CINQUIËME FAIT, OU CINQUIEME EXEMPLE DE COMMUNISME
n état y en usurpant les biens des églises , des écoles y des hôpitaux ou des pauvres y leur a jeté y comme un appât et tout ensemble comme un défi communiste^ cette inqualifia^ ble spoliation , et a posé la base la plus large du communisme des propriétés.
Vim fecerunt deprœdantes pusHloSf et vtilgum pauperum ipoUaverunt.,,. et Deus inultum abire non patitur.
Ils se sont emparé Tiolemmcnt des biens des faibles: ils oot dépouillé le peuple pauvre.... Dieu ne laisse pas impunies de telles iniquités. [Job, chap, 24 , v. 9 et 12,)
Le communisme, une fois maître de la souveraineté par la négation de celle de Dieu et de tout droit divin , négation qui livre à l'émeute , à la ruse et à la force brutale , tout pouvoir, quelle que soit sa forme , démocratie , aristocratie , monarchie élective, tempérée ou absolue;
Maître, par la suprématie de l'état et un ministère souverain des cultes , de la religion, source et raison dernière de tous les liens sociaux ;
aiG LE COMMUNISME ET* SES CA.USES.
Maître de l'enseignement religieux et raoral , littéraire, historique et scientifique par le monopole de l'instruction publique et de l'université d'état;
Maître y par conséquent, du culte et de la conscience, de la foi et des opinions, des droits les plus naturels , les plus inaliénables de l'humanité , des propriétés les plus imprescriptibles du citoyen , des biens les plus essentiels, et tout à la fois les plus antérieurs aux sociétés civiles , puisque ces sociétés ne subsistent que par eux, et que le but, la fin suprême de tous les états ou gouvernements, est de les garantir et de les conserver dans toute leur intégrité ;
Le communisme une fois maître de tous ces droits , et rien n'étant fait pour les rendre à qui ils appartiennent, il est évident que les biens et propriétés matérielles ne peuvent échapper, un peu plus tôt, un peu plus tard, à son domaine désormais irrésistible.
Que sont-ils, en effet, en comparaison des précédents? On n'a jamais vu de sociétés, on n'en peut pas même concevoir sans autorité souveraine et déterminée par les coutumes,les conventions ou les lois; on n'en a jamais vu , on n'en peut pas même concevoir sans religion divine et reconnue comme telle; mais on en a vu, et de très-anciennes , et de très-rapprochéesde la nature, sans propriétés matérielles, territoriales ou industrielles. Les rois d'Egypte, après Joseph , étaient maîtres de toutes les terres; il en était à peu près de même des vastes empires de Ba-
SECONDE PARTIE. qi^
bylone, de Ninive et d'Ecbalane (i) , des républiques de Sparte et d'Athènes, dans leurs temps héroïques. Les sociétés arabes, descendant des sociétés prinaitives et patriarcales , aussi bien que les vieilles peupfades d'Amérique , n'en ont point encore; et quand au Paraguay, des hommes qu'on prétend ennemis de toutes les libertés, et qu'on présente comme inféodés à tous les gouvernements absolus, fondèrent, sous le nom de Réductions, ces admirables sociétés , qui n'étaient qu'une grande famille; il n'y avait dans leur sein , à proprement parler, ni propriétés industrielles et commerciales, ni propriétés territoriales individuelles.
« On voit du premier coup d'œil , » dit l'historien Muratori, après avoir décrit le régime civil de ces missions , « tous les avantages qui reviennent aux « néophytes de cette communauté de biens. Les In- « diens sont pauvres, et ne manquent cependant de <c rien. Ils conservent entre eux une égalité parfaite, a qui est le plus ferme appui de l'union et de la « tranquillité publique.» (/{e/a^ des Miss, du Parag. CA. XVI.)
Aussi, à peine, en 89 et 9:1, la religion et l'autorité temporelle eurent-elles été livrées au communisme, que le principe même de la propriété, et dans
(1) Quand les Jui& demandèrent un roi, Samuel, pour les dissuader de cette idée, leur fît remarquer ce qu'étaient autour d'eux les empires , et les droits des gouvernements ; et il leur dit , entre autres choses: « Hoc eritjus régis:..,, agros quoque vestros ei « vineas et olive ta optima toUet et dabit servis suis ^ etc. • (3. Liv. des Rois^ chap. 8, i?. 13 et 140
ai8 LE CO&IMUNISME ET SES CAUSES.
ses conditions les plus sociales , ébranlé jusque dans ses fondements, eut à subir les plus déplorables atteintes.
La religion catholique, qui semble , dit Montes- \quieu, n'avoir d'autre but que la téliSité de Thorome dans Tautre vie, et qui pourtant est la seule capable encore de le rendre heureux ici-bas , avait tout fait pour le bien-être et le bonheur de l'humanité. Partout où il y avait un besoin de civilisation à satisfaire , quelque souffrance à guérir, quelque douleur à consoler , — et il y en aura toujours, et en grand nombre , dans les sociétés les mieux réglées, parce que le terme et la perfection consommée de l'homme ne sont point ici-bas, — partout la religion accourait, avec les dévouements divins qui lui servent de cortège.
C'était d'abord son clergé, ses papes , ses évéques , ses chanoines^ ses curés, ses prêtres et ses ministres de tous les degrés, consacrés à l'instruction des peuples et de la jeunesse , à l'administration des sacrements civilisateurs, à la visite des malades, à l'entretien et au soulagement des pauvres , aux funérailles des morts , à la tutelle des veuves et des orphelins, aux chants, aux prières , aux sacrifices offerts à Dieu , au nom de tous et de la société entière. Divine hiérarchie, indignement et systématiquement calomniée par l'enseignement historique et philosophique de l'état , mais dont l'histoire et la législation tout entière à travers les siècles , sont le plus magnifique,
SECONDE PARTIE. aig
le plus universel , le plus libéral code de l'humanité! Pas un droit qui n'y soit garanti; pas une liberté qui n'y soit protégée ; pas une injustice , pas une oppression, pas une atteinte à la dignité de l'homme, à l'intégrité de la famille, à l'ordre et au bonheur des sociétés, qui n'y soit flétrie, anathématisée, et au nom de Dieu, et de par la grande et souveraine autorité d'où descendent toutes les autres et à qui tout appartient.
Ensuite venaient, et sous l'autorité des pontifes, ces saintes et innombrables associations de fraternité, de liberté et d'égalité sous la loi commune, véritable socialisme chrétien et le seul possible, formées de toutes parts, excitées, approuvées , encouragées par les pontifes , les chefs des peuples et les peuples eux-mêmes, à cause des grands biens qu'elles apportaient au monde, ou qu'elles rendaient plus sensibles et plus étendus.
Ici, c'est saint Benoît, et les nombreuses familles de ses disciples , les défricheurs des vieilles chroniques et des terres abandonnées; là, c'est saint Bruno et ses nombreuses maisons , asiles des vieux manuscrits et des âmes qui ont soif des travaux et des joies de la solitude. Ici, c'est saint Norbert et ses Préroontrés , alliant dans une vie austère, et les travaux des champs, et ceux de la prédication évangélique; là, c'est saint Jean de Matha, saint Félix de la branche royale de Valois, et leurs Trinitaires, parcourant le monde infidèle, à travers mille dangers et d'incroyables fatigues, pour y racheter les
chrétiens captifs et les rendre à leurs familles. Plus loin, c'est Guy et seshospitaliersi élevant et dirigeant de toutes parts des hôpitaux sains et bien aérés pour les pauvres et les infii^mes.
Viennent ensuite saint François d'Assise et ses innombrables familles portant aux faubourgs des grandes villes et aux campagnes plus délaissées, et jusqu'aux extrémités du monde, tous les secours de l'apostolat et de l'affranchissement chrétien; saint Dominique et ses nombreux disciples , les hérauts de la parole sainte chez tous les peuples de la terre ; saint Ignace et ses collèges gratuits , etses missions lointaines et civilisatrices , et les nombreux ministères de ses enfants dans toutes les grandes villes de la catholicité ; saint Vincent de Paule, ses missions et ses œuvres de charité ; puis les Universités ; lesOratoriens et les Doctrinaires; les prêtres de saint Sulpice et ceux de saint Joseph ; les Eudistes et les Frères de la doctrine chrétienne ; le nombre infini de leurs collèges et de leurs écoles gratuites ; enfin les congrégations de filles et de veuves, qui , comme institutrices , hospitalières , Soeurs de Charité, de Bon Secours ou de Providence, se dévouaient par vœu au soulagement ou au service de toutes les souffrances et de tous les besoins delliu* manité.
« Voyez , dit Chateaubriand , ces retraites de « la charité , des pèlerins , du bien mourir , des a enterreurs des morts , des insensés , des orphe-^ « lins; tâchez » si vous le pouvez , de trouver |
SECONDE PARTIE. tif^l*
a dans le long catalogue des misères humaines , a une seule infirmité de Tâme ou du corps pour a qui la religion n'ait pas fondé son lieu de soulaa gement ou son hospice ! » ( Génie du christianisme , ù^ part. Ii9. 3 , chap. 3. ) Il n'est pas jusqu'à la défense armée, jusqu'à la protection militaire des enfants de l'Église catholique contre tes infidèles, qui n'eussent leurs chevaliers, leurs religieux: héroïques familles, où la charité et l'humilité donnaient si gracieusement la main au noble courage et à la gloire.
Partout, dans ces innombrables écoles de la vraie liberté et d'une digne et sincère égalité , on se nommait frères et Ton se traitait en frères, de quelque origine, de quelque rang, de quelque condition que l'on fût; on ne possédait rien qu'en commun ; aucun commandement, aucune ordonnance n'était faite qu'en vertu et pour l'exécution de la loi fondamentale, ou de la constitution, à laquelle tous se soumettaient par des vœux volontaires et dont tout concourait, et pendant plusieurs années, à constater la pleine et entière liberté. Toutes les places, toutes les fonctions éminen tes y étaient données à l'élection, etun doux parfum de paix , de joie naïve et de liberté, s'exhalait de ces associations sublimes, et allait porter au loin dans tous les cœurs un semblable esprit.
