‹ Un éclair avant la foudre; ou, Le communisme et ses causesChapitre 93 sur 111 · QUATRIÈME FAIT, OU QUATRIEME EXEMPLE DE COMMUNISME · texte numérisé non relu

QUATRIÈME FAIT, OU QUATRIEME EXEMPLE DE COMMUNISME

L état ^ par le monopole de tout renseignement littéraire et scientifique , a mis le comble au communisme des intelligences.

Peifi..... «UNUtem iradUUi dUputatUmi eorum.

Dans tout ce qu! est étranger à la réf élation, Diea a llTré le monde à la liberté des oplnlooa. {Beeies. , eh. S. v. 11.)

Il est évident, pour touthomme de bonne foi qui veut réfléchir, que les langues et leurs littératures , les sciences et leurs découvertes , l'histoire , ses faits et leurs causes, appartiennent à la liberté ; et qu a l'exception de la religion révélée , dont nous avons prouvé que TÉglise catholique avait reçu de Dieu lui-même le dépôt sacré, pour le transmettre librement par un enseignement infaillible à qui librement veut la connaître et la croire , tout le reste constitue le libre domaine des intelligences , la propriété naturelle et inaliénable de l'esprit humain, le champ sans limites livré par la Providence elle-même aux opinions individuelles et aux labeurs libres de l'humanité.

l4^ LB COMMUNISME ET SES CAUSES.

Il est plus évident encore que si Tétat a le droit de défendre la société par des lois pénales, contre Tabus qui pourait être fait de ces biens , par qui les tournerait contre Tordre ou la liberté des autres , il n*a aucun droit de propriété ni de haut domaine sur eux, et qu'il ne peut, sans un despotisme inouï, sans proclamer le communisme le plus sauvage , s'en emparer comme de sa chose , les réglementer, les asservir, en disposer au gré de ses caprices, de ses passions ou des intérêts privés de ceux qui le composent.

Et de qui l'état pourrait-il tenir un droit si étrange , une semblable autorité ?

— De Dieu? où sont les preuves? Les révélations admises par l'immense majorité du monde civilisé proclament au contraire que Dieu a livré toutes ces choses à la liberté des opinions humaines : mundum tradidit disputationi eorum....

— De la nature? Tous ces biens, par leur nature, sont indépendants des états , antérieurs aux gouvernements ; les gouvernements et les états n'ont sur eux, ni de près ni de loin, aucun droit d'auteur^ et par conséquent, aucune autorité. Dons de Dieu, œuvre du temps, fruits de l'expérience des âges, héritage des siècles, des peuples et des générations qui ne sont plus , ils sont la propriété de chacun et de tous , l'apanage inaliénable de l'humanité tout entière. Est-ce que le pâtre qui fouille en sifflant les ruines de Ninive ou de Babylone , ou qui trouve une idée en contemplant, dans une mysté-

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rieuse extase, les beautés du firmament ou les merveilles de la nature, est redevable de ses découvertes à M. Cousin^ ou à M. Thénard, ou à un état quelconque ?

Est-ce que le poëte qui sent son oreille et sa voix enfanter d'imitatives cadences et des flots d'harmonie , ou son âme s'élever au plus haut des cieux sur les ailes du génie , est redevable à l'état ou à M. Yillemain de son génie et de sa voix ?

Est-ce que le généreux adolescent qui suit Tacite dans les forets de la Germanie, en sentant battre son cœur au récit des mâles vertus de Germanicus , est redevable à Tétat ou à M. St-Marc des hauts faits du héros romain , ou des sombres et pittoresques tableaux de Tauteur des Annales ?

Est-ce que l'enfant qui essaie d'épeler sur les genoux de sa mère les mots de la langue par laquelle elle lui apprend à bénir Dieu et à aimer son père, est redevable à l'état ou à M. Rendu, et de Talphabet, et des mots de la langue française ?

Les états n'ont donc rien à revendiquer dans toutes ces choses, rien à y prétendre. Les récompenses, ce sont l'or et les faveurs de nos budgets qui en sont et le fond et la source ; et la gloire, la renommée , ce noble salaire des âmes généreuses, est l'œuvre encore de l'humanité tout entière.

— Serait-ce de l'institution et de la responsabilité même des états et des gouvernements que leur viendrait ce droit? Mais en quoi consistent-elles? Quel est le but de tout état ou de tout gouverne-

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ment? d'assurer à tous et à chacun l'exercice de leurs droits naturels et imprescriptibles, la libre possession et la jouissance même de tous ces biens. Or, un simple droit de police et de tradition des coupables devant les tribunaux , s'il y a crime ou délit , c'est-à-dire , lésion des droits des autres et empêchement de la jouissance par eux des mêmes biens , suffît aux états ou aux gouvernements pour atteindre leur fin en ces matières. Aller au delà , c'est transformer le moyen en but ; c'est proclamer que les peuples, leurs droits, leurs libertés^ leurs âmes même , sont faits pour les états et les gouvernements , et non les gouvernements et les états pour les peuples et la conservation de leurs droits, de leurs libertés , et des plus saintes propriétés de leurs âmes; c'est renverser de fond en comble toutes les notions données sur les états et les gouvernements par la foi, par le bon sens, par le témoignage et la raison de tous les pays et de tous les siècles.

Ces prétendus droits de l'état sur l'enseignement viendraient-ils donc enfin d'une convention , d'un pacte social ? Quelle convention ? quel pacte social? où est-il? par qui a-t-il été formulé? quelles en sont les stipulations et les clauses , les signataires et les témoins ? Mais qui donc aurait pu y consentir pour lui-même et aliéner ainsi, non plus la liberté de son corps et de ses actions , mais sa dignité naturelle, sa liberté morale, son esprit, sa conscience, son âme, tous les droits que la nature.

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la raison et la foi ont déclarés à Tenvi inaliénables à jamais, à jamais imprescriptibles? La seule hypothèse d'un pareil contrat ne serait-elle pas le comble de l'absurdité ? Et où donc , en quel pays, en quel siècle trouver un peuple descendu assez bas dans l'échelle de la liberté , de la dignité et de l'honneur, pour livrer ainsi en propriété à un état ou à un gouvernement , fût-il de son choix , sa langue, sa poésie, son art oratoire, les sciences, son histoire, sa civilisation, la liberté, la vie de son intelligence , l'âme et la conscience de chacun des citoyens qui la composent? Où trouver un peuple assez abâtardi, assez dégradé, assez infirme intellectuellement, pour s'interdire ainsi lui-même, et se mettre en tutelle permanente sous un conseil de famille qu'on nommerait état ou gouvernement ? Et c'est la France, le peuple de France, que des sophistes à la solde du plus hideux communisme, prétendraient s'être ainsi mis lui-même au ban de l'humanité , ainsi attaché de ses propres mains au pilori de l'infamie ! O Providence !

Non, il n'en est point ainsi ; et la voix elle-même de ses révolutions donne un démenti solennel à l'imposture , à la calomnie.

« Si chacun a le droit de recevoir le bienfait de « l'instruction, » a proclamé la Constituante, par le rapporteur de son comité d'instruction publique, « chacun a réciproquement le droit de concourir à € la répandre. Car c'est du concours et de la riva* « lité des efforts individuels que naîtra toujours le

l/^G LE COMMUNISME BT SES CAUSha.

cr plus grand bien. La. confiahce doit seule déter- <f miner le choix pour les fonctions instructives, «c Tous les talents sont appelés de droit à disputer o le prix de l'estime publique. Tout privilège est a par sa nature odieux ; un pr/uilége en matière a d'instruction serait plus odieux et plus absurde « encore. » {Rapport de Tallejrrand.)

(c L'indépendance de renseignement , dans tout a ce qui s'élève au-dessus de l'instruction élèmeo- « taire, » disait la Législative par un organe semblable , « fait en quelque sorte partie des droits de « l'esprit humain. » {Rapport de Condorcet.)

(C La loi,» disait la Convention dans son projet de loi sur l'enseignement , avant la dictature de Robespierre , a la loi ne peut porter atteinte au droit « quont les citoyens d'ouvrir des cours et des éco- « li*s particulières et libres sur toutes les parties de a l'instruction , et de les diriger comme bon leur « semble. » (Art. l\\.)

Et après Robespierre, dans une loi dont Daunou rendait ainsi compte : a Nous n'avons laissé que (C Robespierre qui vous a aussi entretenus d'édu- « cation, et qui, jusque dans ce travail, a trouvé a le secret d'imprimer le sceau de sa TYRAifwiE ce STUPiDE par la disposition barbare qui arrachait « l'enfant des bras de son père , et qui faisait une a DURE SERVITUDE du bienfait de l'éducation.... Pour a nous , nous nous sommes dit : Liberté de Védu- « cation domestique ; liberté des établissemenis c PA.RT1CULIER9 d'bducation ; Dous avous ajouté : « Liberté des méthodes instructives. »

SFCONDIC PARTIE. l^-J

£t dans l'article 3oo de la constitution de Tan III : « Les particuliers ont le droit défaire des établis- « sements particuliers d^ éducation et d'instruction;» et dans l'art. 355 : « Il a'y a ni priviuége , ni ju* « RAHDE, ni maîtrise^ ni limitation à l'exercice de « l'industrie et des arts de toute espèce. »

a II est libre, » disait Cbaptal , sous le consulat « dans un projet de loi voté par tout le corps législatif, et dont il exposait ainsi la base , « jil est libre à « TOUS les citoyens de former des établissements a d'instruction publique ; tout prii^ilége est odieux « de sa nature; il serait absurde en matière dins^ « truction. »

« I^ loi , » disaient en 1802, au nom du gouvernement et des chambres, Fourcroy et Siméon , « la « fol, prenant ce quiljr a de plus sage dans Topia nion des meilleurs publicistes , savoir, quen ma- « tière d'instruction^ il faut beaucoup laisser faire a aux particuliers... , favorise beaucoup plus qu'elle a n'établir, et déclare que les écoles ouvertes avec a succès par des particuliers , sont UNE PRO- « PRIÉTÉ fondée par leurs talents et consacrée « par la confiance publique, que la loi respecte. »

Enfin, aux premiers jours libres de 18)4) le gouvernement provisoire décrétait que rien n était plus ATTENTATOIRE uux droits dû la puissuncc pu^ femelle que les entreprises de l'état sur l'enseignement, que \^ prolongation dun pareil désordre se^ rait une véritable contradiction avec les principes dun gouvernement libre ; qu'en conséquence, ItM

l48 LE COBIMUNISME KT SES CAUSES.

formes et la direction de V éducation des enfants étaient rendues à l AuroRiTi des pères et mères ; et la charte de i83o posait pour condition du pouvoir , SINON , NON , la promesse avec serment de pourvoir, par une loi , dans le plus bref délai possible , à Tinstruction publique et a la liberté de l'enseignement.

