Voyez encore Krug, q/). c(V.^ p
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Sans un moment d'iiésitation, le patriarche s'apprêta à formuler r excommunication majeure. Alors Nicéphore, perdant enfin j)atience, cédant aux conseils de son entourage, prit la plus grave résolution. Rompant de front avec le chef de l'Eglise, il fit convoquer d'office tous les évoques présents dans la capitale, presque tous venus pour solliciter de lui quelque faveur à l'occasion de son avènement, par conséquent fort maniables. Il leur adjoignit les personnages les plus considérables du sénat, choisis parmi ceux sur lesquels il pouvait sûrement compter. Son autorité était encore trop récente pour ne pas devoir être irrésistible, et en ceci Polyeucte avait trop présumé de ses propres forces à lui. Cette grave assemblée, fort peu libre de ses mouvements, fut invitée à délibérer souverainement sur la question de parenté spirituelle soulevée par Polyeucte. La solution fut la suivante, qui ne fait pas plus honneur à la réunion d'hommes considérables qui la formula qu'au Basileus qui voulut bien s'en contenter. On reconnut bien avec solennité que la constitution sur l'aftinité spirituelle interdisait très formellement le mariage dans le cas oii Nicéphore et Théophano se trouvaient l'un vis-à-vis de l'autre, mais on soutint que cette constitution était sans valeur aucune et que le Basileus n'était point tenu de s'y conformer, pour cette raison surprenante qu'elle avait été pronmlguée sous le règne et au nom de Constantin Copronyme, (( autocrator hérétique, contempteur de la Vierge et des saints, persécuteur infâme de leur culte, adorateur des démons, bourreau épouvantable des moines, destructeur impie des saintes images. » Nia'phore était en conséquence absous et son mariage dûment reconnu.
Mais le couple impérial avait affaire à un adversaire d'un singulier entêtement. Polyeucte, se refusant à accepter cette décision pitoyable, cessa tout rapport avec le Basileus. C'était là chose fort grave à cette époque. Le Palais tout entier se remit à l'œuvre, s'ingéniantà découvrir une solution. A tout prix, il fallait venir à bout de ce prélat impossible et conjurer ce grand péril d'une rupture définitive avec l'Eglise. Stylianos, aussi vil qu'il venait d'être maladroit, fut amené à se rétracter. Il jura sous les serments les plus redoutables, devant le saint synode et le sénat assemblés, que jamais Nicéphore, pas plus que Bardas son
]irre, qu'on iiicl.-iil à cette affaire, n'avait été le parrain d'un des enfants de Tli('o|»lian(), et affirma que lui-même n'avait tenu aucun des propos qu'on lui attribuait. Ce lionteux mensonge fut suivi d'une autre hu'lieté. Le César Ikrdas, faisant injure à son antique loyauté, vint de son côté, tout tremblant sous le poids des ans, faire le même serment à l'éfrard de son fils. Alors Polyeucte, abandonné et trahi par son clergé, fut totalement découragé. Lui aussi, si longtemps indocile, dut céder devant la toute-puissance du nouveau maître de l'empire. Bien que pleinement édifié sur la valeur de ce double parjure, il se soumit, se résignant à fermer les yeux sur ce crime d'affinité spirituelle pour lui si intolérable. Sans même persister à exiger des nouveaux époux cette pénitence des secondes noces qu'il avait voulu leur imposer, il dut recevoir Nicéphore à la communion et achever solennellement la cérémonie du mariage si déplorablement interrompue * . Le vaillant conquérant de Crète put enfin, sans trop redouter les châtiments célestes et les foudres ecclésiastiques, goûter le plaisir si nouveau pour lui de partager la couche de la belle Laconienne.
Donc, au dire de Cédrénus, jamais jusqu'à son dernier souffle Nicéphore ne pardonna à Polyeucte*. Et si le ressentiment de cet homme froid fut si violent, que dut être celui de la passionnée Théophano, la fille du peuple devenue impératrice ! Quelle rage inouïe dut lui causer cet affront! Et cependant jamais ce même Nicéphore devant qui tout pliait, qui s'était si souvent montré implacable, lui qui, dans toutes les occasions devait témoigner au clergé une sévérité, une rigueur même excessives, ne songea à tirer vengeance du vieux patriarche. Polyeucte demeura paisiblement investi de sa haute charge et survécut au ])rince qu'il avait si cruellement froissé. Preuve frappante, a-t-on pu dire avec raison, de l'immense prestige, de la terreur superstitieuse qu'imposait encore à tous à cette époque, depuis l'empereur jusqu'au plus humble de ses sujets, ce chef absolu de l'Église orthodoxe qu'on nonnnait le patriarche.
1. Léon Diacre (livre III, cliap. ix), moins favorable à Polyeucte, raconte les faits quelque peu différemment. Suivant lui, le patriarche, se contentant de cette affirmation nouvelle que le vieux Bardas, et non point Nicéphore, avait été le compère de Théophano, aurait fini par bénir avec plaisir le mariage impérial. Cette version ne s'accorde guère avec la suite des événements.
