DEUXIEME CAUSE DOCTRINALE DU COMMUNISME
Le matérialisme , ou la négation de Vimmor^
talité de Vâme^ et des peines ou des
récompenses d'une autre vie.
Ccmedamui et bibamui , cra$ enhn morte'» mur,
llangeons et buTons , puisque demain 11 D0U8 faut tout laisser et mourir. {Itait, cA.22,i;.lS.)
Après rautorilé suprême et universelle dé Dieu , seule raison , seule règle , par la religion révélée , du droit et du devoir et de tous les liens sociaux , les croyances les plus nécessaires à la société , à Fhomnoe et à la famille , sont l'immortalité de lame, les peines et les récompenses d'une autre vie. C'est la sanction du droit et du devoir , la conséquence nécessaire de la croyance en un Dieu législateur, juste, sage et tout-puissant. Dieu les a révélées au monde, dès le commencement, comme les pivots sur lesquels devait rouler tout l'ordre social , comme la sanction de ses lois, le lien et le terme des âmes dans le temps et dans l'éternité.
« J'ai à vous alléguer, dit Gicéron , en faveur de
4l LE COMMOJVISME ET SES CAUSES.
a rimmortalité des âmes, les plus fortes autorités , «c des autorités qui, dans toutes sortes de questions, « sont et doivent être du plus grand poids : et d V a bord , toute r antiquité^ qui connaissait sans doute a d'autant mieux ce qui était vraiy quelle était plus a près du commencement et de la divine création. a Or , la croyance générale des anciens était que «la mort n'éteignait pas tftut sentiment, et que a rhomme , au sortir de la vie , ne disparaissait « pas de manière à périr tout entier. Non-seulea ment une foule de preuves , mais encore le droit « pontifical et les cérémonies des tombeaux, ne pera mettent pas d'en douter. Jamais des hommes d'un a si grand sens ne les auraient révérés si religieusea ment , ni condamné à de si fortes peines ceux qui a les violent, s'ils n'avaient été pleinement persua- « dés que la mort n'était pas un anéantissement, « mais une sorte de passage à un autre lieu, et c comme une nouvelle vie qui ouvrait l'entrée du a ciel aux hommes et aux femmes illustres par leurs « vertus , et que les autres retenaient dans les bas «t lieux y et consentaient toujours sans jamais la pera dre. » ( TuscuL lib. i. cap. la.)
a La mort, dit Platon, d'après la croyance de a tous les peuples, n'est que la séparation de l'âme « et du corps.... Après cette séparation, l'âme de- « meure telle qu'elle était auparavant. Elle conserve « et sa nature, et les affections qu elle a contractées « pendant cette vie. Quand donc les morts arrivent « devant le juge , il examine l'âme de chacun sans
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9 avoir aucun égard au rang qu'il occupait sur la K terre. Mais bien souvent, considérant lame du ff grand roi des Perses , ou d'un autre roi , ou de « quelque autre homme puissant, il n'y découvre « rien de sain ; au contraire, les parjures et les c injustices dont elle s'est rendue coupable , la « couvrent comme d'autant de meurtrissures et de & plaies ; elle est toute défigurée par l'orgueil et le « mensonge; il n'y a rien de droit en elle , parce « qu'elle n'a point été nourrie de la vérité. « Maîtresse de suivre ses penchants, elle s'est plona gée dans la mollesse , la débauche , l'intempét rance , dans des désordres de toute espèce , de « sorte qu'elle regorge d'infamies. Ce que voyant, « le juge l'envoie ignominieusement dans la pri- « son , où elle doit subir les supplices qu'elle a (c mérités; car il convient que celui qui est puni « justement, le soit, ou afin d'en tirer de l'avantage « en devenant meilleur , ou pour servir d'exemple « aux autres, et les porter à se corriger par la crainte «que son châtiment inspire. Or, ceux qui sont « punis, afin que leur punition leur soit utile, sont « les malheureux qui ont commis des péchés gué- € rissables. Mais ceux qui, ayant atteint les limites « du mal , sont tout à fait incurables , servent « d'exemple aux autres , sans qu'il leur en revienne a aucune utilité , parce qu'ils ne sont pas capables « d'être guéris : ils souffriront éternellement des « supplices épouvantables. C'est pourquoi je vous « rappelle à la vertu, je vous anime à ce saint com-
