IV. Preuves tirées de l'enseignement des science
d'état.
Nous avons omis les professeurs des sciences, et pour ne pas être accusé de les avoir exclus à dessein de la voie des progrès nouveaux, citons-en seulement, pour mémoire, quelques-uns des plus célèbres.
« Si vous voulez explorer , » dit le professeur de Législation comparée, « les problèmes religieux, « trois chemins s'offrent à vous : la philosophie , «la réforme et le catholicisme. Pour nous, bous « avons fait notre choix, et nous nous en référons « philosophiquement , sur toutes choses , à l'auto- « rite de l'esprit humain. »
« Procurer à l'unité une domination mystique , « voilà le thème des prêtres qui se succédèrent au « Vatican.... Mais tout s'altéra dans l'exécution.... « Le génie, l'audace, la licence, la ruse, l'ambition, « la perfidie, se mêlèrent par d'étranges eombinai- « sons, et de grandes comédies furent données au « monde.... »
« Il y a deux siècles, l'aspect du Vatican et cîePvome « eût peut-être excité mon indignation ; mais en vi- « si tant, il y a bientôt deux ans, la ville-maîtresse,
PREMIÈRE PARTIF IGH
« où je cherchais surtout l'antiquité, je n'ai trouvé « dans mon cœur que de la pitié pour les derniers « restes de la théocratie romaine, pour cette ago- « nie qui s'ignore et qui s'exaspère , pour ce sacer- « doce dégénéré, qui ne se réveille de sa léthargi- « que mollesse, que dans le désir de maudire, de « temps à autre, et d'opprimer autour de lui l'intel- « ligence et la liberté. «(Lerminier. Fœvue des deux mondes , tom. vu. pag. 738. 3e série, tom. nr. p. 278, et tom. vu. p. 733. Analyse de son cours faite par lui-même.)
« Cette religion, » enseigne le professeur de Calcul des probabilités, « cette religion, qui devait si force tement remuer le monde, sortie d'une écurie de « Nazareth (le savant homme!) fut, dès son ori- « gine, ennemie de la science, car elle voulait réa gner seule sur les esprits. Les canons de l'Église « préparèrent les ténèbres dans lesquelles se trou- « vait plongée l'Italie, lorsqu'arrivèrent les Goths, « qui, selon l'expression d'un historien (l'athée Gib- « bon), furent moins nuisibles aux lettres que ne le « fut l'établissement du christianisme. » (Libri-Bagnano, Histoires des mathématiques , tom. 1, pag. 66 et y3.) Le christianisme avait au moins un précepte qui défendait les bibliothèques contre les voleurs de manuscrits.
« Sous le point de vue religieux,» dit M. l'ex-saintsimonien Chevalier , professeur d'Economie politique, « on ne peut guères signaler comme une « preuve de l'infériorité de la Chine, le fétichisme
« idolâtre des sectateurs de Fo ; car l'Europe catho- « lique en offre le pendant, par les superstitions et « les pratiques des basses classes demeurées croyants- tes , par leur dévotion aux reliques , et par leur foi « aux miracles journaliers des saints. » [Revue des deux mondes , tom. xxm. p. 210 et 211.) La revue des deux mondes était le répertoire où la plupart des hauts professeurs parisiens mettaient en meilleur style ce qu'ils débitaient dans leurs cours sur un ton plus familier.
« Le fils de Joseph et de Marie , dont on a voulu «faire un Dieu, possédait à un degré éminent la « bosse de la bienveillance, » dit le professeur de Phrénologie à l'Athénée, le citoyen Voisin. (Cité par l'Union catholique, n° 69.)
« La théologie (la religion catholique), qui con- « venait peut-être dans l'enfance du monde , n'a « plus aucun crédit.... Les bonnes, pour faire obéir « les enfants, leur disent que Croquemitaine va les « mettre dans son sac, et l'enfant craintif se soumet. « Les prêtres disaient aux hommes que, s'ils ne pra- « tiquaient pas la morale religieuse, le bon Dieu « les livrerait au feu de l'enfer; et les hommes cré- « dules obéissaient. Aujourd'hui que le monde at- « teint sa majorité, il se rit du diable, comme le « jeune homme de Croquemitaine. Le temps n'est « plus aux rêves théologiques. » (L'ex-saint-simonien Auguste Comte, Cours d'astronomie. Paris, mairie du 3e arrondissement, 1842.)
