ORDRE
Ainsi, la chose était évidente, les établissements particuliers d'enseignement secondaire, ainsi que leurs maîtres, étaient à tout jamais placés , même pour renseignement et les devoirs religieux en particulier, sous l'autorité suprême et la haute surveillance du ministre de V instruction publique ^ qui devait les faire inspecter, avertir, corriger, etc. selon sou bon plaisir. Seulement, ils étaient soumis en outre ^ pour les enseignements et devoirs religieux, non à l'autorité, non à l'inspection, mais à une surveillance
SECOIf DB PARTIE. lOt
Aussi, le recteur de racadéraie de Dijon, écrivant en 1844 pour s'opposer à ce qu'un prix de dissertation religieuse fut donné au collège de Baune, disait-il : « Jje prêtre qui a fait des instructions aux « élèves deBaune les a faites SANS AUCUN DROIT, <c étant bien autorisé par son évéque, mais ne Véa tant point par M. Fillemain^ ministre de Finstrucff tion publique. »( Univers y 'ki juillet i844- )
Aussi M. Lacordaire se voyait-il, en vertu du même principe de suprématie, interdire par le proviseur de Nancy la chaire de Téglise du collège, où l'appelaient l'aumônier et l'évéque ;et un ecclésiastique de Poitiers, celle du collège de cette ville. ( Univers f Zo juillet i844' )
En vain le Saint-Siège lui-même avait-il réclamé dès les commencements en faveur des droits imprescriptibles et divins de l'épiscopat sur l'éducation religieuse; M. Portalis avait répondu à son auguste et tout-puissant maître : a Quant au genre « d'inspection que l'on réclame pour les évêques a sur l'éducation religieuse que l'on donne dans les « lycées (ou collèges) , il me paraît qu'IL SUFFIT « que les aumôniers de ces lycées ne soient point SUS- « PECTS à l'évéque. Les lycées sont sous l'inspec-
« TIOW DE l'état, QUI SAURA VEILLER A CE QUE LA RELl- « GION Y SOlTEirSEIGNjfB d'uNB MANIERE DIGNE d'eLLE
« ET D'UNE NATION ÉCLAIRÉE. Peut-être serait- « il bon que, sur cette partie de l'iicstructioit, oir « fît travailler à quelques ouvrages élémentaires, ce comme on l'a fait pour tous les autres objets de
lOa LE COMMUNISME ET SES CAUSES.
« nos connaissances (comme on vient de le faire a dans mes bureaux pour le catéchisme et le rituel). « La morale et la religion , qui influent tant sur (c la conduite et sur les actions des hommes, ne peua vent sans danger être abandonnées à tout vent de a doctrines. » (Et voilà pourquoi il faut que Vétat^ — c'est-à-dire, mes bureaux, — les règle et les fixe avec son épéed'Austerlitz ou toute autre.) «Si Votre « Majesté ^grB41t ce point de vue ^j'aurais thona neur de Lur présenter vn plan plus développé. » {Discours^ rapports et travaux inédits par J. E. M. Portalis^ publiés par son petit-fils , pag. agS. )
Et la grande épée trouva la réponse excellente: elle avait déjà fait l'essai du souverain pontificat au Caire et à Milan, aux jours de la république transalpine.
Ainsi furent enlevés , usurpés , volés par l'état, les droits les plus sacrés , les plus divins de la religion, les propriétés les plus saintes , les plus imprescriptibles de la foi et de la conscience; et la suprématie communiste en matière d'instruction religieuse, de discipline et de devoirs religieux, s'étendit sur toutes les écoles secondaires , comme sur les écoles primaires de tous les degrés. Le clergé n'intervient et ne peut intervenir qu'en s'y soumettant luimême ; elle domine jusqu'aux aumôniers, et ne trouvant aucun obstacle, elle a déjà même mis une de ses mains, en attendant d'y pouvoir placer l'autre, sur les petits séminaires.
SECOIf DB PARTIE. lOt
Aussi, le recteur de racadéraie de Dijon, écrivant en 1844 pour s'opposer à ce qu'un prix de dissertation religieuse fût donné au collège de Baune, disait-il : a Jje prêtre qui a fait des instructions aux « élèves deBaune les a faites SANS AUCUN DROIT, ce étant bien autorisé par son évêque, mais ne rein tant point par JU. Fillemainj ministre de VinstruC' « tion publique. »( Univers, 'x^ juillet i844« )
Aussi M. Lacordaire se voyait-il, en vertu du même principe de suprématie, interdire par le proviseur de Nancy la chaire de l'église du collège, où l'appelaient l'aumônier et l'évéque ; et un ecclésiastique de Poitiers, celle du collège de cette ville. ( Univers f Zo juillet i844' )
En vain le Saint-Siège lui-même avait-il réclamé dès les commencements en faveur des droits imprescriptibles et divins de l'épiscopat sur l'éducation religieuse; M. Portalis avait répondu à son auguste et tout-puissant maître : a Quant au genre « d'inspection que l'on réclame pour les évêques « sur l'éducation religieuse que l'on donne dans les « lycées (ou collèges) , il me paraît qd'IL SUFFIT « que les aumôniers de ces lycées ne soient pointSUS- « PECTS à l'évéque. Les lycées sont sous l'inspec-
« TlOir DE l'état, qui saura veiller a ce que la RELlct G ION Y SOITENSEIGNJJB d'uNB MANIÈRE DIGNE d'eLLE
« ET D'UNE NATION ÉCLAIRÉE. Peut-être serait- « il bon que, sur cetfe partie de l'instruction, on c fît travailler à quelques ouvrages élémentaires, « COMME ON l'a fait pour tous les autres objets de
]o4 LE COMMUxyiSME ET SKS CAUSES.
« IV. Le nombre de ces élèves est limîlé pour % toute la France (ao,ooo) ; il est conséquemment I limité pour chaque diocèse, » et au gré de l'état, t'est-à-dire , du ministre et de ses bureaux.
« y. Les jeunes gens élevés dans ces écoles peu- % vent se présenter k l'examen de l'université pour « obtenir le grade de bachelières lettres ^ et ce grade a leur est conféré gratuitement ; mais leur diplôme a est un diplôme spécial «(c'est-à-dire, nul): ils n'en peuvent faire usage que pour parvenir aux grades de théologie. Quelle égalité devant ce qu'on appelle la loi!
a YL Les écoles secondaires ecclésiastiques, assied mllées à cet égard aux collèges, sont susceptibles a de recevoir des legs et des donations...; mais cette « faculté de recevoir et de posséder n'existe qde sous
a LE BON PLAISIR DU GOUVERNEMENT. sQuellc liberté !
a Et pour terminer ce résumé d'une législation a si peu satisfaisante, ou plutôt si désagréable au a clergé, le dernier article de l'ordonnance de i8a8 a place les écoles ecclésiastiques sous la menace « perpétuelle d'une suppression totale ^ ou si l'on « veut, d'une soumission porcine au régime univera sitaire. » {De F instruction secondaire^ etc. pag. 1 56.)
Ce dernier article est en effet ainsi conçu : « Les 'c écoles secondaires ecclésiastiques dans lesquelles « Us dispositions de la présente ordonnance et de « notre ordonnance en date de ce jour, ne seraient « pas exécutées,» (même celles concernant le costume , ou celle qui prescrit à tous les professeurs ,
SECONDE PARTIE. lOJ
et dont ne parle pas M. le trésorier Rendu, de déc< clarer quils n'ont pas fait dans le for de leur conscience des vœux religieux), cesseront d'être considérées comme telles et « rentreront sous le « régime de F université ^ » c'est-à-dire, seront confisquées à son profit, comme déjà l'avaient ordonné, et sans condition, les décrets impériaux de 181 1. C'était donc avec une intention bien réfléchie que M. Salvandy, dans un discours prononcé en 1 84 1 précisément à l'occasion des petits séminaires et rapporté par M. Rendu , affirmait que de tous les
POUVOIRS, LE plus TEMPOREL ETAIT CELUI DE l'eNSEI- GNEMENT, ET QUE CET ENSEIGITEMENT NE SERAIT RELI- GIEUX qu'autant que L'iPISCOPAT NE s'eN EMPARE- RAIT PAS. ( De rinstrucL second. pag.iàZiÀ.ikSS.)
