‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 128 sur 237 · à 800 grammes environ · texte numérisé non relu

à 800 grammes environ

sauce, a disparu à jamais, dit Amari,dans l'éblouissemeut de ses vertus souveraines, qui furent incontestables.

Les pauvres martyrs de Rametta, dont cette déroute consommait tragiquement la ruine, burent leur calice jusqu'à la lie. Ils tinrent ferme quelque temps encore après cette subite destruction de leurs espérances dernières. Mais bientôt la famine les tourmenta plus cruellement, et force leur fut de chasser les bouches inutiles. Un millier d'infortunés, vieillards, malades, femmes, enfants, furent poussés gémissants hors de la forteresse. Ils croyaient marcher à la mort. Ibn Ammar, au lieu de refouler ce lamentable cortège, ce qui lui eût été facile et eût avancé d'autant l'heure de la reddition, prit compassion de ces malheureux et les envoya sains et saufs sous escorte à Palerme. Mais d'autant plus implacable pour ceux qui persistaient à se défendre, il étreignit plus que jamais d'un cercle de fer la petite cité aux abois. Ses défenseurs, du moins les rares survivants, spectres décharnés par la faim, tenaient encore dans les premiers jours de 965. Un matin enfin, reconnaissant à des signes certains que toute résistance était à bout, les bandes africaines se ruèrent à l'assaut. Appliquant leurs échelles à la muraille, elles durent combattre encore jusqu'à la nuit. A ce moment les dernières lutjtes cessèrent, et les vainqueurs, se jetant dans la vaillante forteresse qui les avait tant et si longtemps bravés, exterminèrent jusqu'au dernier tous les hommes encore valides. Les femmes, les enfants, furent réservés pour l'esclavage. Encore là il y eut un très grand butin. Ibn Ammar, après avoir installé sur ce roc une colonie militaire musulmane, quitta enfin avec ses troupes, après plus d'une année et demie de séjour, ces Heux où il avait rencontré une résistance si héroïque qu'ils devaient en être illustrés à toujours. Jamais nationalité expirante n'avait lutté avec un plus glorieux acharnement.

Le waly Ahmed, que nous avons laissé s'avançant à marches forcées au secours des assiégeants de Rametta, informé de la déroute de Manuel et de ses troupes, avait modifié sur l'heure ses dispositions. Changeant brusquement de direction, il s'était empressé d'aller réoccuper Messine, qu'il trouva du reste déjà évacuée par les impériaux. En effet, à l'ouïe du désastre de Manuel, ce qui restait des forces chrétiennes

CiU:.

■ Il

s'était réfugié en hâte t\ Reggio. Les Byzantins auraient pu tenu i de là quelque nouveau mouvement offensif '. Mais, de Messine, AImimmI les surveilla si activement qu'il paralysa tous leurs mouvement >

Ainsi se termina par une liorrible catastrophe ce grand effort tenté par les Byzantins pour reprendre pied dans une de leurs plus l^lles provinces. La folle témérité du cousin du Basileus causa la perte de tout ce corps d'armée transporté à si grands frais de Constantinople en Sicile. La fortune adverse n'épargna même i)as les débris de l'expédition. Il y eut d'abord une foule de petites rencontres sur la côte sicilienne. Nous en ignorons les emplacements précis. Certainement les Arabes reprirent rapidement possession des quelques places, telles que Syracuse, Taormina et Termini, qui avaient été au début enlevées par les impériaux. Longtemps encore la flotte byzantine, mal commandée par l'incapable emuique Nicétas, n'osa quitter le port de Reggio, t:::;:^^"^^.^^ où étaient venues la rejoindre les petites tamisons *""'"■''" ' '""'^"* '"

