‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 137 sur 237 · Voyez i)age · texte numérisé non relu

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2. Un Se ses prédécesseurs, que les chroniqueurs byzantins désignent sous le nom d'Esman, en 880, l)ra3que un siècle auparavant, à la tête de trente vaisseanx doubles, avait osé attaquer la puissante forteresse de Chalcis d'Eubée. Il avait été cruellement battu, et avait péri en combattant.

3. Annuaire de la Soc.fr. de Humùmatique et d'archéologie, t. IX, pp. 1G5 sqq.

AI m XI KM E SIKCLE.

liiétropolitaine, snr-le-chaiiij) transformée en mosquét , ^ . .........

(les dinars d'or, des dirhenis d'argent, des felous de bronze, avec i^ des donnant le nom de la ville, l'année de l'Hégire, le nom du Khalife régnant, son nom à lui, et souvent aussi le nom de ses pères. Des formules pieuses, des invocations en l'honneur d'Allah et de son propli^te, couvraient le reste des deux faces de la monnaie, sur hupielh . sait, ne devait figurer aucune re])résentation humaine.

On connaissait déjà d'autres dirhenis d'argent frappés en ceite même année 965, au nom de Seîf Kddaulèh, connue à celui de sonfr^re Nasser, dans les villes d'El ]\î;nvsel et de Mayvnfîuikîn ]«nr <'\«im|»1<'; u\r\U

Dirhcni frappé iV Tai-se au nom de Self Eddaulèli, l'aii 364 de l'Hégire, l'ann^ iniun: <}•■ li iri-i . \mT

l'armée de Nit-épliorc. Les ]'>gcndes signiflent ; Il «'y a de Dieu que IHeu ttnl. Il n'a pa4 </'." • - Abou'l IlasMH. — Au nom de Dieu ee dirhem a été frappé à Tartoui l'année ZH. — A Du-' ■'/■/■•■ ■> etc., eU;., versets 3, 4 de la surate xxx du Coni: . . ■(, liohammtd ett Fenrogé de UU». •.' /'.

Kl ilothi' nil'ih, etc., etc.

celui que vient de découvrir M. Sauvaire a pour nous un intérêt autrement considérable, puisqu'il est absolument contemporain du siège fameux dont je fais ici le récit. Durant que les monnayeurs sarrasins procédaient à la frappe de cette humble petite pièce, témoin '!• >i grands événements, les soldats orthodoxes campaient sous les murs de Tarse, hérissés de défenseurs à turban, et la sape et la mine des ingénieurs de Léon Pliocas ébranlaient les antiques remparts de la cité de saint Paul. Ce dirhem a <jté fabriqué jjour contribuer aux besoins de cette défense acharnée. Il a circulé de main en main panni les vaillants fantassins du Hamdanide, alors que la grande armée impériale de Nikfour les enserrait d'un cercle de fer. C'est un souvenir précieux de ces luttes formidables tant oubliées aujourd'hui, |)alpable et certain témoignage de l'aide valeureuse que portèren' grande cité enfermée dans son corset de pierre les soldats hamdanults combattant contre ceux de Phocas.

492 UN EMPEREUR r,YZANTIN

Par une coutume aussi formelle que constante, mais qui en ce cas particulier semble une dérision, ce dirliem de M. Sauvaire, comme tous ceux déjà connus appartenant à Seîf le Hamdanide, porte donc aussi le nom du pauvre Khalife Motlii, qui, dans sa lointaine prison de lîaiidad, sous la garde de son geôlier brutal, le sultan bouiide, n'en demeurait pas moins le chef nominal de l'Islam.

Je viens de parler des monnaies frappées au nom du prince d'Alep. Celles de son irréconciliable adversaire, Nicéphore,nous sont également connues. Elles se retrouvent un peu partout en Orient, mais en petite quantité, ce ({u'on explique par la brièveté du règne. Et cependant il fallait à ce Basileus guerrier, qui chaque printemps conduisait ses soldats dans quelque grande expédition, un numéraire très abondant. Il lui fallait frapper constamment les sous d'or et les miliarésia et kératia d'argent nécessaires à la solde et à l'approvisionnement de ses innnenses armées. Nous verrons même que plus tard il se vit forcé (ralt<''rer le titre de sa monnaie, opération qui contribua grandement à augmenter sa croissante impopularité. Peut-être bien faut-il voir dans ce fait la raison vraie de la rareté actuelle des pièces à son effigie. Les espaces altérées par lui auront été retirées par ses successeurs. Sur ses nomismata ou sous d'or, Nicéphore a fait représenter parfois

à ses côtés le jeune Basile, l'aîné des fils de Romain, auquel il maintenait ainsi les honneurs souverains par sage politique, mais sans dommage aucun pour sa propre autorité. Plus souvent, chose Sou d'or des empereurs Nicéphore Phocas curieuse etoul uiontre à quel point il

et Basile, son pupille.

