Abou'l Mâhâcen le nomme Mohammed ebn Moussa es-Selhy
2. Leonhardt, oj>. cit., p. 41, note 4. . 8, Ou Ibn el Ahwâzy.
4 n était monté sur le trône patriarcal d' Antioche en l'an 347 de l'Hégire (958).
Syrie. A raimonce du nouveau péril wuma «1 Amioche, il he j»r('para à une résistance vigoureuse. Mais le chef qu'il envoya contre les assaillants, un certain loumn, le trahit aussi et passa j\ l'ennemi, tandis que ses soldats rentraient en désordre dans Alop.
Les troupes de Tex-émir de Tarse, serrant de \)rl'^ les fuyards, parurent presque sur leurs pas sous les murs de la capitale, et donnèrent incontinent l'assaut du côte de la porte des Juifs. Les Alépitaina, commandés par l'eunuque Bechareh que Seîf Exldaulèh avait dépêché en hâte au secours de Kargouyah, résistèrent bravement jusqu'à midi. Accablés par un ennemi supérieur, ils lâchèrent alors i)ied et se retirèrent précipitamment, poursuivis jusque dans la ville par la cavalerie de Rasîk. Vainqueurs et vaincus rentrèrent ainsi pele-môle dans Alep. C'était le 29 octobre 965 que la grande cité syrienne était tombée de la sorte au pouvoir de l'ancien émir de Tarse, durant que Seîf Eddaulèh, errant et malade, courait ses provinces, cherchant à triompher de la révolte de Nadja. Rasîk promit à tous les habitants vie sauve et protection pour leurs biens et fit publier et lire dans' les mosquées à l'iieure de la prière un prétendu fetva par lequel le Khalife de Bagdad le désignait comme successeur du Hamdniiide pour l'ensemble des provinces possédées par celui-ci.
Cependant, comme presque toujours, le château d'Alep tenait bon, malgré la prise de la ville. Kargouyah s'y était enfermé avec les troui)e8 régulières et les irréguliers demeurés fidèles. Trois mois et dix jours durant, il se défendit avec acharnement contre les assauts de Rasîk. Le 8 février 96G, enfin, ses troupes, opérant par la porte d'Alfaradj une impétueuse sortie, se précipitèrent par les rues de la ville sur les troupes dispersées de l'émir de Tarse. La déroute de celles-ci, surprises à rimproviste,fut complète. Rasîk ixjrit. Sa tête coui)ée fut jetée aux pieds de Kargouyah, qui releva aussitôt l'autorité du Hamdanide daas sa capitale souillée par le long séjour de toute cette soldatesque. Les tr oupes antiochitaines, privées de leur chef, rentrèrent en désordre dans leur cité, et proclamèrent A sa place le chef deïlémite Dizber '.
1. Abou'l Maluicên donne de ces faits un rùcit bien différent, c En oett« »nné« t66, dit^l, urim U nouvelle que le gouverneur d'Autioche, Mohammed ebn MontM w-Selhj, a'éUit anp«(é d« l'arfant
;V20 rX EMPEREUR BYZANTIN
Alors eut lieu une fois de plus un nouveau revirement de fortune. l)aiis CCS luttes inc-essantes de cite à cité, dans ces élévations soudaines (le clicl's d'un jour, la victoire souvent presque totale changeait de (•,iiii|i avec une iacilité, une rapidité vraiment inouïes. Kargouyah triompliant marc-liait avec toutes ses forces sur la cité rebelle. Dizber, lui Warrant le passage, lui infligea la plus complète déroute. La masse de ses soMats fit défection. Ses bagages tombèrent aux mains de l'ennemi. Lui s'enfuit à Alep où il fut poursuivi par Dizber, qui le fit prisonnier dans ce château même oii il venait de se défendre si longuement et avec tant de succès.
