‹ Un éclair avant la foudre; ou, Le communisme et ses causesChapitre 15 sur 111 · TROISIÈME CAUSE DOCTRINALE DU COMMUNISME · texte numérisé non relu

TROISIÈME CAUSE DOCTRINALE DU COMMUNISME

Le panthéisme , ou la négation de Dieu, tel

que Va toujours cru et toujours adoré

Cuniveirs.

Dixit inêipien» in eordê suo: Non est Deu$, Corrupti sunt et abominabile$faetimnt in itudiU suis.»,,.

L'insensé a dit dans son cœar : Il n'y a point de Dieu ; et la plus abominable licence est devenue la conséquence de son athéisme..... [PsaL ll,v,iet2,)

Le déiste, a dit un illustre penseur, est celui qui n'a point assez vécu pour devenir atiiée. De nos jours, on vit vite, ce qui équivaut à vivre longtemps, et rhomme-majorilé, l'homme déiste, épuisant rapidement les dernières conséquences de l'impiété, a redit sur tous les tons, depuis un quart de siècle : Je suis, et il n'y a que moi; ma raison est souveraine, ma volonté sans règles et sans limites ; le passé , le présent , l'avenir, m'appartiennent ;ye suis éternel j je suis Dieu; et le monde ^ dans ses phéno' mènes sans cesse renaissants ^ n'est que Uéi^olution sans fin de têtre universel dont je suis la conscience. Ainsi s'est formulé l'athéisme de nos jours , unis-

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sant , sous le nom d éclectisme et de spiritualisme , le matérialisme le plus grossier, le rationalisme le plus sceptique , et toutes les hérésies qui, depuis dix-huit siècles, ont eu cours par le monde. Le Dieu créateur , gouverneur , rémunérateur et vengeur, fondement de Tordre social ; le Dieu juste, sage , saint , bon , miséricordieux , tout-puissant , infini en toutes sortes de perfections ; le Dieu en trois personnes , Père, Fils et Saint-Esprit, qui n'a ni couleur ni figure qui puissent tomber sous les sens , qui a fait toutes choses de rien , qui voit tout ensemble le passé, le présent, l'avenir, et jusqu'à nos plus secrètes pensées ; le Dieu dont la providence et la sagesse veillent sur le moindre atome, et atteignant d'une extrémité à l'autre avec force , dispose tout avec suavité; le Dieu en un mot que l'univers et les siècles avaient adoré , a disparu. Son nom est resté debout dans les intelligences et leslangues humaines, comme une ruine incomprise , un non-sens. Dieu n'est plus que le grand tout , nature, humanité, le Pan infâme qu'adorait l'égout du paganisme; et tout, humanité et nature, est Dieu à son tour ou portion de Dieu. C'est le panthéisme, le plus absurde des athéismes, ou la négation la plus radicale de Dieu, sous forme d'affirmation.

11 y a vingt-cinq ans , un homme célèbre , après avoir, ravissant écho de cette voix qui s'élève, de tous les points de la terre et du temps, vers le Dieu de l'éternité, recueilli les témoignages de tous les peuples en faveur du Dieu qui a tiré l'univers du néant,

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ajoutait ces remarquables paroles: c A l'écart, dans « les ténèbres , une autre voix , une voix sinistre a A été entendue; elle semblait sortir d'un sépulcre cr et se briser entre des ossements ; c'était comme 9 la voix de la mort. Les peuples ont prélé l'oreille c à ce bruit funèbre ; de sourds «blasphèmes sont (c venus jusqu'à eux ; ils ont dit : C'est le cri dé a Tathée ! et ils ont frémi d'horreur. »

Aujourd'hui , cette voix sinistre n'est plus solitaire. Elle s'est grossie de millions et de millions de voix, et ces voix ne sont plus la voix de la mort, mais la voix de la spoliation, de la licence et du carnage: c'est la voix du communisme! Et si elle semble encore sortir d'un sépulcre et se briser à travers des ossements , ce sépulcre , c'est la France, c'est l'Europe ; ces ossements sont toutes les idées de vertu, de propriété, de justice, d'ordre et de liberté.

Si Dieu est tout, en effet, et si tout est Dieu, donc, chaque homme, et tout ce qui est dans chaque homme , intelligence et volonté, âme et corps , est par là même consubstantiel à Dieu , Dieu ou portion de Dieu; donc, il n'a et ne peut avoir de supérieur ; donc , il ne peut être soumis à aucune loi , si ce n'est à celle qui le constitue et qu'il ne peut pas plus violer, qu'il ne peut, ainsi que Dieu, cesser d'être.

Donc, il n'y a pas plus pour nous de législateur qu'il n*y en a pour Dieu , qu'il n'y en a pour les bêtes et les plantes. Notre législateur souverain , indépendant, s'il en est, c'est nous-mêmes , c'est

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notre seule raison ; elle est Dieu aussi bien que la raison de qui que ce soit au monde.

Donc, avons-nous dit il y a quelques années, il n'y a pas plus pour nous et il ne peut pas plus y avoir de Dieu vengeur et rémunérateur, qu'il n'y en a, qu'il ne peut y en avoir pour Dieu même. Ma raison, mon âme, mon corps, tout mon être n'ayant pu être tiré du néant, étant divin , éternel comme la substance de Dieu même , qui donc au monde ou hors du monde peut les lier par des lois et leur sanction , par des châtiments ou des récompenses quelconques? L'affirmer, ce serait dire que Dieu où une portion de Dieu peut mal faire, se révolter contre Dieu ou d'autres portions de Dieu, que Dieu lui-même est un immense foyer d'anarchie.

