‹ Un éclair avant la foudre; ou, Le communisme et ses causesChapitre 81 sur 111 · PREMIER FAIT 9 OU PREMIER EXEMPLE DE COMMUNISME · texte numérisé non relu

PREMIER FAIT 9 OU PREMIER EXEMPLE DE COMMUNISME

Létat, par la négation du droit divin > comme source unique des pouvoirs, a arraché, par rapport à lui et à F égard de toutes les propriétés, jusqu'aux racines mêmes du droit, et lui substituant^ par une conséquence nécessaire y la force brutale ^ il a posé les bases du plus vaste communisme.

Dominé est terra » et plenitudo ejm» : cr^ terrarum, et mniverel qui habitant in «•

La terre est aa Seigoenr, ainsi que tout ce qu'elle renferme ; 4 lui appartiennent l'uniTers et tons ceux qui riiabiteot.

{Psaume 2S, v. 1.)

Non eet enim poteetas ni»i a Dec : qma <»tem tunt^ a Deo ordinatœ sont.

Il n'y a donc de pouTOir que de Dieu : et ceux qui existent sont établis de Olea selon l'ordre. (5. Paul aux Eomains , rA. 13, P. 1.)

Dieu étant seul créateur, seul auteur, seul conservateur de l'hoinroe et des sociétés, de la terre et de tous lesêtres qui l'habitent, en étant, par conséquent, Tunique maître, le maître absolu, universel , nécessaire, il est évident qu'il n'y a point, qu'il ne

SECONDE PARTJ£« n

peut point y avoir de droits, d'autorité, de pouvoir quelconque, qui ne viennent de lui , qui ne soient une délégation , une conséquence de ses droits, de son autorité suprême et de sa souveraineté in« finie.

Il est évident encore qu'aucun de ces droits , ou de ces pouvoirs ainsi délégués, n'est et ne peut être absolu , indépendant de Dieu et de ses lois , encore moins contraire à la fin dernière qu'il s'est proposée en les déléguant , et qui ne peut être autre que lui-même et sa gloire.

Il n'y a point, il ne peut point y avoir d'exception à ces principes. Ou il n'y a point de Dieu, ou s'il existe, il est ainsi : il est celui qui est, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs , le Maître des maîtres, et son domaine souverain s'étend et s'étendra éternellement sur tout ce qui est, sur tout ce qui sera, et qui n'est et ne peut être que par lui. Aussi , comme nous l'avons démontré, le fondement, le point de départ logique du communisme, est-il la négation de Dieu , la négation de ses lois ou de la religion.

Or, s'il en est ainsi de tous les droits, de toutes les autorités , de tous les pouvoirs , au point que nier Dieu , c'est les renverser tous, et en arracher jusqu'au fondement, jusqu'à la racine, jusqu'à la raison d'être , qui nq voit clairement que, plus ces droits sont étendus 'et ces autorités élevées, plus leur délégation de Dieu et leur dépendance de ses lois sont nécessaires, et que, par conséquent, nier

l'origine divine de la souveraineté dans les états , le droit divin des puissances qui commandent aux sociétés , c'est les démolir elles-mêmes par la base, et en ébranlant l'ordre social tout entier, ébranler par là même tous les autres droits?

« Le christianisme , disait en 1 829 M. de Lamen- (K nais, enseigne aux hommes qu'aucun autre hom- « me n'a sur eux, par lui-même, d'empire légitime a et naturel ; qu'à Dieu seul appartient la vraie souci veraineté ; mais comme il veut l'ordre, et que nul ce ordre ne serait possible sans un pouvoir qui le (X conserve , il a préposé sur chaque nation un chef <K (ou pouvoir dirigeant) pour la conduire, i/i unamce quamque gentem prœposuit rectorem. {EccL 17. « 14.) Ce chef (ce pouvoir dirigeant) est son inicK nistrepour le bien, et il n'a de puissance que celle ex qu'il lui communique ; car c*est de lui que toute a paternité, tout pouv^oir dans le ciel et sur la terre, « tire son nom {Ephes. 35.), c'est-à-dire, son droite <c son autorité; et quand l'antiquité païenne proa nonçait celte sentence : Le roi est Vimage vivante a de Dieu^ elle énonçait le même dogme proclamé cK en tous lieux par la tradition. Il y a donc pour aies chrétiens des souverainetés légitimes (1),