était bien devenu l'empereur véritable, ne cherchant même plus à sauver les apparences, il figure seul, dévotement placé aux côtés de la Théotokos, comme un fils très pieux auprès de sa mère vénérée. Lui, porte les cheveux ras, la barbe courte, en {)ointe, avec de très fortes moustaches. Elle, est enveloppée d'un long voile; un nimbe innnense lui ceint la tête. Il est couronné du diadème, tantôt simple cercle de métal précieux piqué de cabochons

tt n'iiin i i ifiu i- Il i<li i V,- r«ié( M-

énorini.^, tantôt <omw,,.„ lourdes et massives pendeloques retombant très bas de chaque coté et une haute croix dominant le tout. Ses épaules sont revêtues de l'ample vêtement multicolore, ù larges carreaux brodés, des Basileis. De sa droite, il serre la hampe de la longue croix à double barre horizontale, dite croix i)atriarcale, que le petit prince Basile, représenté moins grand et sans robe i\ carreaux, ou bien la Vierge, tiennent également d'une main. Lorsqu'il figure avec Basile, Nicéphore est à droite, à la place d'honneur ; lorsque Basile est remplacé par la Vierge, Nicéphore passe il gauche, cédant le pas à la divine Théotokos. De Constantin, le second fils de Romain, bien qu'il eût été également couronné du vivant de ^^^ >i>-' j<icf.oro m,oc^ t^i »«> tmgi^

<^ 4 o6té de celle de la TbMokot.

son père, il n'est jamais question sur

les monnaies. Les légendes en caractères grecs donnent les noms des deux Basileis : Nihiphoros autocrator, Nikiphoros kai BasiUos autocratores. Au revers, figure conmie sur beaucoup d'autres de ces sous d'or byzantins du dixième siècle, la belle image du Pantocrator, le (( tout-puissant )) Fils de Dieu, i\ la barbe en pointe, à la chevelure jeune, longue et bouclée sous le nimbe crucigère, bénissant de la droite son empire terrestre à la mode byzantine, serrant de la gauche contre son cœur le livre des Évangiles à la couverture constellée de pierreries et de perles. Autour de sa tête court la légende latine alors très en vogue dans la numismatique impériale : Jésus Christus, rex regnantium, Jésus- Christ, roi des rois.

Les pièces d'argent ou kératia de Nicéphore, beaucoup plus rares encore que ses sous d'or, comme c'est le cas d'ordinaire dans la numismatique des empereurs byzantins, sont d'une frappe élégante. Elles portent au droit le seul nom du prince et ses titres gravés en une légende de cinq lignes : Nicéphore en Christ, autocrator très pieux, et Basileus des Romains. Au revers, la légende classique : lesous Chrisfos nika, Jésus- Christ est vainqueur, est disposée autour d'une croixreliquaire d'un type fort étrange, croix t\ branches égales recroisetées A

ironnaie d'argent de Kicéphore l'bocas portant son effigie disposée sur une croix-reliquaire.

leur extrémité, portant à son centre un vaste médaillon avec le buste et la face de Nicépliore. Les longues moustaches du Basileus cappadocien ne laissent pas que de faire un effet bizarre sur ce petit monument. Ce type numismatique curieux, fort en faveur à Byzance au dixième siècle, apparaît pour la première fois lors de la régence de Romain Lécapène. Le médaillon, qui est quadrilobé, représente

certainement le couvercle de quelque capsule ou boîte renfermant un fragment de la Vraie Croix. On sait que ces fragments vénérés étaient presque toujours placés dans une cavité ou réceptacle au centre des quatre brandies de croix processionnelles ou autres. On gravait sur la face principale de la capsule le portrait du prince régnant, et ces monnaies d'argent nous donnent la très exacte représentation d'une de ces croix-reliquaires.