Né de l'Église, nourri dans son sein, exprimé par ses synodes œcuméniques, ses conciles nationaux et provinciaux, cet esprit d'égalité , de fraternité, de liberté, dans le sacrifice etparledévouemeut, sous
Tautorité seule souveraine de Dieu et de son Christ, se mêle partout au monde extérieur , pénètre la société tout entière , et la dirigeant sans violence , transforme le pouvoir en paternité douce, la soumission en obéissance filiale, toutes les înstitutions en garanties contre l'arbitraire et la tyrannie, et en écoles de dévouement au bien de Thumanité tout entière. Autour de chaque église de paroisse , de chaque monastère de campagne , s'agglomère une commune sur le plan de la communauté religieuse, avec son conseil et ses fonctionnaires électifs. Dans chaque ville , dans chaque bourg, se forment à Tinstar, de nombreuses corporations et confréries , régies dans le même esprit ( i );
(1) « La fraternité , dit Louis Blanc {Histoire de la révolution « française^ tom. 1 , pag. 478 et suiv.)> fut donc le sentiment qui « présida, dans Torigine, à la formation des communautés de mar- « chands et artisans , régulièrement constituées sous le tègne de « saint Louis. Car , dans ce moyen âge qu'animait le souffle du « christianisme, mœurs ^ coutumes^ institutions, tout s'était co- « loré de la même teinte ; et parmi tant de pratiques bizarres ou « naïves , beaucoup avaient une signification profonde. Lorsque, « rassemblant les plus anciens de chaque métier , Etienne Boileau « fit écrire sur un registre les vieux usages des corporations , le « style même se ressentit de Finfluence dominante de Tesprit chré- « tien. Souvent, la compassion pour le pauvre, la sollicitude pour « les déshérités de ce monde , se font jour à travers la concise ré- « daction des règlements de l'antique jurande.... Et si, en pénétrant « au sein des jurandes, on y reconnaît Tempreinte du christianisme,cf « n*est pas seulement parce qu'on les voit, dans les cérémonies publi- « ques, promener solennellement leurs dévotes bannières et mtr- « cher sous l'invocation des Saints; ces formes religieuses cachaient a lessentiments que fait nattrerunité des croyances. Une passion « qui n'est plus aujourd'hui ni dans les moeurs , ni dans les cko-
SECONDE PARTJC. 7^3
puis, dans les provinces des états provinciaux, dans les nations , des assemblées nationales ; et la liberté, la fraternité, l'égalité, le respect de tous les droits
« ses publiques , rapprochait alors les conditions et les hommes: « LA GHABiTB.L*ÉgIise était le centre de toutes. Autour d*elle, à soq «. ombre, s'essayait Venfance des industries. ( Qu'a donc fait de plus « rage mâr, en toutes sortes d'arts?) Elle marquait l'heure du tra* « vail, elle donnait le signal du repos. Quand la cloche de Notre- « Dame ou de Saint-Méry avait sonné Y Angélus^ les métiers ces- « saient de battre , l'ouvrage restait suspendu , et la cité , de bonne « heure endormie, attendait, le lendemain, que le timbre de l'abbaye « prochaine annonçât le commencement des travaux du jour. »
« Mêlées à la religion, les corporations du moyen âge y avaient « puisé l'amour des choses mystérieuses, et la superstition^ poésie « de l'ignorance (comme si Terreur pouvait Jamais enfanter des « fruits de vie et de véritable civilisation) ; mais psotégeb les
« FAIBLES ÉTAIT UNB DES PBÉOCCUPATIONS LES PLUS CHÀBES AU
« LBGiSLATBUB CHBBTiBif . Il recommande la probité aux mesu- « reurs ; il défend au tavernier de jamais hausser le prix du gros « vin , commune boisson du menu peuple ; il veut que les denrées « se montrent en plein marché, qu'elles soient bonnes et loyales; « et afin que le pauvre puisse avoir sa part, au meilleur prix , les Cl marchands n'auront, qu'après tons les autres habitants de la cité, « la permission d'acheter des vivres. »
« Ainsi, l'esprit de charité avait pénétré au fond de cette société « naïve , qui voyait saint Louis venir s'asseoir à côté d'Etienne Boi- « leau, quand le prévôt des marchands rendait la justice. Sans doute, « on ne connaissait point alors cette fébrile ardeur du gain qui en- « fante quelquefois des prodiges, et l'industrie n'avait point cet éclat, « cette puissance, qui aujourd'hui éblouissent, mais du moins, la « vie du travailleur n'était pas tlroublée par d'ambres jalousies , par « le besoin de haïr son semblable, par Timpitoyable désir de le rui- « ner en le dépassant. Quelle union touchante , au contraire , entre « les artisans d'une même industrie ! Loin de se fuir, ils se rappro- « chaient l'un de l'autre , pour se donner des encouragements ré-
« ciproques et se rendre de mutuels services Grâce au principe
« d'association, le voisinage éveillait une rivalité sans liaine. L'exem-
2^4 ^^ C0MMU5ISBIE ET SES CAUSES.
régnent partout, sous la garantie, la reconnaissance universelle , Tadoration et Tamour de la seule et toute-puissante souveraineté de Dieu.
Mais pour subsister et faire subsister les pauvres, pour servir tant de besoins; pour défricher, conserver et reproduire ces manuscrits, ces chroniques, tous ces monuments littéraires et historiques ; pour entretenir ces collèges gratuits , ces hospices où tous les soins étaient prodigués par une tendresse plus que maternelle; pour constituer et entretenir Tunité et Tesprit de fraternité dans ces corporations ; pour pouvoir se livrer constamment à tant d'absorbants labeurs , il fallait au clergé et à toutes ces familles religieuses d'auxiliaires, il fallait des dotations , des propriétés matérielles et communes, inaliénables et dignes du vaste et noble but que devaient atteindre leurs communs efforts. Ces propriétés, les unes étaient le fruit des travaux mêmes du clergé et des religieux qui les avaient conquises sur les eaux stagnantes, sur les torrents et les rivières sans digues et sans rivages , sur les rochers abruptes, sur les routes et les bois, repaires d'animaux sauvages. Quoi de plus légitime qu'un pareil titre!
« pie des ouvriers diligents et habiles engendrait le stimulant du
« point d'honneur. Les artisans se faisaient en quelque sorte Tuii
« à Fautre une fraternelle concurrence. Ajoutez à cela que Tuitérèt
« public n*avait pas été perdu de vue, car c'était pour porter les
« ouvrages d*art et d'industrie à leur plus haut degré deperfec-
« tion^ qu'on avait conGé aux ouvriers anciens et expérimentés la
« direction des novices. »
Les autres, fruit d'honorables et utiles travaux, ou héritage des ancêtres, avaient été données ou léguées, selon toutes les lois, en dotation ou en apanage, aux églises ou aux associations religieuses, soit par les fondateurs eux-roémes, soit par leurs successeurs ou par leurs disciples, soit pas des hom* mes puissants qui les possédaient aux mêmes titres, et qui, sans enfants , ou leur en laissant de beaucoup plus considérables, faisaient ainsi, par amour de la justice et de la charité , ou en reconnaissance de la bonté et de la souveraineté de Dieu , la part à son Église et à leurs frères souffrants ou délaissés. Quoi déplus légitime encore , et aux yeux de la nature, et aux yeux de la raison, et aux yeux des lois et de la civilisation elle-même , que de telles propriétés? Où en existe-il qui soient possédées àd*autres titres ou à des titres plus légitimes ? (i)
Et cette possession elle-même , possession paisible , appuyée sur toutes* les lois et sur tous les intérêts des peuples , possession de plusieurs siècles , n'ajoute-t-ellepas à tous ces titres un titre nouveau , le titre le plus naturel, le plus incontestable, tin
(1) M. Thiers , dans son récent ouvrage De la propriété^ reconnaît le travail, et les donations et testaments , comme les titres les plus naturels et les plus incontestables de la propriété. (Liv. l , ch. V. VII. VIII.) Le protestant Hurter , dans sgn Tableau des insti* tutions du moyen âge y a tout un chapitre intitulé Les couvents^ où il montre, par des monuments sans nombre, ces différents titres de propriété, aussi bien que les services rendus par ces institutions à Tagriculture, à Tindustrie, à Féducation , aux lettres, à tous les arts et à toutes les misères de riiumanité. CTom. 2 , ch. 7.)
lo*
aiG LE GOMH0NISME ST SBS CAUSES.
titre si certaia , qu'aux termes de toutes les législations, lui seul peut tenir lieu de tous les autres? Cependant, tous ces biens, les titulaires des paroisses et les bénéficiers,et plus étroitement encore, les religieux , chacun en particulier, n'en étaient que les usufruitiers. La propriété n'appartenait qu'aux corporations , à l'Église ou à Dieu , comme l'avait solennellement déclaré la nation française dans l'assemblée de Vorms en SoS, selon M. Bauroetz parlant à la Constituante de 89, et comme l'enseignaient les théologiens > les jurisconsultes, et toutes les législations et sacrées et profanes. Tout le superflu des revenus , après les dépenses du culte, de la vie et de l'entretien honnête, ecclésiastique ou religieux des possesseurs, appartenait aux pauvres; et les bénéâciers, ou les religieux,ne pouvaient, sous peine de restitution , ou au moins de péché mortel et de salut, leur donner une autre destination. « Nous défendons absolument, dit un décret (c du concile oecuménique de Trente , aux évéques « et à tous les bénéficiers, quel que soit leur degré, « et aux cardinaux même de la sainte Église romaine, « de disposer des revenus de l'Église et des biens a ecclésiastiques,pour enrichir leurs parents ou leurs a amis , attendu que les canons mêmes des apôtres « défendent que ces biens, étant consacrés et ap- « par tenant d'une manière spéciale à Dieu , soient « employés à d'autres usages qu'au soulagement des « pauvres. »(i)
(1) « OmninoenimeU interdicit {episcopi$ sancta Synodui)^
SECONDE PARTIE. HiJ
De nombreux conciles , allant plus loin encore pour les biens des hospices , les placent d'une manièi'e toute spéciale sous la garde et la surveillance des évéques, et frappent d'excommunication quiconque les détourne de leur destination , les retient, ou porte sur eux une main injuste et homicide.
