PREMIÈRE PARTIE. l5l
oche qu'aux grandes choses, quels qu'en soient c LE PRINCIPE ET LE BUT. » {CiviUsation en Europe^ pag. 35o.)
Communistes , faites des barricades et triomphez^ et vous serez des grands hommes!
« C'est un arrêt de l'éternelle justice , dit M. Vilff lemain , le grand-maître encore , qu'une volonté « honnête et ferme atteigne son but , et qu'une ff volonté faible ou vicieuse soit au moins condam- « née au châtiment de l'impuissance. » (Discours poitr la distribution des prix de concours^ 1841.)
Donc encore, tout ce qui réussit est bon , tout ce qui ne réussit pas , mauvais. Et l'unique règle de morale , c'est le succès.
« Sans entrer dans des détails superflus, dit aussi a M. le grand-maître Cousin , il sort de l'histoire a entière des grands hommes , qu'on les a pris , et a qu'eux-mêmes se sont pris pour les instruments « du destin , pour quelque chose de fatal et d'irré- « sistible; et il n'y a pas d'erreur dans le fond de a cette pensée ; aussi , le caractère propre , le signe * « du grand homme j c'est qu'il réussit. Quiconque a ne réussit pas n'est d'aucune utilité au monde , ce ne laisse aucun grand résultat , et passe comme « s'il n'avait jamais été. Il faut que le grand homme « réussisse, dans quelque genre que ce soit..,. Or, « les grands hommes ne sont pas seulement des « artistes ou des philosophes , ils sont aussi des a guerriers. Le grand guerrier n'est tel qu'à la con^ « dition de gagner beaucoup de batailles , c'est-à*
]5a LE COMMOJflSUB ET SES CAUSES.
« dire encore, de faire d'épouvautables bat âges €t SUR LA TERRE. Ou oul guemer ne doit être appelé a grand homme , ou s'il est grand , il faut Fabsou'-
« dre^ ET ABSOUDRE Elf MASSE TOUT CE Qu'lL A FAIT...»
a On ne fait jamais attention que tout ce qui est; a humain 9 c'est l'humanité qui le fait.... Or , l'hu— a HANiTÉ A TOUJOURS RAisoif.... Auprès dcs masscs, « les faits sont tout, le reste n^est rien. Les inten^ a tions, la bonne volonté, la moralité, les plu^ « beaux desseins... , tout ce qui ne se résout pa» a en fait est compté pour rien par l'humanité...* a L'humanité est le résumé de l'univers , le dernieir a mot du monde, la manifestation de Dieu;. et Isi. a nécessité de ses lois a pour dernier principe Dieu, a lui-même ; » ou, en d'autres termes, comme il l'a dit ailleurs, « elle est Dieu, et ce que le vulgaire a appelle sa providence , est la fatalité. » (Introd. à Vhist. de la philosophie^ 8* et lo* fcç.)
Il avait dit plus haut (7^ leçon.) : « Tous ces <c mondes: industrie, état, art, religion, philoso* a phie , et leurs résultats de toute espèce , forment c( l'histoire ; or, l'histoire est une géométrie inflexia ble ; toutes ses époques , leur nombre , leur or- « dre , leur développement relatif , tout cela est « marqué en haut en caractères immuables ; et la « Providence ne les a pas seulement permis, elle les
«t A ORDONNES, Car LA NÉCESSITÉ EST LE CARACTÈRE « PROPRE ET ESSENTIEL QUI PARTOUT LA MANIFESTE :
a etl'histoire n'est pas seulement une géométrie su- « blime, c'est aussi une géométrie vivante , un tout
PREBIIÈRE PARTIE. I 53
lii ff oRGAiriQUE dont les divers membres sont comme la i-.' « véritable physiologie des totalités bien réelles qui .: a out leur vie à part, et qui en même temps se pénè- ( fffrent si intimement, qu'ils conspirent tous à
« lunité de la vie générale. » (i) i Ainsi , nous sommes bien expressément les membres du Dieu-tout, et le communisme et tous les forfaits qui l'accompagnent , sont des vertus ordonnées et accomplies par Dieu même. C'est une chose sublime , quelques massacres qui accompagnent son triomphe; et ceux qui, par le meurtre, le vol et l'incendie, le font réussir, sont des grands hommes.
M. le grand-maître, premier directeur de tout
(1) Ml Proudhon, dans ce discours fameux qui a jeté tant d'émoi dans la Chambre , a dit : « La révolution de février a été un « fait, le 16 mars a été un fait, les ateliers nationaux un fait, le « 1 7 mars un fait , le 16 avril un fait , le 15 mai un fait , le suffrage « universel un fait, Finsurrection de juin un fait. Tous ces faits, « unis entre eux , se légitiment dans l'histoibb et au point • de vue de la Providence. (Oh! oh! violents murmures!) Au « point de vue du droit, de la légalité , tout cela est încohé- « rent , contradictoire , sans principe ; il ne s'jr trouve que de « la force. Nous pouvons aujourd'hui restreindre le droit au « travail , faire une constitution comme nous Fenteiidrons , aucun « principe ne nous rallie, pas même la propriété ! Que nous reste- « t-il donc ? la force ! Notre autorité ne vaut que tant qu'elle n*est « pas contestée et que nous sommes les plus forts. » (Murmures.) {Moniteur^ V* août 1848.)
