PREMIÈRE PARTIE. gj
« vrai , toutes ces causes ont contribué au résultat « qui nous occupe, et pourtant, s'il n'y avait eu que « de telles causes, c'est-à-dire, des causes illégitimes, a jamais ce résultat ne serait arrivé.... »
« C'est, je crois , un principe certain et mainte- « nant établi dans un grand nombre d'esprits, que « la participation au pouvoir suppose la capacité « morale de l'exercer. Où la capacité manque réel- « lement, la participation au pouvoir périt naturel- « lement. Le droit continue de résider virtuellece ment dans la nature humaine; mais il sommeille, a ou plutôt il n'existe qu'en germe, attendant que « la capacité se développe , pour se développer avec « elle et paraître au jour. Or, c'est là , Messieurs, « quand on a fait la part de toutes les passions hu- « maines , de tous les intérêts personnels, c'est là « la véritable cause qui a fait passer la société relief gieuse sous l'empire de la société ecclésiastique, « qui a exclu du pouvoir les fidèles , pour le livrer « au clergé.... »
N'est-ce pas là, et dans toute son étendue , le grand principe du saint-simonisme?
« Le fait caractéristique , il faut le dire , le vice « radical des relations de l'Église avec les peuples, « c'est la séparation des gouvernants et des gouver- « nés, l'indépendance du clergé chrétien à l'égard «■ des fidèles.... Il y a, dans la nature même de la « société religieuse , une forte pente à élever les « gouvernants fort au-dessus des gouvernés , à « attribuer aux gouvernants quelque chose de
9G le communisme et ses causes.
« distinct, de divin. Un tel effet cependant est plus « fâcheux dans la société religieuse que dans toute a autre.... C'est une tyrannie , l'emploi illégitime « de la force , un despotisme qui livre les croyants à « un pouvoir étranger , un véritable suicide moral , « une servitude cent fois pire que celle de la glèbe. »
« Du VIe siècle au VIIIe, le fait général, évident, « c'est la domination exclusive, et, on peut le dire, « despotique des évéques.... De cette époque ( VIH' « siècle , Charlemagne), date véritablement la domi- « nation intellectuelle du pape, source de toutes « les autres. » ( Guizot , Histoire de la civilisation en Europe. 5e leçon. 2e leçon. Civilisation en France. tom. î. 3e leçon. Civilisation en Europe. 5 et 6e leçon. Civilisation en France, tom. i. 3e leçon, tom. il. ire leçon, pleine d'outrages et d'imputations calomnieuses contre le pape et les évéques ; tom. ni. 27e leçon. )
Ce tissu de calomnies, où l'ignorance le dispute au défaut de logique , et que nous avons relevé dan le Monopole destructeur de la religion et des lois , l'Evangile et tous les monuments traditionnels et historiques à la main, a formé, comme il fallait s'y attendre, le fonds de tous les cours d'histoire de l'université, à peu d'exceptions près. Nous n'en rapporterons que quelques témoignages, renvoyant, pour les autres, à notre grand ouvrage.
«Jésus-Christ,» dit le professeur d'histoire de Strasbourg, inspecteur-général de tous les collèges de France , le grand apologiste des gnostiques de
TREMJERE PARTIE.
tous les noms , » Jésus-Christ fonda une œuvre « immense , mais il ne put ou ne voulut point « l'achever ; il ne put , ni exposer tout son sys- « tème , ni réunir en association, ou église , ses par- « tisans épars en plusieurs provinces , dans tous les « rangs de la société.... On voit bien les diverses « communautés s'organiser peu à peu, mais aucune « théorie ne préside à cette organisation. On a ex- « primé quelquefois le désir que Jésus-Christ eût « tracé lui-même la constitution de l'Eglise , comme « il a tracé son dogme et sa morale. Mais Jésusce Christ, qui n'a donné que les éléments d'un sys- « tème de dogmes et d'un système de morale, sans « vouloir donner ce système, a bien moins encore « voulu léguer à ses disciples une théorie de gou- « vernement. Les apôtres étaient des envoyés, mais « ce titre ne leur conférait aucun droit de gouver- « ner. » (Matter. Hist. de V Église chrétienne , pag. 61 , 126 et suiv. ) Ainsi, les paroles de Jésus-Christ à saint Pierre: Paissez mes agneaux , paissez mes brebis , et celles dites , et à lui seul encore, et aux autres réunis avec lui : Comme mon Père m'a envoyé , ainsi je vous envoie ; tout ce que vous lierez ou délierez sur la terre, sera lié ou délié dans le ciel, et les péchés seront retenus ou remis dans le ciel à ceux à qui vous les remettrez ou retiendrez sur la terre , etc. tout cela ne leur donnait aucun pouvoir de gouvernement!... Mais continuons.
v De nos jours, » dit M. Michelet, professeur d'histoire et de morale, et chargé, pendant de longues
Ç)t5 LE COMMUNISME ET SES CAUSES.
années, en compagnie de MM. Cousin, Jouffroy, Damiron, etc., de la formation de tous les professeurs à l'École normale, « de nos jours , les amis de « la liberté se recommandent volontiers du fataliste « Luther. Cela semble bizarre au premier coup « d'œil.... C'est que leurs doctrines, quelque oppo- « sées qu'elles paraissent, se rencontrent toutefois « dans leur principe d'action : la souveraineté de la « raison universelle , la résistance au principe tradi- « tionnel, à l'autorité... »
« A moitié de l'histoire romaine , je l'ai rencon- « tré vieillissant et affaissé (le catholicisme ); je « nai pas voulu y toucher (tout le monde connaît « la fureur de ses cours, portée jusqu'à la déraison, « contre la religion catholique, ses dogmes, son sav cerdoceetses institutions), car je me rappelle les « nuits où je veillais une mère malade: elle souffrait « d'être immobile ; elle demandait qu'on l'aidât à « changer de place , et voulait se retourner. Les « mains filiales hésitaient : comment remuer ces « membres endoloris ? Pauvre vieille mère du monde « moderne, reniée ., battue par son fils , ce n'est pas « nous qui voudrions la blesser encore en montrant a ses plaies. Sa faiblesse , c'est d'avoir voulu satis- « /aire à la fois les principes contradictoires.... Elle « a reçu de toutes parts une foule de croyances lo- « cales ; ayant embrassé l'humanité entière, elle « en a subi les misères et les contradictions ; elle a « reçu les souillures du monde.... » Mémoires de Luther, introd. , pag. 1 1. et suiv.) Plus haut pour-