Par les revenus de ces biens subsistaient donc plus de quinze cent mille personnes, un nombre incalculable de malades et d'infirmes ; le culte, les églises, les collèges, les écoles et les hospices, étaient entretenus ; plus de cent mille écoliers étaient secourus, élevés, formés aux bonnes*mœurs, aux sciences et aux lettres ; l'instruction la plus étendue , la plus morale, la plus variée, était gratuitement et également donnée à l'enfance et à toute la jeunesse française ; et du superflu vivaient encore, et les orphelins, et les veuves sans fortune, et un grand nombre d'artistes, et une foule d'infortunés, qui , quoi que Ton fasse , se rencontrent toujours dans les sociétés les mieux réglées, (i)
« ne ex reditibus Ecetesix , coruanguineos Jamiliaresve suos A aîtgere studeant; cum et ApotMorum canones prohibeant ne « res ecclesiasticas , qux Dei sutU, consanguineis donent; sed « si pauperes sint^ eis ut pauperibus distribuant, Quse vero de « episeopis dicta sunt, eadem non solum in quibtiscungue ec- « cfesiastica ben^cia , tam sxcularia quam regularia obtinena tibusypro gradu sux condUionis observari, sed etiam ad S, « E. R. Cardinales pertinere decernit. » {Sess, 25, c. 1 , c^ Reformatione,)
(1) £o 1777 , dit Louis Blanc, à la soite de disettes successives ^ 00 compta jusqu'à un million deux cent mille mendiants. {Hist. de la Révolution^ pag. 489.) En 1848, après trente années de paix
VilS LE COMMUNISME ET SES CASSES.
Bien d'autres avantages résultaient encore de ces admirables institutions. La population , retenue dans de justes bornes et sans porter aucune atteinte
et d'abondance, M. Roux Lavergne, membre de TAssemblée nationale, écrit à ses commettants: « Au moment où j'écris ces li- « gnes, il y a à Paris 220,000 personnes dénuées de tout , qui re- » çoivent de la ville un secours dont le maximum est de 16 oenti- « mes par jour. DMnstant en instant, la liste se grossit Dans U R banlieue, on compte déjà 40,000 indigents. 100,000 personnes « meurent littéralement defainfdans le département de la Seine- « Inférieure. Ces chiffres sont officiels. Nous ne nous arréteroM « point dans cette voie. Ceux qui ont sondé cette plaie nous aver- « tissent qu'avant deux mois, nous aurons à faire vivre d'aumônes « six millions d'individus?.... On donnera en pure perte beaucoup « plus qu'il ne faudrait donner , si au lieu de céder à la force , on « était dirigé par les inspirations de la fraternité chrétienne. Nous « travaillerons ainsi de plus en plus à une grande, a une éclatante « démonstration par l'absurde de la vérité catholique. l\ n'est plus « nécessaire maintenant de recourir à des preuves directes , afin « d'établir les bons résultats sociaux de la mise en œuvre volontahre « des conseils évangéliques ; la vie religieuse et les institutions mo- « nastiques n'ont plus besoin d'apologies..... » (Univers^ 16 octobre 1848.)
« Il y eut toujours en Angleterre, dit aussi Cobett , deux quarts « au moins du produit annuel du bénéfice réservé pour les indi- « gents et pour les réparations , ainsi que pour les ornements de « l'Église. Ainsi, le soulagement des pauvres devint un des grands « devoirs et une des premières coutumes de l'Église. Avant son « établissement, les propriétaires étaient chargés de remplir ce de- « voir. Ils devaient nécessairement l'être , car , ainsi que Blacks- « tone l'observe, « l'indigent à le dboit de demander à la partie « la plus opulente de la communauté de quoi fournir à ses besoins;
« c'est UN DBOIT DICTE PAB LES PBINCIPES DE LA. SOCIÉTÉ. »
« Cette tâche ne pouvait être confiée plus convenablement qu'aux « prêtres, car en remplissant leurs devoirs envers Dieu, ils accom- « plissaient l'œuvre de cliarité : ils donnaient à manger à ceux qui « avaient ùÀm ^ et des vêtements à ceux qui étaient nus; ils assis*
SECONDE PARTIE. aiQ
aux lois de la nature, par ce grand nombre de person* nés librement et saintement consacrées au célibat i n'avait point à subir ces crues soudaines et impétueuses, qui, tous les quarts de siècle, viennent jeter tant de perturbation dans la concurrence des états et des professions, et par elle, dans la société tout entière. Les meilleures familles y trouvaient un établissement honorable pour une partie de leurs membres , et pour Tautre , dans les partages , un bien moins considérable fractionnement; tandis que les individus des familles pauvres ou déchues pouvaient y trouver, et pour eux, et souvent pour elles, un moyen légitime de réhabilitation, un champ d'honneur toujours ouvert , un rendez-vous d'égalité, un fonds inépuisable de charité, de travail et de gloire. L'état lui-même, dans ses grandes épreuves financières, et les peuples , dans les grandes calamités, tous les monuments de notre histoire l'attestent, y recouraient comme à un secours puissant , comme à une source de dévouements généreux, qui ne tarissait jamais, quels que fussent les
a taient les malades, consolaient la veuve et étaient Fappuî de For- « phelin. Cest ainsi que la main sûre , charitable et impartiale d*un <t homme dont la résidence était fixe, qui n'avait point de famille, « et qui était chargé d'administrer des secours corporels et spiri- « tuels aux pauvres, aux malheureux et aux étrangers, fut suhsti-
« tuée à la charité précaire et capricieuse du riche Mais depuis
« le protestantisme, pauper ubiquejacet^ comme disait la reine « Elisabeth ; et on a calculé que près de la moitié de la population de « TAngleterre se trouvait à la charge de l'autre, pour la subsisun- « ce. V {Lettres sur la R^orme^ pag. 30, 81 et S79.}
a3o LE COMMONISME ET SES CAUSES.
besoins de la patrie, (i) Y eut-il jamais, sous tons ces nouveaux rapports , propriétés plus sociales , plus patriotiques, plus inaliénables ?
Or, toutes ces propriétés, tout ce patrimoine des pauvres fut mis à la disposition de l'état par une partie de la bourgeoisie et de la noblesse de 8g. 568 voix contre 346 décrétèrent cette immense spoliation; une roajoritéde aoo voix, sans mandat de personne, suffit pour jeter, comme une vile proie, à la voracité des gens de loi et des capitalistes , les fondations , les richesses que quinze siècles de foi et de charité avaient constituées et amassées pour le soulagement des pauvres, et comme un colossal amortissement destiné à ramener sans cesse à l'égalité et à maintenir partout au pair les saints rapports de la fraternité.
« L'assemblée nationale , » dit cette inconcevable loi , fondement et appât toujours subsistant du communisme , « décrète, i^ que tous les biens ec- « clésiastiques sont à la disposition de la nation , à « la charge de pourvoir d'une manière convenable « aux frais du culte, à V entretien de ses ministres
(1) On 8*est très-faossemeat persuadé que les biens ecclésiastiques et religieux ne payaient point d'impôts. Rien n'est phis faux. Ils étaient soumis aux décimes ordinaires , aux décimes extraordinaires , aux dons gratuits , sans compter Timpôt de la taille , qui , dans certaines provinces , frappaient les biens ecclésiastiques ruraux, aussi bien que ceux des laïques; et les uns et les autres de ces impôts se comptaient par millions. Le clergé de Toulouse et celui de Briançon demandèrent en vain de ne pas payer tout à la fobet les décimes et la taille pour leurs biens ruraux ; leur demande fut rejetée, ils remboursaient, d'ailleurs , aux marchands, sur le pied
SECONDE PAETIB. a3l
« et AU soDLAGEMEifT DES PAUVEES , SOUS la surveiU ce lance et d'après les instructions des provinces ; « 1^ que, dans les dispositions à faire pour subvenir « à l'entretien des ministres de la religion , il ne « pourra être assuré à la dotation d'aucune cure « moins de douze cents livres par année, non com- » pris le logement et les jardins en dépendants. »
Des décrets semblables assignèrent des pensions moins fortes aux religieux et aux religieuses, tout en les rendant incapables d'hériter civilement de successions quelconques. (Décret du i8 y ig et 20 fés^rier 1790.)
Ainsi l'état, tout en disposant, comme lui appartenant en propre , des biens du clergé ^ proclamait qu'ils n'étaient point à lui et quelle était leur destination ; et en les vendant à vil prix au profit des 568 constituants et de leurs créatures (1), il grevait les citoyens étrangers à la spoliation de tout ce que devaient coûter, et les frais du culte, et Ventretien de ses ministres^ et le soulagement des PAUVRES, et un peu plus tard, les hospices et r instruction publique et privée. Il proclamait que le
d'égalité le plus parfait , la part d'impôt indirect qui frappait les objets divers qu'ils achetai^t.