Que dire ensuite de l'obligation , pour parvenir au diplôme de bachelier , et par lui aux grades théologiques, de rapprocher l'enseignement des petits séminaires de celui des collèges, même pour les livres : Siècle de Louis XI V , Provinciales de Pascal , première idylle de Théocrite^ livres impies^ hérétiques ou infâmes; même pour les méthodes philosophiques : cours de philosophie en français, logique à la fin du cours, comme cela se pratique dans plusieurs petits séminaires?
La suprématie de l'état pèse donc en un sens plus lourdement encore sur les petits séminaires que sur les collèges; elle ne s'arrête point là : elle monte , pour les dominer, jusqu'à l'enseignement supérieur , jusqu'aux facultés de théologie, et par elles aux grands séminaires. 5^
loS LE COMMUNISME ET SES CAUSES.
« révocable par nous.,.. » On voit que le pouvoir de l'état sur le graud-maître et sur tout le corps enseignant, est mille fols plus absolu que celui du Pape sur l'Église , avec la mission et l'institution divines de moins. — « Art 5a, Il instituera les su- « jets qui auront obtenu les chaires des facultés « (de théologie , par conséquent), d'après des con- « cours dont le mode sera déterminé par le conseil « de Funii^ersité. — Art. 57. Il a le droit d'infliger c /e^arref^, la réprimande, /a ceii^£/rtf, la\mutation et c la suspension des fonctions , aux membres de Tu- « niversité qui auront manqué assez gravement à c leur devoir pour encourir ces peines. » Ainsi le grand-maUrek son tour est mille fois plus puissant, plus absolu, dans l'université , qu'un évéque dans son diocèse: arrêts, censure, mixtalion, suspension^ toutes les peines canoniques devenues civiles entre ses mains, sont infligées aux membres de Tuniversitr, quand il veut, comme il veut, selon son bon plnisir, sans aucun tribunal et sans aucune ombre d'officialité légale. Et puis ces gens-là crient contre le despotisme des évéques ! — « Art. Sq. Les grades, « les titres, les fonctions , les chaires , et en général « tous les emplois de l'université, seront conférés <( aux membres de ce corps par des diplômes donnes « par le grand-mâitre et portant le sceau de l'uni-
« VERSITÉ. »
Il est donc évident , par ces seuls articles, auxquels nous pourrions en ajouter un grand nombre d'autres, que tout l'enseignement supérieur, sous
SECONDE PARTIE. lOC)
&e rapport moral comme sous le rapport religieux , dépend tout aussi étroitement , tout aussi absolument de l'université et de l'état que l'enseignement secondaire et primaire , et que c'est le grand-man tre, ministre de l'instruction publique^ qui donne là , comme ailleurs , au nom de l'état , t/ihstitutioit ou la juridiction et la mission d'enseigner^ même la THiloLOGiE , même l'écriture sainte, le dogme et la MORALE. Il est évident que les professeurs , même de théologie , aussi bien que tous les prêtres ou laïques qui consentent à faire partie de l'université, contractent des obligations ^ des liens d'obéissance plus étroits^ plus multipliés, plus légalement obligatoires envers l'état, que ceux qui les lient à leurs évêques et au Pape.
Cette spoliation des droits les plus sacrés de la religion et des consciences était même, aux yeux de l'état-Louis-Philippe, un fait tellement accompli que, dès 1 838, M. Salvandy, dans un célèbre rapport, ne craignait pas de s'exprimer ainsi : V enseignement théologique est lé plus noble fleuron de la couronne universitaire. Vuniversité manquerait trop évidemment à sa MISSION , si elle laissait échapper de ses mains le droit de professer la plus haute des sciences^ et de conférer les grades qui constatent le savoir au sein du sacerdoce.
En 1 839 , le ministre des cultes Teste , plus hardî encore , non-seulement constatait le même fait^ mais l'érigeant en droit à la face des députés et de laFrance entière, il en proclamait hautement le but:
la séparation de Tépiscopat et la destruction de la religion catholique elle-même, et J'ai dit , ce sont ses « paroles extraites du Moniteur du 1 4 juillet iSSg, « que la création des facultés était le résultat ^'i/ne « idée ÉMmBMBiENT POLrriQUE.... Il s'agit de laisser « au gouvernement le droit qui 2fE saurait lui « ÊTRE CONTESTÉ, DR FAIRE ENSEIGNER , ^/«/i5 un a certain nombre d'écoles, ia THÉOLOGIE. Il n'y a « rien à perdre à cela et TOUT k GAGNER... Les c cours des facultés de théologie sont peu fréquen- « tés, pourquoi ? parce que les professeurs étant « nommés par la puissance temporelle , par le « ministre de l'instruction publique , bien que ce a soit le plus soutient sur la présentation des évé- Qc ques, les évéques ne prennent pas une très-grande a confiance dans les DOCTRINES PROFESSÉES « DANS CES COURS , ET CE N'EST PEUT-ÊTRE a PAS UNE RAISON POUR QUE LA CHAMBRE
a S'EN MEFIE Laissez donc au gouvernement le
« droit d'avoir des facultés de théologie Ne re-
ff noncez pas, par une idée étroite d'économie, à ce a qui est peu important aujourd'hui , mais A CE «QUI PEUT LE DEVENIR BEAUCOUP DANS « L'AVENIR. «
L'esprit de la suprématie d'état sur tout l'enseignement, mé:ne religieux, c'est-à-dire, la décathoUcisation de la France,prouvé d'ailleurs par tous les passages rapportés dans notre première partie, n'est donc pas plus douteux que cette suprématie elle-même.
Et cependant, cette suprématie et son esprit ne
SFCOlfDE PARTIE. f | f
se bornent pas aux facultés de théologie , ils tendent encore, quoiqu'avec précaution, à dominer les grands séminaires eux-mêmes. « Les évéques, a ditTarticle a3 des Organiques, seront chargés de a l'organisation de leurs séminaires , et les règleff ments de cette organisation seront souiiis a l'apa pROBATioir du premier consul ( gouvernement ou « état.) Et les articles suivants : — a4.Ceux qui sect ront choisis pour l'enseignement dans les sémi- « naires, souscriront la déclaration faite par le clergé a de France en i68a , et publiée par un édît de la (c même année. (Voyez plus haut, pag. 55.) Ils se « soumettront à enseigner la doctrine qui y est cona tenue, et les évêques adresseront une expédition « ^n forme de cette soumission au conseiller d'état et chargé de toutes les affaires concernant les cul- « tes. — a5. Les évêques enverront, toutes les années, « à ce conseiller d'état, le nom des personnes qui « étudieront dans les séminaires et qui se destine- « ront à l'état ecclésiastique. — a6. Les évêques ne a feront aucune ordination aidant que le nombre des a personnes à ordonner ait été soumis au gouver- <c nement et par lui agréé.»
Or, M. Martin (du Nord), sans avoir été démenti par aucun évêque ou grand vicaire , a affirmé en pleine chambre des pairs, en répondant à M. de Montalembert , que ces articles s'exécutaient, et qu'il était bien entendu qu'ils faisaient partie , aussi bien que les autres lois, de la matière du serment prêté par les évêques au chef du gouvernement.
