‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 122 sur 237 · Ville située à vingt milles au nord-ouest d'Alep · texte numérisé non relu

Ville située à vingt milles au nord-ouest d'Alep

5. Ville située à environ treize milles au nord-ouest de Nisibe.

ploits de misérables? — Il n'y a aucun mérite à charger contre des gens inexpérimentés; cela montre seulement qu'on redoute les braves. — Qu'avez-vous conquis? le temtoire de Tarsous qui vous a été livré par ses habitants qui se sont résignés ; et Massissa que vous avez prise par trahison et dont vous avez massacré les habitants. Dans toutes les religions cela est un crime. — Vous semblez croire que nous n'avons jamais combattu contre vous sur votre territoire ; pourtant nos victoires sont célébrées dans toutes les assemblées. — Elles se sont succédé durant l'intervalle de trois années, pendant lesquelles nous avons foulé par les chemins la poussière de vos crânes. — Vous n'avez conquis, ni à l'orient ni à l'occident, aucune contrée, et jamais vous n'avez remporté une victoire dont le retentissement soit parvenu au loin.

Est-ce raisonnablement que vous parlez ainsi ou votre cœur est-il troublé? Car tout ceci ne peut provenir que d'un esprit troublé, — et d'un horrible cauchemar qui envoie ses visions à un homme. Ah! quel être troublé vous êtes ou plutôt quel misérable rêveur! — Si même ce que vous dites était vrai, vous n'auriez sur nous aucune supériorité, ni aucune gloire, — car nous vous avions pris tout ce que vous nous avez pris et même le quadruple, grâce à nos vaillants guerriers. — Nous vous avons chassés par la force jusque dans votre pays grec, et vous vous êtes envolés des provinces de Syrie comme une troupe d'autruches. — Vous vous êtes réfugiés là comme des hérissons qui se pelotonnent, avilis, domptés, redoutant nos braves. — Sans les recommandations que le Prophète nous avait faites à votre sujet, vous n'auriez point trouvé la sécurité dans vos repaires. — Vous périrez, bien que depuis longtemps vous soyez restés dans la prospérité grâce à la somnolence qui nous a gagnés.

Nous sommes largement satisfaits de ce que nous possédons, et notre gloire dépasse la vôtre par ses bases puissantes. — Bientôt, nous l'espérons. Dieu nous facilitera le retour des plumes qui se cachent sous les rémiges'. — Vous vous vantez d'avoir pris nos femmes, alors que nous avons un million d'esclaves et de servantes prises parmi vos femmes. — Mais nous, nous sommes généreux dans la victoire, tandis que vous, quand vous êtes vainqueurs, vous pouvez servir de modèles aux serpents.

Vous dites que vous nous combattez à cause de l'iniquité de nos cadis qui vendent leurs jugements pour quelques pièces de monnaie. — Mais c'est là un aveu de la vérité de notre religion. Comment serions-nous oppresseurs alors que nous sommes les victimes d'ufi tyran (?)? — Vous énumérezles villes dont vous voulez faire la conquête, mais cela même est une sécurité que nous accorde ce songe creux d'un rêveur. — Celui qui veut conquérir l'Orient et l'Occident et répandre la religion de la Croix est le plus vil des hommes. — Celui qui s'incline devant les croix dans l'espoir qu'elles le dirigeront est un âne qui mérite d'être marqué au visage. — Il ne saurait être le représentant du Messie, le trinitaire qui espérerait que Nicéphore effacerait ses péchés (?).

Jésus, l'envoyé de Dieu, est le fils de Marie qui l'a nourri, comme tuas été nourri toi-même, d'aliments. — Quant à Celui dont le trône est au-dessus des cieux, c'est le créateur de Jésus, Celui qui ressuscitera les cadavres décomposés. — Joseph le chai-pentier n'était pas, comme on l'a dit, l'époux de Marie ; c'est là un mensonge proféré par un homme contraint. — Leurs évangiles sont une démonstration de nos paroles, et ils annoncent cette bonne nouvelle qu'il viendra quelqu'un qui sera le sceau des prophètes. — Il est nommé le Paraclet, et il viendra découvrir tout ce que les prophètes auront apporté, en entier et san§ rien cacher. — Parmi eux il s'appelait le fils de David, et il exauçait les vœux qu'on lui adressait dans les prières.

1. C'est-à-dire : « Bientôt, pous l'espérons, nous pourrons reprendre notre vol. »

— Et aurait-il fait usage du suaire, s'il n'en avait eu besoin; et, s'il en a en beMoin, n'est-ce pas parce qu'il était nn adorateur do Dieu et un de ses nerriteurs? — Et si le Prophète Mohammed est mort, il n'a fait en cela que suivre l'exeniple de touH les grands prophètes. — Jésus, lui aussi, est mort à un moment déterminé, et tous les prophètes de la race d'Adam ont subi le même sort. — Comment contesteraient-ils cela, quand ils savent qu'il est mort sur la croix et qu'il a souffert de mauvais traitements, — mauvais traitements qui ont consisté en une couronne d'épines, en soufflet, et en gorrottage à l'aide de cordes au moyen desquelles on l'a traîné au gibet?