La France n'a donc jamais ni cédé ni reconnu à Tétat ou au gouvernement un droit quelconque de direction, de propriété , de souveraineté ou de monopole sur l'enseignement. La tyrannie seule, sous les traits de Robespierre, de Danton et de Napoléon , ou sous le couvert de deux ordonnances signées Feutrier et Portalis, s'en est emparée, donnant au communisme les bases les plus colossales, et foulant aux pieds tous les droits de l'homme et du citoyen , tout ce qu'on a jamais nommé liberté dans le monde ; la tyrannie seule , une tyrannie inouïe! El c'est elle encore qui, s'appuyant sur ces précédents, mettant bas tous les masques, et changeant son vieux nom en celui de communisme, se cramponne à cette odieuse usurpation, pour préparer, étendre et justifier toutes les autres. Ne nous lassons pas de contempler cette œuvre immense du despotisme; et puisqu'elle est là, devant nous , menaçant et défiant encore toutes nos libertés , ne craignons pas de l'analyser, de l'approfondir, de montrer au grand jour comment, se mêlant k tout , elle sape par la racine tous les droits ; et faisons, s'il est possible, reculer de honte à cette

SECONDE PARTIE. l4g

vue , et les auteurs , et les dupes de cette grande cause , la plus rapidement féconde , de tous les communismes.

Créée par Robespierre , organisée par Teropire , en violation de toutes les constitutions et de toutes les lois , l'œuvre communiste par excellence est une immense maîtrise ou jurande , une vaste corporation (i) , renouvelant sous mille formes et sous mille noms tous les abus qui avaient fait inscrire dans nos constitutions : « Il n'y a plus, a pour aucune partie de la nation ni pour aucun a individu , aucun privilège ni exception au droit « commun de tous les Français. »

« Il n'y a plus ni jurandes , ni corporations de « professions^ arts et métiers. »

« La loi ne reconnaît plus ni vœux religieux , ni « aucun autre engagement qui serait contraire aux « droits naturels ou à la constitution. »

Cette corporation a eu ou a pour noms : université impériale , université royale, université de France. Elle est chargée exclusivement de l'enseignement et de l'éducation publics dans tout l'empire. (Décret de/ormation.)

(1) Les qualifications de corps , de corps enseignant , de corpo^ ration , de corporation enseignante^ sont données partout, dans tous les décrets, rapports, actes officiels, à Fanifersité, depuis le premier rapport de Fourcroy , en 1806, jusqu'à ceux de MM. firoglie,TbîersetSaI?andy. «L'université, «disait M. deBroglie dans son rapport à la Chambre des pairs , « est une vaste corporation^ « dont la hiérarchie s'étend à toutes les parties du territoire, et « dont les membres tiennent entre eux par les liens d'une étroUte • solidarité. »

|5o LE COMMUNISME ET SES CAUSES.

Un grand-maître , nommé et révocable selon lo bon plaisir de l'empereur , ou du roi , ou du président de la république , surveille et dirige toute la corporation^ et en nomme, institue, punit ou récompense tous les membres. {Décret (^organisât, pas* sim.)

Il fait SERMENT d'obéissance aveugle au chef de l'état. {Décret du 17 septembre 1808.)

Chacun des membres de la corporation promet à son tour au grand-maître , obéissance sans aucune réserve, et par conséquent, aveugle aussi (i), dans tout ce qu'il peut lui commander pour le ser^ vice du chef de l'état et pour le bien de renseignement , dont il est seul juge. {Décret d'organisation art. 4ï-)

Ils contractent, en outre, par serment, les obligations civiles, spéciales et temporaires (10 ans), qui doivent les lier au corps enseignant (art. Sg.}, et s'engagent à texacte observation des statuts et règlements de l'université, (art. /jo.) Un de ces statuts est ainsi conçu : « Art. 101. A l'avenir, et après « l'organisation complète de l'université , les pro- « viseurs et censeurs des lycées, les principaux et <f régents des collèges, ainsi que les maîtres d'étude a de ces écoles, seront astreints au célibat et à la « vie commune, »

(1) Cette obéissance est plus aveugle que celle des corps religieux et des Jésuites même, puisque , dans le vœu qu'ils en faisaient , il y avait toujours la réserve expresse : Pourvu que le commandement ne ioit pas contraire à la loi de Dieu, et n'implique aucun péché, même véniel.

SECONDE PARTIE ]5l

Ainsi , promesse d'obéissance à un chef unique, serment de stabilité , promesse de célibat, engagements abolis , prohibés en tant que reconnus par letat, tels sont les liens de la corporation chargée de mettre en communisme, entre les mains de Ictat , l'enseignement et les intelligences.

Elle a du reste une juridiction propre, privilégiée et exceptionnelle; un code pénal à part; des tribunaux jugeant à huis clos , sans débats contradictoires , sur de simples soupçons ou sur des dénonciations clandestines, et infligeant les arrêts, les réprimandes 9 les censures, les mutations pour des emplois inférieurs , la suspension des fonctions , la privation de traitements totale ou partielle, la radiation, l'incapacité à tout emploi public, la détention même d'un an. (Décret de i8i i. art. 69. et Décret d organisation^ art. 47.)

Le tout, sans lois , contre toutes les lois et contre toutes les constitutions.

Elle possède de plus en main morte une masse de biens fonds , dépouilles des anciennes corpo* rations enseignantes, ou fruit de nouvelles dotations, sans compter les charges qu'elle fait peser, et sur les budgets, et sur les communes, et sur les familles ; car si ses membres font^ non à Dieu, mais à un homme, vœu d'obéissance aveugle, vœu de célibat , vœu de stabilité, vœu d'obligations civiles et spéciales, ils ne font pas vœu de pauvreté.

Enfin, elle est constituée Monopole, et monopole de l'enseignement; et son privilège le plus exor-

j5a LE COMMUNIS&IE ET SES CAUSES.

hxtant Aephis odieux ^ le plus absurde^ selon l'expression de toutes nos assemblées nationales, c'est de vendre^ et de vendre, seule, tout renseignement, depuis Talphabet jusqu'à Tacite, depuis le catéchisme jusqu'à la théologie , jusqu'aux grades de bachelier et de docteur dans cette science toute spirituelle , toute sacerdotale. « L'enseignement <c public , dans tout l* empire ^ est confié exclusive* « ment à l'université, dit l'art, i*' du décret d'or- « ganisation. Aucune école , aucun établissement « quelconque d'instruction , ajoutent les art. i et 3, « ne peut être formé hors de l'université impériale « et sans l'autorisation de son chef. Nul ne peut « ouvrir d'école ni enseigner publiquement , sans « être membre de l'université et gradué par l'une « de ses facultés. »

D'où il suit que, prétendre séparer la corporation universitaire telle qu'elle est constituée , de l'idée de MONOPOLE , c'est en ignorer même les premiers éléments. Le monopole , c'est l'essence , l'âme de l'université actuelle, ou de l'état enseignant; c'est le monstrueux privilège, source de tous les autres, avec lequel elle est posée au milieu de la France, comme un bélier battant et renversant par leur base toutes les libertés publiques , tous les droits de l'homme et du citoyen, et constituant, sur la plus vaste échelle, la plus ignoble, la plus absurde des servitudes : celle de la pensée et de tout ce qui, par elle, tient à la conscience; réalisant en un mot, sur les propriétés intellectuelles, ce que le communis*

me , à son exemple, voudrait réaliser sur les propriétés matérielles.

En effet, devant cette corporation-monopole de l'enseignement, plus encore que devant le monopole des propriétés rêvé par le communisme , disparaissent, tronqués, anéantis , Tégalité devant la loi , la proportion dans ies impôts selon la fortune de chacun, l'égale admissibilité de tous aux emplois publics, la liberté des cultes et de la conscience, la liberté des opinions les plus légitimes , la liberté de la presse , la liberté de l'industrie , tous les droits de l'homme et du citoyen.

1^ L'égalité devant la loi.

Sa destruction par l'état enseignant ou l'université, est de la dernière évidence. L'université est d'abord une corporation, et une corporation priuilégiée; et tout ce qui la constitue comme telle aux yeux de Tétat étant une violation palpable de toutes les lois qui obligent et les autres citoyens et les autres associations , est par là-méme le renversement de l'égalité. Qui dit monopole dit privilège, exclusion de tous au profit de quelques-uns , et par conséquent, destruction de l'égalité de tous devant la loi.

2^ Parmi les privilèges interdits aux autres citoyens, et dont jouissent les membres de l'université , est le monopole , le droit de vendre seuls tout ce qui fait l'objet de l'enseignement: les langues , les

lettres , l'histoire , les sciences, la morale et la religion ^ toutes choses qui appartiennent à tous les hommes aussi rigoureusement que le droit de vivre en société, que le droit de chercher la vérité , de la faire connaître aux autres et de vivre par elle.

