‹ Un éclair avant la foudre ou Le communisme et ses causesChapitre 21 sur 162 · PREMIÈRE PARTIE. 4Q · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. 4Q

voici ma pelle et ma pioche , ma hache et mon marteau ; voici ma femme et mes enfants ; je préfère vos filles et vos servantes ; je veux aussi être servi à mon tour et jouir de la vie.

— Mais c'est le vol le plus audacieux, la licence sans frein ; c'est le brigandage que vous voulez faire prévaloir ! Les lois et les tribunaux , la force armée sont là pour s'y opposer et me défendre.

— Quelles lois? celles qu'ont faites les riches et les propriétaires , et qu'appliquent, comme ils veulent, d'autres riches et d'autres propriétaires, qui , aux yeux de la nature et du droit, ne sont pas plus que moi. Le vol , c'est la propriété ; la licence sans frein , c'est votre tyrannie , vos tribunaux et vos lois qui veulent m'empècher d'atteindre ma fin , le but de mon existence, le plaisir ; le brigandage, c'est la violence qui m'enchaîne à la glèbe, et prétend m'y faire mourir.

— Cette violence , c'est vous qui la provoquez , et il faut bien que force reste à la loi.

— Vous voulez dire à l'iniquité et à l'oppression ; nous verrons bien si votre force armée , si l'imbécillité troupière prêtera jusqu'au bout sesbras et son sang à la tyrannie.

— Imbécillité troupière , l'honneur et le dévouement à la patrie et à l'ordre ?

— Dites donc le fanatisme de la sottise qui souffre et meurt , assassine ses frères et renonce à sa destinée : le plaisir ici-bas, pour en assurer la jouissance à des tyrans qui ne peuvent , au fond de leur

jO LK COMMUNISME ET SES CAUSES.

cœur, ne les juger que comme moi et les mépriser. Mais n'est-ce pas vous qui nous avez forcés d'apprendre de vos enseignements, que , pour une existence étrangère , pour un être , non moi , être plein de sollicitude , d'intérêt et d'amour, est une hypothèse absurde ; et cette absurdité , vous voulez qu'ils la poussent jusqu'à l'immolation , jusqu'à la înort ! Vous voulez que, pauvres , manquant de tout , ne vivant que de souffrances et de peines, n'ayant rien à craindre ici-bas, puisque nous sommes les plus nombreux et les plus forts, rien à craindre ou à espérer dans une autre vie, puisqu'il n'y en a pas, nous soyons assez dépourvus de sens, assez ennemis de nous-mêmes, pour mourir à la peine , afin de vous engraisser de luxe et d'abondance par nos travaux et nos sueurs! Vous nous ravissez les biens du ciel par vos enseignements et vos exemples , et vous voulez encore nous refuser notre part des biens de la terre! Non , il n'en peut être ainsi. Aux armes , au feu , à la ruse, à la violence! et dussions-nous périr dans la lutte, rendons-nous heureux ici-bas, puisque telle est notre inexorable destinée !

— C'est alors au plus méchant et au plus fourbe ?

— Non , c'est au plus vertueux ! Un ours dévorait un jour une proie , et repu , il s'étendait mollement à coté des restes, en léchant ses ongles ensanglantés. Un autre survint affamé, et voulut en prendre sa part. Le premier s'y opposa; et les yeux

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