PREMIERE PARTIE. Î2Q
« reconnus , et qui passent nécessairement dans ses « créations. » Or , comme notre raison n'est pas la seule création de ce monde; que l'homme n'est pas seulement composé d'une intelligence, mais d'une volonté et d'un corps, et que, dans cette volonté et ce corps, sont des penchants de toutes sortes; que, dans l'univers, il y a des créations multipliées à l'infini, depuis l'hysope de la vallée jusqu'au cèdre du Liban , depuis le serpent qui rampe, le tigre qui rugit, jusqu'à l'aigle qui plane au haut des cieux ; la raison humaine ne découle donc pas seule de Dieu , n'est donc pas seule tirée de lui-même , mais notre volonté, notre corps et ses penchants, les plantes, les animaux, aussi bien que l'eau du ruisseau et la pierre de la montagne , sont une émanation de son être. Tout est donc tiré de Dieu , partie et fragment de Dieu , possédant tous les caractères de la Divinité , qui passent nécessairement dans ses créations.
Donc, plus d'autre règle pour l'homme que ses passions et ses appétits , puisqu'ils sont divins ; donc, toutes ses pensées, tous ses systèmes, toutes ses imaginations, tous ses enseignements , étant de la même nature , sont infaillibles et nécessaires ; donc, plus de lois , plus d'autorité quelconque. A des dieux, de quoi serviraient-elles? A une raisondieu, qui a le droit d'en imposer?
Aussi la philosophie de l'état n'a-t-elle reculé devant aucune de ces conséquences; et voici la profession de foi sur Dieu , dictée par elle à tous les
I jO le communisme et ses causes.
professeurs : « Mon Dieu n'est pas i abstraction de « l'unité absolue, le Dieu mort de la scolastique « (religion catholique); mon Dieu, le Dieu de la « conscience, n'est pas un roi solitaire relégué par « la création sur le trône d'une éternité silencieuse, « et. d'une existence absolue qui ressemble au néant « même...; c'est un Dieu qui est tout à la fois Dieu, « nature, humanité. » (l'ragm. de philos. 3e édit. pré/, pag. 20 et 76. )
M. Damiron , second disciple de M. Cousin , deuxième directeur et professeur de la philosophie d'état à l'École normale , explique plus clairement encore l'égale divinité des corps, et des âmes, et de tout ce qui existe:
c- La matière venue de rien, cela ne se peut; ve- « nue de l'âme , comment cela se peut-il ? Le système « qui nous occupe (celui du maître, et que le disciple « déclare de son goût), n'éprouve point d'embar- « ras pour répondre à cette question : il assimile « entre eux le corps et î esprit , leur prête même « nature, ne les distingue qu'en degrés, et de la sorte, • explique sans peine le rapport de la filiation du « créé et de l'incréé : V homme et le monde sont « de même souche, et Dieu, leur père commun , « n'a fait , en leur donnant l'être , que mettre sous « des formes diversifiées son infinie activité. » ( Cours de philos, pag. l\3r]. )
Et ailleurs, copiant son maître , il répèle mot pour mot, comme résumé de tous ses enseignements suiThomme, la théorie des gnostiqucs communistes