Ed. Bonn, 1. 1, pp. 44i sqfi
cuisine, sur les étapes qui règlent sa marche, sur les corps spéciaux auxquels est confiée la garde de son camp, sur les dépenses énormes occasionnées par tout ce train si considérable.
Comme toujours, ces renseignements sur le cérémonial du voyage du Basileus à travers les thèmes d'Asie nous sont fournis sous la forme d'instructions très précises. C'est le code complet de l'escorte et du CQUvoi d'un empereur byzantin en marche au dixième siècle. Il faudrait un volume pour analyser ces détails pleins d'intérêt. Un chapitre particulièrement curieux est consacré à la cavalerie de monte et surtout de somme, d'origine très variée, qui devait figurer au cortège impérial et servir au transport de son infini bagage. Une minutieuse énumération donne la liste des chevaux à fournir pour ce service par les divers fonctionnaires, communautés et corps constitués, ainsi que par la liste civile, tant dans la capitale qu'aux étapes successives de la province. Les archontes ou directeurs des écuries de la couronne sont chargés du service de réquisition. Les seules fermes impériales « d'Asie et de Phrygie » sont taxées à deux cents chevaux de somme pour les bagages et deux cents mulets. Chaque cheval en bon état est estimé au prix, me semble-t-il, considérable de quinze sous d'or, chaque mule à celui de douze. La répartition générale des charges afférentes de ce chef à chaque fonctionnaire imposé était établie par les soins du c( logothète des troupeaux », premier fonctionnaire de cet ordre ; elle devait l'être « avec toute piété et crainte de Dieu, en toute sincérité. »
Le comte del'Etable était taxé à quatre mules et autant de chevaux, le chartulaire et l'épiktès de l'Etable au même nombre. *Le chartulaire des thèmes devait seulement deux chevaux et deux mulets; les comtes des quatre fameux corps de la garde, les Scholaires, les Excubiteurs, les Hicanates ou Lnmortels et les Obséquiens, chacun un mulet; le sacellaire et le logothète public, chacun deux; le questeur, un; le chef de la garde-robe, un; les deux curateurs et le ktématikos, un; les deux protonotaires des deux curatories, un; le zygostatès, un; l'idikos, un; le parathalassite et le chef du bureau ou scrinion des Barbares, un ; le symponos et le logothète du prétoire, un; le bureau de l'administration secrète du Génikon, trois ; ceux des secrètes du Sakellion et du Vestia-
rion ou garde-robe, chacun deux, et ainsi de suite. La totalité des métropolites devaient fournir cinquante-deux mules ferrées, bridées, bâtées; les archevêques, autant : ce qui fait cent quatre pour la contribution de ces hauts dignitaires ecclésiastiques. Tout cela avec les quatre cents animaux à fournir directement par les « fermes d'Asie » fait cinq cent quatre-vingt-cinq. Ajoutez-y cent chevaux de prestation à fournir par les « très saints monastères, t> c'est-à-dire par l'ensemble des communautés monacales. Ces cent bctes de somme, par une exception d'ordre dévot, jouiront du privilège de précéder cons-
Scean de iilomb d'un grand juge on (,'ran(l i>rovôt de l'armc'C byzantine, île la collection de M. Sorlin-Dorigny. de Constantinopic. C'est un monument unique jiigqu'ki. Au droit figure saint Nicolas, l'éTëque de Myra,ruii des taiiita les plus populaires à Bj'zance. La légende du revers est une invocation au saint : liUnheurtux, itendt In mnlnt tur les écrits de Contlantin, *ébas(e et Juge du eamp (de l'armée).
tamment et immédiatement l'empereur, et marcheront en tête du convoi sur deux files, une de droite, l'autre de gauche.
On mutilera suivant la coutume, puis on huilera ou marquera du sceau impérial tous ces animaux. On huilera également leurs bats et harnachements. Exception est faite pour les betes fournies par les couvents ; celles-ci ne seront pas marquées du sceau, parce qu'elles sont destinées à servir plus tard aux largesses du souverain.
Les housses pour toute cette cavalerie seront fournies par la direction ou curatorie de Trychines en Lydie, localité oîi on les fiibrique en gros. Les couvertures seront tirées des magasins impériaux ; elles seront de laine rase teinte de pourpre. Les harnachements, le paquetage, sont l'objet des recommandations les plus minutieuses. Rien n'est négligé : pas plus les sacs pour donner à manger l'avoine que les récipients pour
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contenir la résine destinée au traitement des plaies et des ulcères, pas plus que les outres de vin ou de vinaigre pour panser les chevaux malades, ou les haches, pelles et baquets pour le service des palefreniers, etc., etc.
C'est le (( logothète des troupeaux », fonctionnaire très important, qui est désigné pour présider à la réception des quatre cents chevaux et mules à fournir par les c( fermes d'Asie et de Phrygie ». Il doit les faire assembler au grand haras des Malagines, où livraison en sera faite par lui au comte et au chartulaire de l'Etable. Tous ces animaux devront avoir plus de cinq ans et moins de sept, et être francs de toute cicatrice de cautères. C'est aux Malagines qu'ils recevront la marque impériale qu'on leur appliquera au fer rouge sur chaque épaule. On les marquera encore une fois l'année suivante, après qu'on les aura mutilés. Le logothète est tenu de fournir chaque bête avec son paquetage, ses housses, les cordes et les entraves réunies dans une fourre de toile ad hoc, des 'pantalons enfin pour préserver de la piqûre des mouches. Chaque bête doit être ferrée, bâtée ou sellée, et bridée.