A partir du 25 avril, le nouveau seigneur d'Antioche demeura maître incontesté à Alep, toute résistance ayant cessé de ce côté. A ce moment même, Seîf Eddaulèh, définitivement débarrassé de la révolte de Nadja, put songer à rentrer enfin dans sa capitale, dont les événements le retenaient depuis si longtemps éloigné. Quelques semaines encore il dut, comme on l'a vu, séjourner à Samosate, sur l'Euphrate, pour les négociations engagées en vue de l'échange des prisonniers. Enfin, vers les premiers jours de juillet probablement, il put se mettre en marche à la tête de sa petite armée. Il marcha droit sur Alep qu'il trouva vide d'adversaires, Dizber s'étant hâté d'en sortir à l'annonce de son arrivée. Le vieux lion, malgré son grand état de souffrance, — il était maintenant entièrement paralysé du côté gauche, — ne passa ([u'une iniit dans sa capitale reconquise. Il en repartit aussitôt pour aller, dans la direction du nord-est, aux environs du village de Sab'în, livrer bataille à Dizber et à l'armée d'Antioche. Malgré le chiffre bien faible de ses soldats réguhers, il avait été successivement rejoint [»ar de nombreux contingents de ses anciennes tribus , repentantes de leur (Ic'fection. Un furieux combat s'engagea dès l'aube. Ce fut l'émir «[iii attaqua, bien qTi'il fut le moins fort. Il fut complètement victorieux. Les soldats de Dizber périrent en masse, et l'émir, contraire-
'jin se truuv;ut, (1:111- lo tiv~or (VAiit ioclic et l'avait emporté, comme s'il se rendait auprès de Seîf Eddaulùh ihii Haindan. En n'alit,', 11 entra dans le pays des Grecs en apostat. B avait, dit-on, projeté de livrer la ville aux Tirées : mais, les habitants s'étant rassemblés poirr se saisir de lui, il ne put accomplir son .le--eiii, Craiirnant donc que Seif Eddaulèh n'eût connaissance de ce qu'il avait comploté et ne le fit périr, il s'enfuit en emportant des sonunes qu'il avait enlevées.
ment i\ ses liabitiides de clémence, ordonna (luun im- im atn un qaar« tier aux prisonniers. Il avait reconnu parmi eux beaucoup de ces captifs qu'il venait de racheter aux Grecs au ])rix des plus |)enibles sacrifices. Ces misérables traîtres l'avaient précédé en hâte pour se joindre à ses ennemis. Il les fit tous massacrer. Dizber et les autres chefs de la rébellion furent aussi mis à mort le jour même. En ces temps, en Syrie, comme dans tous les pays de l'Islam, on s'élevait, on était victorieux puis vaincu, on périssait enfin, tout cela dans l'espace de quelques mois ou de quelques jours k peine. On ne sortait guère des émotions les plus violentes, et celles-ci vous consolaient de jouir si vite et de vivre si peu.
Antioche révoltée retomba du coup au pouvoir de l'émir, qui en donna le gouvernement à son mamelouk Taky ed-Din. Les sheiks et les anciens de la ville, qui s'étaient piaqne émaïué* médiane à» i» ooomuM «t« à» ccmmontrés si opnnâtrément rebelles, rcurC5oMtMtinMonMn»(|iie,inoct«i iom,t«mi4«
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turent mis aux lers, battus de ver- foncé k oam jMMt. pu dwn*. on knw jmim. ges, accables d amendes. C^uelques- « u t»iiiedu SMiieiu, qui ert «wuwdodtadè». à
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uns toutefois durent leur grâce t\ de i. min droite nnkh««« 4 ioor»«— !»««••. l'intercession du patriarche Chris- Z^^^TJLI^ZZZ'iZ:: ::rZ:Z tophoros qu'ils avaient tant mal- rLrrZJL.'ÏJrC:/*""^ traité et qui était accouru à Alep à
la rencontre de son souverain. Cet acte de génén-sii»' ih {]t An i->te qu'accroître la haine que portait au courageux pK Lit c in. li. m . > tte
XMPKBZUB BTZÀKTUr. *^
population fanatique entre toutes. Surtout on ne lui pardonnait point (1 être en si bons ternies avec l'émir, car, malgré tant de catastrophes, les Antiochitains n'avaient toujours qu'une pensée, celle de secouer à jamais le joug abhorré du Hamdanide.
Le vieux Seîf Eddaulèh était donc maître à nouveau et d'Alep et d'Antioclie, les deux joyaux de ses Etats. Il avait, en quelques mois, écrasé les dangereuses révoltes de Nadjâ et de Dizber. Il n'en devait pas pour cela passer plus paisiblement le peu de jours qui lui restaient à vivre. Les hostilités avec les Grecs reprirent en effet presque aussitôt, nous ne savons exactement à quelle occasion, et il faut placer ici une nouvelle expédition de Nicéphore sur laquelle nous n'avons malheureusement presque aucun renseignement précis. Du moins les indications qui se rapportent à cette campagne se confondent dans les chroniqueurs avec celles qui ont trait à la précédente * ou à la suivante. Il y a là pour le moment des difficultés presque insurmontables qui demeureront telles tant qu'on n'aura pas mis la main sur des sources nouvelles plus détaillés, surtout moins confuses.