Donc, nous sommes tous également les créateurs et les auteurs de notre être; tous également nos législateurs et nos maîtres; tous également indépendants les uns des autres.

Donc, tout gouvernement, toute autorité, tout tribunal qui veut me mettre dans sa dépendance et m'assujettir, est une tyrannie, une contradiction, un non-sens , que je ne puis admettre sans perdre mon indépendance divine et ma portion de Dieu.

Donc, tout ce que nous appelons lois, droit et devoir, juste et injuste, vice et vertu, religion et culte, tout ce qui constitue le monde moral, n'est plus qu'une ombre ^ un fantôme sans réalité j un mot vide de sens, des mythes^ des symboles où Ton con* temple ce qui n'y est pas^ comme parlent les maîtres

du panthéisme , des nuages , des images , des /igiires que le soleil de la philosophie dissipe tous les jours déplus en plusj coroine parlent les disciples.

Donc, l'égalité la plus radicale , la communauté absolue des biens et des femmes , de toute chose , ou le panthéisme pratique, est la plus parfaite expression, la conséquence rigoureuse du panthéisme spéculatif. Ce résultat en découle si directement, -si nécessairement, que, dans tous les temps et dans tous les pays, le communisme a toujours eu le panthéisme doctrinal pour principe et pour point de départ.

Aux premiers siècles de notre ère , surgirent, sous le nom générique de gnostiques, de nombreuses sectes de communistes, et de communistes portant les conditions de la communauté jusqu'aux dernières limites de l'infamie. Les cainites , les nicolaïtes , les simonites , les ménandrites , les manichéens , les valentiniens, qui avaient choisi pour patrons et modèles Caïn , Cham , les sodomites , niaient tous le Dieu qu'adore l'univers, tous étaient panthéistes.

Voici comment parle des carpocratiens , les plus progressistes de tous les gnostiques , l'historien et l'apologiste de ces sectes , M. Matter, inspecteur général de tous les collèges de France.

« Carpocrate suitValentin (i). Son école se corn-

(1) « L'école de. ValeDtîn, dit le savant inspecteur, professa la

plus grande richesse de doctrines Ils furent à la fois les plus

Jiardis de tous les gnostiques, les adversaires les plus conséquents

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posa de doctrines plus tranchantes que toute autre^

quoiqu'elles fussent cosmopolites Elle proscrit

toutes les lois; elle n'en connaît qu'une, la loi de nature. On Ta désignée quelquefois par Tépithète d'éclectique; elle la mérite sous quelques rapports... En général , ils aimaient peu les dogmes. Le seul élément qui domine un peu chez eux , était tiré du platonisme de leur temps. A la tête de tous les êtres et de toutes les œuvres, il plaçait la monade, le père inconnu que nous rencontrons dans tous les systèmes gnostiques.... Tout est émané de cet être , tout doit rentrer un jour dans son sein.... Ils croyaient à la préexistence des âmes, et considéraient les idées comme une réminiscence d'une primitive et céleste condition, (i)

a Les carpocratiens se rapprochaient des simoniens et des ménandriens par leurs tendances grecques , comme ils se rapprochaient des nicolaïtes et des caïnites par leur morale anti-judaïque et antichrétienne. Le mépris de toute législation morale

de toutes les institutions du mosaîsme^ et les défenseurs les plus intrépides de Findépendance de V esprit^ db tous les actes du

COBPS. »

(1) On retrouve mot à mot le même enseignement dans M. Cousin, dans M. Damiron, dans M. Géruzez, dans M. Mallet, dans les livres approuvés et adoptés pour tous les collèges, et qui servent de préparation au baccalauréat. (Voyez Dam. Cours de philosophie, pag. 63. Géruzez, Nouveau Cours philosophique^ pag. 80. M. Mallet, Manuel de philosophie^ adopté pour l'enseignement des collèges royaux et communaux , et rédigé par un élève de FÉcole normale, sur le programme officiel du Conseil, pag. 244. Citation de M. Cousin.)

était leur morale ; ils la pratiquaient en telle perfection qu'ils atteignirent , qu'ils débordèrent les nicolaïtes et les caïnites, dont ils furent les frères, sinon les descendants. Tout ce que les docteurs or* thodoxes appelaient les bonnes œuvres , ils le traitaient de choses extérieures indifférentes. La prière elle-même était comprise dans les pratiques indifférentes.... Tout ce que les orthodoxes enseignaient sur la rédemption et la mort expiatoire d'un Sauveur, était donc de pure superstition. La nature ré- 9èle deux grands principes y ceux de la communauté ET DE L'uNiTi DE TOUTES CHOSES. Lcs lois humaines contraires à ces lois naturelles, sont des infractions coupables à l'ordre LEGITIME ET DIVIN. PoUR RETABLIR CET ORDRE, IL FAUT INSTITUER LA COMMUNAUTÉ DU SOL,

i>Es BIENS ET DES FEMMES. En général, plus on méprise les lois du Démiurge (le Dieu de l'univers^ Jéhova), c'est-à-dire , toutes les législations existantes , plus on se délivre de tout ce que le vulgaire nomme religion^ plus on honore Vêtre suprême ^

PLUS ON DEVIENT SEMBLABLE A DIEU. (l)

Le même historien universitaire dit de Manès , le chef des manichéens : « L'âme , ou l'idée mère qui animait tout son système, et qui perce plus ou moins dans toutes les écoles de la gnose, est le panthéisme. Selon lui , Dieu est en tout; toutes les âmes sont égales ; Dieu est dans toutes ; et cette animation ne se borne pas aux hommes et aux animaux , elle

(1) Histoire du gnosticiwie , tom. ii , pag. 264 et suiv. et Histoire de V Église chrétienne, tom. i , pag. 169 et 170.

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