Amari, op. cit., I, 4G8, note
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probablement il «lut suivre la voie de terre et faire en conséquence un détour considérable pour éviter Terinini, que les Grecs venaient d'occuper. Il ne put donc arriver à temps pour prévenir le fougueux Manuel, «|ui, i\ peine ses troupes débarquées, les mena d'une traite furieuse jusqu'au cirque fameux, tant il était ardent à se couvrir de gloire par la délivrance de l'intrépide forteresse. C'était dans la nuit du 24 au 25 octobre. Un détachement de cavalerie grecque dut tentforcer le passage de l'enceinte par le défilé de Mikos, un autre par celui de Démoi>a; un troisième fut expédié au loin sur la route de Palerme pour barrer le passage aux troupes d'Ahmed accourant de ce côté. Manuel, en personne, avec le gros du corps expéditionnaire divisé en six « bandes », suivit au galop le rivage jusqu'à Spadafora, d'où il piqua droit par la passe de ce nom sur la ville assiégée. C'était la voie la plus courte.
Hassan ibn Ammar, de son côté, s'était mis sur ses gardes. Deux corps détachés avaient, sur ses ordres, occupé les défilés du sud et du couchant. Un troisième, demeuré à la garde du camp, fut chargé de tenir en échec la garnison de Rametta et de repousser toute tentative de sortie. Avec ce qui lui restait de troupes, corps d'élite presque exclusivement composé d'Arabes de Sicile, « tous, dit No wairi, héros décidés à vaincre ou à périr, d le général africain avait marché droit à l'ennemi. A l'aube du 25, la bataille s'engagea furieuse de toutes parts.
Probablement avertis par les préparatifs des Arabes de l'approche de l'armée de secours, les assiégés tentèrent une sortie vigoureuse. Ils étaient certainement déjà fort affaiblis, car leur entreprise échoua dès le début, et ils durent battre précipitamment en retraite. De leur côté, les défenseurs des passages de Mikos et de Démona réussirent à repousser les assaillants byzantins, vraisemblablement trop peu nombreux. Il n'en fut pas de même au début pour le corps principal qui, sous la conduite d'Ibn Ammar en personne, avait été tenir tête au gros de l'armée ennemie. Une effroyable mêlée corps à corps s'engagea au matin dans cet étroit défilé de Spadafora avec des pertes énormes des deux parts. Les Africains, combattant presque tous à pied, assaillis incessamment dans ces gorges profondes par des forces su|)éneure8 de ca-
Valérie que ramenait à chaque instant leur ardent capitaine, écrasés sous le jet continu de pierres et de traits que lançaient de petites macliines de guerre habilement disposées sur les aspérités des pentes latérales, fléchirent bientôt visiblement; même ils commencèrent à fuir précipitamment par petits groupes dans la direction de leur camp retranché. Ibn-Ammar ne pouvait songer un instant à les rallier dans la plaine. Ils y auraient été sabrés aussitôt par la nombreuse cavalerie des Grecs. Se croyant perdu, il préféra mourir sur place avec honneur. Déjà des rangs entiers de ses soldats battaient vivement en retraite ; déjà les guerriers orthodoxes, certains de la victoire, débouchaient dans la plaine circulaire, chassant à grands cris devant eux les fuyards, s'apprêtant à envelopper le camp sarrasin. Ce fut même cette grande hâte des Grecs qui leur fut fatale, car elle mit le désordre dans leurs rangs. Profitant de cette imprudence, ceux des Arabes qui étaient résolus à vendre chèrement leur vie, se réunirent une dernière fois aux cris de leurs chefs. Groupés autour d'Ibn Amniar au nombre de quelques milliers, on les vit soudain, s'arrêtant un instant avant de reprendre le combat, entonner.à voix haute les strophes magnifiques du vieux poète arabe Houssein ibn-Homâm\
Ce dut être un spectacle sublime dans ce cirque sauvage, et les cavaliers byzantins, galopant par la plaine, se croyant déjà vainqueurs, s'arrêtèrent soudain au bruit de ce choeur immense et formidable. Les guerriers du désert, noirs de "peau sous leurs blancs vêtements, frap- ])ant en cadence de la pointe de leurs javelots leurs boucliers sonores, chantaient des vers épiques qui redoublaient en eux l'ardeur de mourir pour la foi^.