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« bat, le plus grand , croyez-moi, que nous ayons a à soutenir sur la terre. Combattez donc sans re- « lâche , car vous ne pourrez plus vous être à vous- (t mêmes d'aucun secours, lorsque, présentés devant « le juge, vous attendrez votre sentence, tout tremd blants et saisis de terreur. Cette sentence rendue, a le juge ordonne aux justes de passer à la droite « et de monter au ciel ; il commande aux méchants c( de passer à la gauche et de descendre aux enfers. » ^ {Gorgias. tom. iv. pag. i66. et suiv. )
a La doctrine de Timmortalité de lame et d'un « état futur de récompenses ou de châtiments , dit « à son tour un philosophe anghis dont le témoi- « gnage ne peut être suspect, Bolingbrocke , parait « se perdre dans les ténèbres de l'antiquité ; elle (c précède tout ce que nous savons de certain. Dès c que nous commençons à débrouiller le cahos de « l'iiistoire ancienne, nous trouvons cette croyance a établie de la manière la plus solide dans (l'esprit « des premières nations que nous connaissons. » ( 5® vol. de ses œuvres, pag. a37, in-4**.)
Aussi la religion vraie a-t-elle toujours réuni dans ses adorations le Dieu créateur et législateur , le Dieu rémunérateur et vengeur , et toujours annoncé un jugement final, un bonheur sans fin pour les bons , et pour les méchants un feu et des supplices éternels. Partout où cette croyance a disparu , ou s'est seulement universellement affaiblie, le sol a tremblé sous des commotions réitérées , et l'on a vu le despotisme et l'anarchie, ou le com-
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inunisme le plus sauvage, se disputer sur des monceaux de cadavres et à la lueur des incendies , les derniers lambeaux de Topulence et les derniers appâts de la volupté.
Le cri de la conscience publique et les univer-^ sels enseignements de l'expérience à ce sujet , sont si palpables, que les deux plus sceptiques ennemis de la religion vraie, et de l'ordre social par conséquent, n'ont pu se refuser à les constater par leur propre témoignage.
« Je ne voudrais pas, dit Voltaire, avoir affaire c à un prince athée qui trouverait son intérêt à me c faire piler dans un mortier: je serais bien sur que c je serais pilé. Je ne voudrais pas, si j'étais souve- « rain, avoir affaire à des courtisans athées dont t l'intérêt serait de m'empoisonner : il me faudrait c prendre au hasard du contrepoison tous les jours» « Il est donc absolument nécessaire , pour les prin- « ces et les peuples, que l'idée d'un Être suprême^ 9i créateur y gouverneur j rémunérateur y vengeur ^ t soit profondément gravée dans les esprits, m qu'elle y soit par conséquent à l'état de croyance. {Volt. Diction, philosoph. art. ^athéisme. )
a Sortez de là , dit à son tour Rousseau , de la € croyance en Dieu et en une vie future , je ne vois « qu'injustice, hypocrisie et mensonge parmi les « hommes; l'intérêt particulier, qui, dans la conc currence, l'emporte nécessairement sur toutes choa ses , apprend à chacun d'eux à parer le vice du « masque de la vertu. Que tous les autres hommes
« fassent mon bien aux dépens du leur ; que tout c se rapporte à moi seul; que tout le genre humain c meure , s'il le faut , dans la peine et dans la miff sère, pour m épargner un moment de douleur ou a de faim, tel est le langage intérieur de tout incré- « dule qui raisonne. Oui , je le soutiendrai toute « ma vie , quiconque a dit dans son cœur : Il n'y a c pointdeDieu,etparleautremenr, n'estqu'un men- « teur ou un insensé. » {Emile , tom. m. pag. aoG.)