Les monnaies de cuivre, désignées sous le nom de follis, ne présentent rien de bien particulier pour le règne de notre Basileus. Au droit, une grande effigie du prince, diadème, revêtu d'un vaste manteau véritablement ruisselant de pierreries et de perles, tient d'une main le labarum, ce pieux emblème des empereurs d'Orient depuis CoDstantin, de l'autre le globe du monde surmonté de la croix, ce signe de l'empire universel que l'autocrator byzantin, le représentant de Dieu sur terre, revendiquait liautement au nom du Christ. La Basilissa Théopliano ne figure jamais sur la monnaie aux côtés de son second époux ou de son fils, pas plus qu'elle ne figure sur celles de son premier mari, Romain. Son effigie n'a encore été retrouvée que sur une pièce de cuivre de la plus extrême rareté, unique peut-être, publiée parle marquis de Lagoy '. La figure longue et mince

Follis de cuivre de Nicépbore Pliocas.

(. Voyez la vignette de la page 297.

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du lu jeiui» .-"i.M. i.iiin-, cuiiiiiK- «ei.ix-u bons le lourd diadômc an\ épaisses pendeloques, ne nous donne certainement qu'une bien imparfaite image de celle dont la beauté inouïe troubla tous ceux dv sou temps. Il n'en est pas moins intéressant de contempler rrtfr unique bien que sommaire représentation contemporaine d charmeuse du dixième siècle. Elle tient un sceptre terminé par une feuille de trèfle, peut-être ce rameau d'or que le Livre des Cérémonies et les écrits de Codinus placent dans les mains fines des belles Basilissîe aux jours de grande pompe dans le gynécée.

Au revers de cette monnaie, que je n'ai vue qu'en gravure et qui ne laisse pas que de me paraître quelque peu suspecte, figure, comme sur tant d'autres pièces byzantines, l'efïigie de la Tliéotokos dans son attitude traditionnelle , les deux bras étendus, levés i)our la bénédiction. Si cette pièce est authentique, elle doit avoir été frapi)ée dans l'espace des cinq mois que dura la régence de Théophano après la mort de Romain , circonstance qui expliquerait l'extrême rareté du t}'])e.

Revenoits au siège de Tarsous. Léon n'avait pas assez de troupes pour tenter la prise de vive force. Il dut, je l'ai dit, se contenter de bloquer la ville en attendant Nicéphore. Plusieurs insuccès marquèrent même pour lui le début des hostilités. Les Sarrasins, très nombreux, vigoureusement conduits par leur émir, renforcés de toutes les bandes qu'avait pu leur expédier Seîf, comptant sur les renforts de leurs coreligionnaires d'Egypte qu'ils avaient eu le temps d'avertir de l'attaque des Grecs, montraient une grande confiance , malgré la famine et la peste qui les accablaient. Chaque jour, leurs sorcières et leurs derviches insultaient le lâche empereur de Roum et ses soldats : <( vils mangeurs de pourceaux. 3) Chaque jour, des sorties, souvent heureuses, jetaient le désordre parmi les assiégeants. Une même faillit leur devenir funeste. Le curopalate avait précisément détaché un fort parti de troupes pour aller fourrager au loin. L'exarque Monastériote commandait cette expédition. Les Sarrasins, avertis par des intelligences secrètes qui les mettaient en constante communication avec l'extérieur, toml)èrent de nuit sur son camp mal gardé. Poussant de grands cris, ils attaquèrent,

|.),,; r\ EMPEREUR BYZANTIN

saln-c li.-nil, les rA/aiitiiis widoriiiis. Cliefs et soldats furent facilement

Pour mieux euipoclier toute tentative d'nne armée de secours, les Bvzauliiis se livrèrent à leurs déprédations habituelles , déprédations aboiuinablcs auxquelles tous les capitaines de cette époque, si fertile en «grands talents juilitaires, semblent avoir attaché une importance capitale. Tcnite cette su])erbe campagne de Tarse, antique jardin de la Cilieie, fut ;\ nouveau saccagée; les moissons furent détruites, tous les ])alniiers et arbres à fruit coupés, toutes les habitations détruites par le feu. La campagne, entièrement nue et dépouillée, ne permit pdus aux j)artis sarrasins de subsister et de tendre aux Grecs leurs embûches accoutumées.

