‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 12 sur 237 · Les nobles · texte numérisé non relu

Les nobles

vant récit de cette arrivée : toute la population sarrasine de cette cité de bandits se ruant sur la rive, secouée d'une joie sauvage à la nouvelle d'un si incroyable butin, les cris perçants des femmes et des enfants applaudissant à une telle victoire, les hurlements des nègres, les sons éclatants des cymbales, des trompes, des tambours de guerre, l'épouvante des captifs survivants jetés à terre liés étroitement comme des ballots. Quel spectacle à peindre dans cet admirable décor de la côte de Crète sous un ciel de feu! Pas un des captifs (sauf quelquesuns très considérables ou fort riches, qu'on destinait à l'échange) n'avait un poil de barbe au menton. c( De tant de milliers de femmes, pas une qui ne fût jeune. )) La plaine aux portes de la ville devint le champ de foire infâme de tous ces infortunés si heureux encore quelques jours auparavant.

Divisés en mille lots, « par grands tas séparés, pour ne pas confondre ce qui revenait à chaque pirate, » arrachés aux bras de leurs plus proches, de leurs frères, de leurs sœurs, ils partaient pour les plus lointains , les plus affreux rivages, d'où ils savaient ne devoir jamais revenir. Plus heureux, Caméniate, après avoir été, lui aussi, séparé de tous les siens, fut emmené en Syrie, d'où plus tard il réussit à regagner son pays natal. Tout ce qui ne fut pas vendu à Chandax fut transporté en septembre sur le marché de Tripoli.

Après cette tragique aventure, de semblables dévastations s'étaient bien souvent encore renouvelées sur les points les plus opposés du littoral de l'empire, non pas aussi considérables, mais terribles cependant. A partir de 825, cinq grandes expéditions byzantines, sans compter les petites, successivement dirigées contre cette Crète « que Dieu confonde'! » échouèrent misérablement. (( L'île de Crète, dit le témoin oculaire Luitprand, est pour l'empire grec un voisinage aussi proche qu'insupportable. » Vers la fin du règne de Constantin VII, la situation était devenue parfaitement intolérable. Une nouvelle expédition fut organisée en 949 suivant M. Rambaud ' , seulement en 956 d'après M. de Murait. Des forces considérables en firent

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