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faits d'or, d'ivoire et de bois précieux, chevaux d'Arabie ou de Hongrie, eunuques de toute rareté acquis à grands frais aux quatre coins du monde, rien n'était trop coûteux, rien n'était trop beau ix)ur être
Les patriarches Abraham, Isaac et Jacob, peinture murale du réfectoire du mouaatëre de Saiute-Lanre, au mont Athos, construit sous le règue de Nicéphore PLocas.
offert par lui à sa Easilissa bien- aimée '. La triomphante beauté de cette créature charmante mettait un charme extrême aux trop rares cérémonies où l'inflexible rigorisme de l'étiquette lui permettait de se
1. Théophano, qui aimait l'argent pour toutes lea jouissances qu'il procure, sut ainsi se faire remettiv peu à peu par son idolâtre époux un douaire d'une extrême richesse.
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montrer de loin à la foule, immobile et très parée, aux côtés des petits l^asileis ses fils. Elle apparaissait alors comme une sorte de divinité mystérieuse, soutenue par ses femmes et ses eunuques sans lesquels elle n''eût pu se mouvoir. Véritablement semblable à une belle icône descendue de son cadre, malgré sa réputation déjà mauvaise, elle semblait aux yeux de la plèbe naïve l'incarnation même de la Théotokos, reine du ciel, mère de tous les Byzantins. Et Nicéphore la contemplait avec amour, songeant peu au terrible lendemain que lui vaudrait un jour une si folle union.
Ces fêtes du Cirque, ces processions dévotes, ce violent amour ne détournaient point l'empereur des préoccupations plus sérieuses du gouvernement de ses immenses provinces. Chaque jour aussi il présidait le grand conseil de l'empire, chaque jour il donnait audience aux ministres, à tous les chefs des scrinia ou bureaux des divers ministères, surtout au hasiUkos ou courrier impérial, porteur du bulletin quotidien de la guerre sarrasine que continuait à soutenir avec l'armée d'AnatoHe le vaillant domestique Tzimiscès.
La pensée dominante de Nicéphore était de se remettre dès le printemps en personne à la tête des forces orientales pour porter enfin les derniers coups au Hamdanide sans cesse reprenant la lutte. Dans ce but, il passa tout l'hiver à réunir et à exercer une armée telle que jamais les annales de la guerre gréco-sarrasine n'en avaient vu de plus belle ni de plus admirablement disciphnée. Les casernes de Byzance et les camps établis dans les environs de la capitale virent arriver incessamment des contingents nouveaux : groupes de gigantesques soldats varègues sous la conduite de quelque chef au nom bref et sonore comme l'écho d'un clairon , archers slavésiens des monts de Macédoine ou du district de Scorta, piétons de Thrace ou du Péloponèse, aventuriers arméniens, cavaliers alains du Caucase ou turcs établis sur le fleuve Vardar, fantassins lourdement armés de Venise ou d'Amalfi. Plusieurs fois par semaine, Nicéphore passait au grand Stratégion, devant la statue d Alexandre le Grand, la revue minutieuse de quelque division, d'un tUme, comme on disait alors, ou d'une turma, d'un simple bataillon.
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Toutes ces troupes triées avec soin étaient constamment exercées et entraînées. Le Basileus savait infuser à chacun de ses lieutenants quelque chose de son indomptable énergie et de son ardent amour des choses de la guerre. Les vastes espaces découverts qui honlent la grande muraille de Constantinople, la belle plaine de l'Ilebdomon, celle qui sur la rive d'Asie sépare Chrysopolis et Chalcédoine du mont Saint- Auxence et des hauteurs voisines, retentissaient chaque jour du pas cadencé des hoplites byzantins, du lourd galop des cavaliers cataphractaires, des exercices plus légers des escadrons triballes armés d'arcs et de flèches, des commandements jetés d'une voix brève en vingt dialectes divers par les turmarques, les comtes, les taxiarques et les dron-
garocomites.
Les affaires, tant civiles qu'ecclésiastiques, étaient égalenienl l'olyet de la sollicitude constante de cet homme d'action, qui eut de grands défauts, mais aussi d'incontestables qualités, qui fut en sonmie non point seulement un grand guerrier, mais presque un grand empereur, qui aurait pu devenir un des plus grands si on l'eût laissé vivre. Nous possédons encore, liélas ! en bien petit nombre, quelques-unes des Novelles ou constitutions, on dirait aujourd'hui des lois, promulguées sous son règne. On en connaît, je crois, six en tout. Elles respirent la sagesse, le bon sens simple et plein de fermeté. Une d'elles, promulguée précisément durant ce premier hiver du règne de Nicéphore, en est un exemple frappant ; elle nous montre combien, même en n)atière ecclésiastique, écueil très redoutable pour ces âmes du dixième siècle d'une piété si étroite, combien, dis-je, Nicéphore portait loin ses qualités d'intelligente modération , de libéralisme très large pour l'époque.
Cet homme si dévot, qui avait tant chéri et tant écouté saint Atiianase, qui aimait à s'entourer presque uniquement de religieux, qui portait le cilice, qui faisait figurer sur ses monnaies les effigies du Christ et de la Théotokos, qui, après la conquête de Crète, avait prélev»'' sur sa part personnelle du butin la somme énorme de cent livres d'or pour contribuer t\ la fondation du monastère de la Laure au mont Athos, le plus grand et le plus riche couvent de la sainte montagne,
OÙ il avait songé, on l'a vu ', à se retirer définitivement, qui lui avait encore donné les grandes portes de bronze de son nartliex, cet empereur, grâce à ses grandes préoccupations d'ordre militaire, à son souci constant d'assurer le recrutement régulier des armées impériales, avait eu assez d'indépendance d'esprit pour s'inquiéter très sérieusement du nombre toujours croissant des moines et pour chercher à remédier à ce grave abus.
Cette grande plaie de l'Église orthodoxe : le caloyer misérable, d'une ignorance grossière, absolument inutile, pullulait dans l'empire au dixième siècle. On ne pouvait faire cent pas dans les rues d'une cité byzantine, que ce fût la capitale ou le dernier bourg perdu de la Cappadoce ou du Péloponèse, sans coudoyer un de ces religieux sordides, haillonneux, au court et grossier vêtement, à la barbe inculte, qui, pieds nus, marmottant quelque inintelligible oraison, s'en allait exploitant la crédule piété des fidèles. Pas un village qui n'eût au moins son monastère petit ou grand. Pas une ville qui n'en contînt plusieurs. Partout, dans les plaines infinies, comme sur la cime de tous les monts, sur toutes les pentes comme dans tous les vallons, dans les îles comme sur les rivages solitaires de toutes ces côtes sans fin de l'immense empire, s'élevaient par milliers les cellules des cénobites. Le désir ardent, en ces temps si durs, de se ménager, par l'habit religieux, un avenir quelque peu paisible, une vie quelque peu abritée, le besoin si naturel en ces jours de violences et de dévastations interminables de se grouper et de mener ainsi une existence plus exempte de périls, la perspective surtout d'échapper au service militaire, cette terrible servitude des populations de l'empire , avaient prodigieusement développé depuis de longues années déjà cette vaste famille monacale. A Constantinople même et dans ses faubourgs, les monastères se comptaient par centaines. Pas une église, pas une chapelle qui n'eût le sien. Pas un empereur, pas un prince du sang qui n'en eût fondé et magnifiquement doté plusieurs. Dans certains quartiers, les couvents et les fondations pieuses de toutes