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L'iiiver de 963 k 904 se passa gaiement t\ liyzance. Nicéphore, se sachant aimé de la foule pour ses brillantes victoires, mais peut-être iUjii quelque peu' compromis de ré[)utation auprès d'elle par sa renommée d'avarice extrême et de dureté, s'efforça de se rendre populaire et de faire violence h cette parcimonie qu'on lui re])rochait si fort, alors qu'auprès de juges plus impartiaux elle eût passé simplement pour de l'économie bien entendue. Ce ne furent, ])lusieurs mois durant, que largesses, jeux du Cirque, divertissements de tous genres. Sans dépasser eu splendeur les magnificences de l'époque des Justin et des Justinien, les représentations de l'Hippodrome byzantin avaient,
Sceau ou bulle de plomb d'un patriarche de Constantinople avec les titres A'archertque de Cvintantinoplr, la Xourelle Rome, et de patriarche oecuménique.
si possible, atteint au dixième siècle un caractère encore ]»lus extraordinaire d'étrange té et d'extrême variété. L'élément oriental, éblouissant et bizarre, importation des incessantes guerres sarrasines vieilles déjà de trois siècles, l'élément slave ou de la steppe, mystérieux et sauvage, produit des relations continuelles avec tous les peuples de la vieille Scythie, les Ross, les Khazars, les Petchenègues, les Bulgares et cent autres races du Nord, étaient tour à tour fort habilement exploités par les metteurs en scène des grandes fêtes impériales. Les exercices des baladins indous, les fantasmagories des bateleurs et des bouffons arabes, d'une souplesse et d'une agilité merveilleuses, les danses mimées par les hommes du Nord vêtus de peaux de bêtes, les apparitions effrayantes des sorciers de Scythie, les danses de chiens habillés, dont les costumes reproduisaient ceux de tous les peuples su-
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j,.l^,,,i ;,lli,'>,lc r.iiipirr. servaient (riiitei-iiicdesauxjoux i)lus purement l.\/,-iiitiM-, aux (dursos de cliai's, aux exercices rytlirncs des Factions, .•iii\ |iaiii.'!iiiMic.s (les acîrices ef (les danseuses. Les botes les ])lns extra- \a-aiites, sorties des <;Iaces Ixjréales ou des LrCdants déserts de Lybie, (h'tilaiciit tour à tour, avec leurs sauvages gardiens aux vêtements pitt.ires.jues. sous les yeux de cette foule frivole éternellement avide de spectacles nouveaux. 11 courait sur le coinpte de ces animaux inconnus les r('eits les plus l'aiitastiipies, et la multitude naïve accueillait avec •'iiiotioii toutes ces légendes, plus bouleversée, plus secouée par l'apl)aritioii d'un crocodile encliaîné qu'elle croyait la représentation du dragon d'eidér, {lar celle du chien savant Python que beaucoup tenaient |iour un démon déguisé, ou ])arla troublante silhouettede quelque mule à deux tôles, {)rodige très redoutable, qu'elle ne l'était par le plus brillant trionq)he de quelipie général victorieux.
Toutes ces pompes, toutes ces étrangetés, cortèges éclatants, scènes tli/'àtrales à grand orchestre jouées par des centaines et presque des jiiilliers d'êtres vivants, occupèrent uniquement les esprits à Byzance durant les dernières semaines de l'an 963 et les premiers mois de 964, et pres(|ue chaque jour de cet hiver vit à l'Hippodrome le nouveau Basileus (''lu de l)ieu, soutenu par ses cubiculaires eunuques, descendre les dfgr<''s du ( 'atliisnia tant élevé au-dessus de la terre, ])Our s'avancer sur la platc-ioniH', couronne en tête, sceptre en main, et décrire par trois lois, très lentement, le signe de la croix sur la foule infinie assem- Méo à ses pieds. CV'tait le signal obligé des jeux. Tel, devant une asscmlil(M> Iréniissante, le souverain catholi(|ue jette encore aujourd'hui à 1 alcade i-espeeiu<'usement découvert la clef du toril d'où va s'échapper •■•>inni" im dénion la brute sauvage, tel, en l'an de grâce 964, Nicél'îi"!''. auguste, pliilocliriste, très pieux autocrator des Romains, au Mi'li'ii (1 un ^r;,ii<l silence, doiniaità l'actuaire debout devant lui l'ordre '''■ '•■""■ '"ninM'infi- le s|ieclacle. Tel, toujours impassible, send)lable à M"'l'l"'' diviiiii." iiMi'ttc. il reiiicitait les insignes d'hénioque au cocher ^"■'"'"■"'^ poitant le caMjuc d'argent, la casaque bleue brochée d'or et la <''nitur.-, paiim l'èdat éiourdissant des cris de joie ou des folles inl'ures de> j-'aetions.
