‹ Un éclair avant la foudre ou Le communisme et ses causesChapitre 158 sur 162 · DES MOINES ET DU CLERGÉ ! A NOUS LES PROPRIÉTÉS · texte numérisé non relu

DES MOINES ET DU CLERGÉ ! A NOUS LES PROPRIÉTÉS

« ÉCRASONS L'iNFAME ET PARTAGEONS SES DÉPOUILLES !»

Et ils se prosternèrent devant une prostituée , qu'ils invoquaient sous le titre de déesse de la raison; et ils eurent des grands prêtres qui avaient noms Voltaire, Robespierre, Marat, Lareveillère-Lepaux ; des autels qu'ils appelèrent échafauds-guillotines, des victimes à qui ils donnèrent pour bandelettes les noms de calotins, de nonnes, d'aristocrates, de girondins, de chouans, de muscadins et de suspects.

Et la terre trembla jusque dans ses fondements ; et les édifices et les cités croulèrent dans une vaste mare de sang; et il y eut une immense terreur dans les ténèbres d'une profonde nuit.

Et quand la fumée du sang eut disparu , que la poussière des ruines fut retombée sur elles, quelques-uns de ceux qui avaient survécu se rassurèrent, et pour rassurer les autres, ils leur dirent :

«Ne craignez plus : nous sommes l'état, nous ve- « nons vous sauver ; nous sommes tout-puissants , « car notre puissance vient de vous. »

Et ils répétèrent, comme ceux qui les avaient précédés : A nous les consciences! a nous les intelligences! A NOUS L'ALPHABET, LES LANGUES, LES SCIEN- CES, l'histoire, la littérature , la religion! a

NOUS LES AMES ! A NOUS LES CORPS1. A NOUS LES PRO- PRIÉTÉS PAR L'IMPÔT!

Et de peur que l'Eglise ne ramenât le règne de Dieu et ne fit cesser leur toute-puissance et leur universelle tyrannie, ils enchaînèrent le pontife et le prêtre dans des liens d'astuce et de violence ; ils s'appliquèrent à faire, des enfants mêmes, des déistes , des matérialistes , des fatalistes , des panthéistes et des athées, et, se prosternant tous ensemble devant un aigle altéré de sang , ils l'adorèrent, et lui apportèrent en sacrifice, pour étancher sa soif, leurs enfants et les fils de leurs enfants ; et de nouveau on compta les victimes par milliers, par centaines de mille et par millions.

Et deux fois , trois fois , quatre fois , cinq fois , six fois , sept fois , recommença l'expérience et se renouvelèrent les mêmes scènes , et toujours on entendait à travers les horreurs d'une sombre nuit :

« Nous sommes tout-puissants, parce que de vous « vient notre puissance; nous vous apportons la li- « berté, l'égalité, l'unité et la force ; à nous les con- « sciences! à nous les intelligences! à nous l'alpha- « bet, les langues , les sciences , l'histoire, la littéra- « ture, la religion ! à nous les âmes ! à nous les corps! « à nous les propriétés par l'impôt! »

Et toujours le sang coulait; et toujours pesait un despotisme plus lourd; et toujours se multipliaient et se resserraient les chaînes de l'Église; et toujours les ombres s'allongeaient , s'épaississaient , couvraient le ciel et la terre ; et toujours redoublaient

SECONDE PARTIE. l\Ol

les efforts pour inculquer à la jeunesse les doctrines du panthéisme et de l'immoralité.

Et quand furent entendus les préludes du septième acte, la nuit était si noire, la confusion de tous et de tout si grande, les chants et les cris si horribles, qu'on croyait toucher à l'heure suprême où le monde social allait sombrer dans une mer de sang.

Et l'on vit, à la lueur blafarde des éclairs qui se croisaient dans les nues agitées par les vents, comme une mer en furie, plusieurs hommes qui écrivaient.

Le premier était un anglais, et on lisait sur ses tablettes tachées de sang et de boue :

« La réforme ne fut que le résultat d'une incon- « tinence brutale , de l'hypocrisie et de la perfidie « les plus noires, et eut pour suite le pillage et la « dévastation ; des torrents de sang anglais et ir- « landais cimentèrent cet édifice de boue et d'or- « gueil , et cette affreuse misère, cette mendicité « générale , ce dénuement absolu, ces haines et ces « discordes éternelles qui affligent partout nos re- « gards, en sont les suites immédiates. Voilà en- « effet les seuls avantages que cette réforme nous » ait procurés pour nous dédommager de cette ■< abondance , de ce bonheur et de cette concorde « dont nos pères catholiques jouirent si pleinement «et pendant si longtemps!.... Le seul intérêt an- « nuel de la dette contractée par l'Angleterre, de- « puis le protestantisme (sans compter les milliards « de biens jetés en proie au pillage), équivaut à peu