Ainsi , organisation , personnel , enseignement.
la séparation de Tépiscopat et la destruction de la religion catholique elle-même. «J'ai dit , ce sont ses « paroles extraites du Moniteur du i4 juillet iSSg, « que la création des facultés était le résultat ^'i/ne « idée lÊMmBMBiENT POLrriQUE.... Il s'agit de laisser « au gouvernement le naorr qui 2fE saurait lui « ÊTRE CONTESTÉ, DE FAIRE ENSEIGNER , ^/«/i5 un a certain nombre d*écoies,la THÉOLOGIE. Il n'y a « rien à perdre à cela et TOUT k GAGNER... Les « cours des facultés de théologie sont peu fréquen- « tés, pourquoi ? parce que les professeurs étant « nommés par la puissance temporelle , par le a ministre de l'instruction publique , bien que ce a soit le plus soutient sur la présentation des évé- « ques, les évéques ne prennent pas une très-grande a confiance dans les DOCTRINES PROFESSÉES « DANS CES COURS , ET CE N'EST PEUT-ÊTRE a PAS UNE RAISON POUR QUE LA CHAMBRE
a S'EN MEFIE Laissez donc au gouvernement le
« droit d'avoir des facultés de théologie Ne re-
ff noncez pas, par une idée étroite d'économie, à ce a qui est peu important aujourd'hui , mais A CE «QUI PEUT LE DEVENIR BEAUCOUP DANS « L'AVENIR. «
L'espritde la suprématie d'état sur tout l'enseignement, méine religieux, c'est-à-dire, la décathoUcisation de la France, prou vé d'ailleurs par tous les passages rapportés dans notre première partie, n'est donc pas plus douteux que cette suprématie elle-même.
Et cependant, cette suprématie et son esprit ne
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se bornent pas aux facultés de théologie , ils tendent encore, quoiqu'avec précaution, à dominer les grands séminaires eux-mêmes. « Les évéques, a ditTarticle a3 des Organiques, seront chargés de a Torganisation de leurs séminaires , et les règlent ments de cette organisation seront souiiis a l'apa PROBATioir du premier consul ( gouvernement ou « état. ) Et les articles suivants : — a4*Ceux qui se- « ront choisis pour l'enseignement dans les sérai- « naires, souscriront la déclaration faite par le clergé a de France en i68a , et publiée par un édît de la (c même année. (Voyez plus haut, pag. 55.) Ils se « soumettront à enseigner la doctrine qui y est cona tenue ^ et les évéques adresseront une expédition « en forme de cette soumission au conseiller d'état tf chargé de toutes les affaires concernant les cul- <x tes. — a5. Les évéques enverront, toutes les années, « à ce conseiller d'état, le nom des personnes qui « étudieront dans les séminaires et qui se destine- <c ront à l'état ecclésiastique. — a6. Les évéques ne <i feront aucune ordination avant que le nombre des a personnes à ordonner ait été soumis au gouver- « nement et par lui agréé.»
Or, M. Martin (du Nord), sans avoir été démenti par aucun évéque ou grand vicaire , a affirmé en pleine chambre des pairs, en répondant à M. de Montalembert , que ces articles s'exécutaient , et qu'il était bien entendu qu'ils faisaient partie , aussi bien que les autres lois, de la matière du serment prêté par les évéques au chef du gouvernement.
Ainsi , organisation , personnel , enseignement,
lia LE COMMUNISME ET SES CAUSES.
ordination dans les grands séminaires, tout tombe sous la suprématie d'état. Et cette suprématie n'est point encore satisfaite : on vient de lui voter» sur tous les établissements d'éducation et d enseignement, un droit épiscopal de surveillance sans limites.
Mais une ordonnance du aS décembre i83o, contresignée Mérilhou^ ministre de l'instruction et des cultes, a déjà porté les choses plus loin encore: elle a déclaré incapable , à un temps donné , de devenir évéque, vicaire général, chanoine, curé de première classe, tout prêtre qui n'aurait pas reçu de l'université laïque, ou de l'état, après un examen sur la théologie, un diplôme de bachelier, de licencié ou de docteur. Or, voici comment, d'après le code universitaire, l'état a réglé les conditions de ces grades : M. le ministre Salvandy a pris soin de les faire placer, dans l'almanach universitaire, avant le catalogue des professeurs de la faculté de théologie de l'académie de Paris.
« Pour obtenir le grade de bachelier en théoloff gie, il faut , i^ être âgé de vingt ans au moins ; « 1^ être bachelier es lettres (avoir lu et étudié , par a conséquent, les livres immoraux et impies qui ence trent dans les matières de l'examen nécessaire k et ce grade); 3^ justifier qu'on a fait un cours de ce trois ans dans une faculté de théologie (de l'uni- « versité laïque, ou d'état) , ou dans un séminaire « situé HORS des chefs-Ueux des facultés de théolo- « %i^l 4^ subir, devant la faculté de théologie dans « le ressort de laquelle on est domicilié, un examen « sur la théologie naturelle et suriki traités de la
SEC02VDK PARTIE 1 î3
a religion et de t Église; 5® soutenir sur les mêmes « iDatières une thèse en latin. »
« Pour parvenir au grade de licencié en tbéolo- « gie , le candidat doit , i^ produire ses lettres de <( bachelier obtenues depuis un an au moins; a« subir, ce devant la faculté de théologie de son domicile « et dans des séances séparées , deux examens surit la théologie morale-^ sor l'histoire sainte, et sur « r histoire et la discipline ecclésiastiques; 3*^ soute- « nir , sur la théologie morale , deux thèses , dont « Tune en latin, (pas de dogme). »
t Pour obtenir le grade de docteur, il faut , i® <r produire le diplôme de licencié ; 11^ subir un exac men sur toutes les matières de l'enseignement « thfologique ; 3^ soutenir une thèse générale en c latin ou en français y qui comprendra essentiel- « lement toute la théologie dogmatique, l'histoire c et ladiscipline ecclésiastiques, et l'Écriture sainte.»
a Les examens et les thèses sont publics; ils du- « rent, pour chaque candidat, savoir : l'examen trois « heures, et la thèse six. Les professeurs assistent « en robe (universitaire-laïque) auxdits actes , au « nombre de trois au moins pour le baccalauréat , « de quatre au moins pour les deux grades supé- « rieurs. »
< Le sujet de chaque thèse est indiqué par le c doyen de la faculté ; le programme en est imprimé « et rendu public, après avoir recule visa du doyen « et le permis du recteur de l'académie. » (Ce der* nier assiste , du reste, d'après l'art. 98 du code universitaire, eB:^alité de président sans doute,
Il4 LB GOMBIUNISME ET SES CAUSES.
quoique presque toujours laïque , aux examens et réceptions des PACULXiis.) • A compter de 184 5, f le droit ecclésiastique fera partie des matières f d'examen pour la licence et pour le doctorat t {Jbnanach de F université , 1 846. pag. a3.)
Quant au diplôme de ces grades, voici comment un décret impérial du 17 février 1809 en a réglé la forme , après en avoir fixé le prix :
UNIVERSITÉ IMPÉRIALE (puis de France y maintenant /ia^/o/ia/18.)