Nicéphore , vainqueur de Massissa , ne perdit pas une heure. Aussitôt la cité du Pjrame en son pouvoir, il courut rejoindre son frère. L'armée impériale, franchissant le Sarus, traversant à marches forcées la plaine ciliciemie, ap])arut devant Tarse, qui fut alors totalement investie. La lutte coiitinua vigoureuse, incessamment entremêlée de combats. Léon Diacre, qui nous décrit une de ces mêlées, donne quelques détails malheureusement très brefs sur l'ordonnance des troupes byzantines. Au centre, que connnandait probablement le curopalate en ])ersoinie, les cavaliers cataphractaires luttaient au premier rang. Derrière (.'ux, les archers et les frondeurs étaient massés sur deux longues lignes. L'aile droite, sous Nicé})hore, comprenait aussi une fort nombreuse cavalerie, probablement des mercenaires alains et ibères, excellents soldats (lu Caucase. L'aile gauche avait pour chef Jean Tzimiscès, déc(uv (lu titre de dnc^ de plus en ])lus populaire dans l'armée par sa fougue iinjiétueuse, son intrépidité folle, toutes les grandes qualités militaires dont il domiait chaque jour des preuves nouvelles. Les forces greeques se trouvaient donc guidées ce jour-là par les trois plus brillants cIh'Is militaires de tout le dixième siècle byzantin. Les Tarsiotes, retoulc's en (lés(U(lre, roururent se réfugier derrière leurs nmrailles enti('rement garnies de machines de guerre. Ibn el-Athîr affirme que Tzimiscès, le «( domesti(pie », un moment tombé à terre, faillit être fait prisomiier dans cette sortie.

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Plusieurs déroutes successives, surtout les atteintes de la famine effroyablement augmentée par ce long blocus, eurent enfin raison de» gens de Tarse. Mourant de faim par centaines chaque jour, désespérant de voir arriver par le Cydnus le secours tant attendu d'Egypte, menacés d'être tous passés au fil de l'épée s'ils persistaient dans leur brillante résistance, ils demand^rent l'aman. C'était dans le courant du mois d'août, en pleine saison des plus brillantes chaleurs. Le Basileus consentit i\ accorder une entrevue i\ l'émir suppliant, venu avec lecadi, les principaux sheiks, et les anciens de la cité. Étendus à terre, immobiles dans leurs longues robes blanches, leurs têtes rasées souillées de poussière , ces vieillards baisèrent humblement les genoux de l'invincible empereur qui les foula brutalement de ses pieds. Puis, se relevant sur l'ordre bref de l'appariteur, ils allèrent s'asseoir à la table impériale, ou Nicéphore, une fois cette humiliante formalité accomplie, leur fit le plus bel accueil : bizarre mélange de férocité dans la victoire et de courtoisie envers le vaincu commun à tous les princes orientaux, chrétiens ou sarrasins. Tel, deux siècles plus tard, au dernier soir de la terrible bataille des trois journées , le 3 avril 1187, Saladin, vainqueur, se faisait amener dans sa tente le roi Guy de Lusignan et d'autres illustres captifs ; tel, après avoir fait asseoir à ses côtés tous ces braves chevaliers mourant de soif, il partageait avec eux le sorbet à la neige, puis, quelques instants après, se jetait furieux sur Renaud de Chutillon, le légendaire sire de Montréal, et lui tranchait la tête d'un coup de cimeterre pour le punir d'avoir jadis violé la foi jurée, en pillant la sainte caravane de la Mecque.

Les conditions imposées aux Tarsiutes furent fort dures, niciiic j-our l'époque. Aujourd'hui elles sembleraient impitoyables. Comme pour Massissa, l'empereur exigea l'exode complet de toute la population'. Désormais Tarse, comme toutes les autres villes de Cilicie, ne devait plus contenir que des habitants chrétiens. C'était la seule manière, paraît-il, d'en finir avec mie occupation sarrasine séculaire. Nicéphore, probablement déjà fort embarrassé de savoir oh parquer

1. Cependant Aboulfaradj inaiste sur la mansuétnde déployée à cette occasion par Nio^phow,

KKPKnEUR BYZANTIN'.