(1) Ainsi par légitimité, ou droit divin, nous le faisons remarquer tout d'abord, et qu'on ne nous fasse pas dire ce que nous n*avons jamais pensé, ce que jamais aucun théologien catholique n*a enseigné, nous n'entendons pas Tinféodation à un homme quelconque, mais tout pouvoir démocratique ou monarchique qui vient de Dieu par la loi fondamentale du pays , comme nous Texpliquerons plus tard ;

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« parce qu'elles dérivent de la souveraineté primi- « tive et absolue exclusivement propre à Dieu ; en a obéissant au pouvoir qui vient de lui , c'est à lui a seul qu'ils obéissent. » {Progrès de la Réi'olution , pag. 38 et 39.)

Cette souveraineté en effet , cette puissance de commander aux sociétés et aux membres qui les composent y cette autorité suprême , n'est-ce pas , dit Fénélon avec tous les publicistes et les théologiens , un pouvoir défaire des lois et d'en punir le violentent^ même par la mort{\)\ le droit d'imposer des obligations à la conscience, et d'employer, s'il le faut, la force elle-même pour les faire remplir ? Mai$ quel est donc l'homme , quels sont donc les hommes qui possèdent par eux-mêmes un semblable droit, une telle autorité sur les autres? Tous les hommes ne sont-ils pas, par eux-mêmes et par une identité de nature , frères et égaux en droits, et par là même radicalement impuissants à imposer des obligations de conscience ?

On dit: C'est l'empereur, c'est le roi, c'est la chambre , c'est le peuple, c'est l'état qui est maître, qui est souverain, (a) Souverain de qui ? maître

en sorte qu'à nos yeux le citoyen d'Amérique ou l'habitant du canton d'Un, en demeurant fidèle à la loi ou constitution républicaine de son pays, est tout aussi légitimiste que l'espagnol ou le napolitain défendant la constitution monarchique du sien.

(I) Essai philosophique sur le gouvernement civile chap. 6.

(3) Il est bien évident que tout ce que nous allons dire sur la souveraineté en général , sur la souveraineté des rois comme sur celle des peuples, ne s'entend et ne peut 8*entendre que des sou-

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de quoi? De mes biens? de ma vie? Où sont leurs titres d^auteur^ et de propriété par conséquent, sur toutes ces choses? — De ma pensée, de ma conscience ? C'est une moquerie. On n'oserait le dire sérieusement , lorsqu'on en proclame, surtout avec tant d'emphase, la liberté absolue, la souveraine indépendance.

Et puis, qu'est-ce que cet empereur? qu'est-ce que ce roi par lui-même? un homme, un homme comme les autres; souvent moins robuste , moins instruit, moins habile, moins vertueux, moins fort, et physiquement et moralement, que le grand nombre des autres. Et quand il aurait tous ces genres de force, ces forces, après tout, constituent-elles, peuvent-elles constituer le droit ? Et si elles pouvaient le constituer dans la première , la plus élevée, la plus souveraine de toutes les possessions, comment et pourquoi ne le constitueraient-elles pas dans toutes les autres? Les fortunes, les maisons, les biens, les terres, appartiendraient donc de droit aux plus forts , aux plus instruits , aux plus habiles , aux plus vertueux : nous voilà en plein communisme. Et que deviendront les faibles, les ignorants, les malhabiles ? Et qui sera juge de cette force, de cette instruction, de cette habileté, de cette vertu? Qui même aura le droit de les définir

veraînetés constituées en dehors du droit di?in , Impies, indépendantes de toute loi , et comme le communisme les veut et a besoin de les vouloir, despotisme sans frein , sans limites, et tel qu^il apparaît à la décadence de toutes les sociétés païennes»

SECONDE PARTIE. t|

souverainement? Nous voilà convulsivement courbés sous le plus violent despotisme, ou nous arrachanti dans les déchirements de la plus sanglante anarchie , les derniers lambeaux de l'ordre social !

