Sur les murs est et ouest
voulait offrir aux très vénérables basiliques et aux très saints monastères de la Ville gardée de Dieu. Mais nul trésor n'excitait plus sur son passage la dévotion des fidèles et n'exaltait davantage l'allégresse générale que certaines croix d'or, couvertes de gemmes précieuses, qu'on avait retrouvées à Tarse, chacune contenant un fragment de la Vraie Croix, « vivifiante, très sainte, très vénérable. » Ces antiques et pieux emblèmes, qui avaient tant de fois conduit au combat les bataillons byzantins, avaient été pris par les Sarrasins sur les troupes du Stypiote, domestique des scholes d'Orient, assiégeant Tarse, lors de la terrible déroute de cet imprudent capitaine sous les murs de cette ville, en 877, près d'un siècle auparavant, sous le règne de Basile P'". Nicéphore, disent les chroniqueurs, dédia dans Sainte-Sophie ces trophées insignes entre tous, estimant qu'ils étaient dignes d'orner à jamais ce sanctuaire admirable de la sagesse du Verbe divin. Les guerriers byzantins du dixième siècle n'avaient pas en général d'étendards dans le véritable sens du mot. Des prêtres marchaient au combat en tête des troupes, portant des croix processionnelles souvent d'un grand prix, ciselées, gemmées, chefs-d'œuvre d'orfèvrerie orientale, contenant d'ordinaire dans une capsule d'argent à leur centre évidé une relique importante , presque toujours un fragment de la Vraie Croix, dont on ne prononçait et n'écrivait jamais le nom sans l'accompagner de quelque épithète de respect et de dévotion.
L'empereur victorieux et sa suite durent arriver vers la fin d'octobre au terme de leur longue chevauchée. Plusieurs chapitrés de ce Livre des Cérémonies de Constantin Porphyrogénète*, qui constitue pour nous un fonds inépuisable de renseignements précieux sur le dixième siècle byzantin, décrivent longuement les solennités en usage pour célébrer la réception du Basileus a au retour d'une longue et lointaine expédition militaire. »
1. Second ajipendice du livre I. Le premier de ces chapitres est emprunté presque mot pour mot à. un texte du sixième siècle rédigé par le magistros Pierre, preuve curieuse que les usages et les traditions ne changeaient guère à Byzance. Les chapitres suivants retracent le retour triomphal de Basile I^r, après la prise de Téphrice et de Gerraanikia, et celui de Théophile, après ses victoires sur les Arabes de Cilicie.
AU DIXIÈME SIÈCLE. fiOS
Lois(|U il revenait d une lainjiagne <laijN le >iul, rMiinm- i <i.iu r»-iie fois le cas pour Nicépliore, le Hasileus vainqueur faisait sa halte (1er* nièredans quelque château ou villa de la côte d'Asie, pour s'y reposer, s'y baigner, déposer son accoutrement de guerre, revêtir son costume d'apparat. Cette halte officielle, désignée sous le nom de t mesallagon >, se faisait un peu partout, tantôt au beau palais de Satyros, tantôt au Poleaticon ou bien h la villa impériale des Roufinianes, mais le plas souvent, du moins au dixii'nie siècle, au palais d'Hiéria, célèbre par ses jardins et ses eaux '. Théophile, vainqueur des Sarrasins, passa là sept jours entiers, attendant que les longues chaînes de prisonniers qui devaient orner son triomphe fussent toutes arrivées. Pour le distraire, durant ce loisir un peu prolongé, les sénateurs vinrent lui tenir société, tandis que leurs femmes venaient faire leur cour à l'Au-
T, • Bou d'or aux noma dfli empemm CoMUatlo
gusta. 11 passa encore avec eux trois Porphyrogénète h bwmiii L<«.pèofc
jours à Saint-Mamas, au fond de la Corne
d'or, d'où il vint enfin débarquer aux Blachernes pour gagner de là
avec son cortège la porte Dorée, en suivant extérieurement lagraiide
Muraille.
Une fois cette courte et reposante villégiature terminée, l'empereur, revêtu du magnifique costume tant de fois décrit, s'embarquait d'ordinaire sur le dromon impérial, ce navire qui semblait fait d'or et de pouqjre tant il était somptueux. La flotte parée lui faisait un bruyant cortège. Il débarquait, soit, comme Théophile, au fond de la Corne d'or, aux Blachernes ou' au palais de Saint-Mamas, dans cette région ombreuse et charmante où s'élève aujourd'hui la sainte mosquée d'Eyoub, soit plus souvent au petit port de Rhegion sur la rive de Marmara, bien au delà de l'Hebdomon , plus souvent encore au port même de ce nom, à l'ouest de la capitale. Là, les hauts personnages qui avaient en son absence administré l'empire et la Ville, le préfet de la Ville, le sénat, tous les patrices, tous les hauts hommes de Byzance,