3* Cet objet nécessaire appartenant à tous , nonseulement l'université le vend et le vend seule, mais elle le vend, ou plutôt le communique, comme sa propriété, au prix qu'elle veut et au gré de ses caprices. Les citoyens ne peuvent le recevoir que d'elle, n'en jouir que par elle, ne le communiquer aux autres, quoique déjà mille fois payé » qu'à de nouvelles conditions pécuniaires et autres qu'elle impose, et qu'elle impose arbitrairement, sans lois et contre toutes les lois, (i)

(1) Nous avons énuméré ces conditions à Tégard des cheft de pensions et d*institutions , dans la Charte-vérité , ou le Monopole devant Us Chambres (pag. 40 et 41.); les voici : l"* faire payer à la raison commerciale mère (runiversité) , par tous ceux que vous voulez rendre participants de voti'e science , ce que vous lui avez payé vous-mêmes pour Tacquérir. (Décr. du 17 septembre 1808. art. 25.) 2" Faire approuver par le chef suprême de toute TexploitatioQ tous vos règlements de discipline. (17 mars 1808. art. 41.) • 3* Faire porter à tous ceux à qui vous communiquerez rinstruction achetée par vous à si haut prix, la livrée de la maison principale, en signe de votre vasselage. (15 novembre 1811. art. 21.) 4"* Adopter ses livres et ses programmes , conformer vos leçons et vos cours aux siens, ou lui conduire vos propres élèves (Ibid. art. 15. et 17. et mars 1808. art. 104.) 5** Recevoir ses inspecteurs aussi souvent qu'elle le trouvera bon. (fbid. art. 2t.) 6* Leur communiquer vos registres et les noms de tous vos commettants, tous les secrets de votre comptabilité et de votre industrie partictiliére ^ comme disent M. de St-Marc Girardin et M. le grand-maltre Villemain.

S£COND£ t>ARTi£. Id5

4^ La plupart de ces conditions , elle les impose aux autres et ne les subit pas : ce sont des certificats de moralité, des diplômes de grades (i), des

{Mémoire des maîtres de pension, et commission du budget de 1839. Règlement du 15 novembre 1811. art. 118 et suiv.) 7* Subir l'interrogatoire de ses agents et le contrôle de vos propres élèves; laisser ces agents fouiller dans vos classes, fouiller dans vos dortoirs , comme ceux du fisc chez les marchands de vin et les cabaretîers. (Ibid.) 8' Lui envoyer tous vos élèves, pour qu'ils s'approvisionnent chez elle de rhétorique et de philosophie, si vous n'êtes pas de plein exercice^ faveur fort rare, sous peine pour eux de se voir fermer toutes les carrières libérales, celle même de l'enseignement. (Arrêté du Conseil impérial, royal, national. 17 juillet 1835). 9' Les lui envoyer tous de nouveau , de quelque nature que soit votre li^ cence , pour que l'instruction que vous leur aurez donnée soit examinée, tarifée 9 pesée à ses poids, approuvée ou rejetée selon le l)on plaisir de ses commissions, sous peine encore, à défaut de l'estampille privilégiée, de leur voir fermer, comme plus haut, l'entrée de la plupart des emplois et de toutes les professions libérales. (Décr. 1 7 mars 1808. art. 26, 27 , 31.) 10* Fermer votre maison et mettre la clef sous la porte au premier ordre que vous en recevrez du chef de la raison commerciale ou de son conseil. (Ibid. art. 105.) 11"* Leur payer, tous les dix ans, des droits de licence ou d'association , qui sont à Paris de 300 fr. pour les maîtres de pension, et de GOO fr. pour les cbefis d'institution ; dans les provinces, de 200 et de 400 fr. (Décr. 17 septembre 1808. art. 27.) Ces droits mêmes ont été , ce nous semble , augmentés depuis.

Si ce n'est pas là du monopole, et du monopole de la plus tyrannique et de la plus dégradante espèce, il faut déchirer tous les dictionnaires, renoncer à la valeur des mots et à toute idée d'indépendanc^ humaine.

(1) Pour être de plein exercice , un établissement privé doit avoir pour chef un licencié es lettres , ou un bachelier es lettres et es sciences, un professeur de philosophie et un professeur de rhétorique également licenciés, sans compter les bacheliers; or, M. le grand-maltre Villemain , dans son rapport de 1843, avoue que, sur les cent quarante-huit collèges de premier ordre , ou de plein exer-

Id6 le COHMCNISBfE ET SES C.\(tSRS.

brevets spéciaux de capacité, des déclarations de ce qui se passe ou s'est passé au plus intime de la conscience entre Dieu et l'homme. Elle inspecte , surveille 9 dénonce, poursuit et juge les autres, et elle n'est inspectée , surveillée , jugée que par ellemême. Elle impose aux autres, à toute la jeunesse, à tous les collèges, à toutes les communes, à toutes les familles, ses maîtres, ses règlements , son costume , ses diplômes , ses méthodes , ses examens , ses plans d'études , ses livres , ses manuels , ses doctrines, et n'en reçoit elle-même de personne. Le prix de toutes ces choses , elle l'élève ou l'abaisse à son gré ; son privilège est souverain et n'a de règles que son bon plaisir. Des calculs bien audessous de la réalité font monter ces espèces de droits féodaux de l'université, en y joignant ceux qu'elle perçoit dans ses propres collèges, par ellemême ou par ses membres, à trente ou à quarante millions, dont l'abolition de l'enseignement d'état dégrèverait les familles. ( i )

eiee, on ne compte que trente principaux et vingt-sept professeun de philosophie licenciés; que plusieurs ne sont pas même bacheliers ; et il ne compte pas un seul professeur de rhétorique qui soit licencié. Comme c*est d*ailleurs l'université qui donne les grades à ses propres membres ou à ceux qui veulent le devenir , rien ne lui est phis facile que d*en pourvoir les maîtres dont elle a besoin, et de les refuser à ceux des maisons qui lui font concurrence, si Ton peut appeler de ce nom renseignement d'institutions condamnées à de telles servitudes, à un si absolu vasselage.

(1) La rétribution universitaire, confondue maintenant avec la rétribution scolaire ou frais d'études portés à près du double , montent à près de trois millions. Les examens et répétitions , à plus de six

SECONDE PARTIK. iSj

Et cependant, des sommes énormes sont fournies encore par les budgets de l'état et des communes , et levées en partie sur les octrois et les sueurs des pauvres , pour entretenir de somptueux états-majors, et faire des traitements fixes, qui ne sont pas au-dessous de i,5oo francs pour les maîtres, et de 800 francs pour les surveillants, sans compter le logement et la table.

L'enseignement de l'état, Vxxms eirsiXé-monopoIe ^ et quand bien même elle ne le serait pas, étant nécessairement privilégiée de mille manières et salariée par l'impôt (1), brise donc l'égalité sûus des

millions, sans compter les énormes indemnités de tournées, allouées aux inspecteurs et aux recteurs. Plus de six millions encore pour le monopole des livres. Droits de diplômes, de brevets, de licence pour enseigner, droits de grades et de visa, plusieurs millions encore. Les seuls droits pour le doctorat en médecine montent h onze cents francs par individu. Bénéfices sur les frais d*entretien et de pensionnat , plusieurs millions encore. Joignez à tout cela des traitements énormes , les revenus des jardins et des maisons de campagne. Tachât des mobiliers par les communes et leur entretien, ainsi que celui des bâtiments; les frais d'un état-major qui cumule et les traitements de hauts fonctionnaires, et ceux de professeurs, une bureaucratie à quatre divisions, les nouveaux traitements des maîtres^d'école, les quatre cent mille livres de rente, donnés par décret impérial en apanage à l'université , etc. , etc. , et vous aurez une faible idée des sommes énormes dépensées pour un enseignement que le régime de la liberté et intervention de TÉglise donnaient presque gratuitement partout et sans rien demander aux budgets de l'état, et par conséquent, à l'impôt.

(1) Quand bien même l'université ou renseignement d'état, renoncerait au monopole absolu , dès lors qu'elle ne pourrait exister que par les subventions immenses des budgets généraux et des budgets des communes, elle serait par là même Impossible, comme

l58 LE COMMUNISME ET SES CAUSES.

milliers de rapports. Elle la brise entre les citoyens des mêmes lieux, des mêmes départements, du même pays de France , entre les riches et les pauvres, entre l'homme opulent, à qui elle laisse encore le droit d'avoir chez lui des professeurs de son choix , et les autres moins fortunés , qui ne peuvent, malgré les droits de l'homme et du citoyen, malgré leur conscience, s'associer et se cotiser ensemble pour jouir du même avantage. Elle la brise entre le père de famille , qui , en soumettant son fils à l'enseignement d'état , ne paye que sa part relative et selon sa fortune à cet enseigne* ment, et le père de famille, qui, en en donnant un autre au sien, paye également cette part, aussi bien que le pauvre, le célibataire, qui n'en peuvent profiter , et de plus et tout entier l'enseignement particulier qu'il a choisi. Elle la brise entre les communes elles-mêmes et leurs habitants , leur vendant arbitrairement et inégalement, selon son bon plaisir, ses faveurs et ses privilèges. Les unes n'ont, quoiqu'à leur charge et quels que soient leurs sacrifices, que des collèges tronqués , impuissants, incapables de conduire à aucun grade ni à aucune carrière libérale, véritables avortons, et des maîtres au rabais pour les grades, pour la science, pour la moralité elle-même (i); taudis que les autres ,

neoostituaot un monopole moral , et arrachant par le fondement régalité de tous devant la loi et devant l'impôt.

(1) Parmi les peines infligées pour la violation des devoirs et des obligations universitaires par Fart 47 du décret organisateur.

SECONJDf PARTIE. iSq

quoique beaucoup plus riches i sont favorisées d'établissements con)plets, royaux, de plein exercice, menant à tous les grades et à toutes les carrières, de maîtres choisis et grassement payés sur le budget de l'état et aux frais mêmes de ceux qui n'eu peuvent profiter, sans quitter leurs familles et quadrupler leurs dépenses.