AU NOM de Napoléon , empereur des Français » etc. (puis de Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe 1**^, etc.;
« Nous, Louis de Fontanes (puis Guizot, proc testant, Pelet, protestant. Cousin, panthéiste, ou « Carnot, ex-saint-simonien), grand-maître de l'uni- « versité , etc. •
I Vu le certificat d'aptitude au grade de.... acc cordé le.... par le doyen et les professeurs de la c faculté de théologie , académie dé.... au sieur.... I né à.... département de.... •
t Vu V approbation donnée à ce ^certificat par.... c RECTEUR de ladite académie, ratifiant le susdit t certificat;»
« DONNONS par ces présentes au sieur.... le di- « plôme de..., pour en jouir avec les droits et prét rogatives qui y sont attachés par les lois, décrets « et règlements , tant dans l'ordre civil (science c sacerdotale, aptitude au canonicat, aux cures de « première classe, au grand vicariat, à Fépiscopat)^ € que dans l'ordre des fonctions de l'université
« (pouvoir d'enseiguer , entre autre choses ♦ TÉcri- « ture sainte et Ta théologie). •
t Donné au chef-lieu et sous le sceau de l'uni- < versité, à Paris le.... Le grand-maitre.... pour Son « Excellence le grand-maître^ le secrétaire général. ... c le chancelier.... »
< Délivré parnous, recteur de Tacadémie.... » Ainsi, l'évidence éclate encore ici : c'est l'état qui enseigne la théologie, l'Ecriture sainte, le dogme et la morale; c'est l'état qui fait les bacheliers, les licenciés et les docteurs en théologie ; c'est l'état qui constate , par des examens théologiques , le savoir au sein du sacerdoce, et déclare le prêtre théologiquement apte ou non à enseigner la religion , et à devenir curé, chanoine, vicaire général ou évéque. Y avait-il donc, entre la suprématie de l'état- Louis-Philippe et celle de l'état Henri VIII , entre les faculté» de théologie de France et les séminaires ou les collèges philosophiques de Belgique, condamnés par les évéques et les souverains pontifes , tme si grande distance? Et pourtant, dans notre catholique France , le mal est allé plus loin encore.
7® Suprématie de l'état 9ur lez livres d' enseignement ^ mime religieux.
Entre les droits de l'Eglise les plus sacrés, les plus imprescriptibles , descendant le plus clairement , le plus directement de la grande parole: Toute puissance m* a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc , enseignez toutes les nations^ etc. tous les siècles
chrétiens avaient toujours compris Tapprobation ou la censure par les évéques, ou le pape, des livres, et surtout des livres d'instruction morale et religieuse. Établie par le Fils de Dieu unique institutrice religieuse des peuples, gardienne infaillible des croyances et des moeurs, l'Église devait veiller d'une manière spéciale sur celles de l'enfance et de la jeunesse, et empêcher, par ses approbations ou ses condamnations, que l'hérésie ou l'impiété, la superstition , l'ignorance ou l'immoralité, vinssent étouffer, par des livres pervers , les premières semences de foi et de vertu déposées dans les coeurs par la grâce du baptême et l'éducation domestique. Ce droit suprême de l'Église était, non-seulement écrit en termes exprès dans l'Évangile , et attesté par une possession et une tradition de dix-huit siècles, il était encore la conséquence directe de la divinité de la religion elle-même. Pour le contester, il fallait, ou nier les droits de Dieu sur l'intelligence humaine, ou nier qu'il eût révélé une religion et donné à l'Eglise la mission de l'enseigner à tous les hommes jusqu'à la consommation des siècles , avec une infaillible et suprême autorité, c'est-à-dire , se jeter dans des abîmes qui se touchent et se confondent : le déisme ou l'athéisme. Il n'y avait donc , dans ce droit de l'Église, rien dont la raison ne comprit la légitimité, la nécessité même, rien qui ne relevât la dignité humaine. Les gouvernements , aussi bien que les peuples, y trouvaient, pour leurs droits comme pour leurs libertés, la plus $ûre garantie, la plus indéfectible défense; car ces
SECOIfCE PARTIE. 1 I 7
droits faisaient partie de la foi et de la morale dont TÉglise avait reçu le dépôt. Aussi, tous les gouvernements, tous les grands hommes enfantés par les sociétés catholiques, avaient-ils reconnu sans peine cette suprématie ; sans peine, avec bonheur même s'y étaient-ils soumis; et une puissante et salutaire unité fondée sur le droit et le devoir , où l'ordre s'unissait à la liberté, en avait été partout Theureuse conséquence.
Que fallait-il pour reconstituer cette unité et replacer les sociétés sur leur base, au milieu des révolutions modernes, et avec des constitutions qui rejetaient la religion catholique comme la religion d'état? Que fallait-il? la liberté, une liberté sincère, comme la charte l'avait providentiellement stipdiée. Elle seule suffisait pour donner aux catholiques et à tous ceux qui voudraient le devenir, la faculté d'accomplir envers l'Église les devoirs que leur impose la foi , et à l'Église elle-même, la faculté d'accomplir la mission qu'elle a rerne de Dieu. Or, c'est précisément là ce que le despotisme, ce que l'impiété , ce que l'anarchie , ce que les hommes qui en avaient besoin pour satisfaire leur ambition ou leur cupidité, ne voulaient pas; ce (ju'il fallait empêcher coûte que coûte. Et par un renversement incompréhensible d'idées , ce droit (le l'Église, ce droit d'enseignement et de censure si divin, si constamment exercé pour l'unique sauvegarde des croyances et des libertés de tous, contre lequel l'orgueil, au nom de toutes les passions,
Il8 LE COMMUNISBIE ET SES CAUSES.
avait tant réclamé, l'état, le gouvernement civil ou matériel , en dépit de toutes les constitutions , de tous les droits de l'homme et du citoyen, en dépit de la liberté, de la dignité humaine et du bon sens, s'en est emparé. Quarante ans il l'a exercé aux applaudissements des tartufes de liberté, sur tout l'enseignement de la France, interdisant en sciences, en littérature, en histoire, etc. les livres les plus catholiques, les plus imprégnés de l'esprit de la vraie liberté; approuvant en grand nombre ceux qui attaquaient ou tendaient à détruire la foi, les bonnes mœurs, l'autorité de l'Église, et avec elles toutes les libertés; étendant cette suprématie de jugement et de censure, et dans le même esprit, sur les livres mêmes de religion et de morale.
Les preuves de cette usurpation inouïe , de cet immense exemple de dégradant communisme , se trouvent déjà multipliées, incontestables, dans tous les livres cités dans notre première partie, dans tout ce que nous venons de dire dans ce chapitre et dans le précédent.
£t pourtant , les plus fortes n'ont point encore été données. Lisons encore. « Le conseil de « l'université , » dit l'art. 80 du décret constitutif de l'enseignement d'état , toujours subsistant et toujours exécuté , « ADMETTRA ou REJET- « TERA les ouvrages QUI AURONT ÉTÉ OU a DEVRONT ÊTRE MIS ENTRE LES MAINS DES « ÉLÈVES , ou PLACÉS dans les bibliothèques a des lycées et des collèges. IL EXAMINERA LES
SECONDE PARTIE. J IÇ)
« OUVRAGES NOUVEAUX qui seront PROPOSÉS a pour renseignement des mêmes écoles. IL NE « SERA RIEN IMPRIMÉ, ajoute l'art. i4, ET PUa BLIÉ pour annoncer 12s études , la discipline , les a conditions des pensions^ m sur les exercices des a ÉLÈVES dans LES ECOLES , sans quc les divers proS' « pecius et programmes aient été soumis aux rec- « teurs et au conseil des académies^ et sans avoir tf obtenu l'approbation. »
Il est impossible de s'emparer plus ouvertement et plus généralement du droit de censure et d'approbation de tous les livres, de tous les écrits, programmes, prospectus à mettre entre les mains des élèves ou du public au nom des maisons d'éducation et de leurs professeurs; de tous, sans aucune distinction de religieux ou de profanes , de littéraires ou de politiques, et d'étendre d une manière plus absolue le droit de suprématie en ces matières sur tous les collèges, sur tout l'enseignement supérieur et inférieur, et sur toutes les bibliotbèques qui s'y rattachent. (1)
(1) Le projet de loi-Salvandy étendait ce despotisme jusqu'aux maîtres particuliers : « Quant aux maîtres parliculiers , dit Tart. 16,
• ils ne peuvent Jaire usage que des liviies bevétus de l'au-
• TOmSATION DU MINISTRE DE l'INSTRUCTION PUBLIQUE , OU ,
■ en fait (T enseignement religieux .^ soit de F approbation de Pé-
■ l'éqtie diocésain^ soit de celle des différents consistoires, sui- « vunt la religion des élèves. » Et pour démontrer mieux que cette espèce de liberté n'était qu'un leurre, Tart. 34 définissait que le grand conseil de Tinstruction publique jugerait en dernier ressort, sous l'xvtoeitè du ministre, de l'apfi;obatioki des litbes, sans aucune distinction.
laO LE COMMUNISME ET SES CAUSES.