Les sons terrifiants de cet hymne grandiose exercent sur les guerriers africains comme une influence magique. Ibn Ammar en tête, ils se précipitent en masse profonde pour se faire jour. Lui, reprenant confiance, s'écrie à voix haute : « Seigneur, si les fils des hommes m'abandonnent, toi, tu ne me feras point défaut, » et il entraîne les siens dans une charge folle qui subitement culbute les Byzantins effarés.
3. Il était de la tribu de Morra et vécut en Arabie avant l'Islamisme. 2. Ces vers se lisent dans le Hamassa, éd. Frejrtag, pp. 92-93.
En vain les patrices s'cttuicent ù retenir leurs hommes, on vain ils les appellent par leurs noms et leur montrent l'exemple. Ils ne peuvent enipêclier la plus horrible déroute. Manuel, précédant ses meilleurs cavaliers, se précipite à &on tour, a Vous qui, sous hs .(idres de Nicé-
La Xativité du CliriaU .Màii.iUui; du c^lubrc Mmolvi/^ou, ou u Vie i.U-> ^amu ^rcc^ i', . .uc su \ :
un des plus beaux monuments byzantins du x" siècle, écrit et enrichi de nombreii- ■ ■* par ordre de
l'empereur Basile II, le pupille mCme de Xici'pliore. Huit peintres difli-rcnts ont concouru n illustrer ce livi' dide et y ont inscrit leurs noms. Le manuscrit même est écrit sur luircliemlii en lettres d'or. Le» in. toutes sur fond d'or, ont 10 centimètres sur 11 de hauteur, ilalgrj les reprojhcs qu'on peut adresser à l'ori et au dessin de plusieurs des compositions, le nombre de ces miniatures est tel, l'iclut de leur coloris c»t -i ■ > ' • . ordinaire, les notions qu'on peut puiser dans l'étude de ces jietits tableaux sur certains faits liLstor; ];!• - '.n usages civils et religieux de l'époque, sur les costumes, le style des cdlficcs, etc., dans l'empire d'i'i ■ t -■'.■■■
grand nombre qu'on peut considérer ■■ ■ '••■•" ■•■■ -'.c comme un des nv-" ■••- '•■■' plus iniportuj.'.s d. '. ■ ■
graphie illustrée du moyen âge.
phore, avez vaincu tant de fois, crio-t-il à ses soKlats, vous mv»/. aiijourd'liui devant une poignée de bari)ares africains! Oh sont les beaux serments que vous faisiez tantôt k votre empereur, oîi sont toutes les prouesses que vous lui })romettiez lorsqu'il vous passait en revue? » Sa voix demeure sans écho. Désespéré, il fond sur les Maures, l'arme haute. Il tue d'abord un Sarrasin qui lui court sus, mais aussitôt il est entouré. Un cercle de lances l'assaille; auciun li. parvient ï\
I MI'ERKUU uyZANTIX.
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4r,R UN EMPEREUR BYZANTIN
percer son épaisse armure de mailles. Alors on se jette sur lui de toutes parts, on le. tire à bas de sa monture, on l'attaque par devant, par derrière. En vain ses fidèles cavaliers s'efforcent de le secourir. Son noble cheval, les jarrets coupés par un musulman qui s'est glissé sous lui, s'abat avec son maître. Sarrasins et Grecs roulent par-dessus, s'entr 'égorgeant. Presque tous les défenseurs de Manuel sont tués. Quelques-uns s'échappent à grand'peine. Il succombe enfin, percé de mille coups. A ses côtés on égorge son écuyer. Son corps est aussitôt dépouillé, décapité, et sa tête portée au général arabe.
