu'un vain son. « A quoi nous sert d'avoir des droits politiques? « Pourquoi donnons-nous aux élections nos voix à

SECONDE PARTIE. 3c)I

k des candidats à la législature ? Parce que nous este pérons exercer quelque influence sur la conduite « et le vote de nos représentants. Mais dans quelle « position nous trouvons-nous à cet égard, et qu'elle « est différente de celle de nos ancêtres catholiques! « Ils ne votaient peut-être pas tous aux élections; « mais nous , y votons-nous tous ? Y a-t-il même un (C cinquième d'entre nous qui y prenne part ? La « grande masse du peuple a-t-elle aujourd'hui la « moindre influence sur l'adoption des lois et sur « le vote ou la répartition de l'impôt ? (i) Dans les

(1) On lit , Revue britannique du mois de février , 1834 , pag. 203 , dans un article fort remarquable sur l'impôt, les lignes suivantes : « En Angleterre, l'impôt est d'une injustice révoltante : une « simple boutique de regent-street à Londres paye 56 livres sterling « (1400 francs) d'impôt annuel, et le palais de stowe du duc de « Buckingham , habitation princière, avec une façade de 916 pieds, « des colonnes corinthiennes, un parc immense contenant des « tours, des obélisques, des temples, n'a été imposé qu'à 42 livres « sterling. (1050 francs). Hedlestonne, de lord Scarsdale , habita- « tion magnifique composée de deux pavillons réunis par une gale- « rie de 360 pieds de longueur avec un péristyle soutenu par vingt « colonnes d'albâtre, ne paye que 28 livres sterling (700 francs'. « Ainsi, un marchand de fleet-street , decheapside, de icapping, « paye pour les portes et fenêtres de sa modeste habitation, trois et « quatre fois plus que les plus riches lords de l'Angleterre pour « leurs palais somptueux. » Ce qui n'empêche pas M. Thiers de dire qu'il n'y a en Angleterre que des impôts indirects.

Nous avons également extrait du numéro d'avril, même année, les détails suivants sur les manufactures et l'agriculture , qui ressemblent beaucoup à ce qui se passe chez nons :

« Un tableau atroce , un drame horrible se reproduit et semul- « tiplie tous les jours dans nos cités manufacturières. Une vaste po- « pulation travaille plus qu'autrefois et vit avec moins d'aisaïKv

Zcp. LE COMMUNISME ET SES CAUSES.

« siècles catholiques, le peuple et ses droits étaient « toujours défendus par l'église ; et personne n'i-

« les pères , incapables de nourrir leurs enfants (quoiqu'on leur « ait appris, dans d'infâmes livres colportés dans tous les ateliers , « à les tuer avant de naître. Cobbetl , lettre v.), les forcent de tra- « vailler à côté d'eux et de gagner leur pain , avant même que le « développement total de leurs organes se soit accompli. Ces mnl- « heureux enfants, où puiseront-ils des idées morales , des principes « honnêtes, de l'espoir et de la confiance en Dieu? Leur état physique « et leur situation morale sont pollués à la fois, et la source de leur « vie, comme de leur vertu, tarit au moment où elle commence à « jaillir. O philosophes , qui vous êtes élevés contre l'esclavage des « noirs avec tant d'éloquence , que dites-vous de cet autre escla- <■ vage ?.... Ne nous y trompons pas : il est impossible que cette « foule nécessiteuse augmente, sans que l'incendie de nos fermes, « sans que de nouvelles et terribles insurrections , celles de la faim. « n'exposent l'Angleterre à une guerre d'esclaves, plus redoutable « que celle qui ébranla le pouvoir des Romains. Notre aristocratie « commerciale, devenue la rivale dangereuse, et peut-être la su- <■ zeraine de notre vieille aristocratie , sent déjà quelque chose de « ruineux et de chancelant s'agiter dans les bases qui la soutien- <• nent. »

« Notre agriculture a marché daisslamèmevoie... Le gen- « tilhomme-fermier n'existe plus. Naguère, il léguait à chacun oV ses enfants de 3 à 4,000 livres sterling; à peine a-t-il maintenant au lit de la mort la même somme à partager entre tous.... Dans les provinces centrales de l'Angleterre , beaucoup de fermiers sont insolvables. Les fermes que leurs pères et les pères de leurs pères ont habitées, commencent à se délabrer, faute de soins nécessaires. Des milliers d'acres de terrain autrefois cultivés sont « en friche. Dans les comtés de Surrey et de Sussex, telle terre que « l'on prenait à bail , il y a quarante ans, à raison de 14 schellings « par acre , ne peut trouver de fermier qu'à raison de 5 schellings « par acre ; la taxe actuelle des pauvres s'élève à 10 schellings par « acre..-. ( Et elle a encore augmenté depuis ). Et ne croyez pas « que ces tristes détails soient fondés sur des hypothèses vagues . » sur de chimériques aperçus. Ils sont consignes dans les nui, -

SECONDE PARTIE. 3q3

« gnore qu'il n'était rois, ni ministres, ni parlements, « qui osassent braver la puissance de l'Église; toute « notre histoire témoigne que l'Eglise se montra « toujours la protectrice du peuple, et que ce fut « à son assistance que nos pères durent ces triom- « phes si éclatants et si célèbres qu'ils remportèrent « sur l'orgueil des rois et des nobles. L'Église n'a-

« GISSAIT DE LA SORTE QUE PARCE QUELLE ÉTAIT 1NDÉ- « PENDANTE ET DES ROIS ET DES NOELES , PARCE QUELLE « RECONNAISSAIT UNE AUTRE SOURCE DE SES POUVOIRS.