Or, cette usurpation incompréhensible, en pn'sencQ de constitutions qui garantissaient d'une manière si expresse la liberté des cultes, de la presse et des consciences, et proscrivaient d'une manière si absolue la censure gouvernementale ; cette usurpation, inexplicable sans la haine de l'Église et l'existence d'un complot impie et scbismatique contre la religion, a été étendue, non-seulement par l'université ou l'état, mais pratiquement^ par les comités d'arrondissement, à toutes les écoles primaires de garçons et de fiHes, d'hommes et de femmes adultes, et, le croira-t-on , aux salles d'asile mêmes!
Dès Tannée i83i , une décision du roi Philippe, contresignée Montalivet , ordonnait la formation d'une commission chargée de faire le choix des livres pour l'instruction primaire de toutes les branches : morale y histoire, etc. et on lui recommandait les livres étrangers^ et particulièrement ceux de Hollande , iV Angleterre et d'Ecosse. {Almanach de rUniversitéf i83a. pag. 436, 439 et l\[\\.)
Un statut de 1834» signé : Cousin, yillemain,et Guizot, ministre de l'instruction publique, fut ain*>i conçu : a Art. l\. Dans toutes les divisions, Tinstruc^ tf tion morale et religieuse tiendra le premier raiijr. a — Art. 9. Les livres dont l'usage aura été autoce RisÉ pour les écoles primaires, seront seuls adff mis dans ces écoles. — Art. 33. Les dispositions « qui précèdent seront communes aux écoles de « garçons et aux écoles de filles. >» [Ibid. i835. png. 487, 489 et 493.)
SECOrrDE PARTIE. lit
En 1835, AL Guizot^ assisté de MM. Cousin et Villeroain, arrêta, par un autre statut et après trois délibérations à huit ou quinze jours de distance , le catalogue des livres qui doivent composer les bibliothèques des écoles normales primaires, écoles destinées à donner des maîtres à toutes les autres. Or, on y trouve en première ligne : instruction MORALE ET RELIGIEUSE ; La Bible , traduction de Sacy; le Nouveau Testament^ id. (tous deux à Tindez , et probablement de Timprimerie des sociétés protestantes); Abrégé de thistoire de V Ancien Testament^ auec expUcation^par Mesenguy (opiniâtre janséniste); i o vol. ïn-ii^Hymnes du premier dge^ ou cantiques en prose imités de V anglais. — ^Langue fr an* çAiSE : Esprit de Nicole (par Cerveau, fougueux janséniste encore , qui se fit interdire à cause de son opposition à la bulle Vnigenitus); Histoire de Charles XII. — PÉDAGOGIE : cinq ou six ouvrages protestants, et entre autres, ceux de l'inspecteur général Matter. Puis en général , tous ceux approuvés pour les écoles primaires : Le livre ^instruction morale et religieuse de M. Cousin, et les autres que nous avons cités dans notre première partie. {Voj. pag. III, iSg, 169, etc.)
£t le ag août i84o, le rapport sur l'enseignement primaire fa\X au grand comité central et modèle de la ville de Paris etde son arrondissement, approuvé par lui et imprimé par ses ordres , s'exprimait ainsi: (i)
(1) Cette commission se composait dlnspecteurs et dlnspeetri* ces. de dîrectevca et d'insttîfntpnrt Uiîjqaes d'écoles et de pension.
a Messieurs, c'est pour la sixième fois que la a commission à laquelle vous avez confié le soin a de préparer le choix que vous faites annuelle- (( ment DES livres destinés aux écoles communales (c de Paris j a Thonneur de vous soumettre son rap- « port. »
a La voie dans laquelle elle marche depuis six a ANS (aussitôt après la loi sur les écoles primaires a de garçons, i833), sous les auspices du comité « central^ difficile dans l'origine , » (elle est contraire , non-seulement aux droits les plus sacrés de l'Église catholique et destructive de la religion , mais encore à tous les droits de l'homme et du citoyen , à la liberté de la conscience et des cultes , à la liberté de la presse, à la loi même de i833)« « est aujourd'hui bien aplanie.LE DROIT EXISTE; « (il n'existait donc pas.) Les précédents sont fixés; « LE SUCCÈS LEUR A SERVI DE SANCTION, i» Toujours le grand principe de renseignement d'état: le succès justifie tout; tous les droits sont dans la réussite, (i)
a Elle est restée fidèle à cette règle de ses trait vaux, de n'adopter pour l'enseignement proprea ment dit que des ouvrages revêtus de l'approba-
nats , de membres des comités locaux , et avait pour président ud député de la Meurthe, M. Boulay. Tels étaient les régulateurs de la foi et de la morale choisis par Tétat-Louis-Philippe pour rempla* cer les évéques et le clergé.
(1) Il parait, par ces mots, que la commission s'aUendait, dans la constitution de cet étrange droit, à de nombreuses résistances; son rapporteur ne dit pas de qui.
SECONDE PABTIE. 1^3
ce TioN UNIVERSITAIRE, excepté dans des cas très-rao res, en quelque sorte de force majeure, et qui « ont toujours été admis ; mais même dans ces cas, o l'adoption n'a été proposée et prononcée que pro- « visoirement , et le principe a été sauvé : » la suprématie universitaire ou d'état!
a Toutefois, il ne serait pas impossible que, cona tre sa volonté, des erreurs sous ce rapport lui a fussent échappées. L'université n'a pas une publi- « cité bien ordonnée pour les approbations qu'elle K décerne; elles sont , pour ainsi dire, a la merci a DES PARTIES INTÉRESSÉES , les uues à Ics mettre en a lumière , les autres à les faire disparaître. Elles « sont éparses dans divers journaux d'instruction « publique ; la recherche en est longue , laborieuse^ tf sujette à erreur. Il conviendrait que le ministère <c de l'instruction publique dressât, chaque année, « la liste officielle des ouvrages approuvés, et l'en- « voyât à tous les comités d'arrondissement. Il « serait même à propos que, dans l'intervalle, il leur « fît connaître les approbations partiellement ac- « cordées. C'est un vœu que nous avons déjà eu « plusieurs fois l'occasion d'émettre. » Et il ne devait pas sitôt être exaucé, parce que l'université et l'état-Louis-Philippe n'étaient pas encore maîtres de leur œuvre pour la livrer à une aussi grande et aussi facile publicité, et qu'ils voulaient pouvoir au besoin renier certains livres et certains auteurs, quoique les ayant approuvés.
