SIXIEME FAIT, OU SIXIEME EXEMPLE DS COMMUNISME
L!étatj en frappant d'impôts sans règle ^ sans justice et sans mesure ^ tous les genres de propriétés, met le comble au communisme.
Prineep» pravineiarum facta e$t iub tribuio..... Aquam noitram peeania bibimus, et ligna nostra pretio comparavimut,
La reine des nations s'est alTaissée sons le poids des impôts.... C'est ii prix d'argent que nous buTons l'eau de nos fontaines , et que nous brûlons le bois de nos forêts. {Jérémie. Lament. Ck.let^,v. %et ft.)
Ir. y a quinze siècles , deux des plus grands écrivains de ce temps-là peignaient ainsi , personnifié dans les empereurs de Rome païenne , le communisme de l'état par Timpôt: • Tellement grande, dit • Lactance, était devenue le multitude de ceux qui « recevaient, en comparaison du nombre de ceux c qui devaient payer , telle Ténormité des impôts , c que les forces manquaient aux laboureurs ; les c champs devenaient déserts , et les cultures se c changeaient en forets.... Je ne sais combien d'emc plois et d'employés fondirent sur chaque pm-
vince , sur chaque ville , magistri, rationales , vi* caires des préfets. Tous ces gens-là ne connaissaient que condamnations , proscriptions, exactions; exactions non pas fréquentes, mais perpétuelles, et dans les exactions, d'intolérables outrages... Mais la calamité publique, le deuil universel, ce fut quand le fléau du cens ayant été lancé dans les provinces et les villes, les censiteurs se répandirent partout , bouleversèrent tout : vous auriez dit une invasion ennemie , une ville prise d'assaut. On mesurait les champs par mottes de terre: on comptait les arbres, les pieds de vigne. On inscrivait les bétes, on enregistrait les hommes, on n'entendait que les fouets , les cris de la toi^ ture. L'esclave fidèle était torturé contre son maitre , la femme contre son mari, le fils contre son père ; et faute de témoignage, on les torturait pour déposer contre eux-mêmes; et quand ils cédaient, vaincus par la douleur, on écrivait ce qu'ils n'avaient pas dit. Point d'excuse pour la vieillesse ou la maladie ; on apportait les malades , les infir» mes; on ajoutait des années aux enfants, on en ôtait aux vieillards. Tout était plein de deuil et de consternation. Encore ne s'en rapportait-on pas à ces premiers agents ; on en envoyait toujours d'autres pour trouver davantage, et les charges doublaient toujours , ceux-ci ne trouvant rieo , mais ajoutant au hasard , pour ne pas paraître inutiles. Cependant, les animaux diminuaient, les hommes mouraient, et l'on n'en payait pas
SECONDE PARTIE. aG'i
a moins Timpôt pour les morts. » {De mort, p^rseeut. Cap. vu. et zxni. }
a Uue sorte de guerre, ajoute Àmmien Marcela lin , s'établit entre le fisc et la population , entre « la torture et Tobstination du silence. Et toutes ces c insultes , et toutes ces vexations endurées par les «c hommes libres, retombaient sur les esclaves, sur «les colons, ouïe cultivateur dépendant, dont ff Tétat devenait chaque jour plus voisin de l'es- « clavage. d ( Michelet , Histoire de France , tom. t. pag. 100.)
Douze siècles plus tard, « Philippe II tenait sa « cour à Madrid, dit Jacques Batmés dans son saa vaut ouvrage du protestantisme comparé au caff iholicisme (tom. ii, page a65j; certain prédica-
■ teur, dans un sermon prononcé en présence du
■ roi , avança que les souverains aidaient un pouvoir
■ absolu sur la personne de leurs sujets , ainsi que c sur leurs biens. La proposition n'était pas de na-
■ tureà déplaire à un roi; l'excellent prédicateur dé- « barrassait les rois, d'un seul coup, de toutes lesenc traves qui s'opposent à l'exercice du pouvoir. Or, a il parait que tout le monde, en Espagne, à cette a époque , n'était pas courbé sous l'influence desc potique aussi servilement qu'on a voulu le supc poser. Il se trouva quelqu'un qui dénonça à Tinte quisition les paroles par lesquelles le prédicateur « n'avait pas eu honte de flatter l'arbitraire des « rois. Certes, l'orateur avait choisi, pour se mettre a à couvert, un asile assez sûr , et nos lecteui^ peu-
a64 ^E COMMUNISME ET SES CAUSES.
a vent bien supposer que cette dénonciation venant a à heurter le pouvoir de Philippe II , rinquisition « (qu'on prétend n'avoir été qu'un instrument en- « tre ses mains), n'avait plus qu'à garder un prua dent silence. Néanmoins» il n'en fut pas ainsi: « ^Inquisition fit son sommaire , trouva laproposi- « tion contraire aux saines doctrines , et le prédi- « cateur , qui peut-être était loin de s'attendre à « cette récompense, se vit imposer diverses péni- « tences, et condamner en outre à rétracter publia quement sa proposition comme erronée ; il ex- « pliqua les motifs, en lisant, ainsi qu'il lui avait «c été ordonné , les paroles suivantes bien dignes de « remarque : En effet , MM.^ les rois (et tous les gou- « vernements), nom sur leurs sujets dC autre pouvoir a que celui qui leur est accordé par le droit divin « et le droit humain ; ils n'en ont point qui pbo- « CÈDE de leur libre et absolue volonté. Ainsi le a rapporte, et comme témoin. Don Antonio Ferez.» ( Relaciones , Paris , 1624.)
Or, le droit divin et le droit humain exigent, selon tout l'enseignement catholique, trois conditions pour la légitimité de l'impôt. La première condition d'un impôt juste et obligatoire, dit-il avec saint Ligori, est une cause juste qui ne peut pas être l'abondance ou l'utilité du prince ou des gouvernants , mais la nécessité du bien commun , necessi' tas boni communis. {Theologia moralis. lib, a. tract. VI. ;i. 6i5.) En sorte que, si les chefs des états, ou les gouvernements, possèdent un domaine privé qui
SECONDS PARTIE. a65
puisse subvenir à leurs nécessités^ ils n'ont pas le droit de frapper des impôts pour les satisfaire ; et si , parleur faute et de folles dépenses, ils ont été forcés d'y recourir , revenus, par de sages économies, à une condition meilleure, ils sont obligés de restituer aux peuples les dommages qu'ils leur ont ainsi causés. D'où il suit encore, enseignent les théologiens , qu'un roi, pour conserver sa couronne, ou un gouvernement quelconque, pour garder le pouvoir, ne peut pas, par l'impôt ou d'autres moyens, réduire le peuple à une grande pauvreté. Et la raison qu'ils en donnent et qui est le fondement constant de tout l'enseignement de l'Église sur ces matières , a de quoi faire rougir jusqu'au front tout le libéralisme moderne : c'est que les royaumes et les nations ne sont pas faits pour les rois et les gouvernements, mais les gouvernements et les rois pour les peuples : non enim regnum estpropter regem, sed rexpropter régnant ; et que grever le peuple au delà de ce que demande son propre bien, est une injustice: i/f populos non magis gravetur quam ejus bonum postulat.
Dans le doute positif sur la justice de la cause d'un impôt, ou de son augmentation, les théologiens enseignent presque tous encore que l'impôt n'est point obligatoire. C'est toujours le témoin canonisé de la tradition théologique qui l'atteste : In duhio posilivo dejustitia causée , communissime affirmant theologi tributum non deberi. ( Ibid. /i. 6 1 5 ef 6 1 7. )
La seconde condition delà légitimité de l'impôt,
la
aGG LE COMBIUNISME ET SES CAUSES.
c est qu'il n'aille pas au delà du besoin ou de la nécessité qui le fait percevoir, et qu'il cesse d'être exigé quand la cause elle-même a cessé d être.
La troisième condition enfin est qu'il soit également réparti entre les citoyens à raison de leurs facultés et deleur fortune : Tertia conditioadjusti tnbutiimpositionem est œqualitas in personis , nempe quod j si qui majores vires habeant , plus solvant et minus qui minores. {Ibid. n. 6 1 5.) D'où la logique conclut encore que les objets de première nécessité^ le blé, le pain, le vin ordinaire, ta viande, le poisson, l'huile, le fromage, le bois pour le feu , et autres semblables , ne peuvent pas , ou peuvent difficilement être imposés sans injustice, parce que, dans ce cas, les pauvres payeraient autant et souvent plus que les riches. «Et en effet, vdit le vieux traducteur des cas de conscience de l'ami de Henri IV, du cardinal Tolet, « et en effet, à grande peine peut a arriver telle urgente nécessité qui vise à l'utilité a publique, d'exiger tels tributs; car il semble que a l'on commette en ceci une injustice, d'autant que c celui paye plus qui plus porte pour son usage pro- « pre, et celui-là porte plus qui plus en a besoin « (comme le prolétaire, ou le pauvre qui a plusd'ena fants(i), ditCabassut); comment donc est-^il juste
(1) « Quo enim aiiquis pauperior est et pluribus liber is one- « ratur^ eo magis ad sustentandam tUcunquefamiliam neeessi- « tate adigitur de rébus suis ad pecuniam faciendam vendere « etderebusalienisemere. » {Juris oanonici , Theoria et praxis^ lib, 6,c. 19, n. 8.)