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En outre de ces réjouissances d'ordre civil, Nicéphore, qui, malgré son peu de goût pour les masses, faisait, je l'ai dit, effort pour se conserver leur attachement, ne négligeait point l'élément des fôtes religieuses. On sait quel rôle considérable celles-ci ont constamment joué dans la vie du peuple byzantin. Innombrables étaient les fonctions pieuses dans lesquelles le Basileus était tenu de figurer en personne sous les yeux de la foule t\ la tête de l'immense et varié cortège des prêtres et des dignitaires palatins.
C'est ainsi que, presque chaque jour également, on vit, en ce premier hiver de son règne, Nicéphore officier dans quelque cérémonie éclatante, soit que, de concert avec le patriarche, il guidât la longue théorie qui s'en allait aux Saints-iVpôtres, déroulant par les rues pompeusement parées les mille anneaux de son cortège multicolore, soit que, sur l'éblouissante galère impériale, il remontât la Corne-d'Or pour aller, en présence des seuls eunuques, se plonger, vêtu du lention ou chemise dorée, dans le bain sacré, le natatorium de Sainte-Marie des Blachernes, soit encore qu'il allât remplir à Sainte-Sophie ses interminables dévotions officielles ou qu'il se rendît en pieuse visite et en sainte compagnie au monastère ombreux de Pigi, en dehors de la Grande Muraille, ou à quelque oratoire insigne, quelque ermitage en renom des rives du Bosphore ou du golfe de Nicomédie. Partout le peuple, accourant sur ses pas, couvrant les toits des maisons ou Içs collines des rivages, se pressait pour contempler curieusement son souverain, cet homme qui représentait Dieu même sur la terre, passant lentement dans son merveilleux accoutrement demi-militaire, demireligieux, tel qu'il convenait à cet être unique, moitié empereur, moitié pape. Chacun pouvait librement se rassasier du spectacle admirable de la pompe qui l'entourait, soit qu'à la fête de la Nativité, à l'office du soir, il se couvrît la tête de la coiffiire dite krinom'a, décorée de lis en l'honneur de la Vierge, soit que, monté sur un cheval blanc d'allure impatiente , il cheminât à travers des nuages d'encens aux côtés du patriarche sur sa mule, ou que, le grand dimanche de Pâques, il se montrât en un costume bizarre, C( avec des bandelettes dorées autour du corps, qui représentaient celles du Christ dans le tombeau, les
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cuisses ciivclopix'cs dans un linceul, les sandales dorées aux pieds, av.'c je sccj)lic cruciiirrc dans une inaiu et dans l'autre Yalmhia, saclici dïNilTc de pourpre, enveloppé dans un sac de soie et plein de la poussirre des loinheaux, symbole de résurrection; )) autour de lui des iiimiislri et des patrices, revêtus de bandelettes semblables, également (\k'^ croix j\ la main, représentaient les apôtres.
Sitôt rentré dans sa demeure, sitôt débarrassé des interminables devoirs de sa cliarge, quand il avait expédié la troupe monotone des courtisans i)alatins et autres j9n>ce.ss/o««/es qui, plusieurs fois cbaq^ue jour, venaient l'adorer, ou le groupe des dignitaires nouvellement promus auxquels il fallait donner l'investiture dans les formes, quand il avait achevé de donner audience à l'ambassadeur étranger, à l'apocrisiaire sarrasin noir dans ses vêtements d'une complète blanclieur, au boliade ' bulgare tondu ras, au Petclienègue puant sous ses peaux de l)êtes, au Kliazar liirsute, au clerc italien mielleux et discret, porteur d'une lettre du })a[)e Jean XII ou de quelque vassal lombard, au sbarabied arménien ou wori^ien venu tout droit d'Ani ou de Tovin avec les siq)plicati()ns écrites du roi des rois d'Arménie ou du curopalate d'Ibérie, lorsqu'il avait, pour (juclques heures, dit adieu à tous ces supplices d'étiquette chaque matin renaissants, alors Nicéphore, heureux de ce court loisir, accourait au discret gynécée rejoindre sa belle et tant aimée Théophano. La créature superbe et Cclline savait chaque jour lui inspirer un amour nouveau, plus violent. Lui, si austère, si rude, dur à lui-même et aux autres, si avare, au dire de tous ses contenqM.rams, devenait aiqircs d'elle et tendre et prodigue. Tous les chroniqueurs insistent sur les richesses dont il la comblait. Il ne savait assez I accabler de ses dons sans cesse renouvelés. Bijoux précieux, l'ieccs d orfèvrerie, chefs-d'ceuvre des joailliers de Byzance ou des plus V'!i"nmH- oilèvres d'Ale]) et de Dainas, pièces de soie ou tapis de Perse a uiand.- raiiia-es, meubles et vaisselle d'argent, reliques très insignes '•iiieiiiir,.. dans (jrs eoffres très précieux, palais et villas sur le Bosphore, lvrMie> <i, A-ie, domaines de la côte de Thrace, chars d'apparat