a Quant aux ouvrages de nature à être donnés
124 I^ COBfUUNISME ET SES CAUSES.
« en lecture courante et en prix , ils doivent être « trop nombreux^ trop variés^ trop appropriés à une ^ foule de circonstances diverses ^ pour que la liste et des ouvrages universitaires puisse y suffire. Il est a bien d'ailleurs que, pour le choix de ces livres^ les tf comités d'arrondissement aient une certaine li- <r berté. Leur composition (par l'état), et la haute a responsabilité morale qui pèse sur eux , sont des a garanties qu'ils n'en abusent pas. » Ils sont donc moralement responsables des journées de juin, des nominations de Barbes, Proudhon , Raspail, etc., et notre première partie est hors de toute atteinte, (i) « Votre commission ne perd jamais de vue cette a pensée, qu'elle a été instituée dans un esprit de « progrès lent et réfléchi. V immobilité ne tarderait <c pas à laisser les écoles publiques de Paris en aro rière des écoles du reste de la France , mais des «c MOUVEMENTS TROP PROMPTS y jetteraient la pertura bation. Cette réforme prudente et continue à lace quelle elles sont soumises, leur a imprimé une
a MARCHE SAGEMENT PROGRESSIVE (commC le prOU-
a vent les événements), qui nous semble de nature « à satisfaire les amis éclairés du bien. » {Rapport sommaire et général sur les travaux de la commission des livres et méthodes^ pag. 3, 4 et 5. année
(1) Il est remarquable qae les villes où le communisme compte le plus de partisans, sont aussi celles où l'enseignement â*état, par lui-même on par quelqu^uns de set professeurs, a exercé le phtt d'influence: Paris, L700, Toulouse, Rouen, Umoges, etc.
SECOXfDE PARTIE. Id5
A la suite de cette usurpation et de celte érection en droit, entre les mains de l'état et de ses agents, du communisme de l'éducation, du communisme (les consciences , des croyances , de la morale et des opinions, de tout l'enseignement primaire des entants et des adultes , par la censure et l'approbation officielle des livres religieux et autres de toutes les écoles de Paris et de son arrondissement, viennent, dans ce rapport, les applications pratiques du principe, les catalogues officiels des livres pour les écoles de garçons et de filles, d'hommes et de femmes, de chrétiens et d'Israélites, et les catalogues et les règles arrêtées par le comité pour les livres à distribuer en prix. Ces règles sont ainsi conçues :
<c La commission croit nécessaire de rappeler les ■ règles suivant lesquelles doivent être donnés K les livres distribués en prix , telles qu'elles ont K été adoptées Tannée dernière par le comité cen- K tral , à savoir : i^ que les livres soient variés au- K tant que possible; a<> que, dans le choix qui en est or fait, l'âge des enfants et la condition de leurs paot rents soient^ autant que faire se peut, consultés ; R 3^ qu'il soit donné en général des ouvrages ana- R logues aux matières de l'enseignement, tels que, t par exemple , des livres de religion pour le caté" X chisme et tinstruction morale et religieuse , des X livres historiques pour l'histoire, etc.; — 4** qu'en- I fin le choix des Hures donnés en prix ait lieu saks K DisTiwcTioir DES ÉCOLES CONGRÉGANISTES
120 LE COMHUJiriSME ET SES CAUSES.
c (de frères et de religieuses), et des écoles laïques. » a A ces règles , votre commission vous propose « d'en ajouter une nouvelle ainsi conçue : II ne « peut pas être donné plus de prix dans les écoles « communales que le nombre déterminé par les rèic glements et par les manuels , il ne peut pas y être « donné en prix D'AUTRES UVRES QUE CEUX « QUI SONT ADOPTÉS PAR LE COMITÉ CEN- « TRAL; ILS ne peuvent pas être donnés par d'au- « très personnes que celles qui sont préposées /^ar n la loi aux écoles communales , à moins que ces « prix ne soient accordés par le roi , les mem- « bres de la famille royale et les fondateurs. » Cette règle, approuvée par le comité, devient la cinquième dans le rapport de l'année suivante.
ff En conséquence, cette liste, comprenant 191 ff ouvrages et âo8 volumes , est arrêtée ainsi qu'il A suit. » C'est là, dans cette liste, que se trouve, le premier de tous, adopté pour les classes de garçons, de filles, d'adultes hommes, d'adultes femmes , Le livre d instruction morale et religieuse , autrement dit. Catéchisme de M. Cousin. C'est là, dans cette liste, que se trouventZ^^ entretiens sur la morale de maître Pierre^ V instinct et mœurs des animaux , etc. etc. {Voyez dans la impartie , pag. 1 15 , i38 169 , et suiv.)
C'est là, dans ce rapport, qu'on lit encore : « En « conséquence, 1^ le catéchisme du diocèse co;xti- « NUERA. de servir à l'enseignement des prières et du « catéchisme pour les enfants catholiques, et celui
SECONDE rAKTIE. I27
a qui est adopté pour chaque culte dissident pour tt ceux qui y sont élevés. 2^ Dans la plupart des livres c< de lecture courante pourront en outre être em* (c ployés pour F instruction morale et religieuse ; '( néanmoins, sont adoptés^ comme devant plus '< PARTICULIÈREMENT j^ jerwV , les épitres et évancc giles des dimanches et fêtes de l'année ; le livi.e ce d'instruction morale et religieuse, par M. Coua sin ; les écrits populaires , par Franklin ; les nocc tions élémentaires du droit français , par M. ce Grûn, et Xe^ préceptes dhjgiènej par M.Orfila...»
On y arrête même que, deux fois par semaine , dans la seconde demi-heure consacrée à F instruction morale et religieuse j les maîtres enseigneront les principaux devoirs civiques j selon M. Grûn^ que le législateur a voulu être compris dans l'instruction morale et religieuse.
C'est ainsi que la commission ne perd jamais de vue cette pensée i qu'elle a été instituée dans un esprit DE PROGRES LENT ET RÉFLÉCHI. {Rapport , CtC.
pag. 38, 39, i3, 17 et suiv. a/1/1. i84o-4i et i84a-43.)
Quant aux salles d'asile, voici comment s'exprime l'article 16, paragraphe 3 de l'ordonnance de 1837 : «La commission supérieure des asiles dona nera son avis sur les livres qui pourront être m considérés comme particulièrement propres aux a salles d'asile, entre ceux qui sont approuvés par « NOTRE conseil royale pour V instruction primaire. « Dans AUCUNE salle d' asile j à quelque titre et
a PAR QUELQUE PERSONNE qu'elle 80it tenue , IL NE a POURRA ÊTRE FAIT USAGE DE LIVRES AUTRES QUE a CEUX QUI AURONT ^TÉ AINSI DÉTERMINÉS. »
Et en conséquence, un arrêté, déposé dans VMmanach de F université de 1837 , pag. 287, contient, sous le TITRE i^'' : Salles d asile ^ l'approbation des livres suivants : — Prières de l'enfance pour le matin et le soir. — Recueil de cantiques destinés aux salles d'asile. — Histoire sainte. — Histoire de Jésus-Christ ; et sans intermédiaire : — Animaux domestiques^ animaux sauvages. — Culture et emploi du blé, etc.
Ainsi , depuis les salles d'asile et tous les genres d'école primaire jusqu'aux différents cours d'Écriture sainte et de théologie, dont chaque année les programmes sont affichés dans les villes archiépiscopales, et souvent aux portes des archevêchés mêmes, avec la signature approbative, non de l'autorité épiscopale ou de ses délégués , mais des recteurs ou inspecteurs laïques des académies , tout est soumis à la suprématie religieuse de l'état et à ses jugements souverains sur les livres, et sur les livres mêmes d'instruction morale et religieuse.Nous étions même descendus si bas dans ces profondeurs du servilisme des âmes et du communisme des consciences, sous le règne glorieux de Louis-Philippe i^% que de simples statuts signés VillemaUiy Cousin , Guizot , étaient plus que suffisants , en dépit des constitutions et des lois, pour faire courber la tête devant cette dégradation , à cette nation si
SECONDE PAATJE. laQ
fière qu'on appelle la France, et si heureuse d^avoir secoué le joug de Dieu et des évéques !