.,0H rX EMI'KUKrii lîYZANTIN

riiniiicnsc peuple de Massissa, n'impoSca pourtant pas aux Tarsiotes r()l)lii;ali()ii si dure d'alkT vivre sur les terres de l'empire. Ils furent lilncs (réniii^-rer en masse en Syrie, oii bon leur semblerait, chacun ayant ]o droit d'omi)orter les objets indispensables à sa subsistance. On leur donna môme des vivres pour la route et des vêtements pour se couvrir. Trois patrices furent chargés de conduire en terre sarrasine cette in(('rminal)1e caravane. Us ne la quittèrent qu'aux portes d'Antioche (pi'ils g-agncrent par la voie de Massissa et d'Issos. Rasîken-Nasîmy, l'c-niir vaincu, faisait partie de ce convoi de beaucoup le plus nombreux. Une pcn'tion moindre de la population de Tarse préféra la voie de mer moins fatigante, et s'embarqua à l'embouchure du Cydnus pour aller aborder à Tort-Syméon, le port d'Antioche sur la Méditerranée. On aimerait i\ faire revivre en rcve ces grandes et émouvantes scènes de cette dure époque, ces odyssées gigantesques de tout un peuple : toute cette po])ulation de Tarse, jadis si prospère, maintenant réduite à la mendicité, arrivant en masse au pied des murailles de la métropole de Syrie, les deux foules sarrasines se mêlant, secouées par un même sentiment de désespoir pour cette grande défaite de l'Islam, par un morne sentiment de liaine pour les chrétiens vainqueurs. Nous ignorons (|ue]le ville syrienne donna définitivement asile à tous ces fuyards. ( 'e fut avec des transports d'enthousiasme pieux que les soldats de Nicé[)hore, esclaves du ('lirist, défilèrent par les rues de Tarse reconquise. (Je dut être ])our les chrétiens un beau jour que celui de la rentrée dans cette cité fameuse si longtemps asservie à Ismaël. Malheureusement ici connue toujours les détails nous manquent. Aucun historien n'a daigné nous C()uq)ter les menus faits de ce drame. Seulement les chr(uii(}ueurs affirment avec ensemble que les Grecs firent un énorme butin. Le pillage fut accordé aux troupes en récompense des fatigues encouruf's, mais défense fut faite de molester les habitants quin'auvaiviit [)as encore (pilttéla ville. Quelques soldats arméniens (c'étaient t<»uj(jiu-s des guerriers de cette nation qui commettaient les pires métaits en caiiipague) a}aiit outragé, même violé des filles sarrasines, luient cruelleiiieut fouettés. On leur coupa le nez et les mains sur l'ordre du r.asileus. ("est même à cette occasion que l'historien Aboul-

AU DIXIÈME SIKCLK.

feradj célèbre la iiiagiiaïuiiiitr de Nicépliore envers la [>opulati.M. ,.ui.ciie. Après le récit de l'expulsion en masse de tant de malheureux, cet éloge semble pour le moins bizarre ; il n'en paraît pas moins sincère et mérité. C'était alors, je le répète, l'impitoyable loi de la guerre. Nui ne songeait à s'en étonner, et le fait seul d'avoir interdit le massacre et l'outrage aux vaincus suffit j\ mettre une auréole de clémence au front de Nicéphore. Quelques faits semblables lui ont très justement valu sa réputation de capitaine impitoyable, mais jamais inutilement cruel.

Tarse reconquise fut sur-le-champ purifiée de la souillure du culte infâme de Mahomet. Cependant il n'y eut pas destruction, et Nicéphore fit encore ici preuve d'une certaine modération. Seule, l'enceinte d»- la grande mosquée fut transformée en une écurie gigantesiiuf jM.m !■ > chevaux de la cavalerie byzantine. C'était d'ordinaire le premier affront réciproque que Grecs et Sarrasins se faisaient à la prise d'une rite. Depuis trois siècles, des milliers et des milliers d'églises chrétiennes avaient retenti du piétinement des juments arabes, et les cris rauques des sauvages palefreniers du désert avaient iiiniutes fois remplacé sous leurs voûtes profanées les chants ])icux des prêtres orthodoxes. Les chevaux des émirs avaient mangé l'avoine sur les autels de toutes les basiliques de Syrie, et les vases sacrés avaient servi à les désaltérer. Des derviches hagards s'étaient affublés partout des vêtements sacerdotaux, et les crosses des évêques et les croix processionnelles leur avaient servi de bâtons. Les chrétiens ne faisaient que rendre la \y.ireille à leurs ennemis héréditaires. Suivant la coutume aussi, ces dt-ux symboles palpables de la (louiiiiation religieuse du Prnplirte : la cliair»' à prêcher, le beau member de bois de sycomore, tout incrusté de nacre et délicatement sculpté, et la tribune non moins riche, Ta koiithnli. (Wni chaque jour, depuis la conquête de Tarse, la prirre publique a\ait<'t<' récitée au nom du Khalife, durent être solennellement brCdées tu pr.'sence du Basileus, et leurs cendn > maiilites jetées au veut.