« Nous avons perdu aujourd'hui sa protection , et «quel dédommagement avons -nous obtenu?»

{Lettre 111e et xvie.)

« D'après cette esquisse,» dit à son tour de l'Espagne un de nos observateurs les plus profonds , en terminant un chapitre qui a pour titre: l'action du clergé sur F agriculture en Angleterre et en Espagne, « d'après cette esquisse, on voit que l'indépendance « s'est dilatée en Espagne par tous les pores du corps « social : indépendance des femmes , puisqu'elles « peuvent posséder tout aussi bien que leurs ma- « ris; indépendance des enfants , puisque le père « ne peut les déshériter; indépendance des pro-

» breuses enquêtes ordonnées par la chambre des communes. Si » tous les fermiers anglais , a dit l'un des témoins , se trouvaient « forcés de remplir leurs engagements, la moitié d'entre eux fe- « raient banqueroute. »

« Les résultats de cette détresse sont incalculables. La terre, mal « cultivée et à moins de frais, se détériore et donne de mauvais pro- » duits : on emploie un nombre moindre de journaliers. Que de bras <• sans travail et de bouches affamées ! »

3q4 le communisme et ses cvuses.

« priétaires , puisqu'ils n'ont point de seigneurs, a ou s'ils en ont un , ils ne lui doivent que des « redevances pécuniaires; indépendance des pâte roisses, puisqu'elles s'administrent elles-mêmes, « sans reddition de compte aux autorités des villes «ou du gouvernement; indépendance des villes, « puisqu'elles ont des privilèges particuliers que la « province reconnaît; indépendance des provinces, « puisqu'elles ne relèvent du roi qu'à certaines con- « ditions ; et peut-être y a-t-il une indépendance « encore plus absolue dans les mœurs que dans les « lois. Quelle est donc cette étoile tutélaire qui perte met à l'Espagne de se mouvoir dans une démocrate tie semblable pendant la paix, et qui la constitue te en une si robuste monarchie pour les temps de «e guerre ? Le clergé comme organe de la religion. ee Les Espagnols n'obéissent qu'en Dieu et quejpour ee Dieu; leur obéissance est ainsi ennoblie par leur ee foi. Que leur importe d'être taxés de superstitieux ee parles autres Européens, race inerte qui toujours « obéit (même en se révoltant), et n'obéit qu'à des ee hommes » qui les exploitent !

«L'Espagne, dit-il encore, dans son ensemble, est « aussi bien cultivée que les pays de montagne en <e France,en Angleterre ou en Allemagne;je dis mieux: « l'agriculture , dans la Biscaye espagnole, est mieux « entendue que dans la Biscaye française, et par con- « séquent , cette province est plus riche. Je ne ferai « pas à mon lecteur l'injure de chercher à le détrom- « per sur tout ce qui se dit, dans nos gazettes et nos

SKCOKDE PARTir. ogo

« chambres , de l'ignorance des Espagnols • en fait « d'économie politique, elles sont la Béotie de l'Eu- « rope. L'ignorance d'ailleurs est préférable aux « connaissances confuses. Mais il est reconnu par « tous les gens de l'art que les royaumes de Valence « et de Catalogne ont l'agriculture la plus savante « de l'Europe.... » Et plus loin :

«L'Espagne à 872,000 familles livrées à l'agricul- « ture ; sur ce nombre , il en est 364}ooo qui sont « propriétaires du bien qu'elles cultivent; les autres, « 3o8,ooo, n'en sont que les fermiers.Voilà l'ensem- « ble , mais la proportion n'est pas égale dans cha- « que province. 11 se trouve à présent que sur cent « agriculteurs, les provinces les plus pauvres , telles « que l'Estramadure , *la Manche et le Cuença , en a ont soixante-dix qui sont propriétaires des biens « qu'ils cultivent, et les provinces les plus riches, « telles que la Biscaye , la Catalogne , et Valence , « n'en ont que trente-trois : la spéculation ici est « d'accord avec les faits....» [Rubichon. De l'action du clergé dans les sociétés modernes , chap. vu.)

« La France,dit aussi M. de Chateaubriand, a comp- « té , dansl'espace de neuf siècles, quarante trois mo- « narques , parmi lesquels on ne trouve qu'un seul « tyran.... Les uns furent appelés sages, bons, juste tes, bien-aimés, les autres surnommés grands, « augustes, pères des lettres et de la patrie. Quel- « ques-uns eurent des passions qu'ils expièrent par « des malheurs; mais aucun n'épouvanta le monde « par de ces vices qui pèsent sur la mémoire des « Césars. »

Zç)G LE COMMUNISME ET SES CAUSES.