Le Basileus, qui n'était rentré sur les terres de l'empire qu'en automne de l'an 965, reparut en pays sarrasin dans le courant de l'année suivante. Nous ne savons rien sur l'importance des forces qui le suivaient. La Cilicie soumise n'offrait plus aucune résistance. Cette fois Nicéphore avait la Syrie du nord pour principal objectif; mais, bien que jamais, depuis de longues années, les enseignes byzantines ne se fussent avancées aussi loin vers l'orient, cette expédition de 966 ne paraît cependant avoir été qu'une rapide expédition de pillage, une razzia colossale. Les Grecs, se précipitant à marches forcées à travers la province quasi arménienne de Diâr-Békir, limite septentrionale de la principauté de Seîf Eddaulèh, se présentèrent d'abord devant Amida. La vieille et commerçante cité qui s'élève sur la rive droite du haut Tigre, et qui, tant de fois déjà, avait été assiégée par les Perses, les Sarrasins, ou les chrétiens, défendue par sa haute muraille, opposa aux bataillons impériaux, probablement privés de la majeure partie de leurs
1. Cédrénus confond les deux expéditions de 964 et de 96G. Lebeau est tombé dans la même erreur. Voy. Léon Diacre, éd. Bonn, notes, p. 445.
machines de guerre, une résistance invincible; il fallut passer outre '. Marchant vers le sud-est, parmi ces régions brûlantes depuis longtemps désertées par les armes romaines, les légionnaires de Nicéphore
Flaques émaillécs ii"> 2 et 3 Je la couronne dite de Constantin Mononiaqne, fignrée page tl 7. BU« portant iMiOcieite deux impératrices Théodora et Zoo, belle-sccor et femme de Constantin ICooomaque. Les dtoz priiiafiM Mat «■ longue robe bleue à coeurs et poragaudœ jaunes. Va mnphorion jaune à dwilm Ueus cOTaloppa IM àtaz icana qui ont le sceptre en main, le diadème et les sandales rouge* anz pled«.0e8lniacw, dn reste abaolaiiMBt MoiblaMea. ne se distinguent que par les inscriptions donnant les noms et titre* : TkMom, la trti fttmm Angnêtm, — Mti, Im très pieuse Aiigiista.
parurent devant Dâra. C'était une forteresse fameuse du l)jezirah,au pied de la montagne de Mârédîn, jadis élevée par l'empereur Anastase pour surveiller les incursions des Perses. Elle avait joué un rôle glorieux à l'époque des guerres de Bélisaire. Il ïiqw reste plus trace
1. Il y eat dans la garnison troU cents tués et quatre cents prisonnier!, dit Ibn el-Athlr.
r,24 UN EMPEREUR BYZANTIN
aujourd'hui. Là ne s'arrêtèrent point les Byzantins. Ils poussèrent encore cent stades plus loin, le long de cette antique frontière orientale de l'Assyrie , et vinrent camper devant Nisibe , elle aussi autrefois une des plus illustres métropoles de Mésopotamie et centre d'un commerce immense, jadis conquise par Lucullus puis par Trajan, admirablement fortifiée par Septime Sévère, définitivement perdue sous Jovien et devenue alors cité persane. Nisibe se maintint comme Amida contre tous les assauts des impériaux. Une caravane venant de Mayyafarikîn fut prise par eux. Les populations s'enfuirent éperdues, à tel point qu'on payait cent drachmes la location d'une bête de somme. Nous ne savons rien de plus. Tout ce que nous connaissons de cette campagne extraordinaire se résume en ces quelques lignes des chroniqueurs arabes. Ceux-ci ajoutent que Nicéphore , après avoir atteint cette cité dernière, après avoir pris ou tué beaucoup de Sarrasins, dut rétrograder, parce que, devant la grandeur du danger, la guerre sainte ayant été partout prêchée, tous les musulmans de Mésopotamie et de Syrie avaient pris les armes *. Revenant sur ses pas, l'armée grecque, quittant le Djezirah, suivit maintenant la route de l'occident par Resaina et Carrhaî. Elle franchit l'Euphrate et parut une fois encore devant Membedj. Là, Nicéphore se fit, paraît-il, livrer par les habitants des briques pour réparer les châteaux ruinés de la frontière '. Par exception, il ne leur fit aucun mal et s'enfonça en pleine Syrie, pillant et brûlant tout sur son passage. Dans le val de Botnan ^, il fit de nombreux prisonniers, tandis qu'un de ses corps détachés razziait le territoire de Bâli et s'emparait de cette ville d'où l'on entraîna plus de trois cents captifs.
1. Suivant Ibn el-Athîr, Seîf Eddaulèh se serait enfermé dans Nisibe. Voulant fuir, il s'aboucha avec des Arabes Bédouins, mais avant même que ses préparatifs de départ fussent terminés, les Grecs battirent en retraite. L'émir resta à Nisibe.