(1) La chose se passa de même en Angleterre. « En se rendant « chef suprême de l'Église, dit Cobett , Henri VIII , qui avait à ses « ordres la potence et les bourreaux, se rendit en mémç temps « maître de tous les biens de l'Ëglise, et même de ceux des monas- « tères. Les courtisans et les conseillers du monarque pressentirent « aussitôt les suites de cet événement ; et comme on prévit qu'une • confiscation en mai^e ne tarderait pas à avoir lieu , le parlement « crut ne pas devoir rester en arrière pour seconder de si nobles
a3a LE COMMUHISME ET SES CAUSES.
service de toutes ces nécessités sociales ne devait pas être de sa part un service arbitrairement salarié, une subvention facultative, mais une dette publique, solennelle, la faible indemnité d'une immense spoliation.
Cependant, une fois maître des propriétés de l'Église et des ordres religieux qu'elle avait enfantés pour faire gratuitement ce service, l'état, ou les majorités voltairiennes qui en prenaient le nom, ne s'arrêtèrent pas dans ces voies de vandalisme et de destruction. Une constitution civile du clergé et un serment contraire à la conscience catholique, furent bientôt, — et malgré la liberté de conscience jurée et proclamée , comme le premier et le plus imprescriptible des droits de l'homme et du citoyen , — imaginés et imposés pour se délivrer des engagements solennellement contractés envers la religion, pour les frais de son culte et l'entretien de ses ministres. Non-seulement , en refusant le serment impie, ils perdirent tout droit à la faible part d'indemnité qui leur avait été faite , mais ils furent poursuivis , emprisonnés , déportés , tramés par milliers sur les échafauds; le culte fut aboli, la religion proscrite comme un crime de lèse-nation. Rien n'est lourd à soutenir par les spoliateurs comme la vue de leurs victimes.
Vinrent bientôt après la destruction et la spoliation de toutes les corporations séculières, ecclé-
« desseins , chacun de ses noembres espérant avoir sa bonne part • du pillage. » (Lettres sur la Riforme^ ii«, pag. 87.)
SECONDE PARTIE. a 33
siastiques et laïques , qui continuaient encore le service des collèges, des écoles et des hospices.
<c Considérant , dit l'assemblée nationale (iS août « 179a}, qu'un état vraiment libre ne doit souffrir ce dans son sein aucune corporation , pas même « celles qui , vouées à l'enseignement public, ont « bien mérité de la patrie..., décrète ce qui suit : »
A Art. I. Les corporations connues en France c( sous le nom de congrégations séculières ecclésias- « tiques , telles que celles des Prêtres de l'Oratoire « de Jésus, de la Doctrine chrétienne, de la Mission « de France ou de saint Lazare , des Eudistes , de <K Saint-Joseph, de Saint-Suipice , de Saint-Nicolas ff du Chardonnet, du Saint-Esprit, des Missions du « clergé, etc.. ; la congrégation de Provence , les « sociétés de Sorbonne et de Navarre; les congré- « gâtions laïques , telles que celles des Frères de * l'école chrétienne , des Ermites du Mont-Valé- <c rien..., de tous les autres frères ermites isolés, « ou réunis en congrégation , des Frères tailleurs , « des Frères cordonniers ; les congrégations des filer les , telles que celles de la Sagessse, des écoles « chrétiennes...., de la Providence, des Filles de la « Croix, les Sœurs de Saint-Charles, les Filles du bon « Pasteur, les Filles de la propagation de la Foi, « celles de Notre-Dame de la Garde, les Dames noi- « res, celles de Fourquevaux , et g^é/téra/eme/t^ tou- « tes les corporations religieuses et congrégations « séculières d'hommes et de femmes, ecclésiastiques « ou laïques , même celles uniquement vouées au
a34 LE COMMUNISME ET SES CAUSES.
a service des hôpitaux et au soulagement des mala* « des y sous quelque dénomination qu'elles existent « en France , soit qu'elles ne comprennent qu'une a seule maison , soit qu'elles en comprennent plu- <c sieurs , ensemble les familiarités, confréries, les « pénitents de toutes couleurs, les pèlerins , et /once tes autres associations de piété ou de charité, sont « éteintes et supprimées , à dater du jour de la pua blication du présent décret. »
Et dans le tittre IL « Art. i . Les biens formant a la dotation des corporations connues en France « sous le nom de Congrégations séculières , ecclé- « siastiques ou laïques , d'hommes ou de femmes , a sous quelque dénomination qu'elles existent, soit « qu'elles ne comprennent qu'une seule maison, « soit qu'elles en comprennent plusieurs , même « des ermites qui vivent seuls ; ceux des séminaia reS'Colléges et des collèges , des bourses et des ii fondations desservies par les congrégations , ou a dont elles jouissaient à quelque titre que ce fût, « ensemble les biens dépendant des familiarités , a confréries , pénitents de toutes les couleurs , des « pèlerins , et de toutes autres associations de « piété ou de charité , dénommées ou non dénoin- « mées dans l'art, i*^ du titre i*"" du présent décret, a seront dès à présent administrés, et les immeubles a RiELs VENDUS, daus la même forme et aux mêmes « conditions que les autres domaines nationaux , a sauf les exceptions et les modifications ci-apris a énoncées, p
SECONDE PARTIE. a35
« Art a. Demeurent réservés de Taliénation, jus- « qu'à ce que le corps législatif ait prononcé sur Fora ganisation de l'instruction publique, les bâtiments a et jardins à l'usage des collèges encore ouverts en ce 178g, quoique faisant partie des biens propres « des congrégations supprimées, »
<c Art, 3. Toutes ventes d'immeubles réels des « congrégations et associations supprimées , ou ap- « partenantaux séminaires desservis par elles, des a "séminaires-collèges et collèges, faites jusqu'à prête sent dans les formes prescrites pour la vente des a biens nationaux, sont validées par le présent dé^ « cret, à l'exception néanmoins de celle des objets ff réservés par l'art, a. »
D'autres décrets à la suite fixent un taux de secours, une fois donné, à chacun des membres de ces associations, ou une pension à raison de leurs années de service au-dessus de cinq ans , et dont le minimum descend à 100 francs pour les uns, 3oo francs pour les autres, et le maximum monte à goo francs et à laoo francs, selon les catégories.
Dans les congrégations de filles astreintes à des dots , les membres qui justifieront les avoir acquittées jouiront du traitement entier des religieuses , mais elles ne pourront répéter le remboursement de ladite dot.
Tous, à l'exception des femmes, sont soumis, outre le serment scbismatique pour ceux qui y sont tenus, à prêter devant la municipalité celui d*étre fidèle A LA NATION , de maintenir la LisBBTÉ et
a3G LE COMMUNISME ET SES CAUSES.
l'égalité, de mourir en les DÉFENDANT, et à rapporter [extrait de cette prestation au receveur, avant de pouvoir toucher le premier terme de leur traitement. On condamna plus tard à la déportation tous ceux qui refusèrent de se soumettre à cette tyrannie.
Certes, la spoliation est patente, manifeste. Examinons si les raisons qui en furent données par les communistes de ce temps-là ont quelque rapport avec celles données par ceux du nôtre, et si les écrivains qui approuvèrent et justifièrent les communistes d'autrefois doivent être bien reçus , à moins qu'ils ne se rétractent , à combattre ou a réfuter ceux d'aujourd'hui.
a Les individus existent avant la loi,» dit le célèbre Thouret, développant l'argument de l'évéque piedbot , Talleyrand; (c ils ont des droits que la loi a protège et assure: c'est le droit de propriété* Les cr corps n'existent que par la loi , çt n'ont aucun « droit réel par eux-mêmes. »
Ainsi , tous les droits que confèrent les lois n'ont rien de réel, et ce que les lois ont établi , d'autres lois peuvent le détruire; or, tous les droits de propriété existants actuellement, sont conférés par les lois, sont le résultat des lois sur les partages, sur les contrats , sur les donations et les ventes ; donc, une autre loi peut les anéantir. Proudhon , les sain ts-si mon iens et tous les communistes disent-ils autre chose ?
Et quand le perspicace orateur affirme que les
individus précèdent la loi, et que les associations la suivent, ce qui ne fait rien, absolument rien à la question , il dit encore une absurdité palpable. Car les individus qui composent les familles et les associations religieuses, sont tout aussi antérieurs à la loi civile que les individus qui composent les familles civiles et les associations nationales, et ils ont tout autant qu'eux et beaucoup plus , comme tels , le droit naturel et inaliénable de s'associer et de posséder au titre qui leur convient. Il y a plus : c'est si peu la loi civile qui les associe , qu'elle ne reconnaît et ne peut reconnaître leurs associations que quand déjà eliv'^s existent.
L'éloquet.t représentant ajoute que le décret qui mettra les biens du clergé entre les mains de la nation , importe à V intérêt social sous deux points de vue: i® ai^antages publics pour les fonds de terre ; a® avantages publics pour les corps eux-mêmes ; et il finit par l'axiome du plus fort à l'usage de tous les spoliateurs : l'intérêt natio)wal est au-dessus DE TOUTES les RÈGLES. Et qu'cst-ce quc tout cela fait à la justice et au droit de propriété? et quel est le communiste qui n'en puisse dire et qui n'en dise autant de toutes les propriétés?
M. Dupont, autre notabilité de l'époque, après avoir répété les mêmes arguments, triomphe avec celui-ci : « Nous avons supprimé le clergé comme <c corps : donc, ses biens sont à nous. »
C'estexactementleraisonnementquefaisaientdéjà, dans une parabole de l'Évangile , les communistes
a33 LB coMMunisiiE et ses causes.
de ce temps-là : «Voici le fils, l'hérilier; tuons-le, et rhéritage sera à nous. » Et quel est donc le communiste t parmi les plus rouges, qui ne répète le même refrain : Supprimons la bourgeoisie; à bas la bourgeoisie l pour arriver à la même conséquence: donc , ses biens sont à la nation , a F état , c'e^/à'direy à nous.