C'est l'état, ajoute-t-on, c'est le peuple à qui appartiennent cette autorité suprême, cette souveraineté ; c'est de lui , c'est d'eux qu'elles émanent

Mais qu'est-ce que l'état? un mot vide de sens, ou quelques hommes qui, par eux-mêmes et par lu nature, n'ont pas plus de droit que les autres. Qu'est-ce que le peuple ? Un homme d'état célèbre, qu'un journal appelait naguères le dernier jeton de l'ordre , a dit et imprimé : « Pour le compren- « dre, il faut se 6gurer l'état, non pas comme un (c despote qui commande au nom de son intérêt « égoïste , mais la société elle-même commandant « dans l'intérêt de tous ; il faut se figurer l'état, non « pas comme un pouvoir dont on combat dans a le moment les tendances politiques , ou une dya nastie à laquelle on refuse ses affections ; il faut « voir dans l'état^ l'état lui-même, c'est-à-dire, a l'ensemble de tous les citoyens, non-seulement a ceux qui sont , mais ceux qui ont été et qui se- « ront, la nation en un mot, avec son passé et son « avenir.... Certes , un tel état a bien le droit de « vouloir.... »

Ainsi, l'état, le peuple souverain qui a le droit de vouloir, qui a le droit de commander à ma conscience , c'est rensemble de tous les citoyens , nonseulement ceux qui sont , mais ceux qui ont été el

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qui seront; c'est N France au moyen âge; ce sont tous les citoyens qui ont vécu au temps de Clovis, de Charlemagne, de saint Louis, de Louis XIV; . tous ceux qui seront dans un siècle, dans deux siècles, dans mille ans, dans dix mille ans, si la France et le monde vont jusque là. Je ne crois pas que, depuis que le soleil éclaire la terre, il se soit dit, et au milieu des applaudissements d'une grande et illustre assemblée, une chose aussi exorbitante au jugement du bon sens. Qu'est-ce que cette souveraineté tripartite , dont la première part n'existe plus depuis des siècles, et dont la troisième n'existe pas encore et n'existera peut-étrejamais? Que veutelle ? que peut-elle vouloir et me commander ? Quels sont ses droits sur moi, qui existe maintenant, ses droits sur ma conscience et ma raison? Dans la part même rigoureusement possible : l'ensemble des citoyens actuellement existants, comment, par la nature, en dehors du droit divin, établir une souveraineté quelconque , une autorité suprême et à laquelle tous doivent obéir ? Qu'estce d'abord que cet ensemble? Comment le constater? Où est-il ? où est sa voix ? où sont ses ordres? Dans le communisme et les corps-francs, ou dans la noblesse et la bourgeoisie ? Dans les électeurs à cent écus, ou dans le suffrage universel? Dans le vote direct^ ou dans le vote à deux degrés? Dans les électeurs, dans les éligibles, ou dans les élus? Dans les républicains, ou dans les monarchistes ? Dans les partisans de la branche cadette, ou dans les

partisans de la branche aînée, ou des Bonaparte? Dans les républicains de la veille, ou dans les républicains du lendemain ? Dans tout cela ? Mais qu'est-ce que tout cela , sinon le flux et le reflux d'une mer de contradictions dont toutes les gouttes d'eau se repoussent ? Qu'on nous explique donc ce mystère , ou qu'on nous montre le droit qu'on a reçu de Dieu de nous imposer la foi à des choses contradictoires ?

Et puis, dans cet ensemble qui constitue la souveraineté, les femmes et les jeunes gens au-dessous de vingt-un ans, sont-ib compris, ou en sont-ils exclus? Exclus par qui et de quel droit? Qui donc a le pouvoir de restreindre ainsi , de limiter ou d'étendre la souveraineté humaine ? Combien de jeunes gens de dix-huit ans, de vingt ans, de vingt ans et onze mois, ont plus d'intelligence et d'instruction , plus de rectitude et d'indépendance dans leurs opinions, que d'autres hommes de vingt-cinq, soixante et quatre-vingt-dix ans ! Combien de femmes ont plus de vertus , plus de conscience , plus de fermeté , plus d'habileté et d'intelligence pratique des affaires , des intérêts , des libertés nécessaires , des droits et des devoirs de la famille et de la société, qu'un grand nombre d'hommes ! (i)

(1) Récemment encore, n'était-ce pas une femme , la cilèhre citoyenne Georges Sand , à qui le Gouvernement provisoire confiait la rédaction des fameux Bulletins de la république , et le soin de former la nation entière et tous les électeurs hommes, à Texercico de leur droit de souveraineté?