2. Ce détail, qu'on ne retrouve dans aucune autre source, nous est donné dans un passage assez obscur du manuscrit de Yahia d'Antioclie (manuscrit de Paris, fol. 9 G r''), passage qui a été diversement interprété par MM. Freytag et Rosen. Voici la traduction de ce texte par le second de ces auteurs : « Nicépbore assiégea Membedj et demanda aux habitants (de lui livrer) des bi-iques (en arabe al-Mnnida) ; et ceuxci lui en apportèrent, et il les prit, et il leur témoigna de la bienveillance, et il ne leur fit aucun mal. » — Freytag a lu « tuiliers », « briquetiers », au lieu de « briques ». Le mot arabe al-hirmida, dit le baron Rosen, est le mot grec x£pa[A{Siov.
ii. Vallée entre Membedj et Alep, à une journée de marche de chacune des deux villes. Il s'y trouve des eaux courantes et de nombreux villages reliés les uns aux autres.
AU DIXIÈMK SIÈCLK.
St&
L'armée, toujours ravageant lu territoire d'Alep, panit ensuite (levant Kinnesrin, au sud de la capitale, puis devant Tatrin ', puin devant le château d'Artah, sur le versant nord du Djebel al Ala, qu'elle prit d'assaut. Tous les habitants de ces localité» furent emmenés en esclavage. Cette expédition de 9G6 paraît avoir été, encore plu» que
Plaques émaillées ii" 4 et A de la couronne dite de Constantin Monomaque, flguré« rar I* page (17. Deux Vertus : l'Humilité et la VéritL>. L'Humilité tient les mains croisées sur la poitrine. Elle porte tnrfs TèUaMBte ftaigUt longueur superposés : robe talaire jaune, sakkosrert à lambrequins, courte tunique bleoe Krrée à IftteiDtpwnM ceinture. — La Vérité tient la Croix d'une main, et de l'autre s'essuie le visage avec le ttêdaHim. Elle poft* le i
costume que l'Humilité, mais le sakkos est bleu et la tiini({ae rouge.
les autres, je le répète, une razzia formidable menée sur la plus vaste échelle, sans idée bien arrêtée d'établissement définitif de la part des Grecs ^
Durant que les cavaliers cataphractaires du Basileus orthodoxe
1. Freytag renonce à identifier cette loctlité. Peut-être s'agit-il de Jabrîn. M. Saaraire ptnae que c'est plutôt Tîzîn, grand village du canton d'Alep.
2. Abou'I Mahâcen dit que cette expédition dura cinquante jours et '!"" '^ '' K.l.linl. h. h cau*c de son éloignement (dû à sa maladie), implora le secours de son frère Nass^
UN p:mpp]iip:ur ijyzantin
j)<>rt."ii('iit .-liiisi la clrsolation dans ses i)]us belles provinces ('puisées (l('jA par laiil de guerres, par tant de luttes intestines, le Hamdanide se mourait. Son continuel état de souffrances avait fini par trioraplier de ses forces pliysiques. Jj'état de ses affaires n'était i)as pour lui redonner courage. Il avait fait la longue et triste expérience du ])eu de confiance qu'il pouvait mettre dans ses lieutenants comme dans la majeure ])artie de ses soldats et de ses sujets. Il sentait sa jeune moiiarcliie clianceler déjà, prête à tomber en morceaux, échappant à sa main devenue débile. De même que le Khalifat expirant s'était morcelé en principautés indépendantes, de même les plus belles parmi celles-ci s'en allaient aujourd'hui s'émiettant aussi. Et toujours l'étoile des Grecs et de leur hardi seigneur semblait monter plus haut, î\ mesui'e que baissait celle du fier émir, aujourd'hui pauvre infirme, incapable de mouvement, porté connue une femme dans sa litière, toutefois opposant constamment à l'infortune la plus noble comme la j)lus inébranlable énergie.
L'heure était donc prcte à sonner ou le plus illustre des guerriers de l'Islam du dixième siècle, un des plus grands hommes de son temps, allait fermer les yeux pour toujours. Depuis plusieurs semaines, une lente agonie le tuait durant qu'il voyait, la mort au cœur, les bandes grecques brfder ses villes sans qu'il put songer à leur opposer de résistance. L'affection goutteuse compliquée d'hémiplégie et de rétention d'urine qui le tourmentait depuis si longtemps, qui déjà une fois, en janvier 1)G8, avait failli le terrasser, l'acheva dans les premiers jours de l'an 9G7. Ce fut le 25 janvier de cette année qu'il rendit l'âme et termina tristement sa longue, belle et aventureuse carrière. Il eut du moins la consolation de mourir dans sa capitale tant aimée. Le voisinage menaçant de l'armée grecque, après l'incendie de Kinnesrin, l'avait d'aljord obligé à se réfugier à Chaizar, citadelle sur l'Oronte, à une journée de marche de Hamah ; mais, se sentant mourir, il s'était lait rapporter à Alep, oii il expira presque aussitôt. Il était âgé de cin([uante-deux ans ' deux mois et huit jours. Les fatigues extraordi-