Nous demandons à tous les hommes de bonne foi si ces doctriues ne sont pas identiquement les mêmes que celles de M. COusin et de ses professeurs. On les condamne, on les flétrit à la tribune, et VélsXforce tous les enfants de la France à les adopter dans les écoles ! Voyez encore les bases du fouriérisme, plus haut, pag. 61.
l5G LE COMMUNISME Et SES CA.CSES.
quête de l'égalité dans la communauté des biens et des femmes, il suit très-clairement encore qu'il n'y aurait pas même quelque mal pour eux à en venir là. Aussi M. Cousin faisait-il à ses élèves, dit M. Pierre Leroux, l'éloge de Robespierre et de 93, et était-il sans scrupule un des chefs du carbonarisme français sous la restauration.
a Est-ce donc un si grand crime, » dit le premier professeur après M. Cousin , et son premier disciple, « d'avoir pensé d'une manière plutôt que d'une €t autre? Nous voudrions que ceux qui prodiguent « la haine ou la proscription , à propos d'opinions (même communistes), a réfléchissent un peu sur « la manière dont une opinion s'adopte, et chera chassent avec un peu d'exactitude jusqu'à quel « point celui qui Tembrasse est responsable de l'a- « voir embrassée.... On arriverait bien vite à voir a tout ce qu'a d'absurde et d'injuste l'intolérance.... « Y a-t'il quelque chose de plus ridicule que d'en « vouloir aux philosophes du 18* siècle , d avoir a pensé ce qu'ils ont pensé ? C'est comme si on se a fâchait contre la toupie qui tourne sous le fouet a de l'enfant : ce n'est pas la toupie qui est coupa- « ble, c'est l'enfant.... Ce n'est donc point Voltaire a ni ses amis qui sont coupables , c'est leur temps. « Ce n'est point eux que leurs opinions compro- « mettent , mais leur époque. »
— Il y a bien plus, car il ajoute : « Les siècles ne « sont pas plus coupables de leurs opinions que c les hommes des opinions de leur siècle. » (Jouf-
PREHIÈAE PARTIE. iS^
froy , Mélanges philosophiques : De la Sorbonne et des philosophes.)
Plus loin il dit encore : a Le mal pour la force (plante , animal ou homme) , « c'est l'imperfection « du développement qui est la conséquence de sa « nature.... Il y a mal pour elle, parce quelle luUe,..j « que son développement est borné et fini.... Le « mal n'est point quelque chose de positif, c'est « r imperfection du bien ou de V ordre; ce qu'on doit « dire de lui, c'est qu'il est imparfaitement bon...^ « que son ordre n'est point complet. »
Voilà la morale enseignée au nom de l'état, vingt ans durant > à tous les candidats-professeurs de l'École normale, ce qu'ils ont- enseigné à leur tour d'une extrémité à l'autre de la France. Blanqui , Proudhon, Cabet, Barbes, le communisme tout entier a-t-il fait pire , en a-t-il fait autant?
Ces doctrines, jointes à une profession d'athéisme rédigée par l'auteur lui-même avant de mourir, comme fruit des enseignements de l'état, ont reçu pourtant de M. le grand-maitre Yillemain , dans la personne du professeur défunt, la plus haute approbation, et il n'a pas craint d'assurer que l'enseignement des autres professeurs ressemblait, dans toute la France, autant qu'il dépendait de lui, aux enseignements de celui-ci.
Le célèbre ministre de l'Instruction publique , après avoir fait le plus magnifique éloge du professeur Jouffroy, dans son discours pour la distribution des prix de concours de 1 84^ » termine en effet par
l58 LE COMAIUNISHE ET SES CAUSES.
le vœu solennel que tous les collèges soient pourvus, tu par une succession constante ^ s'il est possible, de a maîtres tels que celui qui fit entendre, dans Tenet ceinte de la Sorbonne , de si pures leçons, et que « le conseil de Tlnstruction publique , l'académie « et la tribune , regrettent si justement pour sa saa gesse et ses \\xm\kvts.ïi{Almanach de Vuniversité^ 1843. pag. 1^4 !•)
« Machiavel est le chef de cette école politique o qui croit tout permis pour la délivrance de la « patrie», enseigne à son tour le professeur favori de M. le grand-maître Guizot , M. Guillaume Libri de Bagnano. « S'il était né au milieu d'une déa mocratie puissante , il aurait prêché T insurrection a et de nouvelles vêpres siciliennes; venu dans des « temps de décadence et de servitude, il a voulu « confier à un chef hardi et astucieux les destinées M de son pays. Il ne s'est pas proposé de former un roi ff hou^ mais un despote for t et propre au combat; et a les hommes qui aiment le plus F Italie sont encore n à se demander s'il reste d'autre espoir. » {Histoire des mathématiques ^ tom. in. pag. 4- Ouvrage envoyé par l'état, aux frais des contribuables, à toutes les bibliothèques de France.)
Chacun interprétant et devant interpréter à son gré le bien de la patrie, tous les crimes, tous les genres de forfaits des communistes , l'assassinat même du général Bréa et de son aide-de-camp , ne sont-ils pas justifiés par de telles doctrines ?
« L'amour de soi est donc nécessaire, » enseigne à