‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 141 sur 237 · Attribution de M. le D«' A. Mordtmann · texte numérisé non relu

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l'N EMPHIMÔUIÎ 15YZANTIX

(lait <!<• clicv;!!. Li' JJasilcus entrait aussitôt dans le temple de la très sailli.' 'l"li('(it(>kt)S(lii l'\)nnii,]M.'tite chapelle très vénérée bâtie par Basile !.• Macrdoiiieii, et (|iii, dans ces occasions solennelles, servaitde vestiaire au soUNcraiu. i^e ])atriaix']ie et tout le clergé rejoignaient ici processioniicllonu'ut rcuipereui- et S'j prosternaient devant lui. Après diverses cérémonies, il procédait à sa nouvelle toilette. Otant l'accoutrement ))orlé jusqu'ici, il revêtait le dibétésion de soie, la chlamyde tissue d'or, et eliaussait les canipagia ou bottines de pourpre que lui présentaient les courtisans (( sans barbe )), c'est-à-dire les eunuques.

Le souverain, traversant à pied l'Augustéon, pénétrait enfin dans Sainte-Sophie à travers les salles latérales bâties sur le flanc occidental (lu vaste édifice, suivant un chemin immuable et accomplissant encore de salle en salle et de ])orte en porte une foule de cérémonies traditionnelles. Durant tout ce temps, des prêtres portaient devant lui divers objets très vénérables : le labarum, les principaux vases sacrés, les étendards et drapeaux de l'Eglise, les (( grands sceptres », lesflammoula d'or, autre sorte d'étendards (peut-être des fiahella) ^ la Vraie Croix enfin toute constellée de joyaux. Certainement, le jour du triomphe de Nicéphore, on dut aussi, à ce moment, porter devant lui les portes de Tarse et de Massissa, si du moins la chose était possible, et les salifies reliques reconquises en Cilicie.

Après les interminables fonctions de Sainte-Sophie, il y avait encore une cérémonie bien étrange. L'empereur, traversant l'Augustéon, toujours suivi du sénat, s'arrêtait devant les grandes portes de bronze du Palais, c'est-à-dire devant l'entrée principale de cette portion des demeures impériales à laquelle on donnait le nom de Daphné. Au devant, on avait dressé une sorte d'estrade ou de tribune. Sur un des cotés, on avait placé le grand orgue d'or connu sous le nom de « Première merveille )^, sur l'autre, le sentzon ou trône d'or éblouissant de pi<'rreries. Kn arrière, se dressait la grande c( Vraie Croix » gemmée. Le l)asilcus, «gravissant les degrés du sentzon, faisait le signe de la croix. Les Factions s'écriaient d'une voix formidable et retentissante : (( Un seul est saint. >• Alors les magistrats de la cité présentaient au prince de nouveaux lu'acelets d'or. Il les congédiait, les remerciant

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encore une fois avec giart-, ii, |.,i>saMi irs mai x-mi^ a ses bras, adrensait au peuple dont la multitude couvrait la j)lace un discours très curieux, sorte de harangue populaire qu'il avait apprise par avant, et dans laquelle il dénombrait pompeusement les batailles gagnées par lui, les villes prises, citant les trésors enlevés aux palais sarrasins, les noms et le chiffre des captifs, les étendards conquis. Le j)euple répondait A chaque énumération par d'immenses acclamations.

Lorsque cette saisissante cérémonie était terminée, l'empereur, descendant du trône, remontait à cheval une fois encore. Par les longs portiques ou galeries de l'Achilleus, il longait les thermes '^" 7- "^ • —

Sceau lie plomb de ma collection de la Faction des Véuètes. An droit : efflgte de Hint Théodore, pitrou de cette célèbre Faction.

et, traversant l'Hippodrome, gagnait les portes latérales du Palais cendant de sa monture, il pénétrait enfin dans sa demeure. Mais les fonctions extérieures étaient seules terminées. Les pomi)es intérieures allaient se poursuivre jusque bien avant dans la nuit : largesses, gratifications, distributions de bourses d'or et de vêtements 'd'apparat aux sénateurs, promotions de dignitaires, chants et danses mimées des Factions, festin enfin à plusieurs centaines de couverts dans le grand Triclinion de Justinien, avec concerts, représentations, et jeux variés. Alors enfin, après cette terrible, écrasante journée, le malheureux prince, accablé de fatigue, délivré de ses derniers cubiculaires, de ses plus intimes eunuques, pouvait aller goûter quelque repos au fond du gynécée, dans les bras de son Augusta bien-aimée.