Aussi M. le grand-maître Villemain et ses successeurs ont-ils proclamé à Tenvi que le but de l'université ou de l'état enseignant (et c'était là ce qui importait surtout), était de maintenir et cCac-croître une LABORIEUSE ARISTOCRATIE DES INTELLIGENCES , ou des capacités^ comme dans le communisme fouriériste et saint-simonien; que les collèges (de plein exercice) et les facultés sont institués pour former une jeunesse d'élite... , destinée à relei'er successivement tous les premiers postes par le légitime ascendant de l'esprit et du caractère, en un mot, la. véritable aristocratie du dix-neuvième SIÈCLE. (Discours à la distribution des prix de concours. Jlman. Univers. i84o. png. q43« et ï84i. pag. 34^^-) Les parchemins de cette nouvelle noblesse sont, par conséquent, les diplômes ou grades délivrés aux enfants riches par l'université , selon son bon plaisir, et auxquels les trois quarts et demi de la jeunesse française, tous les pauvres en

On trouve la mutation du coupable pour un emploi ou une chaire inférieure, pour le traitement surtout. Les collèges inférieurs deviennent dès lors comme les galères des mau?ais professeurs.

l6o LE COMUUHISKE ET SES CAUSES.

particulier , sont dans l'impossibilité matérielle d'atteindre, (i)

Q? La proportion dam les impdU selon la fortune de chacun.

L'université, ou l'état enseignant, ne tient aucun compte de la fortune de ceux qui sont soumis à ses enseignements; outre la large part qu'eHe prend aux budgets généraux de l'état et de la commune , auxquels concourent, ^elon leur fortune, ceux mêmes qui n'ont aucune part aux faveurs de son enseignement, elle frappe encore les ]>auvres , aussi bien que les riches , tous ceux à qui elle les distribue, des mêmes impôts ou des mêmes droits, sans aucune distinction : droits de monopole sur les livres et autres fournitures, droits d'examen, droits de répétition, droits d'inscriptions, droits de diplômes et devisa, sommes énormes qui s'é* margent par millions et par millions. Elle fait même payer aux élèves externes, généralement moins for* tunés et dont les familles ont déjà à supporter, comme habitants de la commune , toutes les dépenses matérielles des collèges , des droits exorbitants, Tiommés/rais d'études , dont elle exempte les pensionnaires, ordinairement plus riches , et sou*

(1) Toutes les campagnes manquent d'établissements propret k former au baccalauréat, condition apposée comme essentielle à Tadmissibilité à la plupart des emplois. Sur 312 collèges, 164 , sur 10} institutions, 79 , et sur 914 pensions, 914, ou toutes, sont inhabiles, à former à ce même baccalauréat

SECONDE PARTIE. l6l

vent étrangers à la commune. Dans les dernières années de Louis-Philippe, elle venait encore, pour se compenser de la rétribution universitaire sup* primée, d'élever partout ces droits de soixante francs à cent francs par tête, sur une simple réquisition du conseil , sans existence légale , de l'instruction publique.

3® L'égale admissibilité de tous les Français aux emplois^ sans autre distinction que leurs talents et leurs vertus.

Ce droit, une des plus importantes conquêtes des temps modernes, dit-on, devient impossible avec l'université, ou le gouvernement enseignant Nous venons de le voir : son but, ses moyens, sa hiérarchie, ses serments , ses appétits financiers , tout tend en elle à former une aristocratie intellectuelle e^ riche, asservie, esprit et conscience, aux volontés d'un maître, chef de l'état. Seule et sans intervention d'aucun pouvoir législatif, elle crée des incapacités; seule, elle impose et rend obligatoires, pour entrer dans les carrières libérales et les emplois qui en dépendent , des conditions de lieu , de savoir, de grades, d'examen, d'argent et de fortune , qui sont impossibles au plus grand nombre des citoyens ; seule elle en dispose et en demeure juge en dernier ressort et sans appel , et fait ainsi un jeu et une dérision, et des droits de l'homme et du citoyen, et des constitutions qui les garantissent.

]6a LE COMMUiriSME ET SES CAUSES.

Demandez-lui , par exemple , de vous montrer quelle est la loi ou l'ordonnance même qui exige tant de maîtres bacheliers ou licenciés dans un établissement privé, pour qu'il devienne de plein exercice. Quelle est la loi même qui a insti tué ce plein exercice? Quelle est la loi qui Ta autorisée à exiger tel grade pour entrer dans les carrières libérales , tels autres pour entrer dans l'enseignement et professer telle ou telle classe ? Quelle est la loi , quelle est Tordonnance qui lui a défendu d'admettre aux examens pour le baccalauréat quiconque n'avait pas fait une année de rhétorique et une année de philosophie dans un collège royal ou un établissement de plein exercice? (i) Quelle est la loi ou

(1) Voici rincroyable arrêté qui a suffi pour suspendre les lois, et les droits de Thomme et du citoyea à Tégard de toute la jeunesse française et de toutes les familles, tel qu'il a été promulgué dans le grimoire universitaire (Àlm, cfe 1836 , pag. 165.) : La légalité , dans cette pièce curieuse ^ le dispute à la correction. « Du 17 juillet « 1835. Le conseil , vu VOrdonnance royale du 17 octobre 1821 ; « considérant que Part, f de ladite ordonnance, en exigeant^ « pour l'admission à Fexamen du baccalauréat es lettres , cTarotr • Jait un cours de philosophie dans un des collèges, institutions ou « écoles régulièrement établis , où cet enseignement aura été auto- « risé^ PBÉsupposB nécessairement que ce cours aura été, selon « les règlements , précédé d'un cours de rhétorique (et pourquoi « pas aussi d'un cours d'humanités , de 3* ? etc.) ; »

« Arrête ce qui suit : »

« Art. l*^ Le double certificat de rhétorique et de philosophie « sera exigé des élèves des collèges ou institutions susnommée , « pour qu'i/5 soient admissibles à l'examen du baccalauréat es « lettres. »

• Art. 2, Le présent arrêté sera notifié à tous les recteurs.

« — (DÉLIBEHATION DU COMSBIL APPJlUliVÉE PAB LB MINI&*

, SECONDE PAKTJR. l63

1 ordonnance qui a réglé les matières , Tordre et la forme de ces examens , d'où dépend radroissibilité aux emplois , et déterminé le tribunal auquel les citoyens pourraient recourir contre un si inconcevable arbitraire ? Quelle est la loi qui a institué Tu* niversité elle-même, et suspendu , anéanti les droits les plus sacrés garantis par toutes les constitutions? lies chefs d'état, les rois ne peuvent eux-mêmes, sans se briser, suspendre les lois ou dispenser de leur exécution ; et un ministre grand-maître, un conseil sans titre légal , une corporation anti-constitutionnelle, anti-légale, suspendent à volonté les chartes et les constitutions elles-mêmes , et privent impunément , selon leur bon plaisir , des citoyens français, l'immense majorité des citoyens français, du bénéfice des lois et des droits les plus imprescriptibles , les plus inaliénables du citoyen et de l'homme !

Et ces incapacités inouïes , ces mises hors de tous les droits communs, vraiment incompréhensibles , l'université , la corporation enseignante au nom de l'état , non-seulement les décrète , comme pouvoir législatif y mais elle les applique encore, comme pouvoir judiciaire ; elle les inflige comme pouvoir exécutif OM exécutant! On trouve même, dans son code pénal , ce monstrueux article que personne, je crois, n'a encore relevé :

« TBB. ») Parlez donc, après cela , db ltbbbtb , de DiGnrrÉ, b'x-

G ALITÉ DEVANT LA LOI, DB LAJfOUB FRANÇAISE ET D'HONNEUB NATIONAL !

l64 LE COBIMCmiSVE ET SES CAUSES.

ce Les élèves des lycées et des collèges, au-dessous « de i6 ans, seront punis selon la gravité des cas, a d'une détention de trois jours a trois mois dans « Tintérieur du lycée ou du collège, dans un local a destiné à cet effet. »

a Si les père et mère ou tuteur , s'opposaient à « Vexécution de ces mesures , l'élève leur sera re- « mis, et NE pourra plus être reçu dans aucun aua TRE LYCÉE OU COLLÈGE DE l'université. » U sera, par conséquent, mis hors des droits de l'homme et du citoyen 9 déclaré incapable de se présenter aux examens, même du baccalauréat nécessaire à l'admissibilité aux charges publiques, exdu de toutes les carrières libérales. (^Décret de i8i i , art. 77 et 78.)

4^ La liberté des cuhet.

L'enseignement d'état, ou l'université, attaque et sape également par la base la liberté des cultes : 1® en ce qu'elle empêche les ministres de chaque culte d'instruire librement quiconque le désire, et spécialement les jeunes gens que les parents voudraient leur confier, et leur interdit l'enseignement des langues , des sciences , de l'histoire, sans lequel , il est impossible de connaître et d'apprécier la religion, ses traditions, ses monuments et ses preuves, de la défendre , et souvent même de la croire.

a^ En ce qu'elle méconnaît, comme nous l'avons montré plus haut , et annule le droit qu'ont les ministres de chaque culte, ceux de la religion

SECONDS PABTIB. j65

catholique surtout , de surveiller et de juger les doctrines qui sont enseignées aux membres du troupeau qui leur a été confié , et par conséquent , d'examiner les livres qui contiennent ces doctrines , pour attribuer ce droit à des inspecteurs et à une commission d'état dont aucun culte ne reconnaît et ne peut reconnaître la compétence en semblable matière.

