Labarthe, op. cit., p
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place qui lui était assignée par Va agréable », fonctionnaire spécial lient c'était là l'unique fonction. Il devait à cet effet posséder à merv('i!l<' ]•' protocole infiniment minutieux de la chancellerie byzantine, sous peine d'amener entre ces convives farouches et souvent ennemis intraitables les plus violentes querelles d'étiquette.
Ce jour-là, à ce festin nocturne du 20 septembre 963, Nicéphore rom])it pour la première fois son jeûne ; il mangea de la viande. Cédrénus, qui nous donne ce détail d'une importance capitale pour tous ces Byzantins si formalistes et si dévots , ajoute pieusement ces mots qui donnent à réfléchir : « Dieu seul et lui-même connaissent véritablement s'il avait contracté ce vœu par pur désir d'abstinence chrétienne, ou bien tout simplement pour donner le change et faire croire à son désintéressement des choses de cette terre. ))
Le nouveau « maître du monde romain, » celui qui était devenu (( l'égal des apôtres, » le glorieux isapostole, eu un mot, n'en avait pas fini avec les ennuis de toutes sortes que devait lui causer la célébration de son mariage avec son ancienne souveraine. A l'ombre de la piété étroite mais, peut-être bien, désintéressée du vieux Polyeucte, se mouvaient bien d'autres intrigues. Les partis vaincus n'avaient désarmé qu'en apparence ; et du reste, en ce pays aux révolutions si faciles, les partis vaincus ne désarmaient jamais complètement; au Palais Sacré il était toujours permis d'espérer, de compter presque sur quelque brusque retour de fortune. Et puis aussi, comme par suite d'un balancement obligé, produit fatal de quelque loi naturelle, tout parti qui arrivait au pouvoir, par le fait seul de son existence, donnait naissance aussitôt à un parti contraire, son adversaire acharné. Tous ceux donc que la révolution triomphante avait précipités de haut ou troublés dans leurs espoirs, s'agitaient en secret autour de Polyeucte , cherchant à se servir du vieillard sectaire et entêté pour créer des difficultés au nouveau Basileus. Une rumeur étrange surgit soudain , troublant les âmes religieuses, bouleversant les dévots. Un maladroit, Styhanos, protopapas impérial, c'est-à-dire premier prêtre de la cour, quelque chose comme le premier chapelain du Palais, rappela bien mal à propos un
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événement d'ailleurs encore assez récent, mais que tous avaient ou feignaient du moins d'avoir oublié. Lors d'un de ses brefs séjours dans
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la capitale, Nicéphore avait, paraît-il, tenu sur les fonts baptismaux un des enfants de Théophano et de Romain, Stylianos officiant précisément dans ce baptême princier. D'aucuns même allaient jusqu'à nffir-
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mer que Nicéphore avait ainsi servi de parrain non pas à un, mais an moins à deux des enfants de sa nouvelle épouse. Dans le premier moment, personne ne semblait avoir songé à ce fait pourtant si peu ancien. Cependant il n'en fallait pas davantage pour susciter à nouveau au couple impérial si récemment uni les embarras les plus graves. Les canons de l'Église orthodoxe sont pour cette « affinité spirituelle » d'une sévérité impitoyable. Ils la considèrent comme bien plus importante que l'affinité par les liens du sang. Aucune dispense ecclésiastique ne peut autoriser une union entre personnes ayant eu cette situation réciproque dans un baptême. Les textes sont formels et le canon cinquante-troisième du sixième concile est d'une netteté parfaite * .
Polyeucte, averti par la rumeur publique et plus encore par les dépositions empressées de ceux qui avaient intérêt à brouiller les cartes, accourut au Palais, enchanté de ce prétexte si propre à justifier de nouvelles rigueurs à l'endroit des deux époux, de Théophano principalement, à laquelle il semble dès lors avoir porté une véritable haine. Dédaignant tout ambage , il donna le choix à Nicéphore atterré ou de répudier sur l'heure son impératrice bien-aimée ou de s'abstenir désormais à perpétuité de la communion, de mener, en un mot, la vie d'un prince interdit. Qu'on juge de l'effet produit par cette brutale mise en demeure sur cet homme aux passions profondes, emporté par son grand amour pour l'enchanteresse Basilissa qu'il possédait depuis si peu, mais dévot comme on l'était à Byzance, c'est-à-dire dominé par une crainte horrible d'encourir la damnation éternelle. Un Basileus plus sceptique ou moins maître de lui eût peut-être fait saisir le patriarche et brfiler vif ce gêneur insupportable. Nicéphore, domptant son trouble affreux, écouta Polyeucte avec une apparente déférence. Il garda le silence et s'enferma pour méditer en paix. Cette fois décidément la chair fut la plus faible. Cet homme de fer, si longtemps confiné dans sa chasteté triste , ne put se résoudre à quitter de suite le paradis dont il venait de franchir le seuil. Polyeucte accueillit avec stupeur la réponse du Basileus. « Je choisis Théophano, » lui fit dire Nicéphore.