PREMIÈRE PARTIE
« dans une société où l'adultère était enseigné sur « tous les théâtres , chanté par tous les poètes , re- « présenté avec charmes par tous les artistes, paré « dans tous les romans des grâces de l'imagination, « et couvert par la sainteté de l'amour? On avait cru « flétrir le saint-simonisme, en prononçant ce mot: « Le droit du Seigneur.he droit du Seigneur! il existe tait dans la société que les saint-simoniens vou- « laient régénérer, et c'était le droit du plus riche! « Car, dans cette société, il était amplement pourvu « aux plaisirs des honnêtes gens (comme parlait « Voltaire), et il y avait, à côté de l'armée des fils « du peuple, chair à canon jetée à l'agression étran- « gère, l'armée des filles du peuple, malheureuses « que la pauvreté condamnait au plaisir comme à « une corvée infâme , chair banale et vénale livrée « d'avance à l'assouvissement de tous les appétits « matériels. Ainsi, le vice avec l'hypocrisie, ou le « vice avec l'impudeur et la faim ; au défaut de la « corruption poétisée , la corruption patentée ; en « haut l'adultère, en bas la prostitution. »
« Vous qui nous accusez , dit à son tour à la Ré- « publique le chef du saint-simonisme , si vous « voulez vraiment nous juger , il faut que vous pré- « sentiez un remède meilleur que le nôtre. Or, je « ne vois , d'une part , que les Madelonnettes , les « Filles repentantes , la Salpétrière; de l'autre, que « la Force ou Sainte-Pélagie... » L'état , en effet, n'a pas d'autre sanction à sa morale , ni d'autre remède à l'immoralité!
« Quant à nous, voici nos remèdes: sanctification « de la beauté et réhabilitation de la chair; direc- « tion et règle des appétits physiques (non par le « mariage , puisque la religion catholique l'a fait, « en l'élevant à la dignité de sacrement, mais par « la communauté des femmes égale pour tous , « ou par la prostitution sanctifiée au profit du prê- « tre et de la prêtresse saint-simonienne , remède «évidemment pire que le mal). Réorganisation « de la propriété (communauté des biens) , car « la misère du travailleur et la richesse de l'oi- « sif , sont les causes matérielles de l'adultère et de « la prostitution. Mais voyez: lorsque nous venons « de dire que la misère héréditaire et l'oisiveté hé- « réditaire, résultats delà constitution actuelle de « la propriété, qui est fondée sur le droit de nais- « sance , doivent cesser, on nous accuse de boule- « verser l'état. Nous avons beau dire que cette trans- « formation de la propriété ne peut se faire que « progressivement, pacifiquement, volontairement « (par l'impôt progressif, sans doute, les droits de « 20 et 5o pour cent sur les successions, le mono- « pôle de l'enseignement par l'état, sans exception « et sans limites, même de l'enseignement des filles : « qu'elle peut se faire beaucoup mieux que ne s'est « opérée la destruction des droits féodaux , avec « tous les systèmes d'indemnité imaginables (par " 1"* Payées et à qui? vol et cercle vicieux le plus « absurde), et avec plus de lenteur même que vous « n'en mettez dans les expropriations pour cause