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Cet ensemble de tous les citoyens en qui réside la souveraineté , comment ensuite lexercera-t-il ? Par quels procédés réduira-t-il à l'acte le pouvoir suprême de faire les lois, d'en juger les transgresseurs , de les punir même par la mprt, de faire la guerre et la paix , d'administrer et de régler souverainement tant d'intérêts divers?

— Par lui-même, et dans lequel que ce soit de ces attributs de la souveraineté ? C'est impossible. Qu'est-ce donc alors qu'une souveraineté que le souverain ne peut jamais, et en quoi que ce soit, réduire à l'acte ?

— Par des délégués , des mandataires ? Quelles seront les conditions de cette délégation , l'étendue ou les limites de ces mandats ? Et qui donc, autre que le souverain lui-même, aura le droit de les poser, de les définir? et comment, par quel moyen le pourra-t-il?

Dans les choix de la souveraineté , dans la manifestation de sa volonté , l'unanimité des citoyens sera-t-elle requise ? Et alors , de quoi , de qui cette souveraineté sera-t-elle souveraine? D'elle-même? mais ce n'est plus une souveraineté , c'est l'indépendance indéfinie de chaque citoyen, de chaque volonté, de chaque caprice ; c'est la dissolution de tous les liens, la plus radicale anarchie. Et puis, de fait, cette unanimité n'est-elle pas impossible?

La majorité suffira-t-elle pour constituer la souveraineté? Quelle majorité? qui en réglera les conditions? Nous voilà rejetés dans un abime sans bords

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comme sans fond , où il est impossible à la raison qui se rend compte de trouver où poser le pied.

Ces difficultés, quoiqu'insolubles, fussent-elles résolues, cette majorité, qui aura le droit de la constater d'une manière certaine, d'établir, sans crainte d'errer, que tous les citoyens ont été inscrits, que tous ont voté avec connaissance de cause , et que la majorité a été d'un côté ou d'un autre?

Cette majorité, pût-elle être constatée, existâtelle certaine, immense, quel droit aurait-elle , par elle-même ou par la nature , de commander à la conscience et à la raison de la minorité , cette minorité ne se composât-elle que de quelques individus ? Est-ce de cette majorité , qu'individus de la minorité , nous avons reçu l'intelligence , la volonté , une âme qui pense , qui juge , et qui , par nature, par essence, a le droit de se déterminer librement ? Est-ce même de cette majorité, qu'individus de la minorité, nous avons reçu nos corps, des yeux pour voir , des oreilles pour entendre , une langue pour parler , des biens , des droits ? Peut-elle donner ou communiquer aux autres ce qu'elle-même ne possède que par emprunt, ce qu'elle n'a jamais possédé comme auteur ? Et si elle n'a aucune qualité ai auteur sur notre conscience, sur notre raison, sur notre volonté, sur notre âme , sur nos corps et sur nos biens , sur quels titres fonderait-elle donc ses droits de souveraine autorité sur toutes ces choses ?

Sur la force numérique , sans doute, de toutes

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les forces la plus brutale? (i) Alors, ne parlons plus (le société, de droits , de devoirs , de liberté , d'égalité, de fraternité, de civilisation , de progrès, mais votons , par assis ou levé et à la majorité des voix, comme dans la République-Cabet , la suppression de toute religion , et tombons à genoux devant la poudre à canon ou la vapeur ! Les vaisseaux négriers ont droit de souveraineté sur les Africains qu'ils enlèvent; les torys ou les wigs, sur rirlande qu'ils dépeuplent et qu'ils asservissent; les brigands de grands chemins, sur les passants qu'ils détroussent ou qu'ils tuent; les Druses, sur les Maronites , enfants , femmes et vieillards, qu'ils dépouillent, violent et assassinent; Robespierre et la Montagne , sur les prêtres et les Girondins , qu'ils emprisonnent et qu'ils égorgent; les corps Francs et les protestants Suisses , sur les cantons catholi-