Ainsi, de nouveau, toutes les libertés , toutes les sources de prospérités intellectuelles, morales el physiques, étaient, au moyen âge et depuis, dans les pays les plus catholiques, la conséquence, l'œuvre, le fait du règne de Dieu et de sa justice par la religion vraie, ou l'Eglise catholique, apostolique et romaine.

Mais qu'est-il donc arrivé ? Qui a donc pu suspendre ce mouvement ascensionnel, et précipiter les sociétés et le monde dans les servitudes sans nombre et les indicibles misères qui les étreignent de toutes parts, et les entraînent rapidement à la dissolution et à la mort ? Que faire ?

Le voici : c'est le résumé de ce livre.

Il y a trois siècles , au milieu des progrès toujours grandissants de l'humanité , sous l'influence de la religion de Dieu par l'Église catholique , le protestantisme parut , et il cita Dieu , sa religion et son Eglise au tribunal de la raison individuelle.

Et il dit à Dieu : «Je te juge, toi et ta parole : donc, je « suis au-dessus de toi; et à la religion, à ses dogmes « et à sa morale, et à l'Église, à sa hiérarchie et à son « culte : » « Je ne vous comprends pas ; vous êtes « plus élevés, plus vastes que mon intelligence: « donc, vous n'êtes que des chimères inventées par « les hommes; et je vous condamne au bunnisse- « ment , à la mort. »

Et il se fit des cris confus ; il y eut des guerres

SECONDE PÀRTJE. 3g^

longues et horribles (i), de hideuses et abominables apostasies.

Et la souveraineté de l'homme se substitua partout à la souveraineté de Dieu.

Et Dieu cessa de régner sur un grand nombre d'intelligences par la foi ;

Sur un plus grand nombre de cœurs, par la morale et la vertu ;

Sur un plus grand nombre de corps , par leur maintien dans la dépendance de l'âme , selon l'ordre naturel et divin.

Et l'homme, dans de vastes pays, ne fut plus l'ètre-roi en qui l'âme commande et le corps obéit. Il devint successivement déiste, matérialiste, fataliste, panthéiste et athée.

Et il dit aux pierres et aux plantes : Vous êtes mes sœurs ; aux boucs et aux tigres : Vous êtes

(1) « La réforme, dit Schiller, alluma en France une guerre ci- « vile qui , sous quatre règnes orageux , ébranla ce royaume jusque « dans ses fondements , attira les armées étrangères au cœur de la « France, et en fit, pendant un demi-siècle, le théâtre des plus hor- " ribles discordes.... En Allemagne, le schisme protestant eut pour « résultat un schisme politique qui livra ce pays, pendant plus d'un « siècle, à une confusion complète, et ses premiers et épouvantables « effets furent une guerre dévorante de trente années, qui s'étendit « de l'intérieur de la Bohème jusqu'à l'embouchure de l'Escaut, et « des rivages du Pô jusques à ceux de la Mer du nord, dépeupla « des royaumes entiers , ravagea les moissons , mit en cendres les « villes et les hameaux , éteignit pour un demi-siècle ( suivi d'un « autre, et puis d'un autre, et qui dure encore), les étincelles de la « civilisation en Allemagne, et replongea dans l'ancienne barbarie « les mœurs publiques qui commençaient à se policer... >»

3f)8 LE COMMUNISME ET SES CAUSES.

mes frères; et je ne suis moi-même qu'une bête immonde et féroce, qui ne diffère des autres que par la stature et l'habit.

Et ils s'appelèrent entre eux lions et lionnes , tigres et tigresses, loups et louves , panthères et zibelines.

Et la société des intelligences tendit partout a se dissoudre ;

Puis celle des cœurs ;

Puis celle des corps mêmes.

Il n'y eut bientôt plus d'autorité, plus de famille, mais la force brutale , des mâles , des femelles et des petits.

Et quand se furent multipliés de toutes parts des individus de cette espèce , sans règle , sans frein , sans principe d'union, sans force, quelques-uns se juxtaposèrent les uns à coté des autres, attirés par un indicible égoïsme, et ils résolurent d'asservir tous les autres par la force et la ruse.

C'étaient des philosophes, des bourgeois, des légistes , des magistrats, des comtes , des ducs , des margraves et des rois.

Et ils dirent aux multitudes qui bourdonnaient ça et là à l'aventure, comme des abeilles sans reine et sans ruche :

« Nous sommes l'état; nous sommes tout-puis- « sants , parce que notre puissance vient de vous ; « nous vous apportons la liberté, l'égalité et la fortv « dans l'unité. A nous vos consciences ! a nous vos « intelligences et celles de vos enfants î a nous

SECONDE PARTIE. 3o/)

et LES LANGUES , LES SCIENCES, l'hISTOIRE, LA LITTÉRA-

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