Jamais, en cas de grande expédition guerrière, cette masse de bêtes de somme ne suffit, paraît-il, au convoi impérial. Toujours les stratigoi des provinces finissent par être mis à contribution et sont tenus de parfaire le nombre de chevaux nécessaires aux moyen de prestations aussi gratuites que forcées. Chacun d'eux est taxé à une, deux, ou trois mules, suivant l'importance du thème qu'il administre.
Au départ de l'immense convoi, chaque palefrenier reçoit de la main du chef une tessère portant le numéro de la bête de somme dont il a la charge. Le soir, au campement, il doit la présenter pour avoir droit à la ration pour lui et son cheval ou son mulet.
L'epiktès est l'officier spécial préposé au pansement. Chaque soir, il veillera à ce qu'on mette aux bêtes les couvertures pour les protéger du froid, et les entraves pour les empêcher de fuir. Le matin, il présidera au chargement avec le comte et le chartulaire de l'Etable. Jamais on n'imposera à une bête une charge supérieure à quatre-vingt mesures de froment. Le palefrenier qui aura surmené son mulet sera passible du fouet.
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Tout clieval portant la marque de l'empereur ne pourra plus être donné ni vendu à un particulier. Tout particulier trouvé en possession d'un de ces animaux sera considéré comme voleur et traité comme tel. Les chevaux vieux ou malades demeureront jusqu'à leur mort dans les haras impériaux. (( C'est là une très ancienne coutume. »
La garde du camp impérial durant la nuit est confiée au drongaire des Vigiles, chef dç ce corps d'élite. Chaque soir, l'idikos remet à ce haut officier une torche, symbole de sa fonction. Celui-ci désigne alors cent de ses hommes pour constituer la garde extérieure. Cent hétaires, commandés par un hétériarque, forment la garde intérieure. Le domaine confié à ces étrangers s'étend jusqu'aux extrémités des cordes qui retiennent les pavillons impériaux. Au delà, la surveillance appartient aux scholaires du corps des Vigiles. Chaque soir, le Basileus en personne dicte le mot de passe au drongaire ; ce mot doit varier chaque jour: c'est tantôt le saint nom du Sauveur ou celui de sa Mère, la divine Théotokos, tantôt celui de l'archange Michel, archistratège des nuées célestes, ou quelque autre saint militaire, tantôt tout autre mot.
Toute la nuit, le drongaire des Vigiles et l'hétériarque organisent des patrouilles incessantes. Du moment où commence la veille, c'est-àdire le service de la garde de nuit, tous les kitonites eunuques, c'està-dire le personnel de la chambre à coucher et de la garde-robe du Basileus, sont consignés au dedans du cercle marqué par des boucliers suspendus. Toute communication est interrompue entre l'intérieur et l'extérieur. Ni petit ni grand, ni jeune ni vieux, aucun hétaire non plus, ne sera assez hardi pour contrevenir à cette défense, si ce n'est sur l'ordre ou la permission directe de l'empereur, et après qu'il en aura référé au drongaire. Tout contrevenant sera immédiatement saisi et lié de chaînes. Même autorisé par l'empereur, il sera tenu de rentrer par la porte par laquelle il est sorti.
Aussitôt que le Basileus aura rejoint l'armée, le service de surveillance redoublera de précautions; une troisième centurie de gardes sera disposée pour la veille de nuit entre les scholaires du drongaire des Vigiles et les hétaires.
Une fois en pays ennemi, du moment surtout qu'on aura pénétré
dcans les vastes solitudes syriennes, tout le personnel essentiellement palatin demeurera en arrière, et quatre corps de cinq cents hommes chacun, choisis parmi les plus sûrs, formeront la nouvelle escorte du prince; chaque soir, ils camperont à deux milles du camp impérial, en avant, en arrière, et sur les côtés. Tous ces hommes seront des akrites, c'est-à-dire ces fameux « gardiens des frontières » dont j'ai parlé à un autre chapitre *. Ils remplaceront les gardes ordinaires, étant naturellement bien mieux préparés qu'eux à ce pénible et dangereux service qui réclame autant d'expérience que d'habileté et de prudence acquises. Tant qu'on demeurera en territoire sarrasin, le protostrator ou grand écuyer et le comte de l'Etable avec trois écuyers et trois chevaux tout sellés et bridés, coucheront chaque nuit à la porte de l'empereur. Les fameux cent chevaux des monastères, couverts de leurs belles housses, ne marcheront plus en avant du prince.
Sur le passage de l'empereur, chaque corps de troupes lui rendra les honneurs militaires. Le stratigos, commandant la colonne, et tous ses officiers, mettront pied à terre et lui feront un moment cortège. Chaque soldat, se jetant à genoux, l'adorera le front dans la poussière. Seuls, les cavaliers sont dispensés de cet hommage. Puis le Basileus, se détournant quelque peu de sa route, fera halte et tiendra aux troupes la bizarre harangue que voici : (( Soldats, j'espère que tout va bien pour vous. Mes enfants, comment se portent vos femmes, mes filles? Comment se portent vos enfants? » Et les soldats répondront : « Dans ce rayonnement de ta majesté, ô Basileus, nous, tes esclaves, nous nous portons bien. » L'empereur dira encore : c( Grâces en soient rendues au Dieu saint, qui veuille nous tenir tous en sa sainte garde, » puis il commandera aux officiers de remonter à cheval et de regagner leurs postes respectifs, et poursuivra sa marche.
L'empereur passera des revues générales fréquentes, surtout au camp de Césarée, ou encore dans les cantonnements du thème akri tique de Charsian, au moment de franchir la frontière pour pénétrer en territoire ennemi.