M. Garati jeune, est de la même force : « Le clergé « n a jamais eu la libre propriété des biens dont il • jouit ; la loi y a toujours mis certaines condî- « tions: donc, cette propriété n'existe pas, et ces « biens sont à la nation. » Or , comme il n'y a aucune propriété dans les sociétés civiles qui soit libre en ce sens , et que toutes sont réglées et déterminées par les lois , donc , toutes les propriétés sont à l'état.
Arrive enfin l'orateur tout-puissant , celui que /'^(^a/iZ-mo/ii/eur appelle M. de Mirabeau, L'Aiiii,et qu'il assure ai^oir rempli la promesse qu'il apait faite de traiter, dans toute son étendue, la matière des fondations,
« Ces fondations, dit-il, ou viennent des rois, « ou viennent des agrégations politiques , ou vien- « nent des particuliers : — donations des rois : «donc, elles viennent de leur domaine; mais^le « domaine des rois est à l'état, à la nation : donc, « ces biens sont à la nation ; — donations des a agrégations politiques : mais les agrégations po- « litiques ne sont point elles-mêmes propriétaires, « puisque nous contestons qu'elles le soient : donc, « ce qu'elles ont donné est à la nation. »
SECONDE PARTIE. aSg
<c — Donations de particuliers : mais les particua liers devaient savoir que la nation, qui n'a jamais ce consacré le droit de propriété du clergé (quoique K toutes les lois le supposent , le règlent et le ga- (c rantissent), avait le droit de rendre toutes les cortf porations particulières , incapables d'en jouir. « Donc, ces donations sont à la nation. Ce qui est a d'autant plus clair que, les bénéfices étant suppria mes , le gouvernement n'y nommera plus perce sonne et perdra ce moyen de corruption, x» (i)
Et montons au Capitole. Quel orateur! quelle puissance de logique! quelle profondeur de vues! comme il a pénétré jusqu'aux entrailles de la question ! Pour comprendre toute la faiblesse de ces raisons , il suffit de les retourner contre la vente même des biens nationaux , et contre toutes les propriétés en général , et de dire :
Mais c'est le roi ou le pouvoir exécutif qui a fait vendre ces biens, et ces biens venaient d'être réunis au domaine de la nation. Ils lui appartenaient par là bien plus étroitement que ceux du domaine privé des rois ou des princes : donc, la vente qui en a été faite est nulle; donc, ils appartiennent toujours à la nation, qui peut les reprendre quand elle voudra.
Mais la nation elle-même est une agrégation politique , et les agrégations politiques ne peuvent
(1) Toutes ces raisons sont extraites mot pour mot, à peu près, de V Avant-Moniteur^ pag. cxliv— CLin. et il n'y en eut pas d'autres de données.
a33 LB coMMunisiiE et ses causes.
de ce temps-là : « Voici le fils , l'héritier ; tuons-le, et rhéritage sera à nous. » Et quel est donc le communiste, parmi les plus rouges, qui ne répète le même refrain : Supprimons la bourgeoisie; à bas la bourgeoisie! pour arriver à la même conséquence: donc , ses biens sont à la nation , à fétat , c'est^ à-dirty à nous.
M. Garati jeunet est de la même force : « Le clergé « n a jamais eu la libre propriété des biens dont il a Jouit ; la loi y a toujours mis certaines condi- « ttons: donc, cette propriété n'existe pas, et ces « biens sont à la nation. » Or , comme il n'y a aucune propriété dans les sociétés civiles qui soit libre en ce sens , et que toutes sont réglées et déterminées par les lois , donc , toutes les propriétés sont à l'état.
Arrive enfin l'orateur tout-puissant , celui que /'^(^a/ir-mom/eur appelle M. de Mirabeau, L'Ai]!ii,et qu'il assure aî^oir rempli la promesse qu*il avait faite de traiter^ dans toute son étendue^ la matière des fondations.
« Ces fondations, dit-il, ou viennent des rois, « ou viennent des agrégations politiques , ou vien- « nent des particuliers : — donations des rois : «donc, elles viennent de leur domaine; mais^le a domaine des rois est à l'état, à la nation : donc, « ces biens sont à la nation ; — donations des a agrégations politiques : mais les agrégations po- « litiques ne sont point elles-mêmes propriétaires, « puisque nous contestons qu'elles le soient : donc, « ce qu'elles ont donné est à la nation. »
SECONDE PARTIE. aSg
<c — Donations de particuliers : mais les particu* a liers devaient savoir que la nation, qui n'a jamais (( consacré le droit de propriété du clergé (quoique a toutes les lois le supposent , le règlent et le gâte rantissent), avait le droit de rendre toutes les cortf porations particulières , incapables d'en jouir. « Donc, ces donations sont à la nation. Ce qui est « d'autant plus clair que, les bénéfices étant suppria mes , le gouvernement n'y nommera plus perce sonne et perdra ce moyen de corruption, x» (i)
Et montons au Capitole. Quel orateur! quelle puissance de logique ! quelle profondeur de vues ! comme il a pénétré jusqu'aux entrailles de la question ! Pour comprendre toute la faiblesse de ces raisons, il suffit de les retourner contre la vente même des biens nationaux , et contre toutes les propriétés en général , et de dire :
Mais c'est le roi ou le pouvoir exécutif qui a fait vendre ces biens, et ces biens venaient d'être réunis au domaine de la nation. Ils lui appartenaient par là bien plus étroitement que ceux du domaine privé des rois ou des princes : donc, la vente qui en a été faite est nulle; donc, ils appartiennent toujours à la nation , qui peut les reprendre quand elle voudra.
Mais la nation elle-même est une agrégation politique , et les agrégations politiques ne peuvent
(1) Toutes ces raisons sont extraites mot pour mot, a peu près, de V Avant-Moniteur^ pag. cxliv— clih. et il n'y en eut pas d'autres de données.
a4o LE COAIMUMISME £T SES CA.USES.
pas être propriétaires : donc , la nation n'a ni pu posséder les biens ecclésiastiques, ni pu les vendre; donc, ces biens ne sont à personne, mais à tous.
Mais les particuliers devaient savoir que la nation qui n'a jamais consacré le droit de propriété libre à personne, mais qui l'a toujours restreint et réglé par des lois, avait le droit de faire ces lois autrement , et d'empêcher même qui que ce soit d'avoir des propriétés particulières. Donc, toutes les propriétés particulières sont à la nation. Ce qui est d'autant plus clair que personne ne possédant plus rien en particulier, il n'y aura plus moyen pour les propriétaires de corrompre et de conspirer.
Ainsi , la révolution , comme le disait Cobbett de la Réforme, qui en était le principe, « a dépouillé a la classe ouvrière de son patrimoine ; elle lui a a enlevé ce que la nature et la religion lui avaient « assigné ; elle l'a privée d'un secours qui lui apo partenait par un droit imprescriptible que les lois « divines et humaines avaient confirmé. Elle a éta- « bli, à la place de ce droit, un système qui tend à « créer une haine continuelle entre les pauvres et « les riches, au lieu de les unir, ainsi que le faisait « le système catholique, par les liens de la charité a chrétienne. » {Lett. sur la Réfor. IF.)
Donc, impossible de le contester, les pères des communistes de 1848, pères mille fois plus coupables que leurs fils, ce sont les 568 nobles ou boui« geois, représentants de 89 , qui ont volé les lois spoliatrices des biens du clergé et des pauvres.
SKCONDE PARTIE. al^ï
Raisonnements, décrets, Tentes, achats, actes de tout genre, tous exemples parfaits de communisme, voilà ce qu'ils ont légué à leurs successeurs.
Et cependant, la spoliation ne s' arrêta pas là. En vain la conscience publique protesta par son inertie, et refusa de se rendre complice de tant de vols sacrilèges. Les digues une fois rompues , le fleuve déchaîné et grossi par les flots d'apostasie et d'athéisme qui débordaient de toutes parts, ne connut plus de bornes. La confiscation fut rétablie et jetée comme un immense filet sur des classes entières de citoyens, sur leurs biens acquis ou à échoir pendant un demi-siècle. La noblesse fournit à son tour des milliards de biens nationaux.jLes vases sacrés, les reliquaires d'or et d'argent, les riches chasubles, tous les ornements des églises, et jusqu'aux cloches et aux églises même , furent décrétés propriétés nationales , et vinrent à la Monnaie faire concurrence aux milliards d'assignats fabriqués chaque jour. Mille outrages, mille vexations, des tyrannies inouïes, furent imaginés sous le nom de lois, pour forcer les masses populaires à devenir complices, et les exactions du maximum, les emprunts forcés, les réquisitions sous toutes les formes, la guillotine en permanence, se ruèrent sur toutes les familles de propriétaires et de marchands , comme sur une proie facile.
Or, tous ces excès , toutes ces spoliations de Vandales, qui les a commis? Tous ces exemples de vols légaux, qui les a donnés? Toute cette philoso-
24a LE COMMUNISME ET SES CAUSES.
phie, toute cette éloquence du pillage et du meurtre, qui les a enseignées? Cette législation communiste, qui Ta portée, qui Ta sanctionnée? Tétat, letat de 89, l'état de 92, l'état de 93. Ce communisme hideux, barbare, qui en a hérité, qui en a recueilli les débris ensanglantés, qui en a consenré et continué les enseignements , même après le refroidissement de la lave ? tous les états qui ont suivi : et le consulat, et l'empire, et la restauration, et la révolution de j 83o.