(1) Le citoyen Proudhon Tavouait lui-même, à F Assemblée nationale , dans le discours fameux qui a tant excité de colères : « Que sommes-nous ^ avec notre mandat, je vous le demande ? un « fait, rien de plus. En fait, nous passons ponr les délégués du peu- « pie et les dépositaires de sa souveraineté : à ce titre, nous exer- « çons le pouvoir dans sa plénitude, et nos décisions ont force de « loi. Mais en droit, en principe, nous ne sommes rien, parce « que nous ne sommes constitués sur rien ; parce que ce suffrage « universel lui-même, qui nous a faits ce que nous sommes, est dé- « pourvu de principe et de base... ; parce que rien n*en établit la « légitimité et Tauthenticité ; parce qu'enfin toute notre autorité « procède delà force, et toute réunion de citoyens ayant une force « suffisante peut revendiquer vis-à-vis de nous une autorité égale... « Ce qui nous régit en ce moment , ce n'est point la loi ni le dioit , « c'est la force, ou, si vous aimez mieux, c'est la nécessité ; c'est « en d'autres termes la providence. {Moniteur ^ l^aoâ/1848.)

SECOlfDE PARTIE. IJ

qiies qu'ils oppriment; Mamiani et ses bandes de sicaires, sur Pie IX , ses ministres et ses cardinaux , qu'ils emprisonnent, qu'ils égorgent ou qu'ils proscrivent; le socialisme et le communisme, sur toutes les places et sur toutes les propriétés dont ils veulent s'emparer !

Les peuples et les majorités , par eux-mêmes ou par la nature, n'ont donc pas plus que les rois la souveraineté. C'est donc dans Dieu seul, créateur et conservateur des peuples et des individus, qu'elle réside , pleine , absolue , nécessaire , inaliénable, éternelle , infinie ; lui seul peut la communiquer ou la déléguer en partie ; de lui seul elle peut descendre et aux conditions qu'il veut. De là , la nécessité absolue de ce droit divin tant blasphémé, si indignement renié par tous les partis , et d'où découle tellement tout autre droit, que nous ne pouvons le rejeter sans rejeter l'ordre social tout entier , sans arracher à leur fondement toute liberté, toute égalité, toute fraternité, toute dignité humaine, toute justice et toute morale; sans poser en principe la force brutale , ou le joug écrasant et aveugle de l'homme sur l'homme; sans précipiter, par conséquent, la société tout entière dans les horreurs de la servitude ou de l'anarchie, et les irrémédiables abîmes d'une barbarie sans frein.

Mais si , le droit de commander avec une autorité suprême étant nécessaire à la société , si , tous les hommes étant égaux en droits par la nature , il suit évidemment et incontestablement que le pouvoir

est de droit divin , ou qu'il ne peut Tenir que de Dieu, et que ce n'est pas seulement la foi, mais la raison et la nature qui disent avec saint Paul: Non est potestas nisi a Deo; l'idée de Dieu ne nous fait-elle pas connaître également par quel canal , par quelle voie y le pouvoir descend de lui , aux hommes qui en sont dépositaires?

Dieu est la justice; il est la sagesse , il est 1 or* dre dans sa plus haute et sa plus vaste acception ; et c'est pour conserver la justice et l'o.rdre dans les sociétés qu'il leur a fait du pouvoir suprême une nécessité. C'est donc par des voies de justice et d'ordre que le pouvoir souverain sera donné aux hommes. Tout pouvoir vraiment souverain, dit l'Apôtre, vient de Dieu ; or, les puissances humaines sous lesquelles nous vivons, ajoute-t-il, sont établies de Dieu selon l'ordre : Quœ autem sunt , a Deo ordinatœ sunt. De même que c'est par les lois du monde physique que Dieu lui donne le mouvement et la fécondité , par les lois du corps humain que Dieu lui donne et lui conserve la vie, de même c'est par les lois intimes , leges intimée, par les lois fondamentales qui constituent les sociétés civiles, que Dieu communique à un , à plusieurs ou à tous , le pouvoir nécessaire aux sociétés pour vivre et se perpétuer. De là le mot légitime , pour indiquer la transmission de la propriété par héritage, selon la loi intime de la famille; de là le mot légitimité ^ pour marquer le mode de transmission du pouvoir souverain , établi par la loi constitutive des états.