3® En ce que l'université , avons-nous dit ailleurs, usurpe schismatiquement, par les facultés de théologie, le droit qu'ont reçu de Dieu les seuls évéques , et qu'ils ne peuvent aliéner , d'instituer^ pour le culte catholique, des professeurs de théologie et d'Écriture sainte, et des catéchistes même; en ce qu'elle enlève ces professeurs à la juridiction épiscopale, par la promesse qu'elle leur impose d'obéir, en tout ce qui regarde cet enseignement essentiellement religieux, à un chef laïque , et qui peut être protestant, juif ou impie , ce qui est pis encore ; en ce qu'elle s'établit, par ses recteurs et ses doyens, seule juge des doctrines théologiques^ soit dans les thèses publiques , soit dans les traités à enseigner dans les cours , soit dans les programmes et examens ; en ce qu'elle crée enfin , au nom de l'autorité civile, des licenciés et docteurs en théologie qu'une ordonnance rend seuls aptes aux fonctions les plus importantes dans l'Église, cç qui est une entrave manifeste à la foi catholique et déjà condamnée dans les collèges de Joseph II et de Guillaume en Belgique.

l66 LB COHMOmSUE ET SES CAUSES.

4® En ce que l'université, telle qu'elle est, corporation de l'état , avec ou sans monopole, est en contradiction manifeste avec toutes les constitutions modernes qui rejettent toute religion d^état et proclament la liberté des cultes, soit qu'elle enseigne un culte de préférence aux autres , soit qu'elle n'en enseigne aucun , soit qu'elle les enseigne ou les attaque tous également, comme il arrive, (i) Dans la première hypothèse : parce que l'université n'a aucune mission de ce culte de l'en* &eigner; parce qu'en forçant les enfants des autres cultes de recevoir cet enseignement, elle porte à leur droit la plus grande atteinte. Dans la seconde hypothèse , parce que tous les cultes font aux élèves un devoir de Tinstruction religieuse, et qu'elle ne peut être donnée d'une manière utile qu'autant qu'elle se relie avec toutes les autres branches d'instruction; parce qu'enBn il est impossible de donner à la jeunesse l'enseignement classique , sans rencontrer à chaque pas la question religieuse et tnorale et être obligé de la traiter. Dans la troisième et quatrième hypothèse: parce qu'agir ainsi, c'est donner pour base pratique à l'enseignement la contradiction , l'hypocrisie et l'immoralité, l'impiété et l'apostasie.

(1) Charte-vérité, ou le Monopole devant les Chcmbreê^ pig. 118^ It9et8ui?.

5® La liberté de comcience.

La liberté de conscience est incompatible , de quelque côté qu'on l'envisage, avec renseignement d'état, ou luniversilé. Pour les parents, d'abord: l'université , en leur ôtant la liberté de choisir les maîtres de leurs enfants, et leur imposant les siens, catholiques, protestants , juifs, déistes, sceptiques, panthéistes , ennemis de toute révélation , hommes, en religion, de très-mauvais exemple , les empêche par là même de remplir un des plus graves et des plus impérieux devoirs de la conscience: celui qui les oblige, sous peine de salut, non-seulement à ne pas exposer leurs enfants au danger de perdre leur foi et leurs mœurs (i), mais encore à leur enseigner, par eux-mêmes ou par d'autres, la foi, la vertu, et les pratiques essentielles de la religion.

La liberté de conscience est , en second lieu, incompatible avec l'université, ou l'enseignement d'état, a l'égard des maîtres. 1^ L'université les force, à I école normale, contre les prescriptions de leur conscience, de suivre les cours du Collège de France et des facultés (a), dont la plupart sont hostiles à

(1) Ce danger est manifeste, puisque, diaprés des statistiques publiées, sur cent chances de perdition dans les premiers collèges universitaires , à peine en trouve-t-on deux de salut. « Passé la troi- « sième, a dit M. Villemain , les élèves, dans nos collèges, n'ont « plus le sens moral, » (Voyez : 1*^* partie , pag. 173 , et les Ensei* çnements universitaires, depuis la page 83 jusqu'à la page 187.)

(2) Décret du 17 mars 1808. art. 113. Alman. univers. — École normale.

l68 LE COMMUiriSME ET SES CAUSES.

tous les cultes , attaquent et tendent à renverser toute révélation divine, toute religion positive, et par le rationalisme, le panthéisme et le fatalisme sapent par la base toute morale et Tordre social tout entier, (i)

0? Elle leur donne , à l'école normale encore , pour directeurs et pour maîtres de conférences, les professeurs des mêmes cours, ou leurs .premiers disciples , et les force ainsi à entendre de nouveau et plusieurs fois par jour les mêmes leçons , les mêmes blasphèmes et les mêmes impiétés , avec le danger imminent de perdre toute espèce de foi et de tomber dans Tathéisme le plus horrible , à l'exemple de Jouffroy lui-même, (a) .

3^ Elle leur prescrit, comme livres classiques et comme livres-modèles, et les oblige d'étudier et d'enseigner aux autres des livres attaquant tous les cultes, comme le Siècle de Louis Xiy et VHistoire de Charles XII y par Voltaire; Les provinciales^ la première idylle de Théocrite , etc. , etc. , livres aussi contraires aux dogmes et à la morale catholiques, qu'aux dogmes et à la morale des protestants et des juifs ; des livres professant même ouvertement l'impiété, le panthéisme et l'athéisme, comme les œuvres de Lucrèce, de Spinosa , de Voltaire, de J. J. Rousseau , etc. et de MM. Cousin , Villemain, Jouffroy, Matter, Michelet, Damiron, Mai- Ci) Voyez, l'* partie, pag. 179, et Monopole^ etc. pag. 603» 548, et Dialogues^ 5*.

(3) Voyez 1"* partie, sa profusion, pag. 178.

ECOJVDE PARTIE. iGf)

iet, Géruzez, Laroque, Boucbitté, Burette , etc. etc.

En troisième lieu, a l'égard des élèves, l'université, ou renseignement d*état, détruit également et plus odieusement encore la liberté de conscience: I® en les forçant, dans toute la France , sous peine d'ilotisme et d'exclusion de toutes les carrières libérales , d'étudier aussi et de suivre les livres et les cours que nous venons de signaler.

3** En autorisant^ adoptant ^ prescrivant , pour tous les collèges, et même pour les écoles primaires, pour leurs bibliothèques et leurs distributions de prix , un grand nombre d'autres livres également hostiles ou plus opposés encore à tous, les cultes et à toute religion : cours et livres de philo* Sophie, cours et livres d'histoire , cours et livres de littérature et de sciences , livres de religion et de morale , manuels de toute espèce, que chaque collège ou chaque professeur a ensuite le droit d'imposer, de distribuer, l'ordre souvent de recommander, et qu'en effet ils imposent, ils distribuent, ils recommandent aux élèves, (i)

3^ En leur donnant pour professeurs, dans tous les collèges, des élèves de l'école normale , les disciples

(1) Voyez plus haut, pag. 126 et 128, et dans les Mmanachs , les Catalogues de livres approuvés, et chaque année, dans les journaux officiels de l'université, le Catalogue des livres à donner en prix. Le n* du 15 juin 184$ « de la Revue de instruction publique^ qui nous tombe sous la main , recommande les OEuvres de philosophie de M. Cousin , quoique condamnées par TËglise; celles de MM. Jou£{roy,Damiron, Lermimer, Frank, lejuifpanthéiste, etc., etc.

J^O LE COMMUNISME ET StS CAUSES.

de MM. Cousin, Jouffroy , Damiron , Michelet, Saisset, Mallet, Libri, etc., imbus de leurs doctrines sceptiques, rationalistes, panthéistes, et d'autres professeurs , souvent aussi sans foi , sans mœurs, et enseignant ouvertement, et dans leurs leçons orales, et dans leurs leçons imprimées, depuis la sixième jusqu*aux cours les plus élevés, des doctrines hostiles à tous les cultes , souvent même les plus monstrueuses impiétés , des principes féconds en toute sorte de communismes. Ne s'en trouvât-il même qu'un seul par collège , sa présence suffit pour violer la liberté de conscience et faire perdre à jamais la foi aux élèves.

4^ En les forçant de fréquenter ou d'habiter des collèges devenus , d'après les rapports authentiques et publics des médecins, des aumôniers , et le témoignage de presque tous ceux qui ont eu le malheur de les connaître, un foyer d'immoralité, une sentine de corruption et de vices, qui laissent à peine à leur foi et à leurs mœurs deux chances de salut sur cent de perdition.

6* La liberté de la pre$se et dei opiniom.

Que devient , avons-nous dit encore dans la Charte-vérité t que devient, avec un enseignement d'état, cette liberté tant vantée? Quepeu^elle devenir dans la société , dans les familles , dans les individus , lorsque , dès l'enfance et pendant dix ou douze années consécutives , à 1 âge où les opinions

SECONDE PARTIE. l'^i

coromencent à poindre et à se former, Tétat, ou, sous son nom, des sophistes sans convictions et sans principes interviennent avec une autorité souveraine , pour imposer à toutes les générations qui prennent rang dans la vie et le monde , leurs propres opinions ?

Que devient cette liberté, lorsqu'une commission de censure , choisie à travers les mêmes hommes, et arbitrairement , vient, malgré les constitutions et les lois déclarant que la censure ne pourra jamais être rétablie^ proscrire , en ne les approuvant pas, de toutes les maisons d'éducation , interdire même quelquefois, par un seul mot des inspecteurs, les livres qui lui déplaisent, ceux qui sont le plus conformes à la religion , à la conscience , aux opinions des élèves et de leurs familles , et leur imposer, en les approuvant, et souvent en les adoptant et les prescrivant, la lecture et Tétude de ceux que, selon son bon plaisir et peut-être pour de l'argent , elle aura jugé à propos d'autoriser et de prescrire, quoiqu'ils blessent et outragent, par la calomnie et par les mensonges de toute espèce , toutes les affections des élèves , tous leurs principes religieux , historiques , philosophiques , politiques et littéraires?

