PREMIÈRE PARTIE. l/jl
LE PÈRE
Mais au moins faudrait-il laisser vos sœurs tranquilles, et ne pas travailler du matin au soir à les tourmenter et à les pervertir.
LE FILS
Les pervertir , en leur répétant les enseignements de l'état, ceux-là mêmes que, pendant douze ans, vous m'avez fait recevoir? C'est leur apprendre au contraire à jouir de la vie; et ne savez-vous pas mieux que moi qu homme, nature, toute existence, comme dit dans ses Origines du droit (Introduct. pag. 64.) notre premier professeur d'histoire et de morale au Collège de France, est travaillé d'un infini captif gui veut se révéler par la génération ,
-par V action et par l'art Je ne puis résister à ces
penchants les plus naturels , les plus divins que nous portions en nous-mêmes. Les femmes jusqu'ici n'ont puisé ces enseignements que dans les romans et les théâtres; elles les recevront bientôt, comme nous, d'une manière régulière et obligatoire, dans les écoles de l'état.
LE PÈRE
Jusque là, je vous dispense de les leur donner, et vous prie de chercher à satisfaire ailleurs les passions qui vous pressent.
LE FILS
Tirés du sein de la nature, de la substance uni-
verselle , ne sommes-nous pas tous frères et sceuicomme les animaux? et n'est-ce pas se rapprocher de la vraie vertu que de prendre pour modèles ces irréprochables enfants de Dieu , comme dit encore notre professeur?... Pour chercher ailleurs, il faut de l'argent, et vous répétez sans cesse que nos revenus sont insuffisants....
LE PÈRE
Écourtés surtout par des procédés qui annoncent chez vous des idées peu nettes sur le droit de propriété.
LE FILS
Que voulez-vous dire ? je ne comprends pas.
LE PÈRE
Interrogez votre conscience, et le jour se fera.
LE FILS
Ma conscience ne me reproche rien; ma raison médit, au contraire, qu'étant tous également /av., ment et portion de Dieu, comme me l'ont enseigné tous les maîtres d'état que vous m'avez donnés, tous également nous avons droit à tout.
LE PÈRF.
Mais c'est le communisme....
LE FILS
C'est l'enseignement d'état, que vous pratiquez