•^ r O donati. • objet

des villes réoccupées par l'ennemi. Lorsqu'elle se pi^ie» ...o à

^ laquelle il en f

décida enfin à regagner tristement Constantinople, * *»« ^wu" Ahmed, qui, de Messine, ou il avait peu à peu réuni toutes ses forces, la guettait, pareil à l'oiseau de proie, fondit résolument sur elle avec toute l'escadre africaine. La rage des combattants fut extrême. Les marins berbères, le feu grégeois en main, se jetaient à l'eau et allaient à la nage incendier les dromons byzantins. On se battit tout le jour corps à corps sur les ponts des navires accrochés les uns aux autres par d'énormes grappins. La mer roulait des vagues rougies de sang. Cette fois encore la victoire des Arabes fut complète. Longtemps leurs poètes chantèrent cette grande bataille du Détroit ; c'est le nom qu'ils lui donnèrent. Tous les navires grecs furent pris, brûlés, ou

1. Léon Diacre, bien que contemporain de ces événement» et vivant à cette ii>o(iiie i\ Constantinople, est déplorablement informé pour toute cette campagne de Sicile, lï va jusqu'à raconter que la flotte byzantine fut aussitôt prise, dans le port même de Messine, par les vainqueurs du combat de Bamcttt lanct-s à la poursuite des fuyards. La nouvelle de ces événements dut parvenir très confusément jusque dans l'Italie centrale, puisque nous verrons plus loin Luitprand affirmer fort à tort que Manuel ptrit daui la bataille navale qui n'eut lieu que plus tard entre Cluirybde et Scylla, bataille dans kiquelle Nicitas fut fait prisonnier.

coulés. On fit d'innombrables prisonniers chrétiens, cent patrices, mille autres personnages de la noblesse byzantine, si, du moins, ce n'est pas là quelque exagération poétique de l'ardent chroniqueur national Ibn Khaldoun. Butin et captifs furent expédiés à Palerme. Avec eux se trouvait le malheureux Nicétas, qu'on avait dédaigneusement épargné et qu'Ahmed envoyait chargé de chaînes au Khalife. L'incapable amiral demeura deux ans à Méhédia dans une captivité d'ailleurs fort douce, trompant ses douloureux loisirs à copier les homélies de saint Basile et d'autres textes pieux de saint Grégoire de Nazianze et de saint Jean Chrysostome. Il nous le raconte lui-même en termes touchants sur une page de son manuscrit qui, fait bien curieux, est parvenu jusqu'à nous.

Ce beau volume, de plus de trois cents feuillets, après avoir échappé depuis près de mille ans à tant de causes de destruction, est aujourd'hui précieusement conservé dans notre Bibliothèque nationale, dont il constitue un des joyaux '. Il a appartenu à notre grand Colbert. Il est daté « de la prison d'Afrique )), du mois de septembre 9G7. Après avoir été remis en don par son auteur à une église de Coustantinople, il avait passé à une seconde dont le nom a été substitué postérieurement et qui se nommait le (( très saint et glorieux temple du grand martyr Georges l'Oriatès (sic) à Constantinople )). Dans le dernier paragraphe l'amiral vaincu se désigne ainsi : a Moi, Nicétas, protospathaire et ex-drongaire de la flotte impériale, frère de Michel, patrice, préposite et vestis, ex-protovestiaire du despote philochriste Nicéphore. )) Ce n'est point sans émotion que l'historien et le penseur contemplent ce poudreux volume, souvenir touchant de ces luttes terribles tant oubliées aujourd'hui. On revoit le chef infortuné, le pauvre et lamentable eunuque, cherchant, dans sa blanche demeure africaine, à oublier les tristesses de l'exil lointain, courbé sur la feuille de vélin où il retrace d'une main égale et ferme les pieux sermons du père illustre de l'Eglise orthodoxe. Le manuscrit est rédigé d'un bout à l'autre de cette belle et patiente calligraphie d'autrefois qui charme l'œil. Les titres sont

1. Ancien fonds. Manuscrits grecs, n" 497. — Voy. Bordier, Munuscrlts grecs de la Bibliothèque nationale, p. 90. — Voyez à la page 4G5 la reproduction des dernières lignes de ce précieux manuscrit.

traces eu 1lIiiu.«s tlOr sur loiid dazur; les marges soin nettes et de belle largeur, les colonnes et les lignes (lispos(''e8 et tirées à l'équerre et au compas avec une rare perfection. En rcf^sumé, tout, dans l'exi^'cution de ce beau manuscrit, témoigne d'un homme savant, presque érudit, versé dans la connaissance de sa langue. Nicétas était un lettré. C'est bien à tort qu'on fit de lui un chef d'expédition navale.

