PREMIÈRE PARTIE. ]6l
« le nom d épouse est plus saint, celui de maîtresse « et de concubine est plus doux. Cefut^ dans Héloîse^ « l'idéaloe l'amour pur et désintéressé de l'avoir « PRÉFÈRE AU PREMIER. » Son émule et son collègue, M. Quinet, a enseigné la même morale avec plus de crudité encore dans son Ahasvérus , que d'autres de ses collègues ont appelé, dans la Revue des deux mondes , un livre de haute poésie , un torrent lyrique. a Le zéro , dit-il (pag. ayS, 289 et suiv.), est le noma bre sacré. C'est sur lui que tout repose.... Il n'a « ni commencement ni fin. Sans être, il parait, et la a sphère des mondes est un grand zéro qui se trace « vide dans le vide espace.... »
« Je voudrais t'adorer ici, Rachel^ sans faire un « pas pendant l'éternité. — Dans les premiers temps, a Ahasvérus, je me faisais scrupule de t'aimer au- (K tant que Dieu. J'ai longtemps souffert de ce com- « bat. — Ne t'inquiète pas, ma chère âme. Le véria table Dieu est en toi.... Il n'y a au-dessus de toi « que l'éternel vide qui t'écoute, pour répéter à ja- « mais le mot qu'il aura entendu de ta bouche. Tu a es toute chose, et tout ce qui n'est pas toi n'est a rien. — Autrefois, tu me disais la même chose, « et je trouvais cela impie. A présent, je vois que « c'était moi qui ne te comprenais pas assez. — Tu « verras que tes autres doutes se dissiperont aussi « avec le temps.... Le paradis, c'est toi.... La trace « de tes pieds que la bise a effacée, voilà toute l'im- « mortalité.... Toi-même, qui sait si tu es autre chose a qu'une ombre ^ qu'une pensée pour engloutir ma
jGji le combiukisme et ses causes.
a pensée dans le néant entrecoupé de parfums et a de soupirs ? »
Il avait dit un peu avant (pag. 267 , 269 et suiv.) :
a Souvent il arrive qu*un Dieu est mort et ena terré dans le ciel, et que nous Tadorons encore a sur la terre. Toute la difficulté est de connaître « au juste l'époque du décès , pour ne pas perdre ce son temps devant un squelette qui pendille à la a voûte de Téternité. Mais, après tout, dans le « doute, un homme comme il faut peut toujours a être sov dieu a lui-juême, pendant une quinzaine a d'années, en attendant que le ciel se déclare.... a Si à touteforce^ il vous faut une religion, Tamour, a quand il est pur^ en est une à sa façon. Vous avez a de la fortune, de la naissance, vous êtes indépena dant, vous pouvez vous en passer la folie; les a sens ne doivent pas être tout à fait sacrifiés , et a vous auriez grand tort de ne les compter pour ce rien. Tous les sentiments cachent un calcul, et au a fond, toutes les femmes se ressemblent. Qui dit « l'une dit l'autre. Un peu plus tôt, un peu plus « tard, la meilleure vous dupera ; et puis, d'ailleurs, a vous-mêmes, pourvu que vous les amusiez , vous « êtes parfaitement quittes envers elles. Elles se le et tiennent pour dit; et rien n'est plus facile, vous a le verrez, que de s'en faire adorer. — Sans cela, « que sait-on , que fait-on, qu'a-t-on vu , et la vie, « qu'est-elie ? Néant, néant , néant, ce mot dit fort « bien ce qu'il veut dire. On n'a goûté que la moitié