PREMIÈRE PARTIE
« essence infinie, moins je la conçois ; mais elle est, « cela me suffit ; moins je la conçois , plus je Va- « dore »
Rapprochons ces passages des principes posés en commençant, et de leurs contradictoires partout ailleurs : « Les plus grandes idées de la Divinité nous « viennent par la RAISON SEULE (pag. 81.); » et par elle, on vient de dire que l'on ne conçoit rien de Dieu , que tout ce que l'on en affirme , on l'affirme sans le comprendre, qu'on n'en a aucune idée absolue; qu'on ne conçoit pas même comment Dieu peut être ainsi, et que, dans le fond, c'est tout comme si l'on n'en affirmait rien.
Et (pag. 92.): « Le Dieu que j'adore nest point « un Dieu de ténèbres ; il ne m'a point doué d'un « entendement pour m'en interdire l'usage : me dire « de soumettre ma raison , c'est outrager son au- « teur. » Et enfin : « Mon entendement borné ne « conçoit rien sans bornes ; tout ce quon appelle « infini m échappe. Que puis-je nier , affirmer ? « Quels raisonnements puis-je faire sur ce que je « ne puis concevoir ? » Or, Dieu est infini , il est sans bornes, ou il n'est pas; donc, je ne puis ni le nier, ni l'affirmer, ni faire sur lui aucun raisonnement.
Donc, sur Dieu même, négation , scepticisme et contradiction.
— Dieu créateur ou la création : « Le monde « est-il éternel ou créé? Y a-t-il un principe unique « des choses ? Y en a-t-il deux ou plusieurs ? Et quelle
If)4 LE COMMUNISME ET SES CAUSFS.
« est leur nature? Je n'en sais rien , et que m'im- « porte ? »
Ainsi, il ne sait pas et il lui importe peu de savoir s'il y a un ou plusieurs dieux, ou si tout est Dieu ?
Mais s'il y a un ou plusieurs dieux , il nous importe beaucoup de savoir duquel nous dépendons et en quoi ; ce qu'ils nous commandent ou nous défendent; ce que nous avons à en espérer ou à en craindre. L'indifférence sur toutes ces choses, c'est l'irréligion ; elle équivaut à l'athéisme , et nous lisons plus loin (pag. 127.) : « Sortez de là , de la « croyance en un être suprême et en une autre vie, « je ne vois qu'injustice, hypocrisie et mensonges « parmi les hommes , etc.. » Et ailleurs, (pag. 121.): « L'irréligion concentre toutes les passions dans la « bassesse de l'intérêt particulier, dans l'abjection « du moi humain, et sape ainsi à petit bruit les vrais « fondements de toute société ; car ce que les inté- « rets particuliers ont de commun est si peu de « chose, qu'il ne balancera jamais ce qu'ils ont d'op- « posé.... » Et un peu plus loin (pag. 122.): « fu- « théisme f ou l 'indifférence philosophique , ressem- « ble à la tranquillité de la mort; elle est plus des- « tructive que la guerre même. »
Si tout est Dieu, au contraire, chaque homme on a sa portion et ne doit rien aux autres ; et lions voilà en plein panthéisme, et, par conséquent, en plein communisme.
Sur ce sentiment , du reste, le Vicaire savoyard,