SECONDE PARTIE. ig

qu'ils soient républicains ou qu'ils soient monarchiques.

Ces lois varient selon les temps et les lieux. Ici c'est l'élection , là c'est l'hérédité , plus loin c'est l'une et l'autre. Quelquefois, et ces voies se nomment extraordinaires , c'est la conquête dans une guerre juste, un traité, une alliance, fondés, non sur la force, mais sur l'équité et pour le bien des peuples. Tous ces modes ^ différents par la forme , le sont souvent plus encore par le fonds. Tantôt la loi transmet le pouvoir tout entier à une seule personne , tantôt elle le partage entre plusieurs ; ici elle le confie aux mains du peuple, qui le garde ou le délègue en tout ou en partie à ses élus ; ailleurs , elle le donne à un ou à plusieurs corps et à certaines conditions ; partout elle impose pour règle de son exercice le bien du peuple, et réserve à chaque citoyen , comme sacrés et imprescriptibles, des droits qui ne relèvent que de Dieu.

« Dans tout gouvernement, dit Fénélon , il faut a qu'il y ait une puissance souveraine'qui fasse des (K lois et qui en punisse le violement par la mort. « Cette puissance suprême dérive immédiatement « de Dieu , qui a seul le droit , comme sout^erain « être et comme suprême raison , de régler sa Créa'a ture et d^en punir le dérèglement. L'élection , la <c succession , la conquête juste , tous les autres a moyens de parvenir à la souveraineté , ne sont que a les canaux p2^r où ellecoule^ et nullement la source « d'où elle découle ; ce ne sont que des lois civiles ,

re: qu'on médite bien ces vérités, c'est la base de l'ordre, la règle des droits; c'est la clef de voûte des sociétés civiles, des républiques comme des monarchies , le grand remède au communisme. La négation de ces vérités , c'est la révolte en tout, partout et toujours; c'est la négation de tous les droits ; c'est le communisme descendant des sommités sociales, du premier des droits, à la commune, à la famille, à la chaumière, à la plus minime des propriétés , et jetant tout ordre, toute justice, tout droit, toute vertu, en proie à la plus vorace anarchie.

« Le droit de propriété et le droit de souveraia neté, sont en effet, dit Fénélon, fondés sur les a mêmes principes : si la possession injuste donne « le droit à l'un, elle le donne à Tautre. Voilà le che- «min ouvert à toute sorte de vols et de violena ces. »

Si Dieu, étant le créateur de tous les hommes, des âmes comme des corps, des sociétés comme des individus , en est le seul souverain ; étant également le seul créateur de tout ce qui existe , des terres , des rivières , de l'air, du feu, et de tout ce qu'ils produisent, il en est aussi, par là même, l'unique maître, le seul véritable propriétaire.

Si les hommes étant égaux entre eux par une identité de nature, aucun n'a par lui-même le droit de commander à un autre et de lui imposer des devoirs de conscience , aucun n'a non plus, par luimême , sur aucune partie du monde , de droits de

SECONDE PARTIE. a^

propriété, que les autres soient tenus de respecter en conscience.

Si cependant, pour éviter les déchirements de l'anarchie ou les insolences du despotisme , et conserver les sociétés et les familles, sans lesquelles rhomme, au moral comme au physique, ne peut exister , une autorité suprême , descendant de Dieu et ayant les lois de Dieu pour règle, est absolument nécessaire ; pour éviter les rixes, les violences , les brigandages de tout genre , pour maintenir également la famille et la société, le droit de propriété individuelle, emprunté à celui de Dieu et ayant les lois de Dieu pour principe et pour fin, ne semblent pas moins utiles.