L'armée grecque, privée de son chef, s'enfuit tout entière en désordre. Il était trois heures avant vêpres \ Le gros des Arabes était à pied. La poursuite et le massacre n'en durèrent pas moins jusqu'à la nuit. Pour mettre le comble à la sauvage grandeur de ce complet désastre, une nuée noire et monstrueuse, qui depuis tantôt s'était amoncelée, assombrissant les gorges des montagnes, creva soudain en un épouvantable orage, obscurcissant l'atmosphère, l'ébranlant d'effroyables coups de tonnerre, augmentant encore pour les infortunés Byzantins les affres de cette fuite en ces régions inconnues, si extraordinairement accidentées. Un escadron tout entier de cavaliers cataphractaires se précipita, dit-on, tête baissée, bride abattue, dans la profonde ravine que j'ai plus haut décrite. Hommes et chevaux, empilés, la comblèrent si bien que les derniers fuyards et les cavaliers arabes lancés à leurs trousses la franchirent au galop sur ces cadavres accumulés.
On se battait depuis la pointe du jour. Fuite désespérée, poursuite folle, se continuèrent longtemps à travers rochers et broussailles. L'égorgement dura toute la nuit et la fatigue des vainqueurs put seule l'arrêter. Plus de dix mille Byzantins périrent ; très peu parvinrent à s'échapper. Les Sarrasins, acharnés à tuer, ne firent presque pas de prisonniers. Seuls, un certain nombre de patrices et d'hommes de condition furent mis à part pour leur rançon. Les vainqueurs recueillirent un butin prodigieux : tous les chevaux, tous les bagages, toutes les armes
1. a Après la prière de midi, » dit Nowaiii ; « à Them-e de VAsr, » dit Ibn el Atliîr.
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de ce petit corps (rarinée. Parmi ces dernier.. , .. retrouva, chose notable, une admirable épée jadis enlevée aux musulmans dans un château de Syrie. Une antique Mgende en caract^^es coufiques courait sur la lame de ce glaive vriic^^rable, disant i\ peu près ceci : « Cette arme forgée de métal indien pèse IGO miskâl ' ; elle a frap|K' bien de rudes coups sous les yeux mêmes de Mahomet, l'apôtre de Dieu, im lequel paix et bénédiction divine reposent, d Cette précieuse relique des premières luttes de l'Islam, miraculeusement retrouvée sur les grands chemins de Sicile, fut envoyée au Klialifo <rAfrique av ■• ^''^u d'autres trophées importants : belles armures de plaque et de mailles, armes ciselées, plus des têtes coupées en grand nombre et deux cents soldats barbares triés parmi les plus beaux, probablement des Russes ou des Arméniens. Bizarre destinée de ces aventuriers nés aux rives glacées du Dnieper ou sur les pentes du neigeux Anirat, entrés au service de l'empereur de Roum, et qui s'en allaient maintenant grossir la garde de janissaires de ce souverain africain, dont les blancs palais de Kairouan et de MéhcKlia se dressaient dans la contrée même où jadis fut Carthage.
Comme tous ces trophées, tous ces captifs, en route pour l'Afrique, arrivaient à Palerme, l'émir Hassan, allant à la rencontre du cortège triomphal qui les escortait, fut ému d'une telle joie à l'ouïe de cette victoire imprévue, qu'il en prit la fièvre. Il en mourut peu après, au mois de novembre, au dire d'Ibn Khaldoun. Il n'était âgé que de cinquante-trois ans et tous le pleurèrent. Il est juste de dire qu'aucun autre chroniqueur ne mentionne cette cause de sa mort. Ce fondateur de dynastie fut, semble-t-il, un homme énergique et prudent. Le souvenir de ses quelques défauts, souillures inévitables inhérentes à sa toute-puis-
Cliapiteaa byzantin do là belle ^poqne, d'àprès l'ouvrage deSalzçnterg «ur les «ndcn* édifices religieux de Constant inople.