Que devient la liberté des opinions et leurs progrès, lorsqu'un ministre responsable , ou son inconstitutionnel et irresponsable conseil , et leurs commissions arbitraires, viennent à toute heure imposer, par séduction ou par violence, leurs opinions

17a LE COMMUNISME ET SES CA.USES.

et leurs méthodes , souvent des opinions et des méthodes tristement stationnaires, arriérées, routinières , contradictoires; les opinions, les essais, les utopies de conseillers , d'inspecteurs ou de professeurs qui en trafiquent et en font métier et inlustrie , à l'ombre du monopole et du privilège, :omme d'une marchandise, qu'ils forcent d'acheer , sous peine d'exclusion des grades et des droits ivils qu'on en a fait dépendre?

Âuàsi le célèbre député du Mans, membre non Doins célèbre du gouvernement provisoire, M. Le- Iru-Rollin ne put-il, sous Louis-Philippe, s'empéy,her de reconnaître et de signaler, dans l'enseigneaent d'état, la ruine de tous les droits et de toutes es libertés, a Voyez cependant, disait«-il, à quelle X contradiction mène un faux système. Les mêmes % hommes f qui veulent que l'jétat s'empare exclu- X sivEMEVT de l'bnseignement, demandent en même x temps la liberté de la presse. // est manifeste pourt tant que si V^tat a le droit de se réserver Vensei' K gnement de la jeunesse^ il a aussi le droit i}e coir- (c FiSQUER l'jçnseigitement DE l'age MUR. Ou répoud tf à cela que l'état a sur les enfants des droits qu'il « ne peut avoir sur les hommes ; mais qu'est-ce donc (c que l'enfant dans l'état? Est-ce un individu social? « Non , sans doute , car il n'est rien par lui-même ; c il n'est quelque chose que par son père ; il vit « par lui , pense par lui , aime avec lui. En oppri-

cc MANT LE FILS, c'eST DONC LE PKRE QUE VOUS OPPRI-

4( MEz; en soumettant le fils à la dictature , vous

S£C01fD£ PARTIE. 1^3

a tyrannisez le père, car c'est le père seul qui soufa fre , qui souffre dans ce qu*il a de plus intime , « dans ses plus tendres affections , dans ses plus a chères espérances. Quoi ! vous reconnaissez que a vous n'avez pas le droit de torturer le corps de ce l'individu , et vous invoquez le droit de tor- « turer son âme ! Vous n'osez enchaîner sa main , « et vous enchaînez sa volonté^ ses sentiments, ses « désirs les plus saints ! Dérision ! Quant à l'enfant, « vous le réclamez comme votre esclave jusqu'à a vingt et un ans, et du jour au lendemain, vous le « rendez à la liberté. Vous avez façonné son âme « sous le niveau de l'état , et vous lui dites de se a développer selon sa vocation ; vous l'avez étouffé <x dans l'atmosphère de la servitude, et vous lui « dites de grandir à l'air libre. Mais ne voyez-vous « pas qu'il n'a plus une pensée à lui , qu'il faudra « qu'il pense par vous , homme fait comme enfant ^ « et que, dès lors, la liberté de la presse est une a anomalie et un mensonge ? Il n'y a pas un argua ment en faveur du premier monopole , qui ne « puisse être invoqué en faveur de l'autre ; et par a contre , il n'y a pas un témoignage en faveur de « la liberté de la presse, qui ne puisse être cité en « faveur de la liberté de l'enseignement ; car toutes « les libertés se servent de garantie l'une à Tau* a tre, parce qu'elles reposent toutes sur les mêmes « principes, les droits de l'individu, les droits de « la minorité. Si vous respectez une des libertés, tt vous devez les respecter toutes, car elles ont tou-

ratures, de l'histoire et de ses roonuments , de la philosophie et de ses systèmes; grades, diplômes,

« légumes, Fun et Fautre composés d'aliments fort grossiers et « souvent gâtés. Le goûter offrait la moitié de la portion nécessaire « à chaque élève. Le souper ne différait du dîner que par la sup- « pression de la soape. Aj^ six nuMs de ce régime , je tombai ma- « lade. Je sortis du lycée, et je vins passer une quinzaine de jours « chez mes parents , où ma santé se rétablit. Je rapportai quelque « argent, avec lequel je soutins mon état de santé. J'aurais été fort « malheureux , si ma bourse , de temps en temps renouvelée, ne « m*eût mis à même de suppléer à la mauvaise nourriture et de « prévenir une rechute. Je ne tardai pas à m'apercevoir que si je « ne voulais pas mourir de faim , il fallait acheter des vivres. »

« Passons à Thabillement. »

« En vertu du règlement , je devais recevoir tous les ans un « habillement complet , savoir, un frac , une veste et une culotte. « Tout cela était fourni en drap bleu et extrêmement grossier. Les « trois articles étaient également étroits et composés de pièces et « de morceaux. II y avait cependant un moyen d*étre équipé avec « un peu moins d'économie : c'était de glisser une pièce de six à « neuf francs dans les mains du tailleur. Il était Impossible de res- « ter toute l'année avec un seul pantalon bleu ; en été, il fallait un « habillement moins chaud ; la maison n'en fournissaît point ; a les parents étaient obligés de l'acheter. »

« Ce que j'ai dit du tailleur est applicable au cordonnier et au < chapelier.»

« La maison devait fournir des plumes et du papier ; mais cette « fourniture se faisait de manière qu'il devenait indispensable d'en « acheter. »

« Indépendamment de ces différentes occasions d'employer l'ar- *» gent pour se procurer les divers objets nécessaires, il y en avait « une foule d'autres , où , sans rien acheter , il fallait cependant « donner de l'argent. »

« Tous les mois , par exemple, le jour de la sortie , les élèves « étaient imposés à une somme répartie sur chaque quartier, ou « salle d*étude , et l'on ne sortait point que l'impôt n'eût été perqu « en entier. Tous les trois mois, on payait le quartier de la pen-

brevets, etc.?N*y a-t-il pas réunion et coalition, monopole même , pour opérer la hausse sur tous ces

« sîon, plus un supplément d'ane trentaine de francs, auxquels « étaient évaloés des dégâts qu'on n'avait point commis. »

« LOGBMBNT. Les sallcs d'étude étaient grandes , fort malpro- « près , et surtout très-froides. Le poêle était enlevé durant les « trois quarts de Tannée, et fort mal chauffé le reste du temps. »

« Pendant les récréations , les élèves , au nombre de cinq cents, a étaient répartis dans deux cours , dont la plus grande ne Teilt « pas été trop pour contenir aisément soixante élèves. »

« Les dortoirs étaient des salles renfermant chacune de soixante « à quatre-vingts lits , et dans lesquels l'air n'était plus respirable « au bout de deux heures. Cependant, j'ai vu l'un de ces dortoirs •c coupé, pour agrandir le vaste appartement du proviseur, à qui « il manquait une salle de billard. »

« Il y avait dans la maison un très-grand nombre de domesti-» « ques ; mais ils étaient affectés autant au service particulier du « proviseur et du censeur qu'à celui des élèves. »

« En réfléchissant sur la manière dont nous étions nourris , ha- « billes, instruits , sur le prix de tout cela , sur les sommes qu'il « fallait sans cesse y ajouter , sur les économies que la maison « faisait pendant les vacances, où les deux tiers des élèves étaient « absents et où le prix de la pension courait toujours; sur les pro- « fits , les jours de sortie , où le nombre des portions se trouvait « réduit de moitié , je m'imaginai pendant quelque temps que le » gouvernement devait retirer des sommes immenses de cet éta- « blissement ; mais je n'avais pas fait attention que le proviseur « entretenait , aux dépens de la maison , une table très-délieate- « ment servie , entourée tous les jours de nombreux convives a étrangers» indépendamment de sa famille , et qu'il donnait, une n fois par semaine au moins , de brillants diners de trente person- « nes^ dont la bruyante joie formait un contraste frappant avec « le régime frugal des élèves. »

« C'est alors que la salle de billard , contiguë au dortoir qui « l'avait fournie, se remplissait de la brillante compagnie, qui,

.j8o le communisme et ses causes.

ils pas établi entre eux et à cet effet , des rapports de subordination et de correspondance administra-

par ia Gazette spéciale de Hnstruction publique. Les doctes per* sonnagest pour montrer que rien ne leur est étranger dans le monopole qu*ils dirigent, entrent dans les moindres détails déménage, et taxent le prix de chaque pièce de mobilier : 300 vases de nuit, par exemple , requis , pour les dortoirs et chambres de maitiks d'btuds, par Finquiète sollicitude de ces grands ofBciers, s'y montent à 200 ù., un franc pièce , sans compter 200 tables de nuit iidem)^ formant siège, à 11 fir. pièce , qui font 2,200 fr. ; 30 bain de pieds ^ à 20 fr., sont estimés 660 fr. ; 1 robinet pour vider lei bains de pieds, 12 fr. ; une soupape pour les remplir , 6 fr. 1 bane en chêne ciré , avec dossier à jour pour les bains de pieds ^ 2^0 fr. ; remballage, le transport et voyage de fouvrier^ 3S0 fr.; mobilier pour la salle de réception^ pour les appartements des proviseur, censeur, aumônier, économe , et pour les lingères et gardemalades, 9,000 fr. ; 20 couverts d'argent, à 40 fr. , et cuillère à potage, pour la table commune et pour les maîtres , 660 fr. ; 80 paires de draps , à 30 fr. pour rinfirmerie et pour les maîtres, et pour les domestiques , 2,400 fr. ; oreilliers , taies d'oreilliers, robes de chambre, bassinoires, bassins, rideaux , poêles , fourneaux, fauteuils de malade et ustensiles pour rinfirmerie , 10,000 fr. ; banquettes , chaises, rideaux et poêle pour le parloir, 500 fr. ; tables, chaises et poêles pour le logement des portiers, 200 fr. ; tables et chaises pour les élèves et pour le surveillant dans les cellules pour les arrêts , 100 fr. ; l'ameublement du bureau de Técononie et de son commis, 400 fr.; 150 lits en fer pour les élèves, à 50 fr., 7,500 fr. ; 50 lits en fer pour les maîtres , les domestiques et pour rinfirmerie, 2,000 fr. ; une marmite, deux bassines, bouilloire et réservoir en cuivre , 982 fr. 50 c ; fourneau économique , 1,580; gradins , tables , chaises et poêles pour les classes , à 750 fr., pour 11 classes 8,260 fr.; une horloge, 1,800 f. ; cartes murales dans les classes , et tableaux chronologiques , 2,200 fr. ; appareils divers de gymnastique, sable, etc. (sic), 43,910 fr. (Il faut avouer que voilà du sable un peu cher ; peut-être vient-il/le Paris, et dans Vetc. comprend-on les frais d^embaUage. O génie du monopole ! ) bibliothèques, 8,000 fr. ; armoires pour renfermer l'argenterie «