Arrachez , en effet , de Tâme de l'homme la croyance en son immortalité, aux peines et aux récompenses d'une autre vie , qu'y reste-t-il ? un immense égoïsme , la conviction pratique que la fin suprême , la destinée de l'homme est de se rendre heureux ici-bas , quoi qu'il lui en coûte et par tous les moyens, et qu'il n'y a de différence entre la béte et lui que la stature et l'habit.
Dès lors, le bien, c'est le plaisir, la jouissance matérielle ; le mal , c'est la souffrance et la peine. Tout ce qui peut le conduire à l'un et lui faire éviter l'autre : vol, assassinat, incendie, adultère, viol , lubricité de tout genre , révolte, empoisonnement , parricide , devient par là même pour lui le droit, la vertu, le premier, le plus impérieux des devoirs ; car le devoir le plus sacré , le devoir suprême d'un être quelconque, est d'atteindre la fin pour laquelle il existe. Parlez donc à des esprits ainsi préparés , ainsi entraînés sur la pente rapide des passions par la force souveraine des intelligences : la logique; parlez-leur donc de travail, de
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respect à la propriété , de continence, de lois, de dévouement à la patrie et à Tordre.
— Ami , le travail est la loi universelle.
— Pourquoi voulez-vous que j'en croie à votre parole ? Voltaire, qui vous valait, a dit au contraire : « Le plaisir est le but universel ; quiconque Tat- « trape a fait son salut. » Je suis de l'avis de Voltaire.
— Je ne veux pas contredire un si grand homme ; mais tout travaille dans la nature.
— Tout s'amuse au contraire , et se repose : la pierre dort tout le jour au soleil ou à l'ombre ; la fleurse balance mollement sous le souffle duzéphir ; le ruisseau suit sans peine la pente qui le conduit à la mer ; l'aigle prend ses ébats dans les airs , ravit et dévore sa proie , et vient dormir sans crainte dans le creux du rocher ; le lion et le tigre rugissent librement au désert , et quand ils se sont repus de sang, ils dorment paisiblement dans leur antre ; le cygne et le poisson se jouent avec délices dans les eaux limpides ; l'écureuil saute d'arbre en arbre; la cigale chante ; le lézard, étendu sur le gazon, hume voluptueusement l'air attiédi par les rayons du soleil; tous se livrent à leurs penchants avec une liberté sans bornes. Vous-même et vos semblables, du matin au soir, vous mangez, buvez, fumez, polkez, flânez, dormez, hantez les mauvais lieux, séduisez, au nom du néant, nos femmes et nos filles: est-ce là ce que vous entendez par travail?
11 n'y a que moi , et les imbéciles qui me ressemblent, qui travaillons et nous laissons ainsi exploiter ; et il faut en finir avec l'absurde , puisque le travail ici-bas m'épuise et me fait souftrir, et qu'il ne peut me servir de rien dans une autre vie qui n'existe pas.
— Le travail distrait et occupe agréablement l'esprit et le corps ; pour arriver au repos et au plaisir, c'est l'unique moyen.
— Moquerie ! je ne trouve ni distraction ni plaisir , moi , à porter le poids du jour et de la chaleur, et avenir, le soir, harassé de fatigue, manger, avec quatre ou cinq enfants et une femme souffrante et irritée par le besoin , un misérable morceau de pain détrempé dans de l'eau chaude.
— Mais en persévérant, vous améliorerez votre sort.
— Mensonge ! soixante ans mon père l'a tenté, et il est mort à la peine , pauvre , manquant de tout; depuis vingt ans, je travaille comme lui, et ma condition est devenue pire. C'est trop longtemps être dupe et victime d'hommes qui ne sont pas plus que moi. Ma fin est de me rendre heureux ici-bas : je veux l'atteindre , et il m'est avis que le moyen le plus court et le plus efficace est la communauté des biens, le partage de vos terres et de vos maisons.
— Que dites-vous-là ? vous voudriez porter la main sur ma propriété !