Aussitôt apr^s ce complet triomphe maritime qui succédait de si près à la déroute de Rametta, Ahmed se présenta avec sa flotte victorieuse devant diverses cités grecques des côtes de Calabre. Celles-ci, demeurées sans défense, voyant leurs banlieues dévastées, leur commerce paralysé, ne purent qu'implorer du vainqueur une trêve immédiate. Elles ne l'obtinrent qu'au prix d'une lourde contribution de guerre. C'est ainsi qu'échoua misérablement dans le courant de l'an 9G5 cette expédition si soigneusement préparée par Nicéphore. La dernière forteresse chrétienne de Sicile était maintenant aux mains des fils de Mahomet, et les mallieureuses populations de l'Italie méridionale se trouvaient plus exposées que jamais aux attaques de ces vainqueurs sans merci.

Nowairi raconte que le Basileus (qu'il s'obstiue du reste à désigner constamment sous le nom du « domestique )), comme s'il ne savait rien de l'élévation de Nicéphore au trône impérial) apprit le désastre de Rametta sous les murs de Massissa, qu'il assiégeait en ce moment et qu'il avait déjà réduite à la dernière extrémité. Le coup dut être cruel pour ce soldat si accoutumé à vaincre, si attaché à ses soldats. Le chroniqueur arabe ajoute qu'il reprit incontinent le chemin de sa capitale '. Ce renseignement coïncide tout à fait avec la date vraie de la prise de Mopsueste, le quatorzième jour de juillet de l'an 9G5; seulement le Basileus attendit la chute de la ville pour regagner Constantinople. Certes, une telle déroute, si complète, si liumiliante, le consternait, mais nous le connaissons assez pour être assurés que pas une heure son énergie ne dut faiblir. Il rentra dans Constantinople pour préparer la revanclie.

Et cependant, sous son règne, Byzantins et Arabes de Sicile ne

1. R. di Gregorio, Reriim Arab\carum,ii>i(P. ad hintorimn w< / ./ ,, - ' ' ; '• ■ "-'•■> ''■ "'-'"• y"

devaient plus recommencer la lutte. Bien au contraire, la trêve qui suivit la bataille du Détroit, après deux ans de négociations pénibles, aboutit enfin, en 967, à une paix définitive, qui donna satisfaction de part et d'autre à des intérêts communs'. Pour ne pas embrouiller à plaisir ce récit déjà si compliqué, je terminerai de suite l'exposé de ces faits. Je reviendrai après aux événements d'Asie.

Les raisons qui transformèrent ainsi fort subitement pour les Byzantins et les Sarrasins d'Afrique et de Sicile, l'état de guerre habituel en une paix durable, presque en une étroite amitié des deux cours de Constantinople et de Méliédia, ces raisons, à la fois assez puissantes pour faire accepter à Nicéphore l'humiliation de cette défaite sans revanche, et pour pousser le Fatimite de Kairouan à signer un traité avec les chrétiens maudits, se résumaient, du moins pour ce qui concernait l'Occident, en un fait unique : les progrès incessants de l'empereur allemand Othon r^" en Italie. Byzantins et Arabes d'Afrique, tous deux prétendant à la possession de l'Italie méridionale, ne pouvaient voir sans une extrême appréhension la constante marche en avant du césar du Nord. Celui-ci proclamait hautement sa ferme intention de reconstituer en entier l'empire de Charlemagne. Déjà il tenait l'Italie septentrionale et centrale ; Rome et le pape étaient en sa main ; les princes longobards de Capoue, de Bénévent, de Salerne, commençaient à se réclamer de lui contre Nicéphore, leur souverain légitime. Déjà son projet favori de marcher à la conquête de la Calabre et de la Fouille se dessinait de plus en plus nettement. Certainement il ne s'arrêterait pas en si beau chemin et la Sicile aussi serait réclamée par lui. De même que le Basileus d'Orient prévoyait qu'il aurait peine à défendre contre l'ouragan germanique ses deux lointains thèmes italiens, de même le Khalife africain comprenait qu'il aurait tout avantage à se liguer avec son ancien ennemi pour mieux repousser l'attaque prochaine des guerriers teutons sur les rivages de Sicile.