Immédiatement après le départ de Nicéphore et de son armée, dans l'automne de 9G5, il semble qu'il y ait eu, pour ces contrées de Syrie et de Cilicie tant troublées , une période de calme relatif qui dura quel-

.,.. UN emperp:ur byzantin

qui's mois, l'ciit-ctre luOme y eut-il à ce moment trêve effective entre lesiJrccs et Triiiir d'Alep. C'est du moins l'opinion de Freytag', et cet auteur rai)i)elle ;\ ce sujet que lorsque Jean Tzimiscès voulut, au iiioinent du (k'[)art de Nicépliore, s'en aller attaquer le Hamdanide vers ^lavyafarikin, le J'>asileus le lui interdit, lui intimant l'ordre de le suivre à Constantinople. En tout cas, comme le dit M. Leonhardt que je suis iri presque i)as à pas dans son récit, Seîf Eddaulèli, dont les forces physiques allaient sans cesse diminuant, aurait été incapable, l'eût-il voulu, de reprendre à ce moment les hostilités contre les chrétiens. Comment s'y serait-il pris pour cela, lui qui était si malade qu'il n'avait même pu venir au secours de ses plus belles cités de Cilicie serrées de près par les impériaux ? Et puis, ne lui fallait-il point avant tout en finir avec cette rébellion de Nadjâ qui constituait pour son autorité le plus <;rave des périls ? Après quelque temps de retraite dans sa ville forte de Chliatli -, l'inlidèle partisan venait de rentrer en campagne avec de nouveaux et importants contingents.

Soutenu par soii frère de Mossoul, au fils aîné duquel, Abou Taglib, il venait d'accorder la main de sa fille ^ l'émir malade avait marché sur Mayyafarikîn, qui venait enfin de tomber aux mains du révolté. Un des motifs principaux du prince d'Alep pour aller reprendre cette ville lointaine, était de rentrer en possession de tous les patrices grecs pris l»ar lui dans sa dernière razzia, que Najda y retenait prisonniers pour

1. L;i r;ii>f)n iiivotiuce des deux parts pour cette trêve dut être l'échange des prisonniers de guerre. Eli njalité. Nioéphorc avait besoin de ce répit pour pouvoir procéder plus facilement à la réorganisation de la Cilicie, et Seîf dut le lui accorder volontiers, 1° en raison des pertes considérables qu'il avait éprouvées, 2" à cause de son état de maladie, 3" pour avoir la liberté de châtier la révolte de Nadjâ, 4° pour ne lias hiissor à ses fils, au cas où la maladie qui le minait viendrait à l'emporter, une trop grosse guerre sur les liras.

■-'. Voyez pages .tO()-4(i-'.