Les biens de l'Église échappés au pillage, ou reconstitués par la piété des fidèles , le calice même dans lequel le prêtre célèbre les saints mystères, 1 état impérial, l'état Louis-Philippe ne les a-t-il pas déclarés siens? N'est-ce pas lui , l'état, qui, de nos jours encore, a démoli l'archevêché de Paris, jeté aa vent sa bibliothèque, et fait vendre aux enchères publiques les calices et les ornements que la hireur populaire avait respectés? N'est-ce pas ce même état, les écrivains subventionnés par cet état, ses créatures et ses soutiens, qui n'ont voulu et ne veulent voir encore dans la faible indemnité accordée au clergé pour ses biens vendus , qu'un ignoble salaire, révocable à volonté , malgré les lois elles-mêmes de 89, malgré les stipulations du Concordat?
Et les hospices , les fondations particulières pour les pauvres des paroisses, sauvés ou reconstitués avec tant de peine par la piété des fidèles et les sacrifices généreux des communes, qui les a
de nouveau replacés dans son domaine , soumis à son tyrannique arbitraire? Qui en a chassé les corporations religieuses et les administrations gratuites, pour les livrer, comme une curée , à des nuées d'employés salariés sur les revenus des pauvres? L état encore, Tétat-Louis-Philippe surtout.
Qui a loué , approuvé , enseigné , de nouveau toutes ces doctrines, tous ces exemples communistes donnés par l'état depuis 89, jusqu'à nos jours? Qui les a propagés en Espagne et en Suisse? Les ministres de Louis-Philippe , les écrivains les plus officiels , les plus vantés, de l'état Louis-Philippe.
a On avaitabolilaféodalité,dit M. Thiers {Hist. de a la RévoL tom. i. pag. 187. 1 1® édit.); mais il resa tait encore à prendre une dernière mesure pour a détruire ces grands corps, qui avaient été des ena nemis constitués dans Tétat contre l'état. Le clergé « possédait d'immenses propriétés. Il les avait re- « çues des princes à /l'rre de gratifications féodales • (dans ce cas, la féodalité abolie, ces propriétés, comme celles possédées à titre semblable par d'autres citoyens , rentraient dans la catégorie commune), « ou des fidèles à titre de legs. Si les pro- « prié tés des individus ,yr£//r et but du travail j de^ « valent être respectées y celles qui avaient été don- « nées à des corps pour un certain objet (toutes « celles aussi qui ne venaient que par héritage ou « donation), pouvaient recevoir de la loi une autre « destination. C'était pour le service de la religion
2/|4 LE COMMUlflSME ET SES CAUSES.
« qu elles avaient été données , ou du moins sous ce fi prétexte; or, la religion étant un service public, « la loi pouvait régler le moyen d y subvenir d'une « manière toute différente. L'abbé Maury déploya sa ce faconde imperturbable ; il sonna F alarme chez les a propriétaires i les menaça d'un envahissement proa chain , et prétendit qu'on sacrifiait les provinces « aux agioteurs de la capitale..., comme si la pro- « vince ne gagnait pas au contraire à une nout^eUe « division de ces immenses terres réservées jusqu'à-
« lors AU LUXE DE QUELQUES ECCLESIASTIQUES OISIFS.
« Tous les efforts furent inutiles. L'évêque d'Autun « (le fameux Talleyrand), auteur de la proposition, et « le député Thouret, détruisirent ces vains sophis- (c mes. Déjà on allait décréter que les biens de clergé a appartenaient à l'état; néanmoins, les opposants « insistaient encore sur la question de propriété. « On leur répondait QijEi fussent-ils propriétaibes, « on pouvait se servir de leurs biens, puisque soutf vent ces biens avaient été employés dans des cas « urgents au service de l'état. (Donc, fùt-on pro- « priétaire, l'état peut s'emparer de vos biens ; estoc ce que les communistes disent autre chose?) lis « ne le niaient point. Profitant alors de leur aveu , a Mirabeau proposa de changer ce mot appartien'- « nent en cet autre : sont à la disposition de Fétat^ « et la discussion fut terminée sur-le-champ à une « grande majorité. »
Ainsi, la ruse et la fraude se joignirent à la violence pour obtenir une majorité nominale, et le
SECOKBE PARTIE. al[5
clergé fut bien réellement reconnu propriétaire , dans la loi même qui servit de base à la spoliation. C'est bien comme une indemnité quelconque qu'un traitement de i^tioo livres au moins fut accordé aux curés, outre le jardin et le presbytère , et une pension aux autres membres du clergé. « Vsissetnhlée détruisit ainsi la redoutable puis*
a SANCE DU CLERGÉ j LE LUXE DES GRANDS DE l'oRDRE , « ET SE MENAGEA CES IMMENSES RESSOURCES FINANCIÈ- « RES, QUI FIRENT SI LONGTEMPS SUBSISTER LA REVOLU*
<r TiON. » Quel appât, quels motifs puissants pour le communisme, contre la bourgeoisie , sa puissance, son luxe , et pour donner de quoi vivre longtemps à la république socialiste ! M. Thiers, quand il écrivait ces lignes , avait-il une voiture à huit chevaux et deux autres voitures de suite pour ses voyages ? « £n même temps, continue-t-il, l'assemblée assume rait Texistence des curés (pour quelques mois), en ce décrétant que leurs appointements ne pourraient « pas être moindres de douze cents francs, et elle y ce ajoutait en outre \aLjouissance d'une maison curiale a et d'un jardin. Elle déclarait ne plus reconnaître « les vœux religieux, et rendait la liberté à tous les
« cloîtrés y EN LAISSANT TOUTEFOIS A CEUX QUI LE VOU- <' DRAIENT, LA FACULTi DE CONTINUER LA VIE MONASTI-
« QUE ; » (ce qui n'a pas empêché M. Thiers , dans uni certain ordre du jour motivé, de prétendre quecette loi même de l'assemblée interdisait absolument toute faculté semblable.) a Et comme LEURS biens ÉTA1E^¥ « SUPPRIMÉS (remarquez l'expression), elle y sup-
i( pléait par des pensions. Poussant même la pré-
< voyance plus loin encore ( quelle bonté ! ) elle ir établissait une différence (de tioofrancs) entre les 8 ordres riches et les ordres mendiants, et propor- K tionnait le traitement des uns et des autres à « leur ancien état , » pourvu que préalablement les uns et les autres y renonçassent en rentrant dans le monde, sans cesser pourtant d'être incapables de succéder, ou de recevoir par donation entre vifs, autre chose que des pensions viagères. (Loi des 19 et ao février 1790.)
€ Elle fit de même pour les pensions; et lorsque
< le janséniste Camus, voulant revenir à la simpli-
< cité évangélique , proposa de réduire toutes les
< pensions à un même taux infiniment modique, c rassemblée, sur l'avis de Mirabeau, les réduisit c proportionnellement à leur valeur actuelle , et « convenablement à l'ancien état des pensionnai* « res. On ne pouvait donc pousser plus loin le mé- « nagement des habitudes^ et c'est en cela, que € CONSISTE LE VÉRITABLE RESPECT DE LA PRO- € PRIÉTÉ. • {Hist. de la Révol. tom. i. pag. 187 et suiv.)
Qu'est-ce que le principe communiste de l'iinpôt progressif près de celui-ci, et que renferment donc de contraire a ce véritable respect de là PROPRIÉTÉ tous les projets socialistes?
Mais écoutons le jugement du même historien sur toutes les violences et sur toutes les pilleries de la Convention : « L'emprunt forcé ou volontaire ,
SECOADfi PARTIE* a^J
a d'après le projet de Cambon, devait faire rentrer a un milliard d'assignats qui seraient brûlés. Il devait « en rentrer en outre , par les contributions arrié' « rées , 700 millions , dont 558 millions en assi- <K gnats royaux déjà démonétisés et reçus seulement « pour le payement des impôts.... En supposant, « ce qui était probable, que la faculté de changer « les inscriptions de la dette en biens nationaux (c amènerait de nouvelles acquisitions, on pouvait, « par cette voie, faire rentrer peut-être (encore) 5 à r. 600 millions..., et après la victoire, réaliser le reste « des biens nationaux , reste qui était considéraa ble, et qui s'augmentait chaque jour par Témi- « gration» de tous ceux qui, vu la loi des suspects, préféraient perdre leurs biens et sauver leur tête.
« Le mode d'exécution de cet emprunt forcé « était de sa nature prompt et nécessairement ar* « bitraire. Comment évaluer les fortunes sans ercc reur, sans injustice, même à des époques de ce calme, en prenant le temps nécessaire, et en con* a sultant toutes les probabilités. Or , ce qui n'est « pas possible , même avec les circonstances les plus a propices, devait l'être bien moins encore dans un « temps de violence et de précipitation. Mais lors- « qu'on ÉTAIT OBLIGÉ dc troubler tant d'existences, « de frapper tant de têtes , pouvait-on s'inquiéter a beaucoup d'une méprise sur les fortunes et de ce quelques inexactitudes de répartition ? On insti- « tua donc, pour l'emprunt forcé, comme pour les « réquisitions ^une espèce de DiCTATDREjet on l'attri-
a48 LE COMMUNISME ET SES CAUSES.