Un incident grave, qui, quelques jours plus tôt, eut peut-être r<u t modifié le cours des événements, vint jeter (pielque trouble -laus h- i le mières joies de la conquête. Tinis jours aprê- la reddition, loispi un-' grande partie de la population n'avait ji-obablenient pas (ne,,iv quitte

5,)(» rX KMl'KKKUlî BYZANTIN

la villr, une t'oite escadre de Sarrasins d'Egypte, avec des vivres et du \'\t'\ parut inoiiiiiéiueiit ;\ reiiil)oucliure du Cydims. Nous ignorons les causes ([ui avaient tant retardé ce secours suprême envoyé à ses coreligionnaires de Cilieie par l'Iklicliidite duKaire. Après un premier in(»nient d'émoi, les Grecs eurent vite reconnu que cette flotte, simple convoi de ravitaillement, ne portait guère de combattants. Les détachements disposés pour la garde du fleuve suffirent à empêcher le déharquement, et les Egyptiens, déçus, n'eurent d'autre ressource que de re|)iendre la haute mer. Assaillis par de violents coups de vent, poursuivis par les légers croiseurs byzantins, ils éprouvèrent des pertes cruelles. Les ports africains virent rentrer fort diminuée cette expédition malheureuse.

Avec la cJiute de Tarse, les dernières résistances avaient pris fin en ("ilicie. Toutes les cités, toutes les forteresses sarrasines, avaient successivement ouvert leurs portes. Quelques-unes, qu'on ne pouvait convenablement occuper, furent incendiées. Cette belle province, toute cette riche contrée sise entre le Taurus et la mer, était enfin définitivement reconquise. Elle devait demeurer longtemps aux mains des Grecs. Un stratigos byzantin fut installé à Tarse avec cinq mille cavaliers. Un patrice fut gouverneur de Massissa, un autre d'Adana. Les murailles et le kastron des trois cités furent, par les soins de ces officiers, soigneusement relevés. Nicéphore voulut qu'elles demeurassent des places de guerre de ])reniier ordre, redoutables portes de combat en face du jnoii(h' jiiusuliiian, points d'appui pour les conquêtes futures en Syrie. L'em[)ereur, dit Ibn el-Atliir, songea même un moment à établir dans 'larse sa résidence haliituelle pour se trouver plus constamment à portée du théâtre de la lutte contre les Infidèles, « surtout pour persuader à ces Amalécites maudits combien la reprise des anciennes pro- ^in(•(•s iiii])ériales, encore occupées par eux, constituait bien la grande • •t unique pensée de son règne. »

l)es ciicoiistances j)ontiques aisées à deviner ne permirent pas à Xicephore d(^ transl'oimer ainsi la ville de saint Paul en capitale provisoire de I onipire. Du moins, il ])ut donner tous ses soins à ramener dans cette ("ilicir si heureusement reprise, l'abondance et la prospérité

qui lui faisaient depuis longtemps défaut. Quand il quitta Tarse pour "recrao-ner le nord, d'immenses approvisionnements avaient été amenés; les vivres avaient baissé de prix dans des proportions extraordinaires ' ; la peste et la famine avaient disparu; l'ancienne population chrétienne, asservie aux Arabes, qui, durant la tourmente, s'était réfugiée dans la montagne, reparaissait dans la plaine; les colons chrétiens, attirés par la distribution de riches biens-fonds, affluaient de toutes parts; même, beaucoup de Sarrasins étaient revenus, acceptant le nouvel ordre de choses. Le Basileus les accueillit avec clémence, leur demandant toutefois l'abjuration, l'imposant pour leurs enfants '.