Si pour maintenir Tordre , atteindre le but de toute société, la défendre contre l'ambition , la cupidité , la vengeance , la colère , la discorde, toutes les passions et tous les maux qu'elles enfantent , la souveraineté doit descendre de Dieu aux états, par des voies d'ordre, par des lois fixes , intimes, fon* damen taies, fondées sur l'équité et le bonheur des peuples , mûries par l'expérience et sanctionnées par le temps et l'assentiment des générations; pour concourir à la même fin, et amener la stabilité et la prospérité des états , le droit de propriété ne doit-il pas évidemment, et d'après l'expérience de tons les âges et de tous les pays, descendre également de Dieu par des lois de contrats, de succession , fondées sur la justice et les nécessités des individus et des familles?

Donc , renier Dieu comme source des pouvoirs sociaux et politiques; renverser, par les conspirations et les violences de la haine et de Tambition, et tous les crimes qu'entraînent les guerres civiles, la loi fondamentale par où descend le droit divin du pouvoir; l'attaquer lui-même par tous les genres d'opposition, et travailler incessamment à l'anéantir, en le faisant dépendre de là force brutale d'une émeute et d'un coup de main , c'est mettre la cognée à la racine de tous les droits et de toutes les propriétés; c'est ébranler la famille jusque dans ses fondements; c'est poser pratiquement la base du communisme, et en imprimer dans l'esprit des peuples, en caractères ineffaçables, les lamentables leçons par le plus éclatant et le plus contagieux des exemples.

II avait donc raison, le grand homme dont le tombeau vient de s'ouvrir sur le rocher de Saint* Malo, lorsqu'il écrivait, peu après i83o, ces paroles prophétiques , qu'avait ébauchées déjà , il y a plus de deux siècles, la logique perçante du cygne de Cambrai :

(c Le fait relatif à la société française est l'invaflf sion prochaine et rapide de la propriété. On s'a- « perçoit aujourd'hui que la hiérarchie des rangs « était la barrière qui défendait la hiérarchie des a fortunes. La légitimité abattue, l'aristocratie de « la propriété devient le point de mire , comme, « sous un feu de bataillon, quand la première ligne « est tombée , la seconde offre la poitrine à l'en- « nemî..., »

SECONDE PARTIE. ay

et AU train dont nous allons, les fermiers deroan* <c deront bientôt au possesseur du sol pourquoi ce ils labourent les friches , tandis que lui se proie mène les bras croisés ; pourquoi ils n'ont qu une « blouse de toile , tandis qu'il porte une redingote a de laine. La propriété industrielle n'est pas plus a à l'abri que la propriété territoriale. Faites donc (c aujourd'hui , après TafTaire de Lyon , que le fa- « bricant soit maître dans sa fabrique , que ses oua vriers ne lui demandent pas, si bon leur semble, ce d'entrer le samedi en partage des profits de la sea maine ! Faudra-t-il établir une garnison de vingta six mille hommes dans chaque ville manûfactuff rière , et mettre un soldat en faction auprès de a chaque aune de ruban ou de drap ? Mais que disa je? faites donc que vous soyez roi, ministre et le a reste , sinon pour rire et tant qu'il plaira à votre a voisin »

cr Au surplus , quand chaque citoyen cultivera a lui-même les deux ou trois arpents de terre né- « cessaire à la nourriture de sa famille; quand on tf en sera au partage égal de la propriété et de l'inff telligence ; quand toutes les jouissances du luxe « et de l'esprit, spectacles, fêtes, imaginations, poé- « sie, auront péri sous l'assommoir de la raison (phi- « losophique); quand aucune grande entreprise, a aucun grand monument ne pourra ni se former, a nis'élever, à cause du nivellement des fortunes et a de l'indigence du fisc j quand les émulations et les ^passions même (les passions nobles, s'entend),

ce seront éteintes dans la douce médiocrité du foyer <K domestiquey et la communauté des femmes et des <K maris; quand on n*aura plus que des petits, et non « des enfants, alors la société jouira d^une félicité <K incomparable. Dieu merci ! je me sauve parmi les ce morts , des mauvais jours.... »

Mais écoutons un dialogue de Féoélon , entre un 22 1 de 1 83o et un communiste.