« de plus exiger de celui qui en a le plus besoin ? ce a serait mieux fait , si telle gabelle se suppléait en a quelque autre manière. » ( Liv. v. ch. lxxiii , n. 9. ) Il y a plus : tous les théologiens affirment que la règle générale du droit canonique est qu'on ne peut percevoir d'impôt sur les objets achetés pour le propre usage ou pour celui de la famille : « Certum est « de jure apud omnes^AW, saint Ligori , nullutn de» « beri vectigal de rébus cuique desen^ientibus ad « usum proprium et familiœ ut expressum habetur « in l, unwersL C. de Vectigal. et confirmatur in cap. « Quanquam de censibus in 6. Et Cabassut : « //ia super lex universi C. de vectig. prohibet etiam sub « pœna capitisy ne ex rébus quœ ad proprium usum <K invehuntur, vectigalia sumantur. De hujus speciei a vectigalibus ita decemit Caput Quanquam de cen» n sibus in 6. Pedâgiorum exactiones, tam jure ca-
o NONICO QUAMCIVILI REGULARITER ET MERITO DAMNA-
c T^suNT.» Les impôts de cette espèce sont des exactions justement et régulièrement condamnées par le droit canonique, aussi bien que par le droit civil. Et ces populaires enseignements, ces profondes notions de l'éternelle justice et de la vraie liberté, d'une extrémité du monde à l'autre , les saints Pères et les théologiens catholiques, pendant dix-huit siècles, les ont répétés. Saint Athanase, saint Chrysostôme et saint Basile, les proclamaient en Orient; Tertullien , saint Cyprien et saint Augustin en Afrique; saint Martin et saint Hilaire dans les Gaules; tous les pontifes successeurs de Pierre, en Italie et
dans le monde entier. Plus tard , saint Thonrias et Cajetan les soumettaient, en Italie, aux lois rigoureuses de la logique , la Sorbonne à Paris , en Espagne, Satamanque et ses docteurs, Lessius en Belgique, en Allemagne Buzembaum et toutes les universités ; et comme pour mettre le sceau à cette doctrine , Pie V , promulguant avec une nouvelle autorité la fameuse bulle Cœna Domini , Thorreur des gens du roi et de tous les défenseurs du droit depée, frappe d'excommunication tout chef d état et tout gouvernement qui impose injustement de nouveaux tributs sur les peuples, ou augmente les ancienssansunenécessitévéritable.(i)Ces principes, ces droits sacrés des peuples, on les retrouve dans tous nos grands écrivains ecclésiastiques, dans Bossuet , dansFénélon, et jusque dans le célèbre canoniste d'Âix en Provence, et en termes les plus énergiques.
« Ce que la justice demande , dit 1 evêque de Œ Meaux, c'est l'égalité entre les citoyens, et que c( celui qui opprime demenre toujours le plus faible a devant la justice. » Et avec le roi David : « La loi K est sans intérêt et sans passion.... On est ravi de a voir comme elle est égale à tout le monde, et
(1) « La cinquième excommunication de la bulle Cfxna Do- « mini , dit encore le vieux traducteur de Tolet , comprend eeax " qui imposent de nouveaux péages ou gabelles {vectigaUa) tû « leurs terres , hormis es cas auxquels il leur est permis par If « droite comme aussi contre ceux qui les réhaussent et accrois- « sent, ou exigent ceux que Ton défend d'imposer ou accroîstre. » {Uv, I. cA. XXI. n. 3.)
<c comme, au milieu delà corruption, elle conserve a son intégrité...»etplus loin :ala règle(ou laloi)cesse « d'être règle, quand elle n'est pas perpétuelle et « ne marche pas d'un pas égal.... La règle divine et <c INVIOLABLE parmi tous les peuples du monde, est <c de ne point accabler les peuples, et de mesurer les « impôts sur les besoins de Vétat et sur les charges « publiques. » (Politique sacrée , liv. i. art. iv. 4® propos. Liv. y i\i , art. i. propos, i^j art. iv. propos. 3% /iV. XjUrt. i^^ propos. 9®.)
« Les souverains, dit Fénélon (quels qu'ils soient, qu'ils s'appellent rois , empereurs , assemblée constituante ou Convention), « ne sont que les con- « servateurs des lois, les exécuteurs de la justice, les ce pères et les tuteurs du peuple. Toute action qui a n'est pas une suite nécessaire de ces qualités , est ce un abus de l'autorité souveraine. »
« Toute loi faite, toute guerre déclarée, tout ima pot levé dans une autre vue que celle du bien pu*
a bliC^ EST UN VIOLEMENT DES DROITS ESSENTIELS DE
« l'humanité. Tous les hommes étant d'une même
a espèce , MEMBRES d'uNE MÊME RÉPUBLIQUE ET d'uNE
a MÊME FAMILLE , nulle créature semblable à eux NE « PEUT, PAR AUCUN DROIT, soit inhérent, soit o communiqué, les priver de leur être ou de leur a bien-être , sans que cela soit nécessaire pour le a bien commun de la société, d ( Essai philosophie que sur le gout^ernement civile ch. xi.)
cr La fin de toute puissance, dit à son tour Cabasc( sut, est la protection et le bien-être des peuples,
a-O LE COMMUNISME ET SES CAUSES.
c et non leur oppression et leur dépouillement; et a les (gouvernements n*ont de droit sur la personne «c et les facultés des citoyens, que dans Tordre de a leur défense et d'une juste administration. Tout « impôt donc exigé du peuple ou des particuliers a par la cupidité et Tamour du faste ou un luxe su- « perflu, est l'abus d'un pouvoir que ceux qui gou- « vernent n'ont reçu que pour le bien commun. « Que sont les gouvernements sans la justice, ditsaint c Augustin , sinon de véritables brigandages? De tels c chefs, di t Ézéchiel, sont, au milieu des peuples, com- « me des loups ravisseurs; de tels souverains, dit saint a Thomas, sont tenus à restitution aussi rigoureont sèment que les voleurs, et la gravité de leurs vols a l'emporte même d'autant plus sur ceux des Voie leurs ordinaires , qu'ils violent avec plus de dancc ger pour les peuples, la justice publique, dont ils a avaient été établis les gardiens. »(i) Et cette obli-
(1) « Secunda conditio est ut vectigal seu tributum $U oA « justam causant , cui aliter provideri commode non possU. « Cum enim potestates legitimœ inductx sunt ad poptdorum tu» « teiani et quietem^ et nuUatenus ad eorum oppressionem et de- « prxdationem; nec habeant principes uUam potestcUem legUi- « mam in subditorum personas et facuUates, nisi in ordintod « eorum tuitionem etjustum regimen; idcirco si quidper lui- « quam cupiditatem et superfluum luxum a populo vel a priva» « tis accipiant vel exigant, abutuntur potestute ad optimum « tantummodo et commune bonum accepta» Unde dicit 5. Àw « gustinus {lib, 4. de CivHt. Dei, cap, 4.): behota justitia, quid
« SUNT BEGNA,^ NISI MAGNA LATBOCINIA? Et EZCCh, 22. Princip«f
« eju8 io medio illius, quasi lupi bapibntes pbadax. Et reeU • dicUS. Thomas, f V Qusest. 66. art. S ad Z* Taies regcs et
SECO:»DE l>ARTl£. a^i
gation de restitution retombe sur tous ceux qui sont sciemment complices de l'injustice , ou qui sciemment en profitent.
Telle est l'idée que les enseignements catholiques de tous les temps donnent de la propriété et des droits des citoyens ; telles sont les saintes garanties qu'ils en inscrivaient, non sur une feuille de papier, à la merci de toutes les tempêtes politiques , mais qu'ils gravaient dan^ la conscience des rois et des assemblées délibérantes , aussi bien qu'au cœur du dernier des citoyens.
