CHAPITRE XI
Retour de Nicéphore Phocas à ('■ uinue rapidement. — Il t'aliène tootee
les classes de la nation. — Durctc du .suu udiuiuiAiiaiiou. — luipùUi énormes néœssitéfl {uu* les dépeiiMa de la guerre. — Le Basileiis fait preuve d'une partialité extrême envers tes ioldatfl. — II combat éaer» giquement l'omnipotence et les empiétements du clergé. — Il altère la monnaie. — Lui et son ff^ra, le curopalate, noiit accusés de spéculer sur les blés et toutes les subsistances. — Premier» mooTemente séditieux à Byzance. — Rixes entre soldats et bateliers. — Panique au Cirque. — Éffieut« dn jour de l'Ascension, le 9 mai 967. — Mesures du dcfeiiso HLisomull.' mi-cn par Nicéphore. — Il fait con^ truire la muraille du Grand Palais. — Il tia - du Boncoléon, rebAti et fortifié,
transforme en un véritable château fort.
Nicéphore, de retour de Syrie, était ronti/- ti>rl i.ml «lans lliiver à Constantinople. Les diroiiiqueiiis nt- nous iii>i m ].;i> ijii On célébra à cette occasion un triomphe nouveau, ni que la popuhition de la capitale fit au Basileus une réception particulièrement enthousiaste. Du la fin de cet hiver de 96G à 967 fut marquée pour tous par des préoccupations assez fâcheuses. Certes, ce n'étaient déjà plus les brillants débuts du règne. Nicéphore, si acclamé lors <lc son avcnement, a\ait vu très rapidement la faveur ])opulaire se retirer de lui. Ses brillantes vertus militaires, la confiance que son éclatante bravoure et ses talents guerriers inspiraient à tous, toutes ces belles qualités «'taicni de jilu.s en plus ternies, aux yeux de ces Byzaniins si inol-ilc^, par J< - 'l<'taut.s graves, du moins pour ce peuple frivole et versaiilc. l'artoui ailleurs ces défauts eussent passé i)our «les venu-, «lan- d ami'- icmps surtoui, devant des juges plus impartiaux cl nmiix insjiin's '.
Et d'abord Nicéphore gouvernait a\cc un<' main <lc h-r. Ce dur homme de guerre, uiiifjucmcnt pi('<ic( u|i<' <1 <( raser les ennemis Ikt»'ditairesde l'empire, de restituer à celui-ci ses limites antiques, exclnsi-
1. Voyez sur toutes ces causes i hiritO de Nia'phore, CJfr.rnT. ";». a., t. ; n-
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\ciiiciil .■iltciitil" à entretenir et à recruter ses magnifiques armées, se montrait à la lois ini[)it()ya])le pour le peuple, qu'il grevait de lourdes taxes militaires, et d'une excessive sévérité pour ses soldats, auxquels il inijtosait la plus rigoureuse discipline, du moins lorsqu'ils étaient sous les armes. Léon Diacre iious raconte fort en détail une anecdote qui en dit long sur ce [)oint. Comme l'armée franchissait mi défi.lé des montagnes, du Taurus probablement, un homme de l'infanterie légère, fatigué de porter son l)ouclier, le jeta sur la route. Le soir, au camp, le Basileus, qui avait été témohi de ce fait et qui était entré à cette occasion dans une colère violente contre le paresseux soldat, manda son lokagos ou sergent. Il lui intima l'ordre de faire battre de verges le malheureux ai)rès l'avoir fait promener pour l'exemple à travers les rues du cam]), et finalement de lui faire couper le nez. C'était le sup})lic-e infamant qu'il avait imaginé pour les soldats coupables d'avoir abandomié leurs armes en campagne. Le lokagos, ému de pitié ou gagné à prix d'argent, laissa le soldat en liberté. La fatalité voulut que dès le lendemain, le Basileus, dont la mémoire était prodigieuse, recoimut l'infortuné dans les rangs. Cette fois, sa colère tomba sur le sous-officier infidèle. Après l'avoir épouvanté des éclats de sa fureur, il ordonna de lui infliger ce même supplice terrible qu'il n'avait point appliqué à son subordonné. On voit que la discipline de Nicépliore, au dixième, siècle valait bien celle des premières armées du monde antique.
(ye})endant les soldats supportaient sans trop se plaindre cette grande sévérité. Nicéphore, je l'ai dit, la rachetait à leurs yeux par l'octroi de faveurs nombreuses, en même temps que par une indulgence sans bornes pour leurs méfaits en temps de paix. Estimant que, puisqu'ils étaient constannnent à la peine, il n'était que juste qu'ils fussent égah'inent à l'honneur, il se montrait en toute occasion d'une insigne partialité envers eux, dans tous leurs démêlés avec la population civile, damais ou pres(pie jamais il ne leur donnait tort pubhquement. Il semblait même prendre plaisir à écouter le récit de leurs violences à l'égard des bourgeois ou des paysans. Grâce à lui, ils étaient partout au premier rang. Il prenait un soin minutieux de leurs intérêts, de leur bien-