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partie sous le commandement détestable du patrice paplilagonien Constantin, surnommé Gongyle, stratège de Samos, eunuque et cubiculaire du Palais Sacré, Itlclie et inepte favori. Ce fut un grand désastre. Les impériaux, mal gardés, surpris dans l'intérieur par les Arabes, qui avaient d'abord simulé In fnitp. n'éclin])pèrent qii'nvcc
Église byzantine de Saint-Pantalion à Salonique.
peine à un anéantissement total. Les courses sarrasines reprirent de plus belle, et, l'insolence des pirates ne connaissant plus de bornes, la navigation et le commerce de l'Archipel en furent comme suspendus. Il fallait ou qu'on en finît avec les Sarrasins de Crète ou que l'empire cessât d'exister. Joseph Bringas, qui eut le courage de décider un nouvel et grand effort de l'empire , eut un mérite de plus : celui de donner Nicéphore Phocas pour chef à l'expédition.
Nicépliore, un des plus grands capitaines byzantins, s'était déjà fait connaître sous le règne du précédent Basileus par de longues et heureuses guerres sur la frontière sarrasine d'Asie-Mineure. Nommé par Constantin VII inagîster^ une des plus hautes dignités de l'empire, dignité « splendidissime )) (il n'y avait que vingt-quatre wa^/s^n en tout, dit un chroniqueur contemporain '), et grand domestique des scholes d'Orient ou contingents orientaux (c'est-à-dire généralissime des forces de l'empire en Asie), il avait lutté, sinon toujours victorieusement, du moins presque toujours en remportant l'avantage final, contre le redoutable Hamdanide, Seif Eddaulèh, le fameux émir d'Alep, depuis 945 le principal adversaire des Byzantins en Orient, et contre les autres princes sarrasins de Mossoul, de Tarse et de Tripoli. C'était à son époque le type du parfait homme de guerre. Même lorsqu'il fut Basileus, il ne vécut jamais que pour ses soldats ; c( il ne songeait qu'à eux, )) a dit un de ses historiens. Eux, malgré son impitoyable sévérité, le chérissaient et le chérirent toujours , parce qu'il était juste et partageait allègrement leurs dangers comme leurs fatigues. Dans la foule constantinopolitaine comme dans le peuple des provinces, il était également très populaire, parce qu'on le considérait comme le champion presque invincible de la défense nationale contre le Sarrasin maudit tant redouté. Sa nomination à la tête de l'armée de Crète fut acclamée au Palais comme dans la Ville, dans les casernes comme dans les camps. Il était issu d'une vieille mais obscure famille d'archontes cappadociens, les Phocas, dont presque tous les membres avaient porté l'épée et couru sus aux Perses d'abord, aux Sarrasins ensuite. Son grand-père, nommé comme lui Nicéphore, né peut-être avant la mort de Charlemagne, s'était glorieusement distingué à la tête des troupes impériales dans les guerres du siècle précédent en ItaHe et en Sicile. Sous Basile V% il avait chassé d'Italie les conquérants maures d'Afrique. Sous Léon VI, il avait maintes fois battu les Bulgares. Il était mort très vieux à la fin du neuvième siècle. Un de ses fils, propre oncle de notre Nicéphore, Léon Phocas, avait été domestique des scholes, commandant en chef
1. Suivant Luitprand, lors de sa première ambassade à Constantinople en 948, il n'y avait encore qu'un seul maylster.
dans la guerre bulgare, chef des corps de la garde, et avait même prétendu au trône lors de la régence de l'impératrice Zoé, durant la minorité de Constantin VIL Sa rébellion avait été comprimée par Romain Lécapène, qui lui fit crever les yeux et fonda sur cette victoire l'édifice de sa propre fortune. Michel Maleïnos, un autre des oncles de Nicéphore, venait de mourir en odeur de sainteté, et son cilice était meure dans la famille comme un talisman. Son père enfin, Bardas Phocas, le second fils du premier Nicéphore, véritable héros populaire, malgré son avarice célèbre, après avoir aidé Constantin Vil à se débarrasser des Lécapénides, était arrivé aux plus hautes dignités militaires, avait été l'ennemi le plus redouté des Sarrasins, et, déjà chargé d'ans, était, à l'époque où s'ouvre ce récit, le plus glorieux vétéran des guerres d'Asie-Mineure.
Nicéphore même, je l'ai dit, après mainte victoire remportée en qualité de lieutenant de son illustre père, avait été créé par le Porphyrogénète, en remplacement du vieux guerrier, devenu trop âgé pour poursuivre la lutte, domestique ou généralissime de toutes les forces des thèmes asiatiques ou orientaux. Un de ses frères, Constantin Phocas, stratège du thème frontière de Séleucie, fait prisonnier par les cavaliers du Hamdanide en 949, à la déroute de Marasch, avait refusé d'abjurer et aurait péri empoisonné dans son cachot après une captivité de six années, s'il faut en croire le récit de Cédrénus. Le second de ses frères enfin, le curopalate * Léon Phocas, presque aussi grand capitaine que Nicéphore , allait le remplacer à la tête des forces d'Asie durant son absence en Crète.
Nicéphore était bien, je le répète, le chef indiqué pour cette difficile expédition. Il est malaisé de démêler son caractère véritable parmi les affirmations contraires également passionnées des historiens, ses admirateurs aveugles ou ses détracteurs violents ; mais tous sont d'accord sur ce point que c'était un incomparable homme de guerre, d'une froide bravoure, calme dans la plus horrible mêlée, opiniâtre à l'excès, sachant parler aux troupes et se faire suivre d'elles partout