.!. Le nom de cette jeune princesse signifiait « la souveraine des hommes ». A l'occasion de ce mariage, ',ii eut lieu Tan 3ûl île l'Higire ('.165), on frappa, paraît-il, c'est Kémal ed-Dîn qui raconte ce fait bi- 7.:iriv, (Ifs ].i,jccs d'iir de la valeur de trente, de vingt, et de dix dirhems, avec ces légendes : sur une face M',lia,initi-il. /'riiroij,' ,h' lJl,-ii ; le princij lies crot/ants, AIi,Jîls d'Abou Moutallih; Fatimah, la resplendissante ; l.l II<if<iin et i:i I{i,ii.<.<iciii ; Cdhi'iid, » sur l'autre face ; Le prince des croyants, Abnoihi-lUlah; les deux illus- ! res pri 11,-i'f A .I.1SC r et Se if Kdd<( uliJi ; h-s deii.r an irs A bon Taylib et A bon 1 Meka rim . — A cette même occasion, le juince d Alep distribua des duns qui se montèrent à la somme énorme de sept cent mille dinars; mais, I>resiiue aussitôt après, son second fils Abou'l Mekarim mourut. M. Freytag, oj). cit., t. XI, p. 108, attire 1 attention sur celte particularité singulière iiiio, sur ces pièces de monnaie, Ali etses successeurs ne sont nommés qu'après jrohammed, comme si l'émir d'Alep eût été un Alide. Je ne crois pas qu'aucune de ces pièces si intéressantes ait encore été retrouvée.

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son compte. Ce butin vivant était indispensable à IV-u... ^ . .a- le grand échange de captifs qui faisait depuis plusieurs mois l'objet de ses n^ociations avec las Grecs. Son arrivée k la tôte de forces imposantes amena enfin, même plus rapidement qu'il n'eût osé l'espérer, Nadjâ à résipiscence. Le récit de cette soumission a une saveur tout orientale. Comme le vieil émir était campé sous les murs de la ville, il se fit

Façade ouest de la coiir de la grande mosquée de Diir-Békir, l'anoienne Amida ; d'aprèt nae pboUigiS|iUc

de H. Chantre.

désigner son ancien favori qui contemplait du haut d'une tour l'ai nu-e assiégeante, et l'appela à haute voix par son nom. Ému extraordinairement par cette touchante invocation, Nadja ne put que répndre ces mots : (( Mon seigneur et mon maître, me voici tout i\ vos ordres, i II indiquait ainsi sa volonté de se soumettre et sa gnice lui fut aussitôt accordée. Incontinent, il reprit auprès de l'émir son poste élevé. H reçut même à cette occasion un vêtement d'honneur, distinction très prisée dont les clironiques de l'époque ne négligent jamais de faire mention. C'était une habitude constante chez les Grecs comme chez

XMPERXUR BYZA>'TIN.

r,i4 UX EMPERI<:UB BYZANTIN

les S;iirasins, à l^nzancc comme à Bagdad ou à Alep, de présenter de ])ar('ils dons A ceux (^u'on voulait honorer. En même temps qu'il faisait sa ])aix avec son ancien lieutenant, Seîf Eddaulèh rentra naturellement en ])ossession de sa chère cité de Mayyafarikîn, où étaient les tomlieaux de ses pères, et aussi des patrices grecs, ses précieux prisonniers.

Cette réconciliation, qui fait honneur au maître comme au serviteur, ne profita du reste point à l'aventureux Nadjâ. Il périt presque aussitôt, sous les murs mêmes de la ville qu'il venait de restituer à son légitime seigneur. Vers la fin d'un de ces grands et tumultueux banquets de la tente, dans lesquels tous ces fougueux fils du désert avaient coutume de donner libre cours à leurs passions violentes, le partisan rentré en grâce se permit quelques propos inconsidérés sur ceux des guerriers de Seîf Eddaulèli qui étaient demeurés constamment fidèles à leur maître. Une rixe violente s'ensuivit et l'un de ces rudes partisans, qui avait nom Kibdjaq , frappa Nadjâ d'un coup mortel. Il expira sous les yeux mêmes de Seîf, qui, malade, assistait de loin à cette scène. La preuve que le chevaleresque émir d'Alep ne fut pour rien dans cette tragédie, c'est que, transporté de fureur, il fit séance tenante exécuter le meurtrier ^