« Le conseil royal de l'instruction publique,» décrétèrent-ils un jour,
« Vu etc. vu etc. vu etc. Considérant que, dans <x LA suBVEiLLANCE dcs écolcs (avis à l'avenir!) sont a compris l'obligation d'examiner ET LE DROIT « D'AUTORISER LES OUVRAGES DESTINÉS A « L'ENSEIGNEMENT ; que la désignation par le a conseil rojral, des Hures et des méthodes qui peua vent être employés dans les écoles, est d'ailleurs ce un des moyens nécessaires de régler et d^amélioce rer l'instruction ;.... que, sous tous ces rapports , ce il importe de faire connaître, à certaines époques, ce par une liste authentique, les ouvrages qui auront « été autorisés (i) pour les écoles primaires été-
(1) Trente-six mille francs, chaque année, étaient pris sur le budget pour salarier les autorisaieurs^ sans compter leurs autres traitements et les dons de la reconnaissance offerts par les auteurs. « 11 a été « établi, affirmait le National en 1843, gu*à prendre la liste gé- « nérale des li?res qui sont distribués par l'université , on voit que « tous , sans exception , sont la propriété exclusive de certains au- « teurs, membres ou protégés du conseil royal , ou courtisans du a ministre, qui , ainsi , ont le monopole des fournitures. »
« Croirait-on qu*à Taide d'une préface ou d'une note ajoutée, on « est parvenu à faire une propriété de la Grammaire de Lhomond^ « du Catéchisme historique^ etc.' Mais ce qui, à coup sûr, parat- « tra fabuleux à tout autre qu'à l'auteur et à ceux qui partagent « avec lui son scandaleux proût, V Alphabet^ l'Alphabet lui- « même est devenu la propriété d'un des membres du conseil royal. « Oui , c'est de lui , cela a été arrêté en conseil , que nous vient cet « art ingénieux. 11 s'en vend, chaque année, plus d'un million « d'exemplaires, et ce digne homme trouve tout naturel de sur-
j3o le communisme £t ses causes.
a mentairesy ou supérieures y pour les salles d'asile^ « ou les classes d'adultes^ et pour les écoles normales a primaires , arrête : etc. » {jilmanach de tuniveisité.ann. 1837. P^S' ^^^ ^^ suiv.)
Et quelques années plus tard (i845), on lisait: [Almanach. 1846, pag. a6i, a6a et 264.) ^st auto- Risiî pour les bibliothèques universitaires 9 instruction secondaire et primaire, V Introduction philosophique à Félude du christianisme ^ par M. Tarchevêque de Paris.
En ce temps-là, M. Guizot était pape, et l'université impériale, le concile permanent des Gaules.
Donc, impossible de le contester, renseignement, même religieux, de toutes les écoles de France , et dans toutes ses branches, les droits les plus sacrés de la conscience, les plus saintes propriétés des âmes, avaient été mis en communisme par l'état- Louis-Philippe-Guizot. Tous les autres droits de rÉglise à renseignement, nécessaires pour l'accomplissement de sa mission divine , et qui, se confondant avec les droits de l'homme et du citoyen , feront l'objet du chapitre suivant, tous avaient été absorbés par la suprématie universitaire de l'état , et régis par elle avec un despotisme absolu.
Mais si l'état avait le droit de mettre ainsi la main sur les écoles , sur les consciences , sur l'enseignement religieux et moral, sur la foi , sur les âmes
« charger les communes et les familles, et défaire ajouter à ses ap- « pointements de 10,000 fr. un impôt considérable , comme s'il « avait inventé 1*A B G ! 9
SECONDE PARTIE. l3l
<Ie toute la jeunesse française , et de les arracher ainsi à la religion , aux croyances et aux mœurs de la famille; s'il était maître d'enlever et de diriger souverainement , comme sa chose , comme sa propriété, et selon ses desseins, ses passions et ses caprices , ces biens sacrés , la première , la suprême propriété de l'évêque, du prêtre , du père , de Tenfant , du citoyen , de l'homme, comment donc, en vertu de quel principe pourrait-on lui contester le droit de s'approprier toutes les terres et toutes les industries , et de les diriger selon son gré par des grands-maitres en agriculture et en ateliers, et des armées d'inspecteurs et de sous-inspecteurs , de recteurs et de travailleurs-maîtres ?
Une terre dépend-elle moins du domaine de l'étnt qu'une âme, et un mètre de toile ou de drap, un quintal de savon ou de sucre , sont-ils moins de son domaine qu'une conscience? La transmission des biens matériels par les successions et les héritages a-t-elle plus de droits de se soustraire à l'empire souverain de l'état , que la transmission des biens spirituels, des mœurs et des croyances, par la religion et ses enseignements ?
Livrant ainsi aux gouvernements et aux états temporels la foi , la conscience, les âmes de vos enfants, et avec les leurs , les vôtres elles-mêmes , vous esfil possible , sans la plus évidente et la plus absurde contradiction, de lui dénier les mêmes droits sur vos maisons et sur vos terres , sur votre industrie et sur vos proprié tés? Le socialisme ou le communisme dans
l3a LE COKKONISHE ET SES CAUSES.
la foi, dans la morale et dans la conscience, n'a rien qui vous émeuve , rien qui vous étonne même; vous courez au-devant de son despotisme et de ses chaînes; vous lui offrez sans peine l'or de vos budgets , la sueur et la vie des pauvres, pour augmenter sa puissance; et tombant à genoux , comme autrefois les jui£s devant l'idole de Moloch, vous lui livrez même vos enfants ! Et quand , par une conséquence fatale, il vous demande, par la bouche de ces pauvres et de ces enfants , et avec toutes sortes de ménagements, vos propriétés, vous frémissez, vous courez aux armes , prêts à périr mille fois pour défendre la société contre cet envahissement des barbares ! G)mme si la civilisation consistait à enlever aux nations la raison et le sens moral, et qu'il y eût barbarie , au contraire , à profiter de telles leçons et de tels exemples, et à tirer les conséquences de teb principes selon toutes les lois d'un inflexible logique.
Mais j'entends autour de moi une discussion animée entre un professeur de philosophie dans une faculté des lettres, et un professeur de théologie universitaire, aumônier de collège, examinateur de maîtres et de maîtresses d'écoles dans une commission de brevets , et en outre , maître de religion dans une école normale primaire.
SECONDE PARTIE. l33
LE PROFESSEUR DE PHILOSOPHIe d'AtAT.
Enfin , M. Tabbé , je ne puis m'expliquer la contradiction palpable et que tout le monde remarque entre votre position et votre enseignement : vous professez la théologie au nom de l'état; au nom de 1 état vous enseignez le catéchisme ; au nom de Tétât vous distribuez des diplômes et des brevets qui donnent à d'autres les mêmes droits^ le tout argent comptant, bien entendu, et vous faisant de bons revenus , bien supérieurs à ceux de plusieurs maisons et de plusieurs terres; et vous ne voulez pas que l'état puisse donner à d'autres le droit tout à fait semblable de distribuer des titres et des brevets de terres et d'usines ? Que dis-je ! vous vouez à tous les enfers les communistes et leurs banquets, parce qu'ils prétendent que l'état possède ce droit tout aussi légitimement que celui dont il vous a donné à vous-même l'administration et l'usufruit?