— Ce sera la mienne quand je l'aurai prise ; et puisque le travail a tant de charmes pour vous ,
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voici ma pelle et ma pioche , ma hache et mon marteau ; voici ma femme et mes enfants ; je préfère vos filles et vos servantes ; je veux aussi être servi à mon tour et jouir de la vie,
— Mais c'est le vol le plus audacieux^ fa licence sans frein ; c'est le brigandage que vous voulez faire prévaloir ! Les lois et les tribunaux , la force armée sont là pour s'y opposer et me défendre.
— Quelles lois? celles qu'ont faites les riches et les propriétaires , et qu'appliquent, comme ils veulent, d'autres riches et d'autres propriétaires, qui , aux yeux de la nature et du droite ne sont pas plus que moi. Le vol , c'est la propriété ; la licence sans frein , c'est votre tyrannie , vos tribunaux et vos lois qui veulent m'empecher d'atteindre ma fin, le but de mon existence, le plaisir ; le brigandage, c'est la violence qui m'enchaîne à la glèbe, et prétend m'y faire mourir.
— Cette violence , c'est vous qui la provoquez , et il faut bien que force reste à la loi.
— Vous voulez dire à l'iniquité et à Foppression ; nous verrons bien si votre force armée , si l'imbécillité ^roi//>iére prêtera jusqu'au bout ses bras et son sang à la tyrannie.
— Imbécillité troupière , l'honneur et le dévouement à la patrie et à l'ordre ?
— Dites donc le fanatisme de la sottise qui souf* fre et meurt , assassine ses frères et rehonce à sa destinée : le plaisir ici-bas, pour en assurer la jouissance à des tyrans qui ne peuvent , au fond de leur
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cœur y ne les juger que comme moi et les mépriser. Mais n'est-ce pas vous qui nous avez forcés d'apprendre de vos enseignements , que , pour uneexis^ tence étrangère , pour un être , non moi , être plein de sollicitude , d'intérêt et d'amour^ est une hypothèse absurde; et cette absurdité , vous voulez qu'ils la poussent jusqu'à l'immolation , jusqu a la mort ! Vous voulez que , pauvres , manquant de tout y ne vivant que de souffrances et de peines, n'ayant rien à craindre ici-bas, puisque nous sommes les plus nombreux et les plus forts, rien à craindre ou à espérer dans une autre vie , puisqu'il n'y en a pas , nous soyons assez dépourvus de sens, assez ennemis de nous-mêmes, pour mourir à la peine , afin de vous engraisser de luxe et d'abondance par nos travaux et nos sueurs ! Vous nous ravissez les biens du ciel par vos enseignements et vos exemples , et vous voulez encore nous refuser notre part des biens de la terre ! Non , il n'en peut être ainsi. Aux armes , au feu , à la ruse , à la violence! et dussions-nous périr dans la lutte, rendons-nous heureux ici-bas, puisque telle est notre inexorable destinée !
— C'est alors au plus méchant et au plus fourbe ?
— Non , c'est au plus vertueux ! Un ours dévorait un jour une proie , et repu, il s'étendait molle* ment à côté des restes, en léchant ses ongles ensanglantés. Un autre survint affamé, et voulut en prendre sa part. Le premier s'y opposa; et les yeux
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étincelants , ils s'élancèrent l'un sur l'autre. Lequel des deux était le meilleur ?
— Au plus fort donc?
— Au plus fort.
Aux armes , citoyens ! formez ?os bataillons. t
Taons ^ brûlons.
A la victoire, et terres et maisons.
Et quand les masses ne crurent plus à l'immortalité de l'âme , aux peines et aux récompenses d'une autre vie , en haut , en bas et dans tous les rangs, hommes et femmes raisonnèrent et chantèrent ainsi ; et des cris lamentables , d'épaisses fumées f sillonnées de flammes sinistres comme des éclairs^ s'élevèrent de toutes parts ; des détonations multipliées, et retentissantes comme la foudre dans les plus noires tempêtes, portèrent au loin la désolation et l'épouvante. Il y eut d'horribles chocs, d'affreux carnages, puis un long silence sur des cadavres et des ruines.
C'ÉTAIT LE COMMUNISME
Et la logique dit au matérialisme :
IL A RAISON 1