A neuf milles en ligne droite
fameux de ce si^cle dixièiiK', deruier refuge de l' indépendance grecque, acropole suprême pour s<'i défense, noyée au milieu des terres musulmanes, défendue par une garnison nombreuse, déterminée, animée de la rage du désespoir. Les si^ges de cette ville, les batailles livrées soua ses murs figurent à chaque })age de l'histoire de la première moitié du dixième siècle en Sicile. Je vais raconter maintenant son aventure dernière.
Les Arabes, enorgueillis par ce grand succès de la prise de Taormina, résolurent d'en finir de même avec Rametta et d'exterminer ainsi d'un coup toute résistance dans cette portion orientale de l'île, oh la population chrétienne se montrait encore aussi nombreuse que vivace. Hassan ibn-Ammar, général du Khalife Mouizz, vint camper sous les murs de la petite cité chrétienne, le 23 août 9G3, sept jours seulement après le couronnement de Nicéphore. Le siège commença aussitôt.
Sous la double et pénible impression du désastre de Taormina et du péril que courait l'intrépide garnison de Rametta, [x'ril dont il fut certainement très vite et très pleinement informé, Nicéphore résolut d'agir avec autant de promptitude que d'énergie. Les malheurs de ces deux cités chrétiennes et la honte du tribut à payer aux coreligionnaires de ceux qu'il avait tant de fois battus en Asie, furent certainement la cause déterminante de l'expédition considérable qu'il décida d'envoyer au secours de la malheureuse Sicile. Il eût bien voulu diriger cette campagne en personne, mais force lui fut de renoncer à ce projet, empêché qu'il en était par les soucis de la guerre syrienne. Malgré toute l'activité déployée, de si immenses préparatifs prirent un temps trop considérable. Ce ne fut que fort tard, dans le courant de l".iiniée 0G4, que la flotte de secours byzantine put enfin voguer au secours de Rametta.
Le commandement du cori)s expéJitiumiaire, du moins celui des troupes de débarquement, en particulier de la cavalerie qui était Ion nombreuse, fut confié par l'empereur à son cousin germain, le pa triée Manuel, fils naturel de l'ancien doiiKsii. pic des scholes Léon Pho.as, frère lui-même du vieux Bardas et, par conséquent, le piopK ^H' I.'«lu
Basileus'. Le jugement que les chroniqueurs portent sur ce capitaine est fort variable. Léon Diacre, en général très véridique, mais constamment optimiste et louangeur, parle de son énergie obstinée jusqu'à l'entêtement , de son courage aveugle jusqu'à l'imprudence. Cédrénus est infiniment plus sévère. Selon lui. Manuel, beaucoup trop jeune pour une pareille responsabilité , eût mérité bien plutôt d'obéir que de commander ; il avait des défauts capitaux , un manque absolu de capacités militaires, aucune sagesse, une témérité qui touchait à l'incapacité : tête dure, audace irréfléchie frisant la sottise.
Le drungariat, c'est-à-dire le commandement particulier de la flotte, et avec lui la direction suprême des opérations, furent confiés au protospathaire eunuque Nicétas, frère de Michel, un des proto vestiaires ou chambellans de l'empereur*. C'était encore là, semble-t-il, un choix <iéplorable, qui étonne venant d'un homme tel que Nicéphore, probablement entièrement absorbé par le soin de la guerre de Syrie. Nicétas était un personnage de haute piété , d'une grande érudition ecclésiastique , mais tout à fait incapable d'exercer une direction militaire quelconque. Cette nomination fut, je le répète, une grave erreur de Nicéphore et certainement sa rehgion dut être trahie. c( Il crut , disent les chroniqueurs , faire merveille en plaçant ces deux hommes à la tête de son expédition de Sicile, ne pouvant se priver en ce moment d'auciui de ses capitaines des troupes d'Asie. » Ceux-ci, du reste, auraient pu chercher à profiter de leurs lauriers de Sicile pour faire comme il avait fait lui-même et tenter de le chasser du trône pour s'y asseoir à sa place. Il crut que Manuel et Nicétas réunis donneraient un résultat excellent et ne vit même pas la faute qui consistait à placer un prince du sang, hardi et fier, sous les ordres d'un homme de cabinet qui n'avait d'un soldat que le titre dont on l'avait affublé.
Un troisième haut personnage accompagnait l'expédition en qualité de conseiller et aussi d'aumônier général, mais surtout de futur gouver-
1. Romain Lécapène avait jadis fait crever les yeux à ce personnage.
2. Ce Michel était patrice, préposite et vestis, donc eunuque comme son frère. C'est probablement le même qui avait servi d'intermédiaire entre Nicéphore et Théophano après la mort de Romain II. Voyez page 27Ô, note.
11 eu r des tlièmes italiens réorganisés. C'était le pieux Nicéphore, plus tard célèbre comme évoque de Mile^et comme gouverneur de l'Italie byzantine *. Ce saint j)rt'tre, dont notre Bibliothèque nationale de Paris possède encore une biographie manuscrite contemporaine', était né en Asie, à Basilion, bourg considérable du thème des Bucellaire». D'une
Croix byzantine à double traverse, dite croix patriarcale, sculptée sur une église d'Athènes.
piété profonde, d'une vie si pure et religieuse qu'elle lui valut d être mi.s plus tard au nombre des saints de l'Eglise orthodoxe, cet homme vénérable s'était de bonne heure consacré à la vie ecclésiastique. Il avait été pour cela résider à Constantinople , oii il était entré