Zozime, 1. V, ch. xxiii
3. «n y avait dans l'empire, dit M. Rambaud (o;j.«V.,p.286), une classe de grands propriétaires dont l'existence seule, lors même qu'ils se fussent défendus de toute espèce d'empiétements, pesait lourdement sur l'économie sociale de l'État : les églises et les grands monastères. Les monastères surtout agissaient à la fois sur les personnes et les propriétés : ils enlevaient à l'empire ses sujets, à la culture libre ses terres. Le développement de la population comme celui de la richesse publique étaient cruellement atteints. Dans cette monarchie presque sacerdotale de Byzance, il fallait un homme singulièrement énergique pour porter la main sur cet abus : ce fut le deuxième successeur de Constantin VII, Nicéphore Phocas. Par Tune de ses Xovelles, il défendit la construction de nouveaux monastères, par l'autre il défendit aux églises d'acquérir de nouveaux immeubles. Mais il luttait contre toute l'organisation politique, contre resprit même de la civilisation byzantine, contre la politique de sa dynastie (témoin les nombreuses bulles de concessions aux églises et couvents sous Romain Lécapène, Constantin VII, Romain II). La digue fragile de ses lois fut emportée peu après lui : celles-ci furent formellement abolies par Basile II, qui rentra ainsi dans les traditions dévotes de la maison de Macédoine, j)
bites se retirent en des lieux inhabités, an lieu de vivre dans les environs des villes, qu'ils cessent de posséder de bonnes terres et de beaux biens. En un mot, « il voudrait un peu naïvement, on la dit fort bien, renvoyer au désert, conformément à l'esprit primitif de leur institution, la plupart des moines qui peuplent les villes. » L'exposé
L'évangéliste saint Matthieu offrant son livre à un dignitaire de l'Église grecque qui le reçoit debout, vêtu d'une roi» \ioletteavcc un manteau brun. Le titre de seigneur abbé ou Kyrliigoumène est inscrit au-dessas de ce second personnage, qui sans doute représente un prélat ayant pris part à l'exécution du manuscrit. Cette miniature d'un manuscrit byzantin de la Bibliothèque nationale est curieuse parce qu'elle nous donne le costume d'un dignitaire de l'Eglise grecque nii peu après l'époque du règne de Nicéphore l'hocas.
des motifs est très curieux pour l'époque, plein de franchise. C'est une violente philippique contre la gent monacale : « Les moines ne possèdent aucune des vertus évangéliques , ils ne songent à chaque minute de leur existence qu'à acquérir de nouveaux biens terrestres, arpent par arpent, qu'à élever d'immenses constructions, (ju'à acheter en quantités innombrables chevaux, bœufs, chameaux^ toutes sortes de bêtes de somme; ils consacrent à s'enricliir du lu sorte toutes leurs
forces, toute leur énergie, si bien que la vie qu'ils mènent en réalité ne diffère plus en rien de celle des plus mondains. » c( Quel contraste cette existence toute frivole n'offre-t-elle point, s'écrie pieusement le légiste impérial , avec la vie des saints religieux qui , aux siècles passés, ont vécu en Egypte, en Palestine, à Alexandrie, eux dont l'existence quasi immatérielle tenait plus de celle des anges que de celle des humains! )) « Loin de nous, poursuit Nicéphore, la pensée d'empeclier les personnes pieuses de léguer leurs biens à l'Eglise, mais qu'il soit bien entendu qu'au lieu de servir à fonder des monastères nouveaux par pure ostentation, cet argent servira à réédifier ceux en si grand nombre qui tombent en ruine et qui suffisent amplement aux besoins de la religion. })
Le document se prolonge sur ce ton de prédication rude, mais sincère et pratique, distribuant de dures vérités aux moines de tous ordres. Il me semble que cette Novelle d'un esprit si libéral , si dégagé de préjugés, qui respire tant d'indépendance et de saine raison, est de nature à nous faire apprécier davantage l'homme remarquable qui l'a inspirée, à nous donner une haute idée de la manière dont il entendait ses devoirs de souverain \
Cette constitution célèbre eut pour rédacteur le patrice et protosécrétis Syméon. Elle fut abrogée en 1003 sous le règne de Basile IL
Dans son ardent patriotisme, dans son désir incessant de raviver l'esprit guerrier qui, de plus en plus, allait se perdant dans la partie purement grecque de la population de l'empire, Nicéphore ne se contentait pas de lutter contre les moines et de chercher à empêcher ces inutiles de se multiplier. Constamment il s'efforça d'améliorer le sort même des troupes. Dès son avènement on commença à se plaindre de la trop grande partialité qu'il témoignait à la gent militaire. Il se répétait partout que le nouvel autocrator n'aimait que les soldats, qu'il aurait voulu que chacun dans l'empire suivît la carrière des armes.