4o2 LE COMMUNISME ET SES CAUSES.

a près à quatrefois le montant annuel des impôts de « toute nature perçus sous le règne du papiste Jac- « ques II. » (1)

Le second était un marquis français à queue et à poudre; et on lisait sur son parchemin à demi déchiré :

« Quand les états généraux furent convoqués , le « déficit était de cinquante-six millions ; la Législa- « tive, en se retirant quelques années après, laisse a les caisses vides, les armées dans le dénuement, le « pays accablé de charges, et un déficit cinquante « fois plus fort : deux milliards , cinq cents mil- :< lions. » Et entre elle et sa mère la Constituante, elles ont dévoré plusieurs milliards de biens d'Église, et substitué, à la liberté de conscience, la constitution civile du clergé, ou l'exil et la mort, à la réforme des abus , l'anarchie et un immense pillage.

Le troisième était un boucher de chair humaine : il avait devant lui une tête de roi encore sanglante, une tête de reine défigurée et les cheveux massés par des caillots de sang , tout un charnier de têtes de prêtres, de religieuses, de vieillards et d'enfants; et on lisait sur son papier en forme de triangle et écrit avec le plus noble sang: Montagne! Robespierre! MaRATÎ PLUS DE PRÊTRES ! RÈGNE DE LA RAI- SON ! BANQUEROUTE !

« La Convention a porté la dette publique à plus « de vingt milliards, malgré les confiscations, em-

(l) Cobbett. ir,et xiV lettres.

« prunts forcés, réquisitions (ventes sans limites rie « biens nationaux), et le maximum de toutes les « denrées qui entrèrent arbitrairement dans ses a voies et moyens d'administration. Elle proscrivit « également, sous la banale accusation d'aristocrate tie, toutes les classes de la société qui pouvaient « fournir quelque chose à ses déprédations. » (i)

« C'est à Voltaire et à Rousseau que nous devons « tout ce qui arrive; ils n'ont pas vu, mais ils ont « fait tout ce que nous voyons.... »

Je ne pus lire les feuilles sur lesquelles les autres avaient écrit, tant étaient épaisses les ténèbres qui les entouraient ; j'aperçus seulement, sous le rayonnement de l'éclair, ici : Articles organiques. Divorce. Pie VIL... Université. En dix ans, quinze milliards d'impôts, (a) Là : Fouché. Talleyrand. Duc de Caze. Louvel. Montlosier. Encore université. Voltaire de la jeunesse. Voltaire des chaumières. Ordonnances de 1828. Mariage civil. Ailleurs: vu août. Enseignement d'état. Facultés de théologie. Loi-Guizot. 1 833. Ordonnance-Pelet. i836. Écoles d'adultes. Salles d'asile. Censure. Approbation des livres par l'état. Rapport-Salvandy. Budgets monstres. Impôts de tout genre.

(1) Des déceptions administratives , par M. le chevalier Grillon de Villeclair.

(2) C'est la somme des impôts levés sous l'Empire. Elle surpasse celle des taxes levées pendant les soixante-dix-sept années du règne de Louis XIV. {Observations sur la guerre de la succession d'Espagne , par feu le général Duvivier , réprésentant du peuple.)

4<j4 LE COMMUNISME ET SES CAUSES.

Places sans nombre. Emprunts sans fin. Déficits sans mesure. dlx-iiuit cents millions.

Et les rayons de l'éclair, en glissant à travers les ombres , me montraient une foule de feuilles volantes, aux formes bizarres, qui se rattachaient toutes par des liens plus ou moins longs et de diverses nuances aux précédentes feuilles ; et des mains couleur de feu y écrivaient avec un poignard scintillant, comme les yeux d'un tigre dans une nuit du désert : Communauté des biens. Communauté des femmes. Communisme. Socialisme. Saint-simonisme. Fouriérisme. Et lorsque, sous le mouvement de l'éclair, ces mots semblaient onduler et frémir, brillants comme des gouttes de sang, on entendait retentir comme des hurlements de chacal : Vive la guillotine! vive la glacière! vive la mort! vive l'enfer !

Et tout le monde tremblait; et à chaque éclair, l'on regardait çà et là , comme pour chercher à fuir et se cacher, car chacun croyait voir des spectres horribles sortir d'antres souterrains , agitant des poignards ensanglantés.

Et une voix criait en vain : Regardez le ciel;

INVOQUEZ MARIE; RAPPELEZ PARMI VOUS LE RÈGNE DE DIEU; LUI SEUL EST VOTRE MAITRE, CAR c'eST LUI QUI VOUS A FAITS , ET NON PAS VOUS QUI VOLS J--TES FAITS VOUS-MÊMES. PLUS d'eNSEIGNEMENT d'ÉTAT ! LI- BERTÉ de l'église et de ses enseignements, sors toi>

Page 1