Et ces garanties, ils ne les demandaient pas seulement à la conscience des chefs des états et des législateurs, dans l'assiette et la répartition des impôts , mais encore à la conscience des électeurs dans le choix même des officiers publics et de leurs propres représentants , en leur dénonçant l'obligation où ils sont, sous peine de salut^ de ne faire tomber leurs choix que sur des hommes capables par leurs talents et dignes par leurs vertus. Fénélon va même jusqu'à dire que les princes (ou électeurs), en ne comptant pour rien, dans le choix des horameSy ni la vertu ni les talents, font à l'état UNE INJUSTICE IRRÉPARABLE. (Examcns dc coFiscience sur les devoirs de la royauté {pu souveraineté.)
« pnOCipeSAD BESTITUTIONBII TENENTUR, 8ICUT ET LATRONES; « ET TANTO GRAYIUS PECCANT QUAM LATRONES , QUANTO PERI- « CULOSIUS ET COMHUNIUS CONTRA PUBLICAM JOSTITIAM CUJUS
« CUSTODES suNT posiTi. » (Cabass. JurU canonici Theoria et praxis. Hb. 6. cap. 19. d. 3.)
a^a LE COMMDNISBIE ET SES CAUSES.
Quon trouve y dans le rationalisme , dans tous les légistes et législateurs modernes, chez tous les partisans du droit de l'épée et de Tomnipotence des gouvernements, ou de leur indépendance de toute loi morale révélée et de tout droit divin, des doctrines aussi énergiquement libérales , aussi efficacement populaires !
Donc, tout impôt qui n'a point pour but, à l'exclusion de tout autre, le bien commun, le bonheur des peuples, ou qui, pour la durée ou la quotité, va au delà de ce que demande la nécessité de ce bien commun, tout impôt qui frappe également les pauvres et les riches, ou ne tient pas compte , soit eo lui-même, soit dans sa répartition, de la proportion de la fortune et des facultés , est une atteinte au droit de propriété, une spoliation, un fait, un exemple de communisme.
Or, depuis qu'on a proclamé avec tant d'emphase l'omnipotence de la loi, la suprématie des gouvernements en matière de religion, d'enseignement, de morale; depuis que, sous le prétexte d'unité, on leur a livré , par une centralisation liberticide, et les individus , et les familles, et les institutions, et les communes, combien de lois, de décrets injustes, spoliateurs , /^//i^^/e^ , contagieux y qui ne méritent pas plus le nom de lois , dit Cicéron , que les conr mentions d'une assemblée de brigands? (i) Et il cite
(1) *Quid, quod mult4ipemiciose , multa pestiféré sciscunUr « inpopulis, qux non tnagis legis nomen attingunt, quam si u*
« TRONES ÀLIQDA GOZf$BSSD SUO SANXEBINT ? » {DC LeçibuS, 10).
lui-même, comme étant de ce nombre, les lois Titia Jpuleia et Uvia^ sur les prt)priétés, sur les colonies, sur les subsistances , sur les jugements, sur le partage des blés et des champs, les lois agraires en un mot, les lois d'impôts des tribuns communistes de son temps.
Combien d'impôts, non-seulement sans rapport au bien du peuple, mais contraires à ses véritables intérêts? Combien, pour la seule utilité des gouvernant^? Combien, pour créer et entretenir de grasses sinécures , établir de nouveaux emplois et enrichir des protégés? Combien, dans le seul but de se maintenirau pouvoir et de s'attacher parl'oret par la corruption un plus grand nombre de partisans? Combien pour favoriser certaines villes, certaines institutions , certaines bibliothèques , certains musées , au détriment des autres, et donner plus d'autorité , plus d'influence, à des hommes de parti qu'on s'était inféodés? Combien, pour corrompre l'enfance, arracher la foi à la jeunesse par les théâtres, par les arts, par les lettres, par les sciences, par tout un monopole d'instruction et d'éducation, impôts que les pauvres payent aussi bien que les riches, quoiqu'ils n'aient aucun accès à ce que ces impôts sont destinés à subventionner ?
% IL 5. Êdit de Leclerc. trad. de Ch. Remusat.) Dans les notes sur les lois plos ou moins communistes, citées nommément par Torateur romain y le traducteur dit qu'elles n'étaient si odieuses à Cicéron que parce qu'elles étaient factieusement populaires, et à son frère Quintus , que parce qu'il était partisan plus sévère et plus ardent des intérêts des patriciens. (Ton). 27. pag. 187. note 12 et 13.)
a 74 L^ COMMUNISME ET SES C\T3SES.
Combien d'immoraux, d'injustes, d'inégalement répartis? Combien frappent certains objets deux fois, trois fois, dix fois? (i) Combien atteignent les pauvres aussi bien , plus même que les riches, et sans proportion à la fortune et aux facultés? Combien de charges équivalent pour les pauvres, en ellesmêmes et dans leurs conséquences, à des sommes i énormes , sans proportion avec leur fortune et leur condition, et dont les riches se rachètent avec de l'argent ou s'acquittent en personne, mais avec des chances incomparablement plus avantageuses? (a)
(1) L'enseigoement, par exemple, la propriété, les vins, etc.. renseignement est imposé , l*" dans les bodgete généraux , T dan les budgets départementaux et communaux, 3* dans les enfants, frais détude^ A'' dans les livres de monopole, b!^ dans les eumens, 6"* dans les inspections, 7° dans le chauffage, 8<* dans les examens pour le baccalauréat, 9"* dans le diplôme, 10» dans ki visa , timbre , etc. , 1 V dans les inscriptions , thèses , etc. ; et cet enseignement dix fois ainsi acheté , on ne peut le communiquer aux autres sans parcourir un nouveau cercle d'impôts et d'exactions , la plupart fondés, non sur des lois, mais sur des ordonnaBces, des statuts et règlements, des circulaires d'autorités, que ks lois n'ont jamais reconnues, comme cette du conseil de finstrue» tion publique , des commissions et comités institués par lui.
(2) L'impôt du sang, la conscription: le riche 8>n rachète en faisant un homme pour 1,500 à 2,000 francs ; cet impôt équivaut donc à cette somme , et le pauvre en est frappé aussi bien que le riche, et sans proportion avec sa fortune. Les pauvres le payent plus souvent , parce que leurs familles sont plus nombreuses et plus morales; les habitants des campagnes en sont atteints pour les mêmes raisons, incomparablement plus que ceux des villes. Le riche, quand il y satisfait personnelIement,a plus de chances d'avancement Ses revenus ne tarissent pas; il les ménage, au contraire , et il les retrouve h son retour, ainsi que ses richesses. Le pauvre , au cou*
SECONDE PARTll^. a ^5
Combien d'impôts établis pour une nécessité transitoire , comme les décimes de guerre , et exigés pendant dix, trente , cinquante, ans après que la cause a tout à fait disparu ? Combien d'augmentés , d'accrus, sans aucune évidence denouveaux besoins, mais seulement pour satisfaire la rapacité des gouirernants, quel que soit leur domaine privé, et la cupidité de leurs créatures associées à la curée des emplois, en récompense de la part qu'elles ont prise à renverser ceux dont ils occupent la place?
Rien ne peut s'y soustraire. On paye pour sa per- > sonne {la personnelle) \ on paye pour le sol qu'on occupe au soleil et sur lequel on dort {impôt fon^ cier)\ on paye pour l'air qu'on respire {portes et fenêtres) ; on paye pour les meubles qu'on est censé avoir, en raison de la maison qu*on habite et souvent par location {impôt mobilier ^ impôt Lafitte , inventé en i83o, et à lui seul presque aussi lourd que les autres) ; on paye pour acheter, on paye pour vendre {patente)^ on paye pour les successions, on
traire , a, non-sealeinent moins de chances d'arancement , mais il perd toutes les sources de ses revenus : son travail , son métier , la science progressive de ce métier, les chances d'un établissement et d'un mariage favorable , «ouvent Tusage de ses membres, par des infirmités précoces, suite du service militaire. La fin de la loi ellemême lui importe infiniment moins qu'aux riches , puisque c'est le gouvernement, le riche, son commerce, ses propriétés, ses maisons, ses richesses , qu'il s'agit surtout de protéger et de défendre , tandis que le pauvre n'a rien à perdre ni à défendre de tout cela , et que les gouvernements les plus populaires n'ont pas besoin de tant de soldats. Et que de choses à dire encore contre l'injustice de cette loi, au point de vue d&la liberté de conscience!
a'jG LB COMUnNISME ET SES CAUSES.
paye pour les legs faits aux pauvres, on paye pour les ventes 9 on paye pour les prêts, on paye pour les donations, on paye pour les transactions et les contrats de toutes sortes ; et les impôts de timbre pullulent et s'abattent sur les citoyens comme les feuilles d'arbres au souffle des vents d'automne.
On paye au fisc un droit sur presque tous les aliments du corps , dans les villes, et on lui en paye un autre sur presque tous les aliments de Tâme, dans les écoles et des villes et des campagnes. La farine , le pain , le vin (i), la viande (2), le fromage,
(1) D'après les calculs adressés aux journaux par M. Bécbard, député du Gard, et insérés dans r £/mon du 14 juin 1842, il suit que la consommation du vin va toujours en diminuant , même à Paris, grâce aux droits énormes dont il est frappé. Elle était, ea 1812, de 138 litres par habitant , en 1825 de 120, en 1835 de 102> (et en 1841 de 98 , d'après la statistique du ministre de commerce). Le peuple n'y boit que dans les cabarets du vin altéré , et M. le pré* fetde police a déposé, dans le Recueil des actes administratifs de la Seine, des réclamations qui constatent la déplorable influence de cette altération sur la santé des habitants et la nécessité d'abaisser les droits d'octroi. Il suit des mêmes calculs que 13 millions d'hectolitres de vin commun, servant à l'alimentation du peuple et valant en moyenne 6 à 7 francs l'hectolitre pris sur place , c'est-àdire, en tout 84,000,000, payent ilO MILLIONS bedboits, plus de 130 POUB CENT. N'est-il pas in»uï, ajoute-t-il, que des vins, valant en moyenne 6 à 7 francs, payent en droits d'octroi (sans compter les autres), à Caen, 9 fr. 44 cent, par hectolitre , à Lille , 9 fr. 47 cent , à Dunkerque, 9 fr. 5 cent , à Valencienne, 8 fr. 52 cent , à Rouen, 1 1 fr. 52 cent. , à Paris , 20 fr. 35 cent en cercles, et 28 fr. 60 cent, en bouteille ? N'est -il pas absurde (autant qu'injuste) d'élever les droits d'octroi de 60 cent, à 4 fr. 80 cent , selon la population et la classe du département.
(2) M. Dubouchage, à la chambre des pairs (séance du 28 avril
le bois à brûler» la pierre à bâtir, tout est frappé. Les boulangers , les bouchers , les cabaretiers , les vendeurs de quoi que ce soit, sont spécialement imposés pçur le pain, le vin, la viande, et tout ce qu'ils vendent, et c'est sur le peuple qu'ils reprennent tous ces droits, sans compter les droits d entrée, d'abattoir, les droits d'octrois de toutes sortes. Le vin ordinaire, le gros vin, boisson du pauvre, paye autant en beaucoup de pays que le vin fin et recherché destiné à la table du riche. La viande commune est imposée partout, et le gibier, la volaille ne Test pas dans plusieurs villes. L'alphabet paye un droit aux monopoleurs, aussi bien que les grammaires de Lhomond; l'enseignement du catéchisme, aussi bien que celui de la langue française.
On subventione par l'impôt les théâtres, les comédiens et les comédiennes , aussi bien que les collèges , les professeurs et les maîtres d'école ; on
1841), citant un ancien rapport de M. Daru, a prouvé que, sous Louis XIV (malgré le carême et les jours d'abstinence) , Paris consommait quatre fois plus de viandes qu'aujourd'hui , proportion gardée; que, sous la Restauration , en 1825 , il en consommait un tiers de plus , et que, Tannée 1840, il a consommé 700 bœufs de moins qu'en 1839. Ces faits ont été reconnus par la chambre et par le ministère comme étant de la plus grande exactitude , et M. Daru est venu les confirmer à la tribune , en remerciant son collègue de les avoir produits. (France^ 3 mai 1841.) Le même journal ajoute que les calculs d'une statistique rigoureuse établissent qu'avant 1789, alors que Paris chrétien faisait maigre volontairement un tiers de l'année, la consommation individuelle de la viande était de 68 kilogrammes, et qu'elle est forcément descendue aujourd'hui, sous le règne de la philosopliie et du bien-être progressif, à 47 kilogrammes.
anS LE GOMMGlfflSMB ET SES CAUSES.
paye des nuées d'agents de police et de gens d arme^ sous toutes sortes de noms et de formes. On paye pour de nouveaux journaux et de nouvelles prisons, pour des hospices destinés à de nouvelles maladies , et pour de plus nombreuses niaisons de mendiants et de fous ; et jamais il n'y a eu tant d'immoralité, tant d'ignorance, tant d'incertitude dans les opinions, tant de mendiants, tant de fous inguérissables, tant de crimes, tant de misères; jamais si peu d'ordre et de tranquillité, jamais autant de bruit et de tumulte, la nuit comme le jour, pour les citoyens qui aiment le travail, le sommeil et la paix.
On paye une armée de 5oo mille hommes pour garder le pays,, et une armée presque aussi nombreuse pour le centraliser, l'enseigner, l'administrer, lui rendre la justice, voter ses budgets et les réaliser. Les chaires, les places, les emplois, les bureaux, se multiplient, et s'emplissent de titulaires, de suppléants, de surnuméraires, d'aides, de commis, qui se poussent, se croisent, se supplantent, se succèdent, se destituent ou se mettent à la retraite, selon les intérêts et les changements sans fin de gouvernements et de ministres. Les budgets s'enflent, grossissent, s'étendent, montent, débordent de toutes parts, et montent encore, en pleine paix, sans aucune apparence de besoins nouveaux et de nécessités publiques.
En 1829, le budget était de 1,01 4 millions. i83o, • • • . . 1,095
SECONDE PARTIE. a^g
El) 1 83 1 , il était de . . i,ai 4 millions.
iS33, i»ii4
i833, i,ia8
i835, i>oai
Et dans ces dépenses ne sont pas compris les fonds restant des indemnités , des emprunts successifs énormes , et les budgets des départements et des communes.
Or, sur ces impôts immenses , o Tadministration de l'enregistrement, «dit M.d'Audiffret, ancien président de la Cour des comptes, a évalue que, du a revenu immobilier qu'elle porte à 1,580,597,000 « francs , la propriété paye en contributions fon- « cières, droits divers et hypothèques, i,o5o,ooo,ooo « fr., c'est-à-dire , que les propriétaires fonciers ne « jouissent que du tiers des produits de leurs capi-
aSo LE COMMUNISME ET SES CAUSES.
« taux» de leur travail et de leur industrie. Et comme « l'état , ajoute-t-il , s*est fait le cohéritier de tous la « héritiers , le colégataire de tous les légataires y k « membre nécessaire de toutes les familles dans les- « quelles se /ont des partages et des échanges ^ le
a CAPITAL ENTIER DU PATRIMOINE EN IM3IEDBLES EST tf ABSORBÉ PAR LE TR]£sOR DANS l'eSPACE DE MOlJIS
a d'un siècle, ou TROIS GÉNÉRATIONS. » {Exameu des retenus publics.) A. Marseille, au temps du choléra, il a suffi de quelques années, dans plusieurs familles, pour voir se réaliser cette spoliatrice absorption. Aussi la France , sur le continent, marche-t-elle en tète de cet inique progrès. La somme totale des impôts , sur un kiJomètre Q/^ de lieue) carré de pays, est en Suisse de 226 francs (les cantons catholiques ne connaissent pas l'impôt foncier), en Autriche de 4oi , en Toscane de 566, en Bavière de 559, en Prusse de 691 , dans le Wurtemberg de 684, en Saxe de 871, en France de 1,78a. A Rome et en Espagne , selon lancienne pratique des états catholiques, l'impôt étaitindirect, et consistait presque tout entier dans les douanes, (i)
(1) Cette pratique était autrefois si générale que, dans leurs traités sur la justice des tributs et robligation de les payer, les théologiens catholiques ne parlent presque que des impôts indirects, et ne les expriment que par les mots de vectigal et de gabella^ àepedagium^ guidagium^ qui n'expriment que des impôts sur les marchandises commerciales , et des droits de péage, ou de porte , qu'ils appelaient encore portierum. Ceux qui parlaient de l'impôt direct n'en parlaient que comme d'une exception et d'une ressource à laquelle 00 ne devait recourir qu'après toutes les autres et dans une nécessité
SECONDE PARTIE. !l8 I
Or, tous ces impôts arbitraires > injustes la plupart, et tous dans les intérêts des gouvernants, qui
pressante, tant était sacrée chez les peuples Tidée de la propriété! Voici coi;ninent le constatait encore de son temps le cardinal Tolet , dans son vieux traducteur si répandu autrefois dans le clergé français : « La gabelle est un tribut public exigé du prince (du souverain), pour Tutilité commune. — La gabelle se peut diviser, et en effet se divise en plusieurs façons. La première se dit en latin vectigal, du verbe latin veho^ qui signiGe porter, d'autant qu'il se paye pour les marchandises qu'on transporte à la ville. Or, ce tribut a été institué pour les dépenses, bâtisse et réparations des ponts, des chemins et édifices communaux , et pareillement pour l'entretien des princes. Il s'appelle aussi portierum^ du mot latin porta ^ parce qu'il se paye à la porte de la ville. Il se dit en italien doano , et s'appelle encore péage. » « La deuxième manière est celle qui se paye pour la conduite du chemin , afin que l'homme ou le voyageur soit assuré contre les larrons , et se dit guidage , qui se paye quelquefois pour les marchandises , quelquefois pour la seule personne. » « La troisième manière est celle qui se paye des choses qui s'acheptent et vendent dans la ville , et se peut dire et nommer gabelle , qui est le mot commun restraint à une sorte de tribut ; car à faute d'autre nom, nous l'appelions du nom et mot commun, et appliquons le commun au particulier. » « La quatrième manière d'impôt se dit en italien talUa , c'està-dire , quelque somme que le prince a coustume d'exiger quelquefois de ses sujets, poub les nécessités qui surviennent. > (Ch. 72 , n. 11.) Et dans le chap. 74, n. 7 , il ajoute : « Touchant la taille , il faut garder trois conditions , l'une desquelles venant à faillir, elle sera réputée injuste. La première est qu'on ne l'impose que pour r utilité publique , laquelle cessant, la taille cesse aussi. La deuxième est qu'on ne l'impose pas sans gbande nécessité de l'utilité publique, à laquelle à grand^peine peut-on subvenir avec les autres revenus publics. La troisième est qu'elle soit imposée justement et équitablement, et que le pauvre ne soit pas plus fondé et chargé que le riche , d'autant que la justice requiert que l'on exige davantage de celui qm plus a. »
aS^ LE COMMUNISME ET SES CAUSES.
les a créés, qui les a maintenus? Qui les a doubla ' et fait ainsi monter sans cesse ? Qui les a multipliés
« Les tailles 9 dit le Dictionoaire de Trévoux , se lèvent ordio» rement par capitation et par constitution personnelle; il y a te lieux oh elles sont mixtes, c'est-à-dire, réelles et personoeila, parce qu'elles s'imposent sur les personnes , mais à proportin de leurs biens. Les nobles, les ecclésiastiques et les ofiSdenèi roi, sont exempts de tailles mixtes ou personnelles. Ceux qui dérogent, qui font trafic ^ sont imposés à la taille , sont compris dav
le rôle des tailles En 1388 , Charles VI augmenta ce drait,
qui n*étaît que de vingt sols par tête sous le roi Jean et CharieiV, et Fappella taille* Le nom est demeuré. Il en excepta les DoUa, les ecclésiastiques et les pauvres. Cest Charles VII qui, le premier, a rendu les tailles perpétuelles. Le roi Henri II a impo» le taiUon par forme de crue, pour la paye de la gendarmerie. • Art Taille.) Or , M. Thiers s'exprime ainsi dans le 6^ diap. du t livre de son ouvrage si vanté db la PfiOPBiérB : « L'imp&i imfirect est de plus F impôt des pays avancés en civiliseUion , tandis que rimpôt direct est celui des pays barbares. La première chose qu'un gouvernemeut sait faire, c'est de demander à chaque homme, à chaque terre, une certaine somme. Les Turcs» le bâton à la main, savent bien percevoir le miri. Mais les gouvernements habiles, dans les pays prospères, savent, avec un prélèvement sur la richesse qui passe, se procurer des revenus abondants; et, tandis que la Turquie vit du miri , T Angleterre vit de Texcise et des douanes, après avoir aboli Timpôt foncier....* (Voyez plus bas , pag. 286.) En un mot , pays pauvre , pays esclave et impôt direct^ avec le doublement, le triplement de rimpôt pour ressource extraordinaire , sont des faits toujours unis. Pays riche ^ pays libre et impôt indirect , avec le crédit p«ur ressource extraordinaire et illimitée , sont encore des laits tout aussi constamment unis que les précédents. » (pag. 406.) Donc, renseignement catholique en matière d'impôts a, non-seolement toujours été favorable a l'équité et aux pauvres, mais encore le plus favorable à la science financière, à la civilisation, i U liberté et au bonheur matériel des peuples. Là, comme dans toat le reste , il prouvait la vérité de la parole du Maître : « ChercLex
SOUS toutes les formes et sur la propriété, et plus encore sur le travail et les aliments du pauvre? Qui les a dévorés? qui a donné ou fourni tous ces faits, tous ces exemples de communisme? car si 1 état a le droit de s'approprier les propriétés en moins d'un siècle , pourquoi n'aurait-il pas le droit de s'en emparer en lo, i5 ou ao ans, comme le demandent Proudhon et les communistes ? Si chaque année il peut enlever les deux tiers des revenus pour les partager avec ses créatures ou pour se faire garder, pourquoi ne pourrait-il s'emparer de leur totalité pour les répartir à sa guise entre tous les citoyens, selon leîir capacité? Mais encore une fois, ce communisme, qui l'a ainsi enseigné, propagé par des faits et des exemples si nombreux et si frappants? Sont-ce les pauvres? sont-ce les prolétaires? Non , ce sont les nobles , les bourgeois et les légistes philosophes et francs-maçons (i) de 89 et de
m d*aborcl le royaume de Diea et sa justice , et tout le reste tous « sera donné par surcroît : Quxrite primum regnum Dei ttjus- « titiam efus^ et omnia adjicientur vobis, » M. Thiers dit encore, dans le chap. 2 : « Les premières contributions ayant eu pour ob- « jet d'entretenir les gens de guerre, H était naturel que les sei- « gneurs (ou nobles) servant en personne, ne payassent pas Timpôt.
« Ils l'acquittaient en nature Quant au clergé, la terre était son
« êolaire. Dès lor^, elle pouvait être considérée comme naturelle- « ment exempte des charges publiques. » (Pag. 350.)
(1) « Les maçons, » dit le Tableau historique, philosophique et moral de la Franc-maçonnerie en France , par M. Basot , maçon depuis 81 ans, « les maçons avaient les premiers préparé les esprits " à une grande révolution morale , lorsque les ouvrages des pbi- « losophet Helvétius, Voltaire, J. J. Rousseau, Montesquieu , Di-
93 , les bourgeois et les légistes rationalistes et devenus comtes et barons sous TEropire , les bour-
derot, d*Alembert, Gondorcet, Cabaoîs, etc. apportèrent leur viveet puissante lumière, comme le soleil vient se confondre avec le jour pour en augmenter Téclat.... la lumière maçoniqiu et les lumières de la philosophie se sont répandues sur tous les points du globe. La France régénérée n'a point encore atteint u POINT DE PERFECTION quc Commandent tes doctrines de la maçonnerie et le génie des philosophes ; mais le mouvement est donné, entraînant, irrésistible. Les livres des philosophes et les loges avouées ou secrètes existent partout... L'élément des réformes et des améliorations est chez tous les peuples. Le grand oeuvre s'accomplira. » (Pag. 9, 11, 12) Et plus bas: « Oui, les loges sont les écoles permanentes de la morale universelle dégagée de l'influence des climats, des mœurs , de^ cultes^ des doctrines politiques... L'empire français compte plus de 1>200 loges. Sous la Restauration, il fut formé, sous le patronage d'un maréchal et d'un capitaine des gardes , une loge jusque dans les gardes da corps, et parmi les hommes influents qui entouraient Charles X, les maçons trouvèrent des soutiens qui furent bien aises d'opposer leur influence à celle de la camarilia. Ce moyen de gouvernement a produit son effet : qui sait 8i> dans l'avenir , on ne l'emploiera pas encore ? »
De son côté , le S juin 1839 , le National s'exprimait ainsi : Lorsque le carbonarisme s'établit en France, suivant les formes que des hommes, à cette heure pairs de France et fonctionnaires publics, allèrent chercher en Italie et en Allemagne , il eut pour but le renversement de tout pouvoir irresponsable et héréditaire. On ne put y être afQlié sans prêter serment de haine aux Bourbons et à la royauté. En quelques lieux mêmes , ce serment était prononcé sur un crucifix et sur un poignard. U y a des députés et des pairs qui s'en souviennent. Or , nous le demandons à M. Franck Carré et à M. Martin (du Pïord), ont-ils trouvé dans les dossiers des prévenus d'avril et de mai, dans celui même d'Alibaud, rien qui mérite mieux , suivant eux , l'épithète d'anarcbique, que ce serment tout brûlant de fanatisme ? » « Ne croyez pas, disait aussi M. Dupin, en 1830, que trois jours
SKCONDE PARTIE. a85
geois et les légistes rationalistes, doctrinaires et libéraux sous la Restauration j lés bourgeois et les légistes dynastiques, universitaires et conservateurs de i83o et des i8 années qui ont suivi.
« Pourquoi,» disait M. Thiers dans le bureau qui le nomma membre de la commission chargée d'examiner le dernier projet de loi de M. Villeroain contre la liberté d'enseignement, « pourquoi a n'aurions-nous pas le courage de la louer, cette a université composée de nos contemporains, de
a nos collègues, d^ fils de cette BOURGEOlSlE/râ/Z-
a çaise qui, depuis cinquante ans, a donné tour à a tour à la France les hommes d*état , les orateurs^ « les suivants , les généraux^ et qui, nulle part , en « aucune carrière, ne s'est montrée inférieure à ce a qu* était avant elle la brillante nation française , « quand elle était surtout représentée par les clas- <c ses aristocratiques? »
« Cette université, ce sont des bourgeois commi « ivous , des bourgeois savants , éclairés , honnêtes , « qui enseignent y tandis que d'autres administrent,
cr écrivent, ou PARCOURENT TOUTES TJSS CARRIÈRES a OUVERTES A.UX GENERATIONS PRÉSENTES. »
Certes, le témoignage est précis, et en pareille matière, et de la part de l'historien le plus vanté
« aient tout fait Si la révolution a été si prompte et si subite,
« c'est qu'elle n'a pris personne au dépourvu....; mais nous Vavom • faite en quelques jours , parce que nous avions une clef à mettre « d la voûte , et que nous avons pu substituer immédiatement un « nouvel ordre de choses complet à celui qui venait d'être détroit »
par la bourgeoisie , il est peu contestable : c'est h bourgeoisie dont M. Thiers est le type , des bourgeois comme lui , comme nous^ affirme-t-il , qui ont tout fait depuis 5o ans, comme hommes d'étal, comme orateurs, comme législateurs, comme généraux , comme administrateurs , comme enseigneurs de toute la jeunesse. Tous les actes de communisme, tous les impôts, toutes les injustices et spoliations qui ont frappé la France et les pauvres depuis cinquante ans , sont donc son ouvrage; c'est elle qui a fait 8^ et gS; elle qui a pris, vendu et dévoré les milliards des biens nationaux; elle qui a fait les lois de maximum j les emprunts forcés, toutes les conBscations révolutionnaires; elle qui a fait le Directoire et ses marchés communistes ; elle qui a fait et défait l'Empire, fait et défait la Restauration, fait i83o et les 18 années qui l'ont suivi ; elle enfin qui a voté, perçu et dévoré tous les budgets, tous les emprunts accumulés depuis un demi-siècle. (1)
Et nunc, reges^ inielligite; erudimini quiJudicatU terram!
(1) M. Thiers encore, après avoir dit (db la pbopbijM, Mr. 4, chap. 6. Voyez plus haut, pag. 282, note.) : a Pays pauvre , « pays esclave et impôt direct avec le doublement , le triplement « de timpôt pour ressource extraordinaire, sont des faits « TOUJOURS UNIS. Pays riche, pays libbe et impôt indibbcc, « avec le crédit pour ressource extraordinaire, sont encore des « faits toi|t aussi constamment unis que les précédents , » ajoute immédiatement : « La révolution , dans sa pbemière innocence, « partagea cette opinion (des communistes), que c'étaient des im- « pots affbeux que les impots indibects , qu'il fallait s'en
SECONDE PARTIE. aS*!
Et maintenant, législateurs, qui remplacez les rois , comprenez, et faites , si vous le pouvez, re« tomber sur les peuples les causes du communisme!
« passer, qu'on le pouvait facilement, qu'avec l'impôt foncier « réparti plus également qu'il n'était alors , avec timpôt personnel « et mobilier gradué sur le luxe des logements , avec les portes et « Jenétres , avec Tenregistrement , le timbre (tous impôts incon- « nus ou presque inconnus chez les peuples catholiques) , les doua- « nés réduites aux douanes extérieures, les postes , le revenu des « domaines, on pourrait vivre. Elle le crut, car elle croyait vite et « agissait encore plus vite. Elle abolît donc les impôts sur les bois- « sons, sur le sel, brûla les barrières, et bientôt, passant de Vinnom cence à Lk FUBEURy poursuivant sur les agents de la vieille « finance la vengeance d'anciennes douleurs , elle envoya a « L'ËCHAFAUD les fermiers généraux, parmi lesquels se trouvait € l'illustre Lavoisier. »
« Mais tous les impôts conservés, même en y ajoutant du sang, € ne procurèrent pas l'argent dont on avait besoin. Ils ne « rendirent même à peu près rien , au milieu du désordre gêné- « rai. ( 0 probité des faiseurs de ce temps-là! ) Heureusement, on « avait un moyen de suppléer à tout (nouveau trait de probité
• communiste): c'était le papier-monnaie, papier à large base, a car il reposait sur plusieurs milliards de superbes biens « nationaux. Jvec un décret on multipliait les éditions de ce pa- « pier , et on avait quelques milliards de ressources. On ne se don- « nait pas la peine d'arrêter des budgets. A quoi bon compter , « grâce à la planche aux assignats? Mais bientôt il fallut 400 francs « de papier pour avoir une livre de pain , et le papier valut ce qu'il « coûtait à créer , c'est-à-dire, rien. » Et voilà pourtant tout ce que M. Thiers trouve le moyen d'excuser et de louer ailleurs ! (Voyez plus haut, pag. 246.)
« L'ordre rétabli, continue M. Thiers, par le restaurateur de « la société française , rétabli en finances comme dans toutes les « parties du gouvernement , l'argent ayant succédé au papier , la « détresse demeurait grande encore. Les perceptions maintenues,
• qui comprenaient les contributions directes, l'enregistre- « ment 9 les douanes , les postes , les forêts^ et qui^ le désordre du-
a88 LE C03IMDNISBIE ET SES CAUSES.
Et maintenant, peuples, qui êtes devenns les juges de la terre , comprenez à votre tour : voyez d'où
rant, n'aTaieat rien produit, et te désordre fini ^ prodoisîreitt TOUT AD PLUS tfOO MILLIONS, ue pouYaienteoffire à la dépeme^ laquelle s'éleTait eu 1802 à 600 miilioQS, et marchait vos 700 (malgré la diminution de l'intérêt de la dette par deux on tnw banqueroutes, et les milliards de biens nationaux dévorés). Le général Bonaparte ne savait comment 8*y prendre, \jtpapier' monnaie était aussi discrédité que son compagnon récha/awL Bien que le général eût fort relevé le crédit , car il avait porté le 5 pour cent entre 60 et 70, taux auquel ce fonds est aujourdliiB, avec cette différence qu'il l'avait pris à 12 et que nous Favou trouvé à 120 (ce qui s'est renouvelé, et à la fin de l'Empire, et par la révolution de juillet) , il n'aurait pu ouvrir un emprunt C'était le moment de l'organisation des nouvelles administratioos financières , et de la création d'une foule de charges de finances. Il demanda des cautionnements, et en consomma pour 15 ou 30 millions par an. Comme on croyait à la solidité des aeguisitioos des biens nationaux , lui durant , il put vendre quelques-uns de ces biens, et on en consomma pour 25 ou 30 millions également Mais à la rupture de la paix d'Amiens, le général Bonaparte se trouvait sans ressource (avec 7 à 8 cents millions). Savei-vous comment il s'y prit ? il vendit la Louisiane aux Américains pour 80 millions. (Qu'on nous cite donc un prince, au moyen âge, vendant ainsi une province.) la Louisiane dévorée , il fut tout aussi embarrassé. Lui, si exact, se laissa aller à la ressource de l'arriéré et se livra aux Jaiseurs iTa/faires. Il perdit avec une compagnie fameuse 140 millions , qu'il eut beaucoup de peine à recouvrer; et le jour même d'Austerlitz , il avait, à Paris, une affreuse crise financière avec suspension des payements de la banque. »
a Moyennant Austerlitz et une forte contribution de guerre sur l'Autriche, il pourvut au plus pressé. Pourtant le déficit existait toujours. Il éprouva une sorte de honte à rester dans un pareil état , ayant sous la main le moyen d'en sortir. Tous les départements consultés avaient déclaré l'impôt direct insupportable. L'enregistrement, pesant sur la propriété comme l'impôt fon-
SECOITDE PARTIE. 289
sont venues toutes vos misères, et accusez encore de vos malheurs, si vous le pouvez, vos seuls amis, vos seuls défenseurs, le clergé, et ces enseignements catholiques qui ont toujours tout fait pour les empêcher et vous protéger contre l'oppression, l'injustice et l'arbitraire!
« cîer, ne pouvait être augmenté En conséquence. Napoléon
« prit le parti de rétablir une perception sua les boissons..., et « en peu de temps, ses finances refleurirent. Toutefois, il y avait « un service qui , malgré ses efforts , était encore fort négligé : c*é- « tait celui des routes. Le budget n'y pouvant sufBre , on $*en était « déchargé, et on y avait pourvu par un impôt des barrières. Mais « cet impôt donnait 14 millions quand il en aurait fallu 28, et « comme il était nouveau, il était insupportable , car en matière « d'impôt (reste encore de renseignement chrétien) , le vieux est
« ce qui déplatt moins. Il y avait une perception : c'était
« celle du sel. Généralement on le considérait comme très-préféra- « ble pour Fagrlculture à l'impôt des barrières. Napoléon n'hésita « pas. Certes, il n^ aimait guère la liberté^ faute d'y croire, pour « la France du moins.... Il rétablit donc l'impôt du sel , à la suite c de celui des boissons , et les routes furent remises dans le plus « bel état, et ses finances se trouvèrent définitivement en équilibre. « .Telle estrhistoire de la suppression des impôts indirects en France: « LA. BANQUEROUTE d'abord, et l'obligation de les rétablir ensuite.» Donc , outre les impôts indirects d'autrefois augmentés de mille manières et étendus aux aliments de première nécessité , impôts directs , doublés et triplés, milliards et milliards de biens nationaux dévorés, et à leur plac», toutes les charges qu'ils étaient destinés à porter: enseignement gratuit à tous les degrés, entretien des pau- Tres, hospices, service militaire, etc. etc. etc. Honc, pays pauvre, pays esclave^ pays ignorant, voilà l'abrégé des bienfaits et les exemples de communisme donnés par la bourgeoisie voltairîenne de 89, de l'Empire , de la Restauration , de la révolution de juillet 1880 , etc. au témoignage même de M. Thiers , le plus fidèle de sesTcprésentaott.
2(jO
Et VOUS, gouvernants, qui ne pouvez vous maintenir qu'en saignant à blanc les populations^ soyez justes: les citoyens ne sont point obligés à de tels sacrifices pour payer vos ruineuses fortunes et se pré* cipiter à votre suite clans l'impiété, la corruption, l'anarchie, et les incroyables misères qui en sont la conséquence.
— Décidément, Monsieur, disait à un bourgeois catholique, ami du peuple, un bourgeois voltai* rien, décidément vous penchez au communisme; quelque précaution que vous preniez, tout trahit vos secrètes sympathies.
LE BOURGEOIS CATHOLIQUE
Décidément j'incline vers le peuple , et suis, par conséquent, l'ennemi déclaré du communisme.
LE BOURGEOIS VOLTAIRIEIV.
Sans cesse pourtant vous invectivez contre la bourgeoisie.
LE BOURGEOIS CATHOLIQUE
Contre la bourgeoisie vollairienne , impie , égoïste^ ennemie du peuple, tout en flattant ses passions; contre cette bourgeoisie-là , seule et vé* ritable cause du communisme, vous avez raison; et c'est précisément la preuve que je ne suis pas communiste. Encore, dans ces récriminations dont vous m'accusez , sont-ce les doctrines et les exexn*
SECONDE PARTIE. ngx
pies de cette bourgeoisie que j'attaque, plutôt que cette bourgeoisie elle-même.
LE BOipiGEOIS VOLTAIRIEN.
Mais enfin, quoi que vous en disiez, c'est elle qui a ouvert à la France l'ère de la liberté et de l'affranchissement, rère du vote de l'impôt par ceux qui le payent.
LE BOURGEOIS CATHOLIQUE
Dites donc que c'est elle qui , d'accord avec la partie de la noblesse et du clergé voltairienne comme elle, a ouvert l'ère du despotisme sans frein et de la conGscation à son profit de toutes les libertés et de toutes les institutions populaires , l'ère des impôts volés par ceux qui se les partagent, des impôts sans mesure et sans règle, et des budgets monstres, sans compter la banqueroute, les emprunts et les déficits sans cesse renaissants.
LE BOURGEOIS VOLTAIRIEN
Les premiers , nous avons proclamé en 89 les droits de l'homme et du citoyen.
LE BOURGEOIS CATHOLIQUE
C'est-à-dire, qu'un prêtre, Sièyes, les déroba, en les tronquant, à la Somme théologique de sahitTho* mas et à l'enseignement constant de l'Église catholique, pour en faire à votre boutique révolutionnaire, une enseigne don t les chalands et les dupes une fois entrés, ne devaient plus retrouver de vestiges.
LE BOURGEOIS YOLTAIRIEIC.
L'accusation est audacieuse.
LE BOURGEOIS CATHOLIQUE
Et pourtant facile à justifier.
LE BOURGEOIS VOLTAIRISN.
Vos preuves.
LE BOURGEOIS CATHOLIQUE
Je les énumérerai d'autant plus volontiers qu'elles démontreront en roéme temps que c'est vous, vous seuls qui êtes les vrais communistes, vous qui, par vos principes et vos actes, avez justifié Proudhon, en faisant réellement de la propriété un voL
LE BOURGEOIS VOLTAIRIEDT.
C'est de plus fort en plus fort ! rien ne vous effraye, Monsieur; nous verrons si la fin répondra au commencement. Encore une fois, vos preuves.
LE BOURGEOIS CATHOLIQUE
Je vous ai déjà dit que j'allais vous les donner. Le premier des droits de l'homme et du citoyen est ainsi conçu dans la déclaration de 89 :
a Les hommes naissent et demeurent libres et « égaux en droits. Les distinctions sociales ne peu- « vent être fondées que sur l'utilité commune. >
LE BOURGEOIS VOLTAIRIEN
£h bien !
S£C01fD£ PARTIE* 2^3
LE BOURGEOIS CATHOLIQUE
' Eh bien! le lendemain, il n'y avait de droits que pour vous et les vôtres ; il n'y en avait plus pour le clergé, plus pour la noblesse, plus pour les associations religieuses, plus pour les corporations des métiers , plus pour les pauvres. Non-seulement vous leur ravissiez les droits de quinze siècles , les droits reconnus par toutes les lois, et auxquels cha-^ cun de vous pouvait parvenir aussi bien qu'eux, mais vous ne leur laissiez pas même les droits communs à tous : le droit de respect pour leurs ancé^ très et pour l'honneur de leur nom , la liberté de la fidélité à leurs serments ou à leurs vœux , la liberté de la propriété, de la parole et de la tribune, la liberté de la vie elle-même. Rappelez- vous les clameurs des tribunes, l'incendie des châteaux, l'expulsion des officiers de leurs corps, les massacres du prévôt de Paris , des boulangers, etc. puis la confiscation des biens du clergé, des ordres et des congrégations religieuses, la vente de ces biens, les assignats , ou papier-monnaie, la vente des biens des collèges et des hospices, et de tous les Français qui émîgraîent pour ne point être guillotinés ou massacrés; puis la loi des suspects, la sainte guillotine en permanence , l'assassinat du roi , le plus honnête homme du royaume, au jugement de Napoléon , l'assassinat de la reine, des princesses, la vertu même , les impôts sur les aliments de première nécessité et les aimables chants qui retentis-
saient de toutes parts et que vous saviez si bien encourager :
Ça ira !
Les aristocrates à la lanterae.
Ça ira!
Les aristocrates on les pendra.
Semblables aux communistes, que vous repoussez avec tant d'horreur, quoiqu'ils ne demandent qu'à TOUS imi ter en tou t, e t qui , ne reconnaissant de droits qu'aux républicains de la veille, crient déjà si bien: Vive la guillotine! Vive la Glacière! Vive Tenfer!
LE BOURGEOIS VOLTAIRIEN
Mais dès lors qu'on posait en principe que tous les hommes naissent égaux en droits , comme le veut la nature, était-il possible d'admettre une noblesse, un clergé, des droits héréditaires? Ce n'est là d'ailleurs qu'un article général.
LE BOURGEOIS CATHOLIQUE
Les droits de la noblesse étaient abolis comme héréditaires, et ceux du clergé étaient supprimés y ainsi que leurs propriétés, comme ne l'étant pas. Si c'est ainsi, d'ailleurs, que, selon vous, tous les hommes naissent égaux en droits^ en sorte que le fils du cordonnier Simon ait eu autant de droits en naissant que le fils de Louis XVI , vous êtes plus communiste que Proudhon , car la propriété est un droit héréditaire, et il est peu de communistes qui prétendent aussi brusquement que leur fils aient
SEC02iDE PARTIE* ayS
autant de droits que les vôtres à succéder à vos biens. Quant à ce premier article en lui-ménie , c'est la base de tous les autres; et la base ainsi démolie, et dès les premiers jours, on peut s'imaginer ce que devint le reste de l'édifice : La liberté , la
PROPRIÉTÉ, LA SÛRETÉ ET LA RÉSISTANCE A l'oPPRES-
siorr , droits naturels , imprescriptibles , dit le second art. et dont la conservation est le but de toute association politique^ ou de toute société. La liberté MÉBiE de conscience disparut devant le serment à la constitution civile du clergé et devant les emprisonnements, les déportations , les noyades, les massacres, la mort, qui devinrent bientôt la peine du prêtre qui le refusait. La propriété ne fut plus qu'un mot devant les confiscations et les saisies , devant les lois de maximum et d'emprunts forcés, devant les impôts spoliateurs et injustes , qui, sous toutes sortes de formes, vinrent enfler les immenses budgets dont l'Angleterre protestante et aristocrate nous fit passer et le nom et le mécanisme. La sûreté, devant les lois de suspects , devant les arrestations et les jugements des comités de salut public, devant les dictatures des représentants en mission dans les provinces, devant les émeutes , devant les levées en masse, etc. ne fut qu'une sanglante dérision ; et le sort de la Vendée, de la Bretagne, des Girondins, de Lyon, montra bientôt ce que signifiait la résistance a l'oppression. Or, tous ces exemples de communisme furent plus ou moins répétés sous toutes sortes de formes, par le Direc-
aÇkO LE COMMUNISME £T SES CAUSES.
toire , par l'Empire, par rétablissement et les suites de i83o ; dans la restauration des roajorats et de la noblesse , au profit de ceux qui Tavaient abolie ; dans l'organisation d'une corporation monopole, devant seule vendre et exploiter l'enseignement à tous les degrés, au nom de l'état , comme d'autres devaient, au même nom, exploiter les tabacs ; dans une centralisation saisissant, comme un immense réseau de fer et de plomb, la France tout entière, pour la livrer pieds et poings liés à l'état; dans des budgets enfin et des impôts inouïs dans les annales financières. Et quels en furent les instigateurs , les auteurs, les approbateurs, les commanditaires et les usufruitiers , sinon la bourgeoisie voltairienne, vous et les vôtres ?
LE BOURGEOIS VOLTAIRIEN
Je ne vois pas ce que Voltaire et nous avons de commun avec toutes ces choses.
LE BOURGEOIS CATHOLIQUE
Vous ne le voyez pas, c'est bien singulier! Mais est-ce que la Constituante, composée de sept cents et tant de bourgeois sur onze cents membres, avait d'autres autorités que Voltaire et Rousseau? Est-ce que IaConvention,composée d'un plus grand nombre encore d'avocats , ne confondit pas dans la même apothéose Voltaire , Robespierre et Marat ? Est-ce que Condorcet, ce bourgeois régicide que ses collègues avaient surnommé le mouton enragé , ne pro-
clamait pas que Voltaire n'avait pas vu, mais que c'était lui qui avait fait tout ce que l'on voyait ? Et n'est-ce pas la bourgeoisie encore , qui, au nom de Voltaire, organisa le culte de la raison, avec une prostituée pour déesse , et Marat et Le Peletier , deux bourgeois , pour patrons intercesseurs ? Et n'est-ce pas la même bourgeoisie encore, qui, pour préparer i83o et ses suites , a inondé la France d'éditions de Voltaire? Ne son t-ce pas ses journaux qui les annonçaient, les recommandaient, les exaltaient ? ne sont-ce pas ses professeurs, son université, qui les rendaient classiques et les prescrivaient à tous les collèges? N'est-ce pas le roi de son choix qui se faisait gloire d'être le premier ou le dernier des voltairiens , au témoignage de son historiographe J. Janin ? N'est-ce pas le mot d'ordre de Voltaire : Écrasons V infâme^ que, d'un boutde la France à l'autre, colportait et mettait en oeuvre l'université? N'est-ce pas à lui-même, à ce bon Français Voltaire, que la bourgeoisie et son roi empruntaient l'entente cordiale etcet amour du torisme anglais porté jusqu'à l'indemnité Pritchard ? Est-ce que, pour vous comme pour lui, le peuple n'est pas de la canaille , et la seule bourgeoisie impie , des honnêtes gens ? Est-ce que les travailleurs n'étaient pas , pour vous comme pour lui, des hommes-machines ^ et quand ils secouaient les chaînes dont vous les avez enlacés 9 les barbares de la cmlisation , comme les nom* mait un de vos plus célèbresjournaux ? Tout le communisme révolutionnaire n'est-il pas la conséquence
agS ^^ coMAniNisME et ses causes.
des doctrines rationalistes et voltairiennes , devenues celles d'une très-grande partie delà bourgeoi* sie ? A bas TÉglise ! à bas la superstition! Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose! cha-
CUW POUR SOI, CHiLCUN CHEZ SOI ! OTE-TOl DE LA QUE
JE m'y mette! N'est-ce pas ainsi qu'elle les résume? Et après vous les avoir vus si constamment mettre en pratique , à votre profit et contre tout ce qui n'était pas vous, comment empêcher qu'excités, pressés encore par plusieurs des vôtres, un certain nombre de prolétaires ne songent point enûn à les retourner contre vous?
LE BOURGEOIS VOLTAIRIEIT.
Mais enfin , tout ce que vous nous reprochez là était la loi ; et si elle était l'œuvre de la bourgeoisie éclairée , ces bourgeois, en la faisant , étaient les représentants ou les députés de la nation.
LE BOURGEOIS CATHOLIQUE
Oui, tout cela était la loi, la loi de la force et de la ruse; et en la faisant, vous étiez les députés d'une partie d'un corps électoral monopolisé entre quatre cent mille bourgeois^ ou décimé par la terreur et la fraude ; et encore partagiez-vous avec cette portion d'électeurs les profits de la loi. Car vous avez toujours détesté le suffrage universel et libre i aussi cordialement que vos héritiers les communistes; et ils veulent la centralisation tout aussi ardemment que vous la voulez vous-mêmes.
Toutes les minorités sans bonne foi se ressemblent ; et plus elles sont faibles, plus la dictature centralisatrice leur est nécessaire. Les nations ne sont pour elles qu'une machine à des millions de rouages ; l'important est d'y adapter une manivelle et de s'en emparer pour les faire mouvoir à son profit. Quant au nom de loi que vous donnez à tout cela^ Cicéron, après lui en avoir donné un autre que je ne puis pas vous rappeler , ajoute : a Si l'on ne doit point nommer ordonnances de mé< a decins les recettes homicides que des ignorants « sans expérience auront données pour salutaires , a ce qui est pernicieux pour un peuple ne peut pas n non plus être loi pour lui , quelle qu'en soit la « forme, et lci-biêbie l'eut-il accepté. La loi est la « distinction du juste et de l'injuste, tirée de la loi a naturelle, règle antique et souveraine de toute a chose , vers laquelle les lois humaines doivent « toujours tendre, en punissant les méchants, et déa fendant et protégeant les gens de bien. » (i)
le bourgeois VOLTAlRlEir.
La loi souveraine, c'est l'unité et la nécessité....
(1) « Namnequemedicorumprxcepta dicivere passent, siqux « inscii imperHlque pro salutaribus mortifera conscripserint ; « neque in populo lex , cuicuimodl fuerit illa, eiiam si perni- « ciosum aliquid poptdus acceperit, Erqo est lex^ Justorum in- « Justorumque distinctio , ad illam antiquissîmam et rerum m omnium principem expressa naturam , ad quam leges homi- « num diriguntur , qux supplicio improbos afficiunt^ defendunt « ac tuentur bonos, » (De leglbus. lib. n. a. 5.)
300 LE COMMUlfISBIE ET SES CAUSES.
LE BOURGEOIS CATHOUQUE.
C'est-à-dire, la tyrannie centralisatrice, la force et la fatalité. En quoi différez-vous donc des communistes ? Soyez sincère.
LE BOURGEOIS TOLTAIRIEir.
En quoi nous en différons ? certes, entre nous, la chose est facile à dire : nous différons en ce qu'ils veulent prendre ce que nous avons conquis, et que nous voulons le garder pour nous-mêmes.
LE BOURGEOIS CATHOLIQUE
C'est cela : soyez donc alors conséquents, et chao* tez en chœur avec eux :
Aux armes, citoyens ! formez vos bataillons. Tuons , rusons.
A la victoire et places et maisons!
La force devient ainsi la seule loi sociale; la guerre civile^ la dernière raison des partis; la boue, le sang, la mort , les ruines, l'unique terme de toute civilisation impie.
C'EST LE COMMUNISME
Et la logique dit à la bourgeoisie voltairienne :
D'APRÈS VOS IJEÇONS ET VOS EXEMPLES, IL A RAISON