De Mayyafarikîn, Seîf Eddaulèh, se rapprochant de la frontière grecque, gagna Chimchat, l'antique Samosate, sur l'Euphrate. Ce fut dans cette ville que les négociations dès longtemps ouvertes entre l'émir et l'envoyé de Nicéphore, quelque patrice dont nous ignorons le nom et qui se trouvait auprès du prince d'Alep depuis un certain temps déjà, aboutirent enfin à une entente sur la question alors si capitale du rachat et de l'échange des i)risonniers de guerre. Cette grande opération commerciale, succédant à des années de luttes, destinée à la fois à rendre la liberté à tant de pauvres exilés, à tant de misérables esclaves, et à remplir les caisses de celui des deux belligérants qui se trouvait posséder le |)liis grand nom])re de captifs, fut engagée sur la demande expresse de Seit EddauK'h et définitivement conclue et réglée au camp

l.Crtte incinc anni'o f»'-,G, Al.oulfé.la ditcinc les Grecs mirent le siège devant Amida,puis devant Nisibe. G. 1 aient i.rohab]cin.;ut des corps détachés agissant sous le commandement suprême de Jean Tzimiscès,

sarrasin, sur la rive aride de TEuphrate, le jeudi 23 juin 900. Le nombre des prisonniers de marque échang<^'s fut fort considérable drs .louv parts, mais celui des Sarrasins fut de beaucoup le plus gran.i dent et généreux Seîf Eddaulèh se ruina littéralement k vouloir les racheter tous sur son trésor privé. Là furent délivrés, entre autres hommes de marque, divers membres de la famille même des Hamdanides, et parmi eux deux très proches parents de l'émir : son neveu, Mohammed ben Nasser Abou'I Fewarès Mohammed, un des fils de son frère Nasser EddaulMi, et son cousin favori, fils de son oncle paternel, le charmant poète Abou Firâs, dont nous possédons encore de délicates et ravissantes pièces de vers écrites à cette occasion *.

Abou Firâs, qui avait, on le sait *, tristement passé à Byzance môme le temps de sa captivité, fut, en guise de dédommagement, nommé par l'émir, qui ne savait assez le choyer, à la haute et lucrative situation de gouverneur de sa bohne ville de Homs, l'antique Émèse. Quant à Mohanmied ben Nasser, c'était, comme son origine princière l'indique bien du reste, un fort haut personnage. A son arrivée au camp sarrasin, après son rachat, cliacun, en son honneur, mit pied à terre et embrassa le sol. Seîf Eddaulèh, pour sa réception, réunit sous sa tente une très nombreuse assistance et donna un festin somptueux. De même, il lui fit des cadeaux merveilleux : des étalons de prix et cent soldats achetés parmi les meilleurs esclaves des marchés de guerre, tout équipés et montés, avec leurs épées et leurs armures de mailles. Ce fastueux ne savait compter lorsqu'il s'agissait pour lui de se mettre en frais de générosité. On le vit bien lors de ce grand rachat qui rendit à la Syrie tant de ses fils depuis longtemps gémissant sur la terre

1. Voyezpageel-lSct 21'J. — Yoyez aoBBiFTejtag, Sel. ex hist. HaUbi, p. 138. — MohMomad b«B NJuMer, au dire d'Abou'l Mahâcen (Voy. Freytag, G. d. D. d. H., op cit., t. XI, p. 209, note 2), fat ntdietépM les soins des sœurs mêmes (M. Sauvaire dittfde la sœur ») du Bai«ileu0, qui l'aunùent échangé contre on de leurs frères, prisonnier des Sarrasins. Seîf Eddaulèh aurait renvoyé celui-ci »Tec nne aMorte de trob cents cavaliers au château d'El Hyâdj. Lorsque les deux captifs curent été placé* en f«oe l'on de l'uitn^ chacun partit en avant, accompagné de cinq hommes seulement. L'éclunge se fit à mi^bamin, aprùe qœ les deux libérés se furent embrassés. Les historiens byzantins ne font aucune allusion à ces tœnra de Nicéphore ni à ce frère de lui qui aurait été prisonnierde l'émird'Alep. En tous ca«, II ne i>eut être id question do Léon Phocas. U s'agit peut-être tout simplement de quelque membre plu» éloigné de la funilla des Phocas.

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