SECOIVDE PARTIE. l8r

tWe ? N'ont-ils pas confisqué à leur profit tous les droits naturels et reconnus par les lois et les constitutions, qu ont tous les citoyens de faire des éta« blisseoients particuliers d'éducation et d'instruction? Ces établissements, déclarés par les constitutions (plus haut, pag. 147O de véritables propriétés, des propriétés /ondées par les talents des maîtres^ consacrées par la confiance publique, et respectées par les lois, comme inviolables , au même titre que les autres, n'ont-ils pas été envahis, confisqués par l'enseignement de l'état, ou l'université ? Les établissements du même genre, fondés par l'Église et la piété des familles chrétiennes , achetés de leurs deniers, sous le nom de petits séminaires, n'ontils pas, par le décret universitaire de 181 1, subi le

rapos pour le serrice des réfectoires , 150 fir. ; fourneau , cuves» chevalets pour la buanderie , 8,000 fr.; casseroles, tamis, couteaux , tables , couperets , fontaines , mannes et autres ustensiles , 8,000 fr. , etc., etc. , etc. , le tout montant à la petite bagatelle de 120,000 francs.

L'arrêté se termine par ces mots : « Tous les objets ci^dessus^ dont on indique , comme renseignement , les prix approximatifs , et dont racquîsitîon sera faite ^/ar la ville , devront être en bonne et due qualité^ et ne seront définitivement acceptés qu'après te» pracés'verbal dressé contradicioirement par un délégué de Fautorité locale et un délégué deVuniversUé. N*e8t-il pas à craindre, comme disait plus haut M. le professeur , que beaucoup de gens ne voient dans les dernières lignes Tintention d'obliger Tautorité locale ou ses agents , à se remettre du soin de ces achats divers sur le délégué de Funiversité , inspecteur, proviseur ou autre, soit pour tn éviter rembarras , soit pour ne pas s'exposer à voir refuser les objets qui auraient été choisis par eux avec une grande différence en moins des prix indiqués ?

l84 ^^ COMMUNISME ET SES CAUSES.

liberté. Et qui donc, à l'exception des religieux dont on ne vçut pas, et qui n'existent plus en nombre sufiisant, pourrait entreprendre une concurrence quelconque contre un enseignement gratuit, et qui serait partout; ou contre un enseignement d'état dont tous les maîtres seraientpayés forcément par les budgets de l'état ou par ceux de la commune, privilégiés de l'état» pensionnés par l'état, et dont tous les établissements, bibliothèques, cabinets de physique, mobilier de tout genre , maisons de campagne , etc. seraient fournis et entretenus par Tétat? La concurrence, dans de telles conditions, ne serait qu'une folie ; elle ne durerait pas dix ans, et ne se soutiendrait même , pendant ce court espace de temps, qu'à grand renfort de pensions énormesy et pour les seules familles chrétiennes avant tout, et extrêmement riches. Toute la masse des prolétaires et des bourgeois s'en éloignerait indignée, et l'Église , si cette concurrence était entreprise par elle, en deviendrait, et justement, plus odieuse encore , comme ne travaillant qu'en faveur de l'aristocratie. Le mal irait toujours croissant ; un despotisme sans frein, impie, inouï, pèserait plus lourdement sur la France , foulant, dévorant, écrasant tout de aa puissance de fer; et l'unité et l'égalité qui marcheraient à sa suite ne seraient que l'unité et l'égalité des tombeaux, la mort des intelligences dans le scepticisme et le doute , la mort des consciences dans l'absence de toute règle de moralité, la mort de tout le reste dans l'égoîsme , la misèi^,

SECONDB PARTIE. l8S

'oisiveté , tous les vices , toutes les dégradations 3nun mot, dans le communisme.

Et qu'on ne s'y trompe pas , c'est le but , le but inique de tout enseignement d'état; ce n'est pas a raison seule et l'expérience qui le proclament ; m de ses plus ardents défenseurs l'a confessé ^ Il lui en a fait gloire, dans un de ses épanchenents de verve qui sont rarement sans vérité : : Avec la liberté d'enseignement , » a dit M. Thiers lu sein du bureau qui le nomma , en conséquent :e , membre de la commission chargée d'exami* ler le dernier projet de loi-Villemain contre la iberté d'enseignement , « avec la liberté d'enseic gnement, il faudra donc nécessairement un enc seignement pour chaque religion. Il y aura un c enseignement protestant , un enseignement juif; ( vous me rendrez donc la société d'avant 8g, où , c au lieu de Français , il y avait des Bourguignons, ( des Provençaux , des Bretons , des nobles , des c BOURGEOIS, desyi/j/i, des protestants j des cathou- « QUES.LA RÉVOLUTION EST VENUE POUR BRI- K SER CETTE DIFFÉRENCE.... SON CHEF-D'ŒU- X VRE , C'EST L'UNITÉ EN TOUTES CHOSES.... or V université , savez vous ce que c^est eu réalité ? X C'est l'onité en fait d'éducation... ;i)et pour déduire des prémisses établies par l'orateur toutes leurs conséquences , c'est l'unité en fait de communes et de provinces j en fait jm religion et de culte; c'est l'unité en fait de titres et de fobtunes; c'est

LA destruction DE TOUTES LES DIFFÉRENCES entre

l88 LE COMMUNISME ET SES CAUSES.

l'ami du progrès UNIVERSITAIRE.

De l'expérience ? de rhumanité ? contresens! L'expérience , c'est le progrès; et l'humanité, de nos jours, brise ses langes et son maillot, et célèbre partout la glorieuse époque de son émancipation et de sa majorité. Vous, au contraire, vous êtes toujours stationnaires, et vos colonnes d'Hercule sont une enfance éternelle.

LE DEMEURANT b'uN AUTRE AGE.

L'enfant qui marche à petits pas, suspendu à la

main de sa mère, et lui souriant, plein de grâces et de vie, est plus heureux et marche plus vite que le prisonnier chargé de chaînes ou écrasé sous une chape de plomb ; et l'expérience , qui s'avance à pas lents et la tête inclinée, regardant où elle marche, et sachant où elle va, fait plus de chemin que la présomption, courant, la tête au vent, sans savoir où, et se précipitant dans un abîme, en chantant Ça ira sur l'air des saint-simoniens , ou Femmes^ voulez'vous éprouver sur l'air des fouriéristes.

l'ami DU PROGRÈS UNIVERSITAIRE.

Toujours le grain de sel et la pointe épigrammalique d'un voltigeur de Louis XIV ! Mais que voulez-vous dire par votre prisonnier chargé de chaînes, et votre présomptueux se précipitant dans un abîme?

LE DEMEURANT d'uN AUTflE AGE.

ji bon entendeur, salut , disait Franklin , un

homme de progrès, lui ! Et je suis étonné vraiment que, prétendant au même titre 9 vous ne me compreniez pas...»

l'ami du progbès universitaire.

Parlant une langue moitié rétrograde, moitié progressive, il n'y a rien d'étonnant ; mais enfin, vous entendez sans doute, par votre expérienceetpar cet enfant marchant suspendu à la main de sa mère, les vieux peuples d'autrefois, courbés et prosternés sous le joug des prêtres et la suprématie de l'f^lise. Mais votre prisonnier chargé de chaînes...^

LE DEMEURANT d'uN AUTRE AGE,

C'est singulier ! vous ne comprenez que ce qui est rétrograde , et le progrès seul a pour vous de l'obscurité. Le prisme des préjugés est si trom* peur ! Le prisonnier chargé de chaînes est, à mon avis , le peuple asservi sous le despotisme d'un enseignement d'état ; et le présomptueux se précipitant dans un puits en chantant ca ira et regardant les étoiles, c'est encore le même , celui dont vous faites partie et dont vous vantez si haut la marche progressive.

l'ami du progrès universitaire.

Les faits sont là et parlent plus haut que vos moqueries surannées. Ce que vous appelés^ despotisme de lelat enseignant, c'est la lumière sur le chandelier et pénétrant partout; c'est un eosei-

igO LE COMMUiriSMS ET SES CAUSES.

gnement plus général, plus libre, plus vaste , plui avancé,plus populaire que votre p^ssé l'a jamais seulement conçu ; et l'abîme où nous nous précipitons, c'est la liberté, l'égalité, la fraternité, dans le droit commun et universel ; et, je le comprends, ce doit être pour vous un puits bien profond et bien noir.

LE DEMEURANT d'uN AUTRE AGE.

Oui-da ! Les faits sont là, patents, incontestables ; ils parlent plus haut que les tostes, et c'estsur eux que mon expérience s'appuie , pour affirmer que votre enseignement d'état est moins général, moins libre , moins avancé , moins populaire que celui d'autrefois ; et que votre liberté , votre fraternité, c'est l'égoisme , le despotisme en tout , la glèbe des âmes; et votre égalité, votre communisme, le droit commun dans la servitude , dans la misère et la ruine.

l'ami du progrès universitaire.

C'est un peu fort ! être esclave de mille superstitions religieuses et politiques, et insulter ainsi à la liberté , au plus vaste , au plus rapide progrès qu'ait jamais fait l'humanité ! Voyons donc vos preuves.