Ainsi , d'après l'enseignement d'état le plus offi-
PREMIÈRE PAUTIE. lOf)
ciel et de toutes les catégories, toute religion positive, et surtout la véritable, la religion catholique, apostolique et romaine, est une fiction , un mythe, fruit de V imagination et de l 'enthousiasme , une invention convenable à des peuples enfants, une usurpation, fruit de l'orgueil, de l'ambition, du désir de dominer , une servitude pire que la glèbe , une simplicité d'âme, un anachronisme, une absurdité ennemie de la liberté, et plus nuisible aux sciences que V invasion même des Goths , etc.
Ainsi , plus d'autorité que celle de la philosophie, plus d'infaillibilité, plus de souveraineté, plus de règle des pensées, des croyances et des actions, que la raison de chacun. Donc , plus de rapports obligatoires entre les hommes; plus de droits, plus de devoirs , que les imaginations , les intérêts et les passions de chacun ; donc, plus de mariage , plus de famille , plus de propriété , plus de gouvernement, plus d'autorité paternelle, plus d'autorité de rois , de chambres , de majorité ; donc , la seule souveraineté de l'individualisme, ou l'anarchie la plus radicale, la plus large, la plus immorale qui ait jamais été conçue ! Voilà l'enseignement d'état , tel qu'il se pratique parmi nous depuis un demi siècle, enseignement forcé , obligatoire, imposé par toutes les forces que les restes de la foi antique et la servitude dans laquelle nous sommes descendus, donnent encore aux gouvernements.
Et ce n'est pas seulement aux hautes classes de la société, aux classes des fonctionnaires , aux clas-
ses bourgeoises , à la jeunesse arrivée à lage de maturité , que cet enseignement a été imposé , pour en faire la plus immorale, la plus violente, la plus égoïste, la plus despotique des aristocraties, c'est à l'enfance, c'est aux classes d'adultes-hommes et d'adultes-femmes, c'est aux hommes et aux enfants du peuple, c'est à toutes les générations et dès l'âge le plus tendre qu'on l'a fait descendre ; c'est par l'effet d'une conspiration, d'un complot (i) contre
(1) Le rationalisme, ou la souveraineté de la raison, est tellement le but de l'enseignement d'état , qu'en 1844, M. Guizot, voulant justifier, à la Chambre des pairs, les ordonnances de 1828, et la nécessité de maintenir , dans la loi , la déclaration de n'appartenir à aucun Ordre religieux , afin d'exclure de l'enseignement les Jésuites, s'exprimait ainsi : « Les Jésuites ont été institués pour défendre « la foi contre l'examen (c'est-à-dire , la souveraineté de Dieu « contre la souveraineté de la raison) , l'autorité contre le con-
« trôle Ils se sont trompés ; ils ont cru que de là , il ne sortirait
« dans les mœurs que la licence , dans la politique que l'anarchie « (ou le despotisme , et ils ne se sont pas trompés; les faits parlent « plus haut que les discours); et voilà que de grandes sociétés se « sont organisées , consolidées , leur donnant ainsi le plus éclatant
démenti (le monde et M. Guizot peuvent en juger mainte-
« nant.) La société de Jésus reconnaît-elle l'expérience comme ac- « complie? Croit-elle que le libre examen puisse étrej, à côté de la « foi , le contrôle à côté d'utie autorité régulière? 3/ elle le croit, « qu'elle vienne parmi nous , parmi les citoyens, mais comme ei- ' toyens, et les citoyens la recevront au milieu d'eux, l'accueille- « ront dans leurs rangs pour y vivre de la vie du citoyen, sous U s « auspices de la puissance publique (enseignante) et des libertés « individuelles. Mais il y a des raisons de croire que ces hommes « ne sont pas corrige par une ri longue expérience ; qu'ils n'ont ■ pas complètement renoncé à leur pensée première, que l'idée du « contrôle et de l'examen (contre Dieu et son Église), n'est pas
encore entrée dans leur esprit. Si cela est, le public a raison de