LE fiSI.

a Les rois ne sont que les dépositaires d'une autoa rite qui réside originairement dans le peuple. Les « hommes naissent libres et indépendants. Mes an- « cétres ont cédé leur droit inhérent de se gouvercc ner eux-mêmes aux souverains , à condition que «c les magistratssuprémes gouverneraient bien.Le roi ce a violé le contrat originaire : je rentre dans mon « premier droit, je le reprends,et je veux le donner (c à un autre qui en fera meilleur usage. Le droit héa réditaire des couronnes est une chimère. Par quelle a autorité les premiers princes ont-ils pu transmeta tre à leurs enfants un droit , à l'exclusion du a genre humain , et de mille autres plus dignes de « gouverner que leurs descendants ? Mes ancêtres « ne pouvaient pas leur transférer, sans mon con- « sentement, un pouvoir qui anéantit mon droit a inhérent et naturel; et certainement, leur dessein, « en confiant ce droit aux princes, n'était pas de a rendre leur postérité misérable. »

SECONDE PARTIE. 3l

LE COMMUNISTE

« Vous avez raison ; c*est sur ces mêmes prîncî- « pes que je règle ma vie. Les riches ne sont que c( les dépositaires des possessions qui appartiennent « à tout le genre humain. Les hommes naissent tous « citoyens de l'univers , enfants d'une même face mille ; ils ont tous un droit inhérent et naturel à « tout ce dont ils ont besoin pour leur subsistance, (c Je suppose avec vous que mes ancêtres et les « vôtres ont fait, par un accord libre entre eux, le (c partage des biens de la terre; mais les miens ont rt prétendu sans doute que leur postérité serait « pourvue de tout ce qui lui serait nécessaire. Les a riches ont violé le contrat; ils se sont emparé de a tout; rien ne me reste. Je rentre dans mon droit « naturel, je le reprends, et je veux me saisir de a ce qui m'appartient par nature. Le droit hérédia taire des terres est une chimère. Par quelle autorité cr les premiers occupants ont-ils pu transmettre à a leur postérité un droit, à l'exclusion de tous les c( hommes, souvent plus dignes que leurs descen-* a dants ? Mes ancêtres ne pouvaient pas transférer « aux autres, sans mon consentement, un droit qui a anéantit mon droit inhéi'ent et naturel ; et cer-o « taineroent,leur dessein, dans la destribution ori- « ginaire des biens , n'était pas de rendre leur pos* a térité misérable. Puisque les princes et les roa- M gistrats , que vous appelez usurpateurs sur les « droits de l'humanité , m'empêchent de jouir de

clare pas inviolables toutes les propriétés , celles mêmes dites nationales ?

LE COMMUNISTE

Est-ce que la même charte ne déclare pas inviolables la personne du roi et son droit à Tautorité suprême, droit bien antérieur à la charte même, puisque c'est en vertu de ce droit que la charte a été donnée, droit auquel vous avez promis fidélité par plus de vingt serments? Puis, en proscrivant le roi ainsi que sa famille, est-ce que vous ne vous emparez pas, pour en faire jouir un autre, de tous les biens, de toutes les propriétés de la couronne, propriétés patrimoniales, la plupart, de cette famille qui, en montant sur le trône, en a fait cession à l'état? Eh quoi donc! vous prétendez avoir le droit de disposer de la couronne de France , des biens de la plus ancienne et de la plus illustre famille de France ! Vous croyez avoir le droit de livrer au peuple, c'est-à-dire, au communisme, la souveraineté elle-même , et vous ne voulez pas que le peuple souverain puisse en faire autant de vos biens pour les réunir au domaine de l'état? Se riez-vous par hasard plus que le roi , et votre famille serait-elle plus française que la sienne ? ou estimeriez-vous vos droits à vos propriétés plus anciens , plus légaux , plus légitimes que les siens? N'est-il pas juste, au contraire, rigoureusement juste, que chaque citoyen, devenant souverain , fasse, à l'exemple des Bourbons (branche ainée) montant sur le trône, cession

de tous ses biens, pour être réunis au domaine de lelat?

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