1. Et cependant ce mêoie Nicéphore, si dur aux moines, a puissamment contribué, ainsi que je l'ai dit au chapitre VI, & fonder la plus grande communauté religieuse de l'Église grecque, celle du mont Athos.
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Il alla jusqu'à inviter le clergé t\ honorer comme martyrs tous les soldats chrétiens morts en combattant la guerre sainte contre les infidèles.
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Fac-similé de queliiues lignes d'un évangéliaire du x' siècle Je La Bibliothèque nationale. Ce précieux manuscrit porte une note disant qu'il fut écrit soiw le règne même de Xicéphore Pbocas, i)endant la septième Indiction, qui concorde avec l'an 964, secon<le année du gouvernement de notre héros. Nous avons U m ' • ii-cieux
de l'art de la calligrapliie précisément à l'époque dont j'écris l'histoire.
Au dixième siècle, où la crainte des cliatiinents célestes et les ]>vrni-cupations de la vie future jouaient un rôle considérable, dans cette Byzance où la dévotion constituait pour chacun comme uno seconde nature, une telle ordonnance eut pu fiiire merveille et en er des liéros
EMPEREUR nyZAXXlX
par milliers. Malheureusement, cette fois encore, l'empereur trouva sur sa route le vieil et obstiné patriarche Polyeucté. Ce prêtre, le moins politique qu'il y eut jamais, toujours aveuglément attaché à la lettre de l'enseignement divin, s'opposa à la promulgation de ce règlement, alléguant les canons de saint Basile qui excluaient des sacrements durant trois années le chrétien ayant versé le sang, même à la guerre. Ces scrupules, honorables par leur sincérité, contrastaient étrangement, il faut l'avouer, avec les nécessités de cette époque toute de violence et de meurtre ; mais telle était encore la puissance de l'Eglise, en ces matières d'ordre purement théologique, que Nicéphore dut s'avouer vaincu. Il n'en continua pas moins à s'occuper avant tout du bien de ses soldats. Son traité de Tack'quej que i^ a.i résumé plus haut', et qui, s'il n'a pas été écrit par lui-même, a du moins été rédigé sous sa direction, fait foi de ces préoccupations exclusives. Deux, parmi les six Novelles de lui qui sont venues jusqu'à nous, sont consacrées aux militaires. Une, intitulée : Des soldats quij après avoir vendu leur fonds, le réclament à nouveau, est destinée à opposer une barrière à l'anéantissement de la petite propriété miHtaire, objet constant de la sollicitude des empereurs. Nicéphore s'efforce de mettre des entraves à la dépossession des colons soldats par les grands propriétaires, leurs créanciers, et à leur faciliter la rentrée en possession de leurs fiefs tombés en des mains étrangères.
La seconde de ces Novelles miHtaires, dite Novelle sur les fonds arméniens, n'est point datée, et ne peut donc qu'être attribuée à Nicéphore. Mais il y a de grandes probabilités pour qu'elle soit bien de lui". Elle aussi est consacrée aux fiefs des soldats, et tout spécialement à ceux des mercenaires arméniens au service de l'empire. La lecture en jette un jour étrange sur l'humeur vagabonde de ces colons militaires, soldats excellents, mais qui s'absentaient des années entières sans permission régulière. Nous y trouvons l'énumération des mesures prises par Nicéphore pour les obliger à cultiver et à desservir leur fief que trop souvent ils laissaient en friche. Après trois ans d'absence dûment cons-