« bua aux communes. Chaque individu était oblige «c de déclarer l'état de ses revenus. Dans chaque com- R mune, le conseil général nommait des vérificateurs; K ces vérificateurs décidaient, d'après leurs connais- K sauces des localités, si les déclarations étaient vrai- « semblables;et s'ils les supposaient fausses^Ws avaient ff le droit de les porter au double. Dans le revenu de « chaque famille , il était prélevé 1,000 francs par « individu, mari , femme et enfants ; tout ce qui exa cédait constituait le revenu superflu, et , comme « tel, imposable. De 1,000 francs à 10,000 francs « de revenu imposable , la taxe était d'un dixième : « 1 ,000 francs de superflu payaient 1 00 francs; 2,000 <c francs de superflu payaient sàoo francs, et ainsi de « suite. Tout revenusuperflu excédant 10,000 francs (c était imposé d'une somme égale à sa valeur. De K cette manière , toute famille qui , outre les 1 ,000 « francs accordés par individu et les 10,000 de suce perflu frappés d'un dixième , jouissait encore d'un tf revenu supérieur, devait donner à l'emprunt tout a cet excédant... Prendre une année de superflu à a toutes les classes opulentes, n'était certainement « pas une si grande rigueur, lorsque tant d'indivi- « dus allaient expirer sur les champs de bataille ; a et cette somme que, du reste , on aurait pu prena dre sans condition , comme taxe indispensable de a guerre, on l'échangeait contre un titre républitf cain, conversible, ou en rentes sur l'état, ou en i( portions de biens nationaux. »
a Cette grande opération consistait donc à tirer
(( de la circulation un milliard d'assignats, en le pre- « nant aux riches... De cette manière, on les obligeait « à devenir acquéreurs de biens nationaux, ou du « moins à fournir la même somme d'assignats qu'ils « auraient fournie, s'ils l'étaient devenus. »
« A ces mesures destinées à soutenir le papier- « monnaie, on en joignit d'autres encore...: on dé- « créta l'abolition de la compagnie d'assurance à a vie , de la compagnie de la classe d'escompte , de « toutes celles enfin dont le fonds consistait en ac- « tions au porteur, en effets négociables, en inscrip- « tions sur un livre et transmissibles à volonté. On ce ordonna un prompt rapport sur la compagnie o des Indes, qui, par son importance, exigeait un a examen particulier. On ne pouvait pas empêcher « l'existence des lettres de change sur l'étranger , « mais on déclara traîtres à la patrie les Français qui ff plaçaient leurs fonds sur les banques ou comptoirs a des pays avec lesquels la république était en guerre. « Enfin , on eut recours à de nouvelles sévérités con- « tre le numéraire et le commerce qui s'en faisait. « Déjà on avait puni de six ans de gène quiconque te vendrait ou achèterait du numéraire j c'est-à-dire ,
« QUI LE RECEVRAIT on LE DONNERAIT POUR UNE SOMME
a DIFFERENTE d'assignats; on avait de même soumis à ce une amende tout vendeur ou acheteur de marchanm dises qui traiterait à un prix différent , suivant «c que le payement serait stipulé en numéraire ou en « assignats. De pareils faits étant difficiles à attein- « dre , on s'en vengea en augmentant la peine. Tout
a5o LE COMMnHISME ET SES CAUSES.
« individu convaincu d'avoir refusé en payement des « assignats y de les avoir donnés ou reçus à une périt <« quelconque f FUT condamné à une amende de 3,ooo « livres j et à six mois de détention pour la première ce fois, et en cas de récidive ^ a une amende double « ET A VINGT ANS DE FERS. Enfin, 000)106 la monnaie « de billon était indispensable dans les marchés , et « ne pouvait être facilement suppléée, on ordonna « que les cloches seraient employées à fabriquer des « décimes, des demi-décimes, etc. valant deux sous, c un sou , etc. »
«[Mais quelques moyens qu'on employât pour faire a remonter les assignats et détruire les rivalités qui « leur étaient si nuisibles, on ne pouvait pas espérer « de les remettre au niveau du prix des marchandises, « et il/allait forcément rabaisser le prix de celles-ci. a D'ailleurs,le peuple croyait àjde la malveillance delà
< part des marchands ; il croyait à des accaparements , « et quelle que fût l'opinion des législateurs, ils ne
< POUVAIENT uoDÉKERjSOus ce rapport jUnpeuplequ'ûs R déchaînaient sous tous les autres, il fallut donc ce faire pour toutes les marchandises ce qu'on avait « déjà fait pour le blé. On rendit un décret qui ranic geait l'accaparement au nombre des crimes capic taux ET LE PUNISSAIT DE MORT. Était cousidéré R comme accapareur celui qui dérobait à la circula- « tion des marchandises de première nécessité ^ sans « quUllesmlt publiquement en vente. Les marchan- « dises déclarées de première nécessité étaient le « pain , la viande , les grains , la farine, les légumes,
SECONDE PARTIE. 2'Jl
c( les fruits, les charbons, le bois, le beurre, le suif» <c le chanvre, le lin, le sel , le cuir, les boissons, les a salaisons, les draps, la laine, et toutes les étoffes, ce excepté les soieries. Les moyens d'exécution , pour « un pareil décret étaient nécessairement inquisito^ a riaux et vexatoires. Il devait être fait, par chaque oc marchand ,des déclarations préalables de ce qu'il « possédait en magasin. Ces déclarations devaient a être vérifiées au moyen de visites domiciliaires. « Toute fraude ou complicité était, comme le fait lui- « même, punie de mort. Des commissaires nommés tf par les communes étaient chargés de faire exhiber c les factures, et d'après ces factures,de fixer un prix « qui , en laissant un profit modique au marchand, « n'excédât pas les moyens du peuple. Si pourtant, « ajoutaitle décret, le haut prix des factures rendait « le profit des marchands impossible,/a(^e/2^e 72 'en se* « raitpas moins effectuée à un prix auquel F acheteur « pût atteindre. Ainsi, dans ce décret, comme dans tf celui qui ordonnait la déclaration des blés et leur a maximum , on laissait aux communes le soin de a taxer les prix suivant l'état des choses dans chaque (c localité. Bientôt on allait être conduit à généraliser ce encore ces mesures, et à les rendre plus violentes, ce en les étendant davantage. »
«Les opérations militaires, administratives etfiff nancières de cette époque, étaient donc aussi haa bilement conçues que la situation le permettait, et « aussi ngoureuses(\}itV exigeait, le danger. Toute la « population^ dimée en générations , était a la dis-
o5i LE COMMUNISME ET SES CAUSES.
« POSITION DES REPRESENTANTS (cOIUme IcS biCDS du
V clergé), et pouvait être appelée, soit à se battre, «c soit à fabriquer des armes , soit à panser les blésc* ses. Toutes ies anciennes dettes^ converties en une •( seule dette républicaine , étaient exposées à partage ger le même sort, et à n'avoir pas plus de valeur tf que les assignats.On détruisait les rivalités multi- « pliées des anciens contrats , des assignats royaux, <( des actions des compagnies ; on empêchait les capi- »c taux de se retirer sur ces valeurs privilégiées , en « lesassimilant toutes; les assignats ne rentrant pas, a on eu prenaitun milliard sur les riches , qu'on faia sait passer deTétat de monnaie à Tétat d'une sim- « pie délégation sur les biens nationaux. Enfin , pour « établir un rapport forcé entre les monnaies et les « marchandises de première nécessité, on laissait aux « communes le soin de rechercher toutes les subsis- « tances, toutes les marchandises, et de les faire ven- « dre à un prix convenable dans chaque localité. Jatf mais aucun gouvernement ne prit à la fois des « mesures^v\¥iM% vastes, ni plus hardiment imagi- « niées; et pour accuser lelrs auteurs DE violence, « il faudraitoublier le danger d'une invasion univer- « selle, et la nécessité de vivre sur les biens natio- « naux sans acheteurs. Tout le système des moyens tf forcés dérivait de ces deux causes. Aujourd'hui,
« UNE GÉNÉRATION superficielle et ingrate CRITIQUE
« CES OPÉRATIONS , trouve les unes violentes , les au- « très contraires AUX bons principes d'économie, e/ a Joint le tort de l'ingratitude a l'ignorance du
SECOJWDE PARTIE. 2 53
<( temps et de la siiuation.Qu*on revienne aux faits , et i( qu enfin on soit juste pour des hommes auxquels « il en a coûté tant d'efforts et de périls pour nous « SAUVER. » (i) C'est-à-dire , pour sauver leurs places, leurs richesses accumulées , et faire triompher l'injustice et l'impiété sur les ruines de tout ce qui a été jamais nommé par le monde religion et justice. (2)
(1) Hist. de la Révolution^ tom. 4, pag. 379 et suîv.
(2) A ces approbations du communisme de 93 et de toutes ses spoliations, rhistorien joignit, en 1831, un autre petit exemple, que Louis Blanc , dans son Histoire de dix ans ( tom. 11 , pag. 290 et 292), raconte ainsi : « Quand M. Aragoet ses compagnons d'armes « arrivèrent à l'entrée du jardin , les assaillants étaient déjà en « pleine possession de l'archevêché dont ils achevaient la démofi- « tion avec une sorte de frénésie. Une masse d'hommes robustes, « s'attachant à la grille, l'avait pliée en deux par un soudain et puis. « sant effort. En un clin d'œil , les appartements avaient été en- « vahis, les lustres mis en pièces, les portraits déchirés, les mar- « bres brisés, les tables et les fauteuils rompus , les boiseries arra- « cbées ; de vastes pans de mur s'écroulaient tout à coup , comme « poussés par une force magique ; les glaces volaient en éclat ; on « voyait tournoyer en l'air et tomber dans le jardin , lancés de tou- « tes les fenêtres, livres rares, manuscrits précieux , riches cruci- « fix, missels, chasubles, soutanes, ornements de toute espèce.... « Ce qui fut perdu pour l'art et pour la science, dans ce jour de « folies, est incalculable.... »
« Témoin de ces lugubres scènes, M. Arago frémissait de son « impuissance, et comme savant, et comme citoyen; convaincu en- <• 6n qu'il y avait parti -pris de la part du pouvoir de favoriser « rémeute , il allait donner ordre à son bataillon d'avancer , décidé « à tout plutôt qu'à une résignation grossière, lorsqu'on vint Ta- « vertir que quelques personnages marquants, mêlés aux gardes « nationaux , les engageaient à laisser faire. On lui cite particuliè- « rement M. Thiers , sous-secrétaire d'état au ministère des flnan* « ces. Il l'aperçut en effet , se promenant dans les ruines , avec un •« visage satisfait et le sourire sur les lécres. »
La vente des biens du clergé, et toutes les spoliations qui l'ont sui vielleurs motifs, leurs résultats, sont donc un des faits les plus mémorables , un immense exemple de communisme , dont les conséquences sur le sens moral des peuples est incalculable.