En Orient, d'autres considérations encore poussaient Nicéphore et Mouizz à faire ainsi cause commune ; ici, c'était non le désir de se

1. Voir siu ces événements : Quatremère, Vie dcMoezz. Journal asiatique, 3« s., t. III, pp. 65-68.

AU DIXIEME SIÈCLE. A*i!i

déieiKlie cii commun, mais l»ieii It-spoii de mit-iiA acjxnmifr .lunni. J'ai dit à maintes rej^rises ce qii*<^>tait alors le Khalifat d'Orient et dans quelle anarchie prodigieuse il ôtah tomlx''. Partout eu Asie et jusqu'en

'6U OO 0-f Tt) V|<CiL» tJMX^XJ V/f

f<H'^o AP^ Tov; ^1 Ao p(^ l<^ <fV£n7t) 7>o V • OMTDcrctxrrt) V

s^I^' ^^ o p ï OJiro iTTrNr en ÈîoAXûù^

Dernières lignes du manuscrit de l'eunuque Nicétas, général de Nici^phore Phocaa, qui «tconicrréà UDibUothtqoe nationale. On y lit les noms et titres tle Nicétas avec les indications de lieu et de date. Vtyei page 46*.

Egypte, régnaient des souverains, petits et grands, qui s'étaient déclarés indépendants à la faveur de l'abaissement du pouvoir central. L'occasion était belle pour tous les voisins. Nicéphore, qui avait vaincu le Hamtlanide, qui par deux fois déjà avait ravagé ses plus belles pro-

XMrEJtECB BTZAXTIX.

vinceSjQui avait pillé Alep et menacé Antioclie, nourrissait bien d'autres projets. Luiaussije l'ai dit déjà, rêvait larestaurationd'unempireécroulé, le vieil empire romain d'Auguste et de Trajan, ou pour le moins celui de Constantin. Déjà il croyait toucher à Jérusalem, déjà il songeait à chasser de la Ville sainte les Amalécites maudits. Pour cela, il lui fallait entrer en lutte avec les Turcs Ikhchidites d'Egypte, alors encore maîtres de la Palestine et de la Syrie méridionale. D'autre part, ces mêmes Ikhchidites s'étaient constamment montrés les ennemis naturels, immédiats, du Fatimite de Kairouan qui, de son côté, convoitait ardemment la vieille terre des Pharaons. Lui aussi ne pensait qu'à profiter de leur faiblesse croissante pour leur arracher ce dernier lambeau de l'Afrique du nord qui ne fût point encore soumis à son pouvoir.

Voilà ce qui fit que Nicéphore Phocas, empereur de Roum, et Mouizz, Khalife africain, après s'être tant combattus, signèrent promptement une paix profonde, qui se transforma presque de suite en une étroite amitié. Si nous connaissions le texte du curieux traité qui fut, à cette occasion, entre eux étabfi, nous y trouverions très probablement la trace de quelque action commune convenue entre les deux princes, dans certaines éventualités, aussi bien contre Othon de Saxe que contre les Ikhchidites d'Egypte.

Donc, dans le courant de l'an 9G7, plus de deux ans après la victoire de Rametta, le Khalife Mouizz, nous dit la chronique musulmane de Nowairi, signifia à son lieutenant l'émir de Sicile qu'il venait de conclure la paix avec le Basileus de Byzance, et lui enjoignit d'avoir à remettre en état, (( plutôt aujourd'hui que demain, » les murailles et les fortifications de Palerme (certainement en vue d'une attaque possible des guerriers d' Othon). Il lui ordonnait en outre de disposer dans chaque district ' de l'île une localité fortifiée, « à grande mosquée -, » et d'avoir à y concentrer la population de la région ^, en lui interdisant de vivre