LE PROFESSEUR DE THÉOLOGIE d'jÉTAT , MAITRE DE RELIGION A l'école NORMALE, ETC.
Mais n'êtes vous pas dans le même position que moi ? Ne professez-*vous pas la philosophie au même titre; et au même nom, ne distribuez-vous pas, et à un prix beaucoup plus élevé et en bien plus grand nombre, des diplômes de bachelier, de licencié ou de docteur es lettres ? Pourquoi donc suivrait-il de là que je fusse obligé plus que vous à être communiste, et que le reproche de contradiction me frappât justement, sans qu'il pût vous atteindre?
l36 LE C03IM13NISME ET SES CAUSES.
LE PROFESSEUE DE PHILOSOPHIE d'^TAT.
Mais ces droits, les possédait-il sur lareligion, sur la théologie, sur la conscience ella foi, sur tous les livres classiques qui en traitent? Se les est-il arrogés, oui ou non? Les avez- vous reconnus, oui ou non , en lui demandant et en recevant de lui une commission pour les exercer en son nom , en vertu de son institution, sur vos coreligionnaires, sur vos égaux et vos concitoyens ? Et les propriétés matérielles , temporelles , que cent fois déjà il a remaniées par ses lois sur les successions , les testaments et les contrats, sont-elles moins de son domaine souverain que la religion, la théologie, la foi et la conscience ?
LB PROFESSEUR DE THÉOLOGIE d'ÉTAT.
Ces droits sur la religion , sur la théologie , j'avoue qu'il ne les possédait pas , qu'il les a pris; et c'est pour les défendre contre lui que j'occupe les postes que vous semblezsi amèrement me reprocher.
LE PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE d'eTAT.
Ah ! c'est pour les défendre contre l'état que vous les livrez à l'état ! L'expédient est nouveau» vraiment ! et je n'aurais jamais imaginé que, pour sauver sa bourse des mains des voleurs qui vous la demanderaient le pistolet sous la gorge, le moyen par excellence , le moyen efficace serait de la leur livrer. Mais dans ce cas, pourquoi n'useriez-vous pas de votre influence sur les propriétaires, pour les en*
SSCORDS PAETIS. iZ^J
gager à défendre, par le même procédé, leurs terres et leurs maisons contre le communisme ? C'est le refus que vous faites de suivre ce conseil que j'appelle une inconséquence, une contradiction, et non les postes que vous occupez , en vous plaçant en plein communisme religieux.
LE PROFESSEUR DE THÉOLOGIE d'ÉTAT.
Les objets dont il s'agit étant d'une nature toute différente, je ne vois pas encore qu'il y ait contradiction ou inconséquence à appliquer, pour les sauvegarder, des procédés différents.
LE PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE D'lh*AT.
Mais cette différence tourne, ce me semble, tout à fait contre vous, et ne peut que rendre plus palpables la contradiction et l'inconséquence. De quoi s'agit-il en effet ? D'un côté , de biens tout spirituels , de l'enseignement du dogme , de la morale* de l'Ecriture sainte , de la conscience , de la foi , de la religion catholique en un mot. De l'autre, de terres , de maisons , d'usines, de biens tout matériels. Or, vous prétendez que livrer les premiers à l'état, c'est les sauvegarder, et que lui concéder les autres, ce serait les perdre. Mais la religion catholique , en quoi consiste-t-elle selon vous ? quel en est le fondement? J'ai lu cent fois, dans ses défenseurs et leurs écrits polémiques, qu'elle consistait essentiellement dans la suprématie d'enseignement et rinfaillibilité de l'Église, que c'était là la
l38 LE COMUUJIISME £T SES CAUSES.
base que lui avait doanée le Christ son fondateur, en l'établissant sur Pierre et sur ses sucdesseurs, comme sur un roc contre lequel les portes de Tenfer ne prévaudraient jamais.' K 'est-il donc pas évident qu'en reconnaissant à l'état le droit de l'enseigner, et de la faire enseignerseul et souverainement, dans toutes les écoles, qu'en lui demandant à lui-même et recevant de lui des pouvoirs pour l'enseigner sous son autorité et en son nom , c'est substituer à la souveraine autorité de l'Église une autre souveraine autorité , à sa suprématie , une autre suprématie, à son infaillibilité, une autre infaillibilité? N'est-il pas évident que c'est accoutumer les peuples à considérer l'état comme pape, les recteurs d'académies et leurs inspecteurs comme évéques, la religion elle-même comme une chose humaine et toute temporelle ; par conséquent, la perdre , au lieu de la sauvegarder, et en livrant à l'état cette propriété, la plus sacrée , la plus sainte à vos yeux, f^ire l'acte le plus exorbitant , donner l'exemple le plus efficace de communisme ?
LE I»R0FESSEUR DE THÉOLOGIE d'ÉTAT.
Je persiste à ne pas le croire, et à penser qu'il est de toute impossibilité à l'état de s'emparer ainsi des propriétés matérielles.
LE PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE d'ÉTAT.
Rarement l'homme convient de ses inconséquences, et la réputation d'homme d' un jugemeni sain
SECONDE PARTIE. I Sg
est celle à laquelle on tient le plus. Cette impossibilité dans laquelle vous vous réfugiez, est votre condamnation la plus accablante, puisqu'elle ne se fonde plus sur la raison , sur la dissemblance des droits,' mais sur la résistance de la force. C'est dire que, dans votre opinion, les propriétaires défendront leurs propriétés avec plus de constance et de courage que vous-même, clergé, n'avez défendu les droits de l'Église et de votre religion. Et dans ce cas , nous sommes d'accord ; ce qui ne m'empêche pas d'être convaincu que les propriétaires se lasseront à leur tour^ et qu'ils résisteront moins encore que vous à des lois habiles et bien entendues , surtout quand les masses populaires seront toujours là , agitées , mugissantes comme l'Océan aux jours des tempêtes, prêtes, au premier signal, à consommer par la force le grand œuvre de l'unité et de l'égalité, et à donner à l'état l'omnipotence souveraine de la propriété en toutes choses 9 en terres , en maisons , en industries , aussi bien qu'en enseignement religieux et moral , aussi bien qu'en consciences et en religions. Et votre exemple » M. l'abbé, vous le reconnaîtrez alors, quoi que vous en disiez maintenant, aura été plus fort pour amener ce résultat et le triomphe du communisme, que vos discours illogiques pour l'empêcher.
LE PROFESSEUR DR THEOLOGIE d'ÉTAT.
Peut-être !...
l4o LE COHHaNISHE Et SES CAUSES.
Cependant, une université d'agriculture s'organisait; on enlaçait, dans des règlements puissants , le travail et l'industrie ; on buvait de toutes parts à la république démocratique et socialiste ; les budgets s'enflaient, s'enflaient, montaient , montaient encore, et le commerce s'enfuyait avec le crédit, et la religion et ses enseignements, asservis à l'état, n'avaient plus d'autorité; et le scepticisme, tuant toute unité , toute énergie au fond des âmes, les livrait à la division et à la peur , comme un troupeau de daims timides, tandis que , pressurées par la misère et la faim, sans autres espérances que celles de cette vie , les masses de prolétaires s'avançaient comme un seul homme , appelant à grands cris le partage des biens et des terres , et faisant retentir au loin le refrain du pillage et de la violence :
Aux armes , citoyens ! formez vos bataUloos.
Rusons , pillons !
A nous enfin et terres et malsons !
C'ÉTAIT LE COMMUNISME
Et la logique disait à l'état, à ses professeurs de théologie, à ses examinateurs et ses maîtres de religion :
D'APRÈS VOS EXEMPLES, IL A RAISON