« Le temps seul, a dit M. de Chateaubriand , peut «c guérir cette grande plaie de la France. On distiii- « gue encore, en Irlande, les propriétés dont l'oria gine remonte à des confiscations ; loin de nous <c en affliger, félicitons-nous de trouver parmi les « peuples ce sens moral que le succès ne peut cor- « rompre f qui n'admet pas même la prescription « centenaire.C'EST cette conscience du genre huma»
ff QUI est le principe de la. société ; ELLE SURVrr AUX
« nations et les recommence. »( Discours sur le prO' jet de loi relatif aux finances. 1817.) Et cependan t . tous ces exemples les plus révolutionnaires du communisme de 89 , de 9a et de 93 , M. Thiers les justifie , M. Thiers les loue , M. Thiers en recommande les auteurs comme des grands hommes et des sauveurs, et il veut que nous en soyons très-reconnaissants. Et ces apologies, devant lesquelles toutes les lois du juste et de l'injuste disparaissent ont QXijusqu^à i5 e^ /7/£/^ d'éditions, et ont inondé par milliers les villes et les campagnes , portant partout, sous le patronage de la bourgeoisie, l'esprit et les principes de la république écarlate et du plus spoliateur des socialismes.
Aussi Proudhon ne craint-il pas d'en interpeller
SECONDE PARTIE. a5:>
ainsi et Tauteur et toute la bourgeoisie admiratrice , maintenant si ardents conservateurs delà propriété. « Jaloux défenseurs de là propriété , pourquoi « donc trouvez-vous bon que vos pères l'aient vioa lée, il y a cinquante ans? N'étaient-ils pas pro- « priétaires au titre le plus légitime , ces nobles « qu'ils ontdépouiIlés,cesprétresdont ils ont acquis « les biens à vil prix? M'équivoquez pas ; répondez. « — Ces propriétés, dites-vous, étaient le fruit de « la conquête et de la captation. Mais les héritiers « des premiers conquérants n'étaient-ils pascouverts « par la bonne foi d'une longue possession , par la « prescription et toutes les lois? »La conquête ellemême n'était-elle pas le résultat d'une guerre juste? et un grand nombre de ces biens n'avaient-ils pas une autre origine que la conquête? « Mais ces «f moines, n'étaient-ils pas censés, conformément à « leur institution , user de leurs revenus pour le m soulagement ou l'entretien des pauvres? » Et nous avons montré qu'ils le faisaient; et si le relâchement s'était glissé dans un certain nombre, quelle en était la cause, sinon le philosophisme, qui, sous la protection de l'état, avait pénétré partout. «Ils s'ac- « quittaient mal de ce devoir: d'accord; mais si ce •fut un motif pour les déposséder ^ convenez qu'in- « voquer une pareille raison pourrait nous mener « loin aujourd'hui , » et d'autant plus loin qu'en s'emparant des biens du clergé , l'état s'est chargé à sa place du soulagement des pauvres.
— H est vrai : mais en suivant si loin la bourgeoisie dans ces voies du communisme, qu'y gagnerait le peuple ?
— Ce qu'il y a gagné en 89 et 93.
— Oui! Et qu'y a-t-îl gagné? la misère, Tiropiété, et tous les vices qu'elles enfantent.
— Mais la nation
— La nation! elle a, vingt ans durant, vu le plus noble sang de ses fils de toutes les conditions couler ensemble sur les échafauds et dans les guerres civiles , ou se mêler, sur tous les champs de bataille de rSurope, au sang de tous les peuples soulevés contre elle; elle a subi, malgré tous ces millions et milliards pillés , la flétrissure d'une banqueroute infâme ; elle a eu , malgré les millions de ses enfants immolés , à courber son front plissé par les angoisses devant deux invasions de l'étranger ; elle a vu ses budgets s'enfler, grossir toujours et monter, chose inouïe dans les annales de ses calamités ! jusqu'à dix-huit cents millions; elle a vu toutes ses libertés, toutes ses fondations d'enseignement, de culte, de travail, d'hospices, de charité, de commune, disparaître une à une avec l'éclat de son caractère généreux ; un égoisme cupide , vorace, enfant bâtard du libertinage et de l'impiété, s'attacher à son cœur pour le dessécher dans d'ignobles étreintes, et la plus dure aristocratie, une aristocratie de légistes, de scribes; de pédants, de mar-
quis de l'aune , de la plume et de la férule, s'abattre sur elle comme sur une plèbe de parias et de vilains , bonne seulement pour la corvée industrielle, la glèbe et la chair à canon.
— Et voilà pourquoi peuples et nations secouent leur poussière et leurs fers> et font trembler le sol, comme Atlas sa montagne , quand il veut changer de côté.
— Vous dites bien : et c'est, comme lui , pour changer seulement de coté qu'ils font appel au communisme.
— C'est pour lui demander des sauveurs.
— Des sauveurs ! prêts à se servir d'eux comme d'un marchepied pour s'élever et s'enrichir , et comme leurs devanciers, les traîner, la cordeau cou, dans les mêmes voies de sang, de boue et de tyrannie! Le taureau qu'on traîne de force à l'abattoir, bondit au moins à l'odeur du sang de ses frères, et fait d'incroyables efforts pour briser sa chaîne ! Le peuple , lui , s'éprend d'amour et d'admiration pour sei bouchers sublimes jtl court, stupide et en chantant, au charnier encore humide du sang de ses pères, où l'attendent la misère et la mort pour le dévorer à son tour!
— Pourtant l'oppression est partout; l'injustice et le vol nous enlacent comme la bandelette égyptienne enserre la cadavéreuse momie ; que faire donc?
— Regarder le ciel, se souvenir que c'est la justice qui élève les nations , et que c'est le péché et l'in-
a 58 LE COMMOiri5M£ KT SES CAUSES.
justice qui rendent les peuples misérables ; s'humilier, se repentir, retourner à Dieu et à son Christ Si c'est lui qui conduit les nations , pour les punir, aux portes de la mort, c'est lui aussi, et lui seul, qui les en ramène.
— C'est dur ; et pour le faire, il faut croire.
— Il faut prier.
— Qu'est-ce que prier?
— C'est reconnaître qu'on ne possède rien que précairement, et se plier, en l'implorant, devant la souveraineté du maître tout-puissant à qui seul tout appartient.
— C'est difficile ! ÏSa justice pèse comme la fata* lité. Qui peut retenir son bras, quand il s'abaisse sur une nation pour l'étreindre et pour la briser?
— Il cède à la miséricorde
— Il y a dix ans , peut-être !....
— Maintenant encore , toujours: la prière est la plus forte dynamique qui ait été donnée à l'homme sur le ciel.
— Vous le voyez, cependant, personne ne prie, personne n'en appelle à la foi , à la pénitence. Tous, nous nous évanouissons dans la confiance en nos pensées ; et l'habileté de quelques hommes , et quels hommes! est toute notre espérance.
-C'est vrai : personne ne regarde le ciel.
— Eh! comment le regarder, quand les ombres effrayantes de la tempête l'enveloppent de toutes parts, et qu'on n'aperçoit aux confins des nues qui se croisent et se heurtent, que les lueurs blafardes de
1 éclair et de la foudre gui le suit?.... Quand le char est lancé sur une pente brusquement inclinée , entraîné par son propre poids et par les chevaux qui s'effrayent, comment l'arrêter au point le plus rapide, et comment ne pas se précipiter avec lui au fond de l'abîme ?
— Comment ? en s'en séparant et en regagnant ta route , quoi qu'il puisse en coûter , et puisqu'il le veut, le laisser seul descendre dans l'abîme.
— Meajacta est C'est trop tard pour retourner
sur nos pas Entendez la détonation de l'avalanche. La voilà qui monte et descend, comme les flots de l'Océan que remue la tempête , emportant tout sur son passage Où fîiir?
Aux armes, citoyens! formez tos bataillons. Tuons, rusons!
A nous les forts^ et terres et maisons !
Et des millions de voix , encouragées par les exemples et l'histoire révolutionnaire de la bourgeoisie, faisaient retentir au loin, éclatant comme la foudre qui descend de la nuée, ce refrain du pillage et de la mort. On buvait à Cambon , on invoquait Robespierre, on criait: Vive la guillotine, et vive Tenfer ! Et le droit au travail , et le droit au soula^ gementf hypothéqués sur les biens du clergé acquis par la bourgeoisie, remuaient le sol jusque dans ses fondements , comme un levier terrible , et entreprenaient de refaire à leur profit un 89 et un gS.
sGo LE COMMUHISME ET SES CAUSES.
C'était une chose horrible à voir que cette lutte acharnée et sanglante de la ruse et de la force propriétaires , contre la force et la ruse qui voulaient le devenir... Et la nuit était noire, bien noire! et l'éclair qui seul rilluroinait, comme une torche qu'on abaisse et qu'on relève , n'était plus séparé de la foudre, ni la foudre de l'incendie. On trompait, on volait, on empoisonnait, on tuait, on pillait, on mitraillait! Tout pliait ou tombait brisé, comme le frêle cotonnier sous le soufHe de l'ouragan des Antilles; et de chaque éclair, et de chaque coup de foudre, et de chaque rafale, et de chaque nuée qui se tordait déchirée sous leurs efforts, semblait surgir une grande voix qui criait: Sortez, sortez d'ici! C'est le jour de Dieu! Que tout front s'incline jusqu'à terre devant le passage de sa justice !
C'ÉTAIT LE COMMUNISME
Et la logique disait aux spoliateurs de 89 etdec)3, et à tous leurs apologistes:
VOUS AVEZ BEAU DIRE , D'APRÈS VOS LEÇONS ET VOS EXEMPLES, IL A RAISON !