1. Ikl'im. Amari fait dériver ce mot arabe du grec x),i[xa, circonscription territoriale.

2. Mosquée djami, avec chaire ou member pour faire la prière publique du vendredi.

8. C'est-à-dire tous ceux qui étaient aptes à combattre, la milice, autrement dit les nobles et leurs clans, et non tout le reste de la population, ce qui eût été une mesure aussi absurde qu'impraticable. Voy. Amari, op. cit., II, pp. 27G sqq. — Voy. à la page 278 du même ouvrage l'exposé des raisons qui amenèrent Mouizz à profiter de cette occasion pour introduire en Sicile cette- réforme dans l'organisation militaire des défenseurs de l'île.

éparpillée dans les villages. C'était une inesuie du prudence en vue d'une invasion probable. On sait que cette disposition particulière, symptôme grave de l'état réel du pays, s'est jnaintenue jusqu'à nos jours. Actuellement encore toute la population sicilienne vit concentrée dans

Mosquée d'El Azhar, fondée en même temps que le Kaire par Djauher, le général du Khalife fatimite Mouizz, en l'année 359 de l'ère musulmane (970 de J.-C), soit presque au moment même de la mort de Nicépliore. El Azbar eut, dès l'origine, le double caractère, qu'elle a toujours gardé depuis, de maison pour la prière et de Ben pour l'enseignement. Aujourd'hui encore elle est regardée comme l'université musulmane non seulement de TÉgypte, mais bien de tout l'Orient.

de gros bourgs. On ne voit dans l'île ni hameaux ni habitations

isolées.

A la réception des ordres de son seigneur, Ahmed fit mettre immédiatement la main aux travaux de défense de Païenne, et exix'dia dans toutes les circonscriptions de l'île des sheiks chargés d'y organiser ce nouvel état de choses. Six ans après, l'écrivain Ibn Haukal admirait la force des murailles et des portes de la capitale rebâties sous

radiiiiiiistration du vaillant émir \ Nous savons encore que le kastron de Tennini fut également relevé par ses soins sous le khalifat de Mouizz ; et ce dut être probablement à cette même époque et dans le même but de défense contre une attaque imminente des guerriers du Nord.

L'ambassadeur byzantin qui fut chargé de traiter de cette paix avec le khalifat d'Afrique nous est connu ; son nom, du moins, est parvenu jusqu'à nous. Il s'appelait Nikolaos. Il fit, nous raconte Ibn Abi Dinar, plusieurs fois le voyage entre Byzance et Méhédia. Le chroniqueur musulman ne nous dit point précisément que ce fut lui qui signa le traité de 967 ; mais tout porte à le croire, puisque nous le voyons si activement mêlé aux négociations entre les deux cours à ce moment. Combien curieux serait pour nous le journal des diverses ambassades de ce grave et important fonctionnaire dans cette féerique cité de Méhédia, qu'embelHssaient les dépouilles de tous les rivages de l'ancien monde! Ce serait un chapitre de la vie réelle à ajouter à ceux des Mille et une nuits. Hélas, nous n'avons sur tous ces faits presque aucun renseignement. Nous savons seulement par quelques lignes des historiens arabes que Nicéphore envoya d'admirables cadeaux au prince africain, probablement des objets d'art, des armes, des pièces d'orfèvrerie, des étoffes somptueuses, des coffrets d'ivoire ; et qu'en retour, celui-ci, faisant assaut de courtoisie, lui rendit son plus important captif, l'eunuque Nicétas. Luitprand, faisant allusion, dans le récit de son ambassade de 968, aux récents désastres des Byzantins en Sicile, rappelle ironiquement que le pauvre général fut racheté par son maître à un prix tel « que jamais encore personnage de cette espèce n'avait été taxé si haut, surtout après qu'une longue et triste captivité l'avait à peu près réduit à l'état de squelette. )) Il ne faut voir là qu'une boutade de mauvais goût du brillant évêque à l'adresse des Byzantins tant détestés et de ces eunuques méprisables que les Occidentaux ne pouvaient s'accoutumer à voir revêtus à Constantinople des premières charges de l'État. La vérité paraît être que Mouizz avait

Page 1