Nicéphore songea etifin à rentrer dans sa capitale , qu'il avait quittée depuis plus d'un an et demi. C'est avec un véritable orgueil patriotique qu'il pouvait considérer les résultats de cette longue campagne. La prise de Tarse , d' Adana , de Massissa , mettait aux mains des armées chrétiennes la grande route d'Asie Mineure en Syrie. Le chemin de cette riche contrée leur était définitivement ouvert ^

Nous ne savons si Théophano et ses fils précédèrent de quelque peu Nicéphore, ou s'ils demeurèrent en Cappadoce pom* revenir seulement avec lui. Cette seconde hypothèse paraît la plus probable.

Ce fut vers l'automne de l'an 965, en octobre vraisemblablement, à travers les thèmes asiatiques, et par toutes ces grandes villes de l'intérieur alors populeuses et parfois florissantes, un retour triomphal. L'Ismaélite odieux avait, dans cette seule année, perdu Chypre et la CiHcie. Il paraissait à tout jamais rejeté au delà de l'Amanus dans les plaines de l'Euphrate. Il semblait que la conquête de la Syrie ne dût plus être que l'affaire d'une seule campagne. Aussi la joie, l'enthousiasme pour Nicéphore, la dévotion pieuse à la Théotokos, dont la protection visible

1. Quatorze livres de pain, dit Aboulfaradj, se vendaient une zuza.

2. Suivant Aboulféda, les San-asins qui se convertirent à temps ne furent même pas obligés de quitter le pays,

8. Leonhardt, op. cit., p. 40. — L'écrivain El Mogaddasy, parlant du désert des Arabss, s'exprime eu ces termes : « Il y croît une plante qu'on appelleyaM ; elle pousse naturellement et a une graine qui ressemble à la moutarde. (Les Arabes) la rassemblent vers les étangs, puis ils la mouillent avec de l'eau, ce qui fait ouvrir la gi'aine. Ils la moulent alors et en font du pain dont ils se noiirrissent. C'est la plante visée par Nicéphore, lorsque, après la prise de Tarsous, il dit : «Habitants de la Syrie, retournez vers les habitants du yatt et de la gerboise, et remettez-nous notre Syrie. »

valait A ses fils de tels .>(mv.>, éclataient dans i«tii,s if.s «umus, Ja- |»cuple des provinces, encore confiant, point sceptique, plus facilement satisfait que la plèbe séditieuse, corrompue, insatiable de la capitale, acclamait à son passage le vaillant empereur, ce champion, presque cet émule du Christ, ses lieutenants qu'on comparait aux saint» afMitreH, ses fidèles soldats, héros de trois campagnes, d en t(»iii stinl.lal 1.- à la céleste milice des anges. » Apres le Basileus, c'était Tzimiscès qui attirait le plus les regards. Ses hauts faits, grandis par l.i sa fabuleuse bravoure, avaient exalté sa popularité. D'un ainna lauic, aimable, beau parleur, (( tout à tous, » })rodiguant les promesses, il oftVait un contraste frappant avec Nicéphore, austère, sinjple et dur. Lui, toujours ardent, aurait voulu poursuivre aussitôt la campagne et attaquer l'émir d'Alep avant que celiii-( i n ( ni anK lioré sa situai i'-n. Il avait demandé à Nicéphore de rauPMiscr à iiiaicli«i- a\i - i tion de l'armée, par delà l'Euphrate et le Tigre, sur Mayyatarikin, l'ancienne Martyropolis, une des principales cités de Seif EddaidMi. située au nord de ce dernier fleuve, à environ seize lien»-- d'Aniiila . \ • rs le nord-est. L'émir, on le verra ', se trouvait en ce moment dans ces parages à la tcte de cnntingents nombreux. Nicéphoro, qui commençait probablement à .se défier de son lient""-' i'' lui relusa celle j»ermission, lui ordonnant de le suivre {\ Byzai

Devant le Basileus en marche, des chars traînaient, dépouilles glorieuses, les portes massives aux ferniics ('nnrmes de Tar-MU. et de Massissa. Elles furent réparées et dorées, et disposées plu> w

guise de trophées, les unes sur les murs du nouveau château du 15. 'U. mléon ^, les autres à la porte Dorée. Elles étaient, |)araît-il, '!•■ tia\ail exquis; c'étaient certainement de ces belles portes araln-s j.la(iiiee> <-t incrustées de nacre et d'ivoire que connaissent l'ien t-e^ '""x om ,,!it quelque peu parcouru l'Orient.

Nicéphore rapportait encore la dinie «le tout le laitm eompiis (pi'il

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