PREMIÈRE PARTIE
munisme le plus sauvage, se disputer sur des monceaux de cadavres et à la lueur des incendies , les derniers lambeaux de l'opulence et les derniers appâts de la volupté.
Le cri de la conscience publique et les universels enseignements de l'expérience à ce sujet, sont si palpables, que les deux plus sceptiques ennemis de la religion vraie, et de l'ordre social par conséquent, n'ont pu se refuser à les constater par leur propre témoignage.
« Je ne voudrais pas, dit Voltaire, avoir affaire « à un prince athée qui trouverait son intérêt à me « faire piler dans un mortier: je serais bien sur que « je serais pilé. Je ne voudrais pas, si j'étais souve- « rain, avoir affaire à des courtisans athées dont « l'intérêt serait de m'empoisonner : il me faudrait « prendre au hasard du contrepoison tous les jours. « 11 est donc absolument nécessaire , pour les prin- « ces et les peuples, que l'idée d'un Etre suprême, «créateur, gouverneur, rémunérateur, vengeur, « soit profondément gravée dans les esprits, «qu'elle y soit par conséquent à l'état de croyance. {Volt. Diction, philosoph. art. Athéisme. )
« Sortez de là , dit à son tour Rousseau, de la « croyance en Dieu et en une vie future, je ne vois « qu'injustice, hypocrisie et mensonge parmi les « hommes; l'intérêt particulier, qui, dans la con- « currence, l'emporte nécessairement sur toutes cho- « ses, apprend à chacun d'eux à parer le vice du « masque de la vertu. Que tous les autres hommes
« fassent mon bien aux dépens du leur; que tout a se rapporte à moi seul; que tout le genre humain « meure, s'il le faut, dans la peine et dans la mi- « sère, pour m 'épargner un moment de douleur ou « de faim, tel est le langage intérieur de tout incré- « dule qui raisonne. Oui , je le soutiendrai toute « ma vie , quiconque a dit dans son cœur : Il n'y a « point de Dieu, etparle autrement, n'estqu'un mente teur ou un insensé. » {Emile , tom. m. pag. 20G.
Arrachez , en effet , de l'âme de l'homme la croyance en son immortalité, aux peines et aux récompenses d'une autre vie, qu'y reste-t-il ? un immense égoïsme , la conviction pratique que la fin suprême, la destinée de l'homme est de se rendre heureux ici-bas , quoi qu'il lui en coûte et par tous les moyens, et qu'il n'y a de différence entre la bête et lui que la stature et l'habit.
Dès lors, le bien, c'est le plaisir, la jouissance matérielle ; le mal , c'est la souffrance et la peine. Tout ce qui peut le conduire à l'un et lui faire éviter l'autre : vol, assassinat, incendie, adultère, viol , lubricité de tout genre , révolte, empoisonnement , parricide , devient par là même pour lui le droit, la vertu, le premier, le plus impérieux des devoirs; car le devoir le plus sacré, le devoir suprême d'un être quelconque, est d'atteindre la 6n pour laquelle il existe. Parlez donc à des esprits ainsi préparés , ainsi entraînés sur la pente rapide des passions par la force souveraine des intelligences : la logique; parlez-leur donc de travail, de