LE demeurant d'un AUTRE AGE.

Vous les voulez, je vais vous en faire juge. L'enseignement de la religion catholique, la suprématie de cet enseignement, appartiennent-ils , oui ou non, au clergé de ce culte? Est-ce , oui ou non, un

SECONDE PARTJE. I91

dogme de foi de cette religion qu'il en doive être ainsi ?

l\mI du progrès UHIVERSITAIRE.

Après.

LS DEMEURANT d'uK AUTRE AGE.

Le grec , le latin , les langues anciennes et modernes , leurs littératures, Tbistoire, les sciences, appartiennent-elles, oui ou non, à qui les possèdent? Ceux qui les possèdent sont-ils, oui ou non , de par la nature et le droit universel de tous les peuples, libres de les enseigner à qui librement veut les apprendre, sauf à rendre compte aux tribunaux ordinaires, à la justice du pays, des délits ou des crimes qu'ils pourraient commettre sous ce prétexte ou à cette occasion? L'état a-t-il, oui ou non, peut-il avoir quelque autre droit sur toutes ces choses?

l'ami du progrès UJCflVBRSITAIRE.

Après.

LE DEMEURAUT d'uN AUTRE AGE.

£h bien ! l'état enseignant ne s'est-il pas emparé de tous ces biens, de toutes ces propriétés, de tous ces droits sacrés , inaliénables , imprescriptibles ? N'est-ce pas lui, oui ou non, qui enseigne, et enseigne exclusivement, toutes ces choses, dans tous les collèges et toutes les écoles? N'est-ce pas en son ' nom, sous son autorité, sous sa suprématie , que l'enseignement de toutes ces choses est donné?

N'est-ce pas un despote , Napoléon , qui , absor* bant en lui la queue de Robespierre ^ s'est emparé, contre toutes les lois , contre toutes les constitu* tions existantes , de ce droit immense pour faire du peuple français un peuple de casernes; des enfants bourgeois, des officiers ; des fils de prolétaires , de la chair à canon ; et de toutes nos libertés, des trophées de despotisme, et un trône pour s'asseoir et nous opprimer?

l'ami du PROGRES UNIVERSITAIRE,

C'est possible.

LE DEMEURANT d'uN AUTRE AGE.

C'est possible ! Ce sont des faits accomplis à la face du ciel, incontestables; et ce même état, élevé ainsi à la dernière puissance de la tyrannie, n'est-ce pas lui, encore maintenant, qui distribue, comme il veut, où il veut, quand il veut, selon son bon plaisir et au gré de ses passions, de ses intérêts ou de ses caprices , la pâture intellectuelle de vos enfants, leur pâture morale et religieuse? Leurs idées, leurs croyances , leurs opinions , leurs affections et leurs haines, les vôtres, n'est-ce pas de lui, de lui seul que vous les tenez? Citez-en une, une seule que vous n'ayez reçue de lui.

Et qu'est-ce. que l'état enseignant, sinon le mï^ nistre grand-maître de l'instruction publique et son riche et nombreux état-major : MM. Yillemain , Cousin , Rendu, Dubois, St-Marc Girardin , Thé-

SECONDE PARTIE. ig?

nard , etc. ? C'est donc de quelques hommes , d'une oligarchie improvisée par arrêté ou par ordonnance , que vous dépendez intellectuellement , corps et âme, vous et vos enfants. C'est d'elle que vous tenez les seuls livres que vous lisez, les seules histoires que vous étudiez, les seules sciences que vous approfondissez ; vos pensées , ce sont les leurs ; leurs sentiments , leurs opinions y leurs croyances, leurs préjugés et leurs haines, ce sont les vôtres ; vous n'avez plus rien en propre en fait d'idées , pas même votre raison , pas même votre conscience , et vous parlez de liberté , de propriétés ! Vous êtes descendus, ravalés à l'état de machine, et vous parlez de progrès et de dignité !

Et cette servitude, cette dégradation inouïe, ce n'est pas même gratuitement qu'on vous l'impose : vous-mêmes vous l'achetez, vous la payez à beaux deniers comptants, semblables à ces Bretons dont parle Tacite, et à qui Calgacus , leur chef , reprochait d'acheter chaque jour, et chaque jour de nourrir leur servitude : Britannia servitutem suam quotidU emit^ quotidie pascit. Car cet enseignement d'état, c'est encore un fait incontestable, n'est-il pas un moncfpole? L'état, ou la compagnie qui l'exploite en son nom et sous son autorité, n'en trafique-t-il pas du haut en- bas de ses écoles? Ne le vend-il et ne le survend-il pas dix fois à chaque citoyen, sans jamais s'en dessaisir?

|q4 ^£ COMMUNISME ET SES CAUSEâ.

l'ami du progrès universitaire.

Mais c'était pire , sous le monopole de votre

Église.

LE demeurant d'un AUTRE AGE.

C'était pire !... Vous ne voulez pas réfléchir. Écoutez donc au moins. La religion catholique ^ alors, était, 1* enseignée par son clergé, sous la seule autorité de son clergé, n'est-il pas vrai? Chaque catholique ne reconnaissait qu'elle de juge de sa foi et de juge souverain en matière religieuse. L'Angleterre seule, et fort tard, avait reconnu l'état, c'està-dire, un roi ivrogne et débauché pour juge de la sienne ! C'était donc d'abord une tyrannie de moins; une violation de moins de la liberté des cultes et des consciences; deux libertés de plus, les plus saintes et les plus imprescriptibles. %"* l'Égalise, contente seulement de sauvegarder le dogme et la morale, fondements nécessaires de toute société, laissait, aussi bien que l'état, pleine et entière liberté aux opinions, aux systèmes, aux méthodes, aux livres de littérature et de science. C'était donc encore une immense liberté de plus, une vaste carrière ouverte en tout à la pensée et aux progrès.

l'ami du PROGRÂS UNIVERSITAIRE.

Et Galilée persécuté, emprisonné, pour avoir découvert que la terre tournait autour du soleil, et non le soleil autour de la terre, était-ce de la liberté ?

SFCONDE PARTIE. iq5

LE DEBfBDRAlIT d'uIT AUTRE AGE.

Il faudrait en finir, ce me semble, avec cette vieillerie, bonne tout au plus à être exploitée par un Libri de Bagnano et les écrivains de son mérite.

Galilée a été consigné quelques mois dans un palais magnifique, non pour avoir enseigné ce que vous dites, comme un système, une hypothèse, mais comme une certitude , un dogme fondé sur TÉcriture, ce qu'il avait promis lui-même auparavant de ne plus enseigner, et ce qui est faux, (i) Quant au système en lui-même^ il n'est pas de lui: un siècle avant , un chanoine de Frawembourg , longtemps professeur de mathématiques à Rome , Copernic, l'avait librement et publiquement ensei* gné, et par paroles, et par écrits, sans rencontrer le moindre obstacle. Qu'y a-t-il donc là de comparable aux poursuites , condamnations et confiscations exercées contre quiconque ose ouvrir une école, même gratuite, pour les pauvres, sans brevet et diplômes universitaires? Je reprends donc.

3* L'Église elle-même exhumait de la poussière des âges les monuments de la littérature grecque et romaine, et les communiquait librement, gratuitement à qui voulait les étudier et les connaître. Chaque commune , chaque ville , chaque couvent avait ses écoles gratuites ; nul impôt sur les éco-

(t) M. Mallet da Pao , quoique protestant, a publié, en 1784, une dissertation sur toute cette affaire, où il justifie surabondamment l^Église, et prouve jusqu'à Tévidence que tous les torts étaient da c«té de Galilée.

liers, nu\s /rais d'études y nul droit d'examen , de diplômes et de visa; ni monopole, ni survente de livres , de mobilier, de fournitures d'écoles et de collèges. Les portes des établissements d'études étaient ouvertes à tous, comme celles des temples; tous les enseignements des lettres, comme ceux de la religion et de la morale, étaient gratuits; et d'une extrémité du monde catholique à l'autre , quiconque tenait une plume savait écrire et parler le latin. Que d'entraves et de chaînes de moins! que de libertés de plus! Comparez maintenant, admirez, vantez surtout votre progrès.

l'ami du progrès universitaire.

Affirmation que tout cela ! panégyrique des temps passés ! Vos preuves ?

LE demeurant d'un AUTRE AGE.

Elles sont partout, dans tous les livres et les écrits des savants de ces temps, dans tous les monuments de l'histoire, dans toutes les inventions et découvertes qui nous ont précédés. Mais il faut se borner; et puisqu'il vous faut des témoignages, citons-en quelques-uns.

Un auteur contemporain, Guibert de Nogent, dit le savant Hurter, ministre protestant , assure que, de son temps, il n'y avait pas en France (xn* et xiii^ siècle) une ville , ni même un bourg qui ne possédât une école , où les personnes même , de basse extraction, pouvaient se faire instruire; et

SECONDE PAATIE. ig'J

c^est peut-être pour cette raison que la France fut appelée la contrée riche en écrivains, Gallia scriptoribus dives. (i) a On pouvait voir à Paris , dès le dé- « but du X* siècle , écrivait un Anglais contempoct rain, cent beaux collèges pour l'usage des étua diants, tous bâtis de marbre d'un grand prix.»(2) Au temps de Henri IV , dit Sobieski dans ses Mémoires, on en voyait encore soixante et dix ; et à la fin du xviiL^ siècle, dit M. Laurentie, on comptait encore dix grands collèges de plein exercice , tous dus à la libre charité, à la charité magnifique des vieux âges, et au-dessous de ces écoles célèbres , vingt-six collèges moins importants , qu'on appelait Collèges réunis , dus à des fondations semblables. (3) Toutes les villes un peu importantes comptaient plusieurs collèges ou séminaires complets et plusieurs autres moindres. La ville d'Avignon en acompte jusqu'à sept, et partout l'entrée en était ouverte gratuitement à tout le monde.

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