PREMIÈRE PARTIE
respect à la propriété, de continence, de lois, de dévouement à la patrie et à l'ordre.
— Ami , le travail est la loi universelle.
— Pourquoi voulez-vous que j'en croie à votre parole? Voltaire, qui vous valait, a dit au contraire: « Le plaisir est le but universel ; quiconque l'at- « trape a fait son salut. » Je suis de l'avis de Voltaire.
— Je ne veux pas contredire un si grand homme ; mais tout travaille dans la nature.
— Tout s'amuse au contraire , et se repose : la pierre dort tout le jour au soleil ou à l'ombre ; la fleur se balance mollement sous le souffle duzéphir ; le ruisseau suit sans peine la pente qui le conduit à la mer; l'aigle prend ses ébats dans les airs, ravit et dévore sa proie , et vient dormir sans crainte dans le creux du rocher; le lion et le tigre rugissent librement au désert , et quand ils se sont repus de sang, ils dorment paisiblement dans leur antre ; le cygne et le poisson se jouent avec délices dans les eaux limpides ; l'écureuil saute d'arbre en arbre; la cigale chante ; le lézard, étendu sur le gazon, hume voluptueusement l'air attiédi par les rayons du soleil; tous se livrent à leurs penchants avec une liberté sans bornes. Vous-même et vos semblables, du matin au soir, vous mangez, buvez, fumez, polkez, flânez, dormez, hantez les mauvais lieux, séduisez, au nom du néant, nos femmes et nos filles: est-ce là ce que vous entendez par travail ?
4S LE COMMUftlSME ET SES CAUSES.
Il n'y a que moi, et les imbéciles qui me ressemblent, qui travaillons et nous laissons ainsi exploiter; et il faut en finir avec l'absurde, puisque le travail ici-bas m'épuise et me fait souffrir, et qu'il ne peut me servir de rien dans une autre vie qui n'existe pas.
— Le travail distrait et occupe agréablement l'esprit et le corps ; pour arriver au repos et au plaisir, c'est l'unique moyen.
— Moquerie ! je ne trouve ni distraction ni plaisir , moi , à porter le poids du jour et de la chaleur, et avenir, le soir, harassé de fatigue, manger, avec quatre ou cinq enfants et une femme souffrante et irritée par le besoin , un misérable morceau de pain détrempé dans de l'eau chaude.
— Mais en persévérant, vous améliorerez votre sort.
— Mensonge! soixante ans mon père l'a tenté, et il est mort à la peine , pauvre , manquant de tout; depuis vingt ans, je travaille comme lui, et ma condition est devenue pire. C'est trop longtemps être dupe et victime d'hommes qui ne sont pas plus que moi. Ma fin est de me rendre heureux ici-bas : je veux l'atteindre , et il m'est avis que le moyen le plus court et le plus efficace est la communauté des biens, le partage de vos terres et de vos maisons.
— Que dites-vous-là ? vous voudriez porter la main sur ma propriété!
— Ce sera la mienne quand je l'aurai prise; et puisque le travail a tant de charmes pour vous ,