Si les fils de Aluned (Mahomet) ont souffert de dures épreuves, s'ils ont été faits prisonniers, ou s'ils ont eu la gorge coupée, — Jésus, à ce que vous assurez, a goftté l'amertume de la mort, pareille à l'araerturae des coloquintes. — Et Jean le Précurseur, et Zacharie, et d'autres parmi ceux qui ont été l'objet des faveurs de Dieu et qu'il nous a généreusement envoyés, — ont été les victimes des tyrans qui ont porté la main sur eux. Pourtant, aucun de ceux qui ont peiné n'a pu arriver à égaler leur supériorité.

Qui fera parvenir à Nicéphore ce discours que je lui adresse en réponse à la pièce de poésie quïl a envoyée et qui est l'œuvre — d'un de ces Arabes dont le cœur s'est envolé ou qui de désespoir ont renié leur foi comme de vils animaux, — alors que dansl'Orient, l'Inde, le Sind, la Chine, et les Turcs parmi les nations étrangères, avaient adopté l'islamisme, — grâce à l'habileté de ^Nlansour ben Nouh' , à celle de ses troupes, et à celle de ses sheiks, gens do courage et de vertus ?

Si la royauté de Bagdad a disparu, si ses habitants sont devenus les esclaves des esclaves des De'ilémites, — Eh bien, la vérité a encore des défenseurs, et Dieu possède le pouvoir d'éloigner de Bagdad les maîtres par des glaives tranchants. — C'est aux Arabes qu'appartiennent les puissants princes Taglibites -; c'est anx Persans que se rattache la dynastie des Bahram.

— La religion a parmi eux des défenseurs, et quels défenseurs ! Parmi eux la souveraineté appartient aux Ilachem, et quels Hachem!

Que Dieu accorde un bien étemel à Seîf Eddaulèh, et qu'il le favorise par ses arrêts généreux! — Qu'il donne à Mansour ben Nouh une prospérité qui dure autant qu'il vivra, et que ce soit le plus longtemps possible. — Ce sont eux deux qui protègent l'Islam contre tout avilissement et empêchent l'édifice de la religion d'être détruit.

Qui donc fera parvenir en mon nom ces conseils que je donne à Nicéphore V l'uisse-t-il les recevoir avant qu'il ait eu à se mordre les doigts. — Le Chorassan arrive, traînant ses chevaux de race aussi nombreux que les sauterelles dévorantes. — Ils sont montés par des hommes vieux et jeunes, vaillants, énergiques, favorisés du sort, qui n'ont rien à craindre dans la mêlée. — Ce sont des conquérants qui ont vendu leurs âmes à Dieu en échange du Paradis, et Dieu est le plus généreux des acheteurs.

Si vous résistez, la vérité est claire et ses signes brillent et sont visibles comme des étendards. — Venez donc lutter contre nous; c'est le sabre qui décidera entre nous, et le sabre est le plus équitable des juges. — Dieu nous rendra justice ; il nous suffit comme protecteur, car il est le meilleur des défenseurs pour les hommes et les docteurs de la foi. — Nous espérons que, dans sa bonté, Dieu nous accordera une prompte victoire, et que nous nous emparerons de Constantinople, la ville aux vestiges sacrés, — et que tous les Grecs, leurs femmes, leurs richesses, deviendront une part de notre butin. — Là, on verra, — car Dieu est

1 Prince samanide, mort en 3CG de l'Hégire (976-977). 2. Voyez page 118.

EMPKUEUIl lîYZANTIN*.

puissant, — Nicéphore, qui sera debout, être appelé au nombre des captifs à partager. — Nos dents se découvriront dans un sourire dédaigneux, tandis que ses dents s'entrechoqueront de rage et de dépit. — Si vous vous faites musulmans, votre conversion vous assurera la paix ; la vie la plus agréable pour l'homme est celle qu'il mène lorsque son cœur est pur*.

De même que la lettre de Nicéphore avait troublé les esprits à Bagdad, de même la réponse du Khalife impressiomia fort ceux de Coiistantinople. Ce furent surtout les beautés littéraires de cette épître tant soit peu théologique qui frappèrent les imaginations byzantines. Un des premiers possesseurs du manuscrit de Vienne nous a donné ce renseignement en marge même de ce document; il le tenait, dit-il, d'un sien ami, également poète " , qui était accouru de Tachkend pour prendre part à la guerre sainte avec Elqaflfâl, le rédacteur de la lettre du Khahfe. Cet ami, tombé par suite des hasards de la guerre dans les fers des Byzantins, se trouvait captif dans la Ville gardée de Dieu lorsqu'arriva la missive. Il aimait à raconter combien ce poème avait émerveillé les Grecs par sa hardiesse et sa forme élégante. Les plus beaux esprits de Byzance, rassemblés autour de lui, s'inquiétaient avec curiosité de cet Elqaffâl si expert dans l'art de bien dire, s'informant de ses origines, de la patrie qui lui avait donné le jour. (( Qui est-il donc? disaient-ils. Nous ignorions qu'il y eût parmi les enfants de Mohammed d'aussi habiles et parfaits écrivains. ))

1. Lem anuscrit de Vienne, ([uiest une copie du document original, se temiine par ces mots : « Cette lasida bénie a été achevée grâce à Dieu et à sa bienveillante assistance. Quïl répande ses bénédictions sur Mahomet et sa famille et qu'il leur accorde le salut ! Fait dans la ville d'Alexandrie, que Dieu la protège, au mois de Moharrem de l'année 497 » (5 octobre-4 novembre 1103).

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