‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 103 sur 237 · Il y eut ce jour-là une éclipse de soleil · texte numérisé non relu

Il y eut ce jour-là une éclipse de soleil

2. Tbéophano, étant accouchée de sa seconde fille Anne deux jours seulement avant la mort de son époux Romain II, ne se trouvait pas atteinte par la loi qui interdisait aux veuves de convoler en secondes noces avant qu'un an ne se fût écoulé depuis la mort de leur premier époux.

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précieuse que l'or inGiiie, )) Le sol de l'église était pavé de magnifiques mosaïques de marbre représentant des animaux étranges, des plantes, mille sujets divers, à l'imitation des plus beaux tapis orientaux. Cinq coupoles profondes étincelant des feux des mosaïques à fond d'or dominaient cet ensemble d'une richesse incroyable. Dans celle du cciiiro, un Christ Pantocrator géant, troublante et mystérieuse divinité au regard étrange, embrassait l'univers de ses bras étendus dans un geste de prière intense. Des tuiles de bronze doré recouvraient extérieurement toute la toiture. Les vases sacrés et le mobilier de l'église étaient d'une somptuosité telle qu'en une seule fois, pour une réception d'ambassadeurs sarrasins, le service du Palais put y emprunter pour orner la Magnaure et quelques autres salles, soixante-deux de ces lampadaires colossaux en argent auxquels on donnait le nom de pohjcandela '. Ce fut en 881 que Photius, au nom de son maître Basile, consacra cette ravissante église. « Basile, notre très pieux aïeul, dit le Porphyrogénète ', la présenta au Christ, son immortel époux, comme une fiancée toute parée et embellie par les pierres fines, l'or, l'éclnt de l'argent, les marbres chatoyants aux mille nuances, les mosaïques et les tissus de soie. »

Entre autres reliques infiniment précieuses, la Néa possédait le vêtement de peau de brebis du Précurseur.

Je ne redirai pas ici les pompes infinies d'un mariage impérial à liyzance. Tiiéophano ayant été déjà une première fois couronnée, il n'y eut pas lieu, je le pense, de procéder à nouveau à cette partie de la cérémonie. Nicéphore jura derechef, sous les plus terribles serments et sur les plus saintes reliques, que les deux fils de Romain régneraient avant les siens si Dieu lui faisait la grâce d'en avoir. La fête fut de tous points éblouissante. Comme presque tous les règnes à leur aurore, celui-ci était entouré de la faveur populaire. Le peuple saluait de longs et bienveillants murmures les nouveaux époux agenouillés devant l'autel, lorsqu'un incident très inattendu vint troubler tous les esprits.

Comme les fonctions accoutumées étaient terminées et que la jeune

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'«y-/' ' /. livre V du Cvutinuatcir ds Tlulophane, éd. Bonn, p. 325.

Feuillet central d'un célèbre triptyque d'ivoire du Cabinet des médailles de France donnant lesefflgies d'un Basileus et d'une BasilLs^a ( Romain Diogèno et Eudoxie ) en grand costume impérial nimbés, et couronnés par lu OlirlsU Cette tablette a longtemps servi de couverture d'évangJ-liairc dans l'église Saint -Jean de Besançon.

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Basilissa, suivie du gracieux cortège des patriciennes à ceinture, seules admises en sa présence, se retirait lentement dans le gynécée, l'enipepereur, maintenant son époux, se dirigea, suivant la coutume, vers le béma, le très saint sanctuaire à triple abside, caché derrière la magnifique clôture d'argent de l'Iconostase. Il voulait, suivant les rites, c( baiser avant tout les saintes portes de cette clôture, puis le dessus de la sainte table du sacrifice. » Comme il allait pénétrer dans ce très saint lieu du Thysiastérion et que, sur le point de franchir la très sainte porte médiane de l'Iconostase, il se baissait déjà pour la baiser dévotement ', le patriarche Polyeucte, qui, après l'avoir conduit par la main à travers la nef, était allé l'attendre avec tout son haut clergé sous cette porte médiane dite basiUque, le repoussa rudement de la main. Interdit, se redressant furieux, l'empereur toisa curieusement le vieillard, l'interrogeant du regard. « Basileus couronné de Dieu, dit le prélat d'une voix très forte, tu ne saurais, sous peine d'excommunication, pénétrer dans ce saint lieu. D'ici à un an, l'entrée t'en est interdite. Cette pénitence t'est imposée par l'Eglise. C'est, tu ne l'ignores point, la peine canonique infligée à ceux qui contractent de secondes noces^. »

Certes la scène ne manquait pas de grandeur en un tel lieu, dans un tel décor. D'une part, ce faible vieillard; de l'autre, le tout-puissant maître de l'empire , le triomphateur acclamé par tout un peuple. Et c'est le vieillard qui, au nom des lois divines, dictait des ordres à l'autocrator !

Le patriarche était rigoureusement dans le vrai. Telle était bien l'inflexible loi des canons de l'Église orthodoxe; seulement personne n'avait pensé qu'il se trouverait un homme assez hardi pour imposer à Nicéphore une si humiliante pénitence, et seul un prêtre d'une piété à la fois aussi étroite et aussi désintéressée pouvait oser pareille chose.

Cependant les deux acteurs de ce drame demeuraient debout, en face l'un de l'autre, dans le grand silence de cette nniltitude saisie de

1. Seul le Basileus, en dehors des gêna d'Église, avait le droit de